‹ Les mystères de la scienceChapitre 1 sur 117 · V-ELLCO · texte numérisé non relu

V-ELLCO

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PRÉFACE

A côté des grandes découvertes de la science, qui frappent par leur éclat, par leur grandeur, par les révolutions qu'elles accomplissent dans les destinées des nations, il est des phénomènes étranges dans leurs manifestations, obscurs dans leur essence, embarrassants par les difficultés qu'ils offrent à une explication naturelle, et qui, appartenant également au domaine scientifique, ne peuvent être négligés par le philosophe ni le savant. Le public admire les superbes conquêtes de la science et sait en tirer un parti fructueux, mais il ne se passionne pas pour elles, et se contente, à leur égard, d'un culte platonique. C'est un dieu qu'on vénère, mais dont le temple est peu visité. Au contraire, les faits merveilleux, les mystères propres à la science, ont le privilège de passionner la foule, d'exciter une curiosité sans bornes, de faire naître des controverses et des discussions infinies. Comme la science avérée, les sciences occultes ont leurs prosélytes, leurs héros et leurs martyrs.

L'amour du merveilleux a existé chez les hommes dans tous les temps et en tout pays. On peut même le considérer comme inhérent h notre espèce. Revêtant des aspects variables selon les temps, les lieux et les mœurs, il a donné naissance à des manifestations, différentes dans leur forme, mais tenant, au fond, au môme principe.

La divination, avec toutes ses variantes, la croyance au pouvoir des oracles, des devins ou des thaumaturges, telle est la forme que le merveilleux nous offre dans l'antiquité, et qui s'est, d'ailleurs, conservée jusqu'à nos jours, sans modification fondamentale, chez tous les peuples de l'Orient.

Au Moyen âge, quand une religion nouvelle a achevé de transformer l'Europe, le merveilleux prend domicile dans cette religion même. On croit aux possessions diaboliques, aux sorciers et aux magiciens. Pendant une série de siècles, cette croyance est sanctionnée par une guerre sans trêve ni merci, faite aux malheureux que l'on accuse d'un secret commerce avec les démons, ou avec les magiciens, leurs suppôts.

PRÉFACE

Vers la fin du dix-septième siècle, à l'aurore d'une philosophie tolérante et éclairée, le diable a vieilli, et l'accusalion de magie commence à être un argument usé ; mais le merveilleux ne perd pas ses droits pour cela. Les miracles fleurissent à l'envi dans les églises des diverses communions chrétiennes. En même temps, on croit à la baguette divinatoire. On s'en rapporte au mouvement d'un bâton fourchu, pour rechercher les objets du monde physique et s'éclairer sur les choses du monde moral. On continue, en diverses sciences, à admettre l'intervention d'influences surnaturelles, précédemment introduites par Paracelse.

Au dix-huitième siècle, tandis que, sur les matières philosophiques, tous les yeux s'ouvrent aux lumières du bon sens et de la raison, dans le siècle de Voltaire et de l'Encyclopédie, le merveilleux résisle seul à la chute de tant de croyances, jusque-là vénérées. Les miracles religieux foisonnent encore. « Plus la raison fait de progrès, écrit Voltaire, dans une de ses lettres, plus « le fanatisme grince des dents. » A la fin de ce siècle même, éclate l'une des plus considérables manifestations de l'amour du merveilleux : Mesmer remue toute l'Europe avec ses fantastiques baquets.

Au commencement de notre siècle, le mesmérisme est déjà tombé dans le discrédit public ; mais il laisse un héritier vivace, le somnambulisme artificiel, découvert par le marquis de Puységur, qui trouve dans le monde entier des prosélytes innombrables. Le magnétisme animal passionne les esprits pendant 60 années.

En 1854, se montre la fureur des tables parlantes, puis, celles des médiums et des esprits frappeurs, qui, de moment en moment, s'élevant d'un degré de plus dans l'échelle du merveilleux, font revivre les pratiques réunies des superstitions de tous les temps.

Vers 1880, on voit renaître, sous le nom Aliypnotisme ^ le magnétisme animal, que l'on croyait mort et enterré. Chez les individus hypnotisés on retrouve tous les phénomènes de catalepsie, d'insensibilité physique, de suggestion mentale, id'nfluences morales et d'illusions physiques, qui formaient le vieux et traditionnel répertoire des magnétiseurs du milieu de notre siècle. Et chose étrange! ce sont les médecins eux-mêmes, c'est-àdire ceux qui, pendant soixante ans, avaient honni, conspué et persécuté les partisans du magnétisme animal, qui sont les plus ardents à restaurer cette doctrine, à la réhabiliter, à rétablir le dieu sur son autel renversé. A la grande surprise de la galerie, ils s'attèlent au vieux char de Mesmer et de Puységur, adorant ce qu'ils ont brûlé, brûlant ce qu'ils ont adoré.

Nous comparerions volontiers l'amour du surnaturel, qui est propre à l'homme, à une sorte de maladie chronique morale, qui, tout aussi bien

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