Dogme el riluelde la liaiile magie, p. 20G
sensibilité au point de leur faire voir le corps sidéral de l’évêque, qu’ils n’eussent vraisemblablement pas aperçu dans un état plus calme.
Car les objets ne sont pas invisibles, ce sont les yeux qui ne sont pas assez parfaits pour les voir.
Si vous vous approchez d’un télescope, vous verrez des arbres, des chevaux, des hommes, là où à l’œil nu vous ne distinguez qu’un brouillard.
Aussi l’on n’appelle pas sorciers, mais bien voyants, ceux qui lisent dans l’avenir.
« Si les apparitions ne sont pas impossibles, dit Balzac dans Louis Lambert, elles doivent avoir lieu par la faculté d’apercevoir les idées qui représentent l’homme dans son essence pure et dont la vie, impérissable peutêtre, échappe à nos sens extérieurs, mais peut devenir perceptible à Vétre intérieur quand il arrive à un haut degré d’extase ou à une grande perfection de vue. »
Walter Scott dit dans son livre intitulé : La Démonolocjie :
« On peut, je pense, en conclure que l’humanité, depuis très-longtemps, avait ses esprits préparés à croire aux événements surnaturels par le sentiment de l’existence à un monde intellectuel, tirant de cette proposition générale cette vérité incontestable que chaque homme, depuis le mendiant jusqu’au monarque, après avoir joué un rôle sur la terre, continue à exister, et quoique privé de coiyoréité^ peut encore, si tel est le plaisir de l’Être suprême, quoique nous sachions le contraire, s’allier à ceux qui habitent la terre. Cette abso-
lue possibilité d’apparitions doit être admise par tout homme qui croit en Dieu et en son omnipotence. »
Les gens de la campagne affirment sérieusement qu’ils ont vu des spectres et des loups-garous , et ces apparitions qui paraissent impossibles aux gens des villes , et le sont en effet pour eux, existent pour les paysans qui vivent beaucoup par l’instinct, et dont la superstition ou la frayeur peuvent surexciter l’appareil nerveux au point de le mettre à même de lire dans la lumière astrale, car nous sommes probablement entourés des fantômes que notre souvenir évoque involontairement. Cazotte disait un jour : « Cette salle est pleine de monde , mais je distingue facilement ceux qui ne sont plus au rayonnement glorieux qu’ils projettent. » Mais Cazotte était un voyant, et tout le monde connaît la fameuse prédiction faite à un dîner de nobles , et racontée par La Harpe.
Du reste , on ne peut admettre les fantômes que comme des reflets, comme l’image que nous projetons en passant sur un miroir, et ils ne peuvent dès lors causer plus de frayeur que ces mêmes reflets.. On rit des fantômes, et l’on admet que l’on puisse porter l’idée à mille lieues en une seconde. Les deux effets reposent sur la môme base, et ne sont pas plus étonnants l’un que l’autre. Seulement on a évoqué l’un parce qu’il était utile; si l’autre peut servir un jour, la conquête en sera bientôt faite. Lorsque Schrœpfer, que tout J.eipzig a connu , faisait apparaître dans un miroir magique l’ombre des parents de ceux qui le consultaient, il ne faisait pas
autre chose que ce que fait chaque jour le photographe; il allait seulement un pas plus loin. Il augmentait la puissance visuelle , et voilà tout. Lorsque plus tard cette puissance sera. généralement développée, on trouvera bien ridicule ce que nous appelons maintenant la raison.
En attendant , nous communiquons librement en songe avec les esprits, et ils peuvent nous prédire l’avenir en empruntant une série d’images à la lumière astrale dont ils font partie. Chez certaines personnes d’une organisation particulière, les songes sont souvent prophétiques.
«Notre âme’, dit Rabelais, lorsque le corps dort, s’esbat et revoit sa patrie qui est le ciel. De là reçoit participation insigne de sa prime et divine origine, et en contemplation de cette infinie sphère à laquelle rien n’advient, rien ne passe, rien ne déchet, tous temps sont présents, note non -seulement les choses passées en mouvemens inférieurs, mais aussi les futures, et les rapportant à son corps, et par les sens et organes d’icelluy, les exposant aux amis est dicte vaticinatrice et prophète. Vray est qu’elle ne les raporte pas en telle sincérité comme les avoit veuës, obstant l’imperfection et fragilité des sens corporels , comme la lune recepvant du soleil sa lumière, ne nous la communicque telle, tant lucide, tant pure, tant vive, tant ardente, comme l’avoit reçue. »
Ilolfmann dit dans maître Floh :
« Depuis que le chaos s’est fondu dans la matière do la création, Vesprit de la terre forme toutes les appa-