RÊVES ET PRÉDICTIONS
« Ce que l’on appelle en nous l’imagination n’est que la propriété inliérente à notre âme de s’assimiler les images et les reflets contenus dans la lumière.
« Les formes des objets étant une modification de la lumière restent dans la lumière où le reflet les envoie. Aussi la lumière astrale ou le fluide terrestre, que nous appelons le grand agent magique, est-il saturé d’images ou de reflets de toutes sortes que notre âme peut évoquer '. »
Ou, si l’on veut, appeler devant sa vue intérieure:
« Rien ne périt dans la nature, et tout ce qui a vécu continue à vivre sous des formes nouvelles; mais les formes antérieures ne sont pas détruites, puisque nous les retrouvons dans notre souvenir. Ne voyons-nous pas en imagination l’enfant que nous avons connu et qui maintenant est un vieillard? Les traces mêmes que nous croyons effacées dans notre souvenir ne le sont pas réellement, puisqu’une circonstance fortuite les évoque et nous les rappelle. Mais comment les voyons-nous? Nous avons dit que c’est dans la lumière astrale, qui les transmet à notre cerveau par le mécanisme de l’appareil nerveux'^. »
\. Dof/mc et rituel de la haute magie, p. liO.
Aussi toute science perdue se retrouvera un jour ou l’autre, car les éléments en sont restés écrits dans la lumière, et n’attendent que l’attrait sympathique d’une intelligence qui leur est spécialement consacrée et qui viendra les rassembler et les produire encore quand le moment sera venu.
Une odeur de pluie, le vent qui murmure, les moissons qui se courbent, la vue de la mer, le son d’une cloche, suffisent, en éveillant la sensibilité nerveuse de l’homme dont la mission est de rétablir, pour éveiller en lui une idée déjà inscrite dans la lumière depuis que tant d’êtres pensent.
11 a été plus malade qu’un autre, son pouls a battu un instant plus fort et il s’est fait un génie.
Pour en venir à entendre la voix de Dieu qui parle dans la nature, il faut qu’un moment de fièvre enthousiaste vous ennoblisse en vous emportant un moment au delà des sphères de l’humanité, et fasse tourner devant vous un des feuillets du grand livre.
« Les idées universelles, a dit Fénelon, sont nécessaires, élernelles, immuables. Elles ne sont point nos idées, elles sont Dieu môme. »
Quand nous veillons, les objets réels nous empêchent de voir les images astrales dont nous sommes évidemment entourés, ou, si l’on veut, notre mens domine notre corps sidéral et enchaîne l’exercice de ses facultés; mais lorsque nous dormons, le mens se repose, et le corps sidéral se met en rapport avec ces images qu’il nous apporte souvent vagues et incohérentes, mais quelquefois
aussi, vraies et distinctes, lorsque le sommeil est venu h la suite d’une préoccupation violente ou d’un vif désir.
Balzac raconte qu’il se trouvait en 1812 au collège de Vendôme, où son ami de classe était Louis Lambert. Tous deux se faisaient une fête d’aller visiter le lendemain le fameux château de Rochambeau, promenade réservée aux plus grands, à cause de son éloignement de Vendôme.
« Vers la fin du printemps, dit-il, nous dûmes y aller pour la première fois. Le désir de voir le fameux château de Rochambeau, dont le propriétaire donnait quelquefois du laitage aux élèves, nous rendit tous sages. Rien n’ernpêcha donc la partie.
« Ni moi ni Lambert nous ne connaissions la jolie vallée du Loir, où cette habitation a été construite; aussi son imagination et la mienne furent-elles très-préoccupées de cette promenade, qui causait dans le collège une joie traditionnelle.
« Quand nous fûmes arrivés sur la colline d’où nous pouvions contempler et le château assis à mi-côte, et la vallée tortueuse où brille la rivière en serpentant dans une prairie gracieusement échancrée, Louis Lambert me dit : Mais j’ai vu cela cette nuit en rêve. Il reconnut et le bouquet d’arbres sous lequel nous étions, et la disposition des feuillages, la couleur des eaux, les tourelles du château, les accidents, les lointains, enfin tous les détails du site qu’il apercevait pour la première fois. Nous étions bien enfants l’un et l’autre, et nous étions tous deux incapables de mensonge dans les moindres actes de notre vie d’amitié.
« En ce moment, nous nous assîmes tous deux sous une vieille truisse de chêne ; puis, après quelques moments de réflexion, Louis me dit : Si le paysage n’est pas venu vers moi, j’y suis donc venu. Si j’étais ici pendant que je dormais dans mon alcôve, ce fait ne constitue-t-il pas une séparation complète entre mon corps et mon être intérieur?
« Or, si mon esprit et mon corps ont su se quitter pendant le sommeil, pourquoi ne le ferais-je pas divorcer aussi pendant la veille'?
« Ou ces faits se sont accomplis par la puissance d’une faculté qui met en œuvre un second être à qui mon corps sert d’enveloppe, puisque j’étais dans mon alcôve et voyais le paysage où ces faits se sont passés, soit dans quelque centre nerveux dont le nom est à savoir et où se meuvent les sentiments, soit dans le centre cérébral où se meuvent les idées. »
Louis Lambert ou, si l’on veut, Balzac, avait vu le paysage dans la lumière astrale avec le secours de sa volonté, poussée à un tel degré de surexcitation qu’elle s’était imprégnée dans l’être sidéral au moment du sommeil.
11 avait donc vu avec sa volonté, comme les somnambules, à l’aide de la volonté d’un autre, voient dans la lumière astrale une personne ou un paysage.
« Les somnambules ne sont pas réellement aux endroits où le magnétiseur les envoie ; elles en évoquent les images dans la lumière astrale L »