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Théâtre sacré des Cévennes, ^. ITS

2. Sayous, t. I, p. 303, d'après les Mémoires inédits de Court, pour servir à l'histoire des Églises réformées de France et de leur dispersion depuis la révocation de Védit de Nantes (Manuscrit de la bibliothèque publique de Genève).

LES PROPHÈTES PROTESTANTS

On ne peut mettre en doute que la cause du mal épidémique dont nous venons de nous occuper, ne soit l'excès de la persécution qui avait frappé les calvinistes du Midi. Le désespoir exalta leur cerveau, et le délire, une affection épileptiforme, vint s'ajouter à tant d'autres maux. Voilà, pour le médecin philosophe, l'origine la plus probable à assigner à la maladie des trembleurs des Cé venues.

Quoiqu'elle se distingue par des caractères propres, l'aiïeclion épidémique des protestants cévenols offre pourtant de grands rapports avec des états analogues qui avaient apparu à une époque antérieure, et avec d'autres qui l'ont suivie. On ne peut, par exemple, s'empêcher de reconnaître l'analogie qui existe entre les prophètes cévénols et les prophètes qui accompagnaient, ou plutôt dirigeaient ces masses immenses d'anabaptistes qui, au seizième siècle, allaient de ville en ville, parcourant la Suisse, l'Alsace, la Pologne, la Lorraine et presque toutes les principautés de l'Allemagne, rebaptisant les chrétiens et traînant à leur suite des flots de paysans enrégimentés. Quand on lit, dans V Histoire des anciennes sectes luthériennes du P. Catrou, les exploits |des anabaptistes, on est surpris de la presque identité qui existe entre les prophètes anabaptistes et les prophètes cévenols, en ce qui concerne la forme des prophéties, les visions, les prédications, les extases, les excitations à la guerre, le double rôle religieux et militaire des chefs, le mépris absolu de la mort et le désir immodéré du martyre.

On pourrait également les rapprocher de ces Haschichins^ ces farouches sectaire du Vieux de la montagne^ l'Arabe Hassan-ben-Sabah-Homaïri, qui, au temps des croisades, se montraient insensibles aux blessures et hâtaient la mort dans les combats, grâce à l'usage du haschich, précédé d'une longue préparation religieuse, consistant à écouter, au coin des rues, la lecture des livres saints, faite par de fanatiques marabouts.

Si nous passons aux manifestations morales, nous trouvons une grande ressemblance, nous pourrions dire une parfaite identité, entre celles des convulsionnaires jansénistes et celles des prophètes cévenols. C'est de part et d'autre une exaltation de l'esprit qui les force à subir une pensée arrivant chez eux toute formulée et dont ils sont même contraints de se faire l'organe. L'idée dominante et dont on dispute sans cesse au milieu d'une secte, s'impose d'elle-même à l'esprit des sectaires, et moins ils sont lettrés ou intelligents, plus ils sont dociles à recevoir cette impression. « Tous ceux que l'inspiration fait parler, dit Durand Fage dans sa déposition, ont ceci de commun, c'est que les paroles sont formées dans leur bouche sans qu'ils y contribuent par aucun dessein ; de même que leurs corps sont mus par une puissance qui les domine et à laquelle ils ne font

que prêter leur organe \ » On sait que le janséniste Fontaine, dans ses pirouettes forcenées, s'écriait « qu'il ne lui était pas possible de se soustraire à la puissance qui l'entraînait ».

Les discours que les convulsionnaires jansénistes tenaient dans leurs extases, et où ils déploraient l'avilissement et la corruption de l'Église catholique, sont le fidèle reflet des prédications des prophètes cévenols tonnant contre Rome et son culte. Il est remarquable que les uns et les autres fissent usage, dans leurs discours, de formules éloquentes, qui étonnaient dans la bouche de personnes sans instruction. En ce qui concerne les prophètes cévenols, sans doute nous croyons que des enfants prononçaient de beaux sermons, mais certainement ces enfants n'étaient pas assez jeunes pour n'avoir pas déjà entendu prononcer les paroles ou exprimer les idées qui se retrouvaient si merveilleusement dans leur mémoire, par le bénéfice d'une exaltation extraordinaire de leurs facultés intellectuelles. Avec cette explication, les petits enfants qui prêchaient dans les assemblées religieuses du Vivarais, du Dauphiné et des Gévennes, ne nous étonneront pas plus que ces filles du peuple qui, pendant la crise convulsionnaire, prononçaient de longs et beaux discours en l'honneur du grand thaumaturge des jansénistes, et exprimaient des pensées qui auraient été bien au-dessus de leur portée dans l'état normal de leur intelligence.

On peut citer un grand nombre d'exemples de cette exaltation extraordinaire des facultés intellectuelles sous l'influence de l'excitation cérébrale. Sans parler de la force de la mémoire chez certains fous, sans rappeler le Tasse, qui se sentait plus vivement inspiré pendant ses accès de folie que durant ses intervalles lucides, ni le jeune homme de Spolète dont parle Érasme, qui, dans le cours d'un délire occasionné par la présence de vers intestinaux, s'exprimait couramment dans la langue allemande, dont il n'avait qu'une faible teinture ; nous citerons le cas rapporté par le médecin Van Swieten, d'une jeune couturière qui ne cessait de répéter des vers dans le délire de sa fièvre, bien qu'elle n'eût jamais manifesté la moindre disposition pour la poésie. M. le docteur Michéa a observé, à l'hospice de Bicêtre, un garçon boucher qui se mit à débiter, pendant un accès de folie, de longs passages de Phèdre, qu'il n'avait pourtant lu qu'une fois, et dont il ne put se rappeler un seul vers quand il eut recouvré la santé.

Coleridge, dans sa Biographie littéraire, raconte qu'une servante entièrement illettrée, étant devenue folle, répétait des sentences grecques tirées d'un Père de l'Église qu'elle avait accidentellement entendu lire par le pasteur chez qui elle servait.

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