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Théâtre sacré des Cévennes, p

LES PROPHÈTES PROTESTANTS 541

Pendant l'état hypnotique, l'exaltation delà mémoire est très fréquente, et le même phénomène a été souvent constaté chez les somnambules naturels.

Tous ces exemples, dont il serait facile d'étendre la liste, expliquent comment les prophètes cévenols, ainsi que les dévots jansénistes, pouvaient, bien qu'ignorants et illettrés, prononcer, dans leurs extases, de beaux discours, et s'exprimer avec facilité dans une langue qui ne leur était pas familière, et dont ils auraient été fort inhabiles à se servir dans leur état ordinaire.

Un dernier trait important de ressemblance entre les convulsionnaires jansénistes et les prophètes protestants, c'est le caractère épidémique particulier à leurs crises. Rappelons enfin cette circonstance commune, que généralement, convulsionnaires jansénistes et orateurs du désert, ne se souvenaient point, au sortir de leurs extases, des paroles qu'ils avaient proférées pendant ces crises.

Tous ces phénomènes étranges et à peine variables dans leurs manifestations, qui ont été observés chez les convulsionnaires jansénistes et chez les prophètes cévenols, se rapprochent en ce point, qu'ils reconnaissent pour cause occasionnelle une forte excitation morale et quelque événement extérieur d'une grande influence. Les convulsions furent le contre-coup des longues et ardentes disputes des théologiens sur la grâce, et aussi des persécutions que ces controverses attirèrent aux disciples de Jansénius. Les prédications exaltées de Jurieu et des autres pasteurs de l'Église réformée, concurremment avec les atroces mesures décrétées par Louis XIV contre les protestants de son royaume, déterminèrent aussi l'explosion de l'esprit prophétique dans le Dauphiné et dans les Cévennes. On est bien forcé d'admettre un enseignement que l'histoire nous donne en termes si clairs.

Mais combien cet enseignement ne devient-il pas encore plus positif, plus irrécusable, lorsque l'on considère de quelle façon ces crises finissent toutes ! Une grande agitation de l'esprit public les avait excitées, le calme rétabli les fait évanouir. Ici la preuve est complétée par la contre-épreuve. Que devient l'œuvre des convulsions des jansénistes après la nouvelle persécution si maladroitement entreprise par le premier ministre Fleury contre quelques évêques restés fidèles à la doctrine? Rien ou presque rien. Le Parlement, la Sorbonne et le public, las d'avoir si longtemps disputé sur la bulle, s'étaient mis enfin à parler d'autre chose. Plus d'espérance d'un appui ou d'un encouragement de ce côté, dès lors, plus d'agitation publique ; plus de souffle excitateur, parlant, plus de crises se propageant de proche en proche, plus de convulsions épidémiques. Si le parti janséniste convulsionne encore à Paris et dans quelques villes, ce n'est qu'en petit comité, et sans une foi

bien arrêtée dans le mérite des choses extraordinaires qui s'y passent. Il y a encore beaucoup de spectateurs à la galerie, mais le nombre des acteurs va diminuant de jour en jour ; bientôt il sera réduit à une demi-douzaine de sujets, que Ton adressés à des exercices vraiment effrayants, et qu'on entretient avec plus ou moins de soins, objet non d'édification religieuse, mais de curiosité mondaine, qu'on est bien aise de montrer quelquefois à ses amis, et qui est exhibé régulièrement, une fois par an, le jeudi saint, à la Sainte- Chapelle.

C'est par le même mode de délitescence que l'épidémie prophétique des Cénevols s'évanouit, après que leur chef et leur principal prophète. Cavalier, a composé avec les généraux de Louis XIV, et que l'organisateur de l'insurrection, Roland, est tombé sous les coups des dragons de Villars. La guerre religieuse étant terminée en même temps doit finir aussi cet état particulier des esprits, à la fois cause et effet de la guerre. Sans doute sur le sol même des Cévennes, on continuera quelque temps encore à prophétiser, et plus d'un phénomène extraordinaire s'y manifestera ; parce que, si la guerre a cessé à force d'être inégale, la persécution ne cessera pas, persécution encore assez cruelle, hélas ! même avec le maréchal de Villars, pour rendre nécessaire le secours puissant de l'esprit prophétique. Mais ce don manque absolument et tout d'un coup à ceux qui ont quitté cette terre où leurs frères combattent encore. « L'Esprit quitta les Camisards, dit M. Peyrat, lorsqu'ils furent hors du Languedoc. Il abandonna même Compan, ce prodigieux dramaturge du désert. » Ce Compan était un brave jeune homme qui avait reçu, comme Cavalier, de très grands dons prophétiques, et, comme lui, ne pouvait se consoler de les avoir perdus.

On sait assez ce qui se passa à Londres, et combien les prophètes cévenols, ou du moins ceux des réfugiés qui se croyaient toujours prophètes, parurent ridicules, même aux yeux des plus dévots protestants. Déjà, à Genève, d'autres avaient été jugés de la même laçon. C'est qu'à Londres et à Genève, les Cévenols ne trouvaient plus ni la persécution ni la guerre.

De tout ceci, deux conclusions à tirer :

i" L'état des prophétisants dans les Cévennes n'était pas le produit d'un artifice quelconque ; autrement cet artifice les aurait suivis partout. Il était le résultat d'une affection épileptiforme, contagieuse, qui avait été provoquée par l'excès des persécutions et du malheur;

2" Il ne dépendait pas de leur organisation particulière ; car, dans ce cas, ils auraient prophétisé à Londres et à Genève aussi heureusement que dans leur pays natal. Sans excitation extérieure, convulsionnaires et prophétisants perdent également leurs dons.

LA BAGUETTE DIVINATOIRE

Origine de la baguette divinatoire. — Son emploi dans l'antiquité, au moyen âge

et dans les temps modernes.

Une baguette^ une verge ou un bâton ont [représenté, dès les temps les plus anciens, le symbole extérieur de la puissance ou de quelque pouvoir surnaturel. Le sceptre des premiers rois n'était qu'un bâton garni de clous d'or ou d'argent^; Lorsque Assuérus, roi des Perses et des Mèdes, donne son sceptre à baiser à la Juive Esther, c'est le signe d'une faveur ou d'une grâce telle, qu'un souverain seul peut l'accorder.

Dans la Bible, Dieu lui-même nous est représenté avec cet attribut du bâton, qui symbolise sa toute-puissance ou 'sa miséricorde. Témoin ces paroles du psaume xxui : Yolre verge et votre bâton mont consolé. Dans le chapitre iv de l'Exode, l'Éternel dit à Moïse : Que tiens-tu à la main ? — // répondit : Un bâton. Il dit : Jette-le à terre; et il le jeta à terre et il devint serpent. Moïse s'enfuit de devant lui.

L'Etemel dit à Moïse : Etends ta main et saisis sa queue ; il étendit la main et le saisit ^ et il redevint bâton à sa main.

On lit encore dans le même livre, au même chapitre, verset 17 : Quant à ce bâton., prends-le à la main; cest avec quoi tu feras des signes.

Que faut-il entendre par ces sigiies, si ce n'est ce que dit plus loiu l'auteur sacré, lorsque, avec la verge de Dieu, Moïse et son frère aîné Aaron font des miracles en présence du Pharaon'? Au reste, les devins d'Égypte

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