Voy. dans l'Histoire des Diables de Loudun, p
Le bailli, cœur plus ferme, tête plus solide, ne donna pas celle joie à ses ennemis. On le fit accuser de magie par les possédées que Barré exorcisait à Chinon; mais cette tentative ne put être poussée bien loin, grâce à sa bonne renommée. Il avait précédemment déjoué par sa prudence une trame ourdie contre lui. Une mendiante remet un jour, en secret, à l'un de ses domestiques, une lettre d'une main inconnue, où on lui proposa de faire évader Grandier, s'il veut seulement consentir k écrire le lieu précis où se trouve le prisonnier. Devinant un piège, le bailli déposa la lettre entre les mains deLaubardemont. Quelque temps après, il demanda au grand commissaire la remise de cette lettre, afin d'en rechercher les auteurs et de les poursuivre en justice. Mais il ne put obtenir même une copie de celte pièce.
Sa femme ne montra pas moins de courage et de décision. Élanl entrée un jour dans l'église où les possédées étaient exorcisées en présence de l'évêque de Poitiers, une énergumène l'accuse d'être magicienne et de porter un pacte conclu avec les démons. Aussitôt la baillive, sans se déconcerter, fait à haute voix ses prières, qu'elle entremêle d'imprécations contre les magiciens elles diables. Ensuite, s'adressant aux exorcistes, elle les somme, au nom du pouvoir que l'Église leur confère, de faire rapporler ce pacte par les démons. Forcés de s'exécuter, les exorcistes firent toutes les invocations et adjurations nécessaires pour forcer les démons de se manifester s'ils existaient chez la baillive. Mais deux heures se passèrent sans qu'aucun signe extraordinaire vînt révéler leur présence, et la nuit survint à propos pour tirer les exorcistes d'embarras.
Revenons à la suite du procès. Laubardemonl se garda de produire, parmi les pièces, les procès-verbaux dressés par le bailli et le lieulenant civil. En revanche, il y fit entrer ceux que le lieutenant criminel de Chinon avait faits aux exorcismes de Barré dans cette ville, et d'où sortait aussi, comme nous l'avons dit, l'accusation de magie contre Urbain Grandier. Quant aux procès-verbaux faits àLoudun depuis l'arrivée du commissaire royal, comme c'était lui-même qui les rédigeait, et nous savons avec quel soin, ils figurèrent naturellement au premier rang des pièces où l'on devait puiser les preuves de l'accusation.
Il reste un Extrait de ces preuves, qui a été publié par Aubin dans son Histoire des Diables de Loudun, et qui fut obtenu, plusieurs années après le procès, de l'un des juges. On voit, en le lisant, avec, quelle adresse impudente les faits qui se sont passés en présence du public, pendant les exorcismes, ont été dénaturés et embellis, pour la plus grande gloire de Dieu et pour la perte d'un innocent
1. On y voit, par exemple, que des religieuses ont été enlevées de terre à la hauteur de deux pieds, sans aucune mention de cette main indiscrète qui, ayant soulevé le bas de la robe de la
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Les preuves de l'accusation de magie ne furent pas seulement tirées des réponses faites par les religieuses possédées aux questions de leurs exorcistes. On invoqua aussi les dépositions d'un assez grand nombre de témoins, qui furent entendus dans l'information par le commissaire royal ou par les juges qui l'assistaient. On trouve le résumé de ces dépositions dans V Extrait des preuves que nous venons de citer.
Toutes ces dépositions ont un trait commun et profondément marqué. Religieuses et séculières, possédées ou non possédées, accusent un amour puissant, irrésistible, pour le curé de Saint-Pierre. Celte passion qu'il leur avait envoyée, on ne sait par quel messager mystérieux, ce sort qu'il leur avait jeté, devint aux yeux de ses juges son pouvoir infernal, son crime et sa magie.
Trois femmes de la ville déposèrent : — la première, qu'un jour après avoir reçu la communion de la main du curé de Saint-Pierre, qui la regarda fixement pendant cette action, elle fut soudainement prise d'un violent amour pour lui ; — la seconde, que, l'ayant rencontrée, il lui serra la main, et lui inspira également une passion très forte pour lui, par ce simple attouchement ; — la troisième, qu'après l'avoir regardée à la porte de l'église des Carmes où il entrait avec la procession, il lui fît ressentir un très grand trouble et des désirs amoureux. Toutes les trois assuraient qu'avant ce moment où il leur^donnait un tel amour de sa personne, elles n'avaient jamais eu d'inclination secrète pour lui, étant d'ailleurs vertueuses et en très bonne réputation.
Quatorze religieuses, dont huit étaient possédées, déposèrent également qu'elles avaient eu un amour déréglé pour le curé de Saint- Pierre. Les unes l'avaient vu, de jour et de nuit, dans le couvent, les sollicitant à son amour. Pendant l'espace de quatre mois, elles avaient été obsédées de ces visions, qui ne pouvaient être des rêves, puisqu'elles les avaient eues pour la plupart pendant qu'elles vaquaient à l'oraison. Dans quelques-uns de ces accidents, elles avaient été frappées par quelque chose qui n'était pas connu d'elles, et qui, disaient-elles, laissait sur leur corps des marques si visibles, que les médecins et les chirurgiens ont pu les reconnaître facilement et en faire leur rapport.
« II ne faut pas oublier, dit Y Extrait des preuves, que toutes ces religieuses, en rendant leurs dépositions, à la prononciation du nom de Grandier étaient surprises
supérieure, changea tout à coup le miracle eu uue effrontée jonglerie. Mais une des entreprises les plus audacieuses a été de faire tourner contre l'accusé la rétractation de la supérieure que nous avons déjà rapportée. (Voy. Extrait des preuves, Aubin, p. 181, passage cité plus haut, p. 164.)
de troubles et de convulsions, et à la confrontation, où les médecins ont été présents, pour connaître ce qui se passerait de remarquable, elles ont été très violemment agitées, ainsi que toutes les séculières, qui se disaient aussi passionnées d'amour pour l'accusé '. »
Élisabeth Blanchard, dont la déposition fut confirmée par celle de Suzanne Hamon, déclara avoir eu des relations intimes avec l'accusé, qui lui avait aussi proposé de la conduire au sabbat.
Cet amour déréglé que Grandier inspirait aux femmes, fut considéré comme une des preuves les plus manifestes de son état de magicien.
Les douze juges appelés par Laubardemont n'avaient guère donné signe de vie depuis leur arrivée à Loudun. Ils n'avaient eu jusque-là, en effet, que le caractère de simples magistrats instructeurs, assistant aux exorcismes, l'un dans une église, l'autre dans une autre, par subdélégation de Laubardemont. On ne jugea pas même utile de produire au procès les constats partiels qu'ils avaient pu faire ainsi divisés. Une nouvelle commission était nécessaire pour les instituer véritablement juges du procès. Cette commission leur fut donnée par Laubardemont le 8 juillet 1034.
Le 26 juillet, les juges s'assemblèrent au couvent des Carmes et y établirent leurs séances. Le 18, ils firent signifier leur commission à l'accusé.
Ce fut alors qu'Urbain Grandier écrivit à sa vieille mère la lettre suivante, dans laquelle on voit avec quel soin inique avait été écarté tout ce qui aurait pu servir à sa défense :
« Ma mère, M. le procureur du roi m'a rendu votre lettre, par laquelle vous me mandez qu'on a trouvé mes papiers dans une chambre et retenu ceux qui pouvaient servir à ma justification, pour me les mettre en main, mais on ne me les a point donnés; aussi, quand je les aurais, je ne suispointen état de faire des écritures. Pour des mémoires, je ne puis dire autre chose que ce que j'ai dit au procès, qui consiste en deux chefs. Au premier, on m'a interrogé sur les faits de ma première accusation, à quoi j'ai satisfait, et allégué que j'en suis bien justifié, ce qu'il faut faire voir en produisant les quatre sentences d'absolution; savoir, deux du présidial de Poitiers, et deux autres de Mgr l'archevêque de Bordeaux. Que si MM. les commissaires doutent de l'équité d'icelles, ils peuvent de leur autorité faire apporter le procès qui est au greffe de la cour du parlement, avec une production civile, qui sert à faire voir les mauvaises pratiques qui furent alors faites coctre moi. Le second chef est touchant la magie et le mal des religieuses. Sur quoi, je n'ai rien à dire qu'une vérité bien constante, qui est que j'en suis innocent, etàtort accusé, dontj'ai fait une plainte àjustice,
1. Dans le septième paragraphe de l'Extrait des preuves, ou lit ces autres lignes, que la décence ne nous permettrait pas de transcrire jusqu'au dernier mot : « Et la seconde (il s'agit de sœur Claire) se trouva si fort tentée de coucher avec son grand ami, qu'elle disait être ledit Grandier, qu'un jour s'étant approchée pour recevoir la sainte communion, elle se leva soudain, et monta dans sa chambre, où, ayant été suivie par une des sœurs, elle fut vue »
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ce qu'il faut faire voir en employant les procès-verbaux de M. le bailli, oîi sont insérées toutes les requêtes que j'ai présentées tant aux juges royaux qu'à Mgr l'archevêque, dont j'ai donné une fois une grosse à M. de Laubardemont, que M. le procureur du roi m'a dit avoir aussi produite. Vous ferez faire une requête d'emploi par notre procureur, qui preîidratel conseil qu'il jugera bon. Mes réponses contiennent mes défenses et raisons ; je n'ai rien mis en avant que je ne justifie par écritures et témoins, si mesdits seigneurs m'en donnent les moyens. Au reste, je me repose de tout sur la providence de Dieu, sur le témoignage de ma conscience, et sur l'équité de mes juges, pour l'illumination desquels je fais prières continuelles à Dieu, et pour la conservation de ma bonne mère, à qui Dieu me veuille rendre en bref, pour lui rendre mieux que je n'ai jamais fait lesdevoirs de son fils et serviteur.
« Grandier. »
Et par post-scriptum :
« D'autant que je ne sais rien ici de ce qui se fait au monde s'il s'est passé quelque chose aux actes publics qui puisse servir, il faut s'en aider selon que le conseil jugera bon. On m'a fait lecture de la commission du roi, portant les noms de messieurs les juges députés pour juger le procès définitivement, et l'on m'a donné la liste de leurs noms que je vous envoie. »
L'accusé demanda une seconde visite de son corps, ce qu'on lui refusa, et ce qui lui aurait été bien inutile. Puisqu'on s'était contenté des deux marques trouvées par la sonde de Mannouri au lieu de cinq annoncées par la supérieure, c'est que bien évidemment on voulait, de parti pris, que ces marques, en quelque nombre qu'elles fussent, servissent de preuve à l'accusation.
On n'eut pas plus égard à son mémoire intitulé : Fins et conclusmis absohitoires^ et qui commençait par ces paroles graves et touchantes :
« Je vous supplie en toute humilité de considérer mûrement et avec attention ce que le prophète dit au psaume 82, qui contient une très sainte remontrance qu'il vous fait d'exercer vos charges en toute droiture, attendu qu'étant hommes mortels, vous aurez à comparaître devant Dieu, souverain juge du monde, pour lui rendre compte de votre administration ^
Le moment s'approchait où les juges devaient prononcer leur arrêt. On se prépara par de grands actes de dévotion à ce grand acte d'iniquité.
« Les juges se voyant chargés d'une affaire qui attirait les yeux de toute la France et même de toute la chrétienté, écrit le P. Tranquille, d'une affaire qui semblait
1. Il faut lire aussi, pour bien connaître tous les faits concernant le procès de Grandier, deux autres pièces qui ont été réimprimées dans les Archives curieuses de l'Histoire de France, de M. Danjou, tome V, 2° série. Ces deux pièces sont : 1° Factum -pour maître Urbain Grandier, prêtre curé de l'église Sainte-Croix du Marché. Ce factum, sans nom d'auteur, nous paraît être du frère d'Urbain Grandier, conseiller au bailliage de Loudun ; 2» Lettre du sieur Grandier, accusé de magie, au roi; 3° Véritable relation des justes procédures observées au fait de la possession des Ursidines, par le R. P. Tr. R. C. (le P. Tranquille).
enveloppée de mille difficultés et dont le succès tirait à de grandes conséquences, résolurent, tout d'un avis, de s'adresser premièrement à Dieu, qui est la source de lumière et de vérité ; et qu'ainsi chacun d'entre eux se préparât par la confession et la communion souvent réitérées, pojir recevoir la grâce et l'assistance du ciel. Ils donnèrent entrée à cette action par une procession générale, pour faire voir qu'ils étaient les premiers à exciter le peuple à dévotion par leur exemple. Ils continuèrent toutes les fêtes et tous les dimanches, pendant le jugement du procès, à visiter encore les églises de la ville ; et là, le saint sacrement exposé, faire chanter avec solennité une messe du Saint-Esprit, avec la prédication, faisant des prières publiques et ferventes, à ce qu'il plût à Dieu de les conduire dans cette affaire, et les illuminer de son esprit, pour rendre la justice à qui elle appartient selon l'intention de Sa Majesté, et le devoir de leur conscience. »
Vintentioii de Sa Majesté, c'est-à-dire celle du cardinal de Richelieu, voilà ce qui devait peser sur la conscience des juges, et l'homme qui les avait choisis devait y tenir la main.
On lit dans les Blémoires de d' krlagnan :
« Laubardemont, qui avait condamné d'avance Grandier, et qui voulait que les commissaires le condamnassent aussi, leur dit franchement, pour les obliger à souscrire à un jugement si rempli d'injustice, que, s'ils s'y opposaient avec toute la rigueur que devaient avoir des gens de bien, on leur donnerait des commissaires à eux-mêmes, qui les convaincraient bientôt d'avoir eu part à ces sortilèges, parce que Grandier n'était pas plus sorcier qu'ils pouvaient l'être. »
Si Laubardemont n'a pas donné à ses menaces cette forme cyniquement explicite, il dut le faire au moins par insinuation, de manière à être bien compris. La situation créée par toutes les procédures antérieurement accomplies pesait d'ailleurs de tout son poids sur les juges. Au point où en étaient les choses, il fallait ou que l'accusé fût condamné comme magicien, ou que toute une communauté religieuse, plusieurs moines et gens d'église, enfin nombre de personnes laïques considérables, encourussent les peines que méritait la plus atroce de toutes les machinations qu'on puisse ourdir contre la vie et l'honneur d'un innocent.
Il n'est pas même d'ailleurs nécessaire de supposer que les commissaires choisis par Laubardemont fussent de ces juges sur la perversité desquels le pouvoir peut toujours compter, et dont la conscience ne répugne à aucune prévarication criminelle. Rien n'autorise à penser que ces gens qui allèrent si souvent à la messe, qui reçurent tant de fois la communion, et firent «les prières de Quarante heures », fussent autre chose que des bigots, plus ou moins fanatiques, dupes eux-mêmes de la valeur de preuves de possession et de magie sur lesquelles ils avaient à fonder leur sentence.
URBAIN GRANDIEU MIS A LA TORTUKE (PAGE lo9)
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L'écrivain que nous avons toujours suivi, parce que nul autre ne nous a paru plus circonspect et plus circonstancié quant aux faits matériels, Aubin, cite bien un de ces magistrats qui était connu à Chinon pour n'avoir ni foi ni principes; mais, par la raison même qu'il signale celui-là et se tait sur les autres, il y a lieu de penser que tous ces juges n'étaient pas en mauvaise renommée dans les diverses localités où ils exerçaient leurs fonctions. S'ils ont cru véritablement à la possession et à la culpabilité de Grandier, c'étaient bien les hommes qu'il fallait à Laubardemont ; l'arrêt qu'il voulait leur faire prononcer n'en devenait que plus sûr. Or, pourquoi sur le premier point auraient-ils été plus sceptiques que d'autres personnages célèbres de leur temps, et même bien après, par leur esprit et leurs lumières ? Pourquoi, sur le second point, eussent-ils été moins faciles à prévenir que des conseillers des parlements de Rouen, d'Aix et de Toulouse ? Si nous ajoutons que, dans le milieu où ils se trouvaient, catholiques et réformés, sauf un très petit nombre, croyaient à la possession, nous n'aurons pas besoin de charger et d'accuser leur conscience pour expliquer leur arrêt.
L'information faite par Laubardemont, les preuves tirées des exorcismes, les déclarations des possédées et les deux prétendues marques du diable trouvées sur le corps de l'accusé, tels étaient les éléments sur lesquels devait se faire l'opinion des juges. Personne n'ignore qu'à cette époque les formes judiciaires étaient bien différentes de celles de nos jours, et que le public n'assistait pas à la discussion des faits juridiques, car la publicité des débats est une des conquêtes de la révolution de 1789. Le procès se trouvait donc ainsi terminé, et le vendredi, 18 août 1634, fut le jour fixé par les juges pour prononcer leur arrêt.
Rassemblés de grand matin au couvent des Carmes, les commissaires rendirent une sentence qui condamnait au feu le curé de Saint-Pierre, et ordonnait qu'avant le supplice, le condamné serait soumis à la torture pour lui faire avouer les noms de ses complices. Voici le dispositif de cet arrêt :
« Avons déclaré et déclarons Urbain Grandier dûment atteint et convaincu du crime de magie, maléfice, et possessions arrivées par son fait, ès personnes d'aucunes religieuses ursulines de cette ville de Loudun, et autres séculières, ensemble ses autres cas et crimes résultant d'icelui, pour réparation desquels avons icelui Grandier condamné et condamnons à faire amende honorable, nu-tête, la corde au cou, tenant à la main une torche ardente du poids de deux livres, devant la principale porte de l'église Saint-Pierre du marché, et devant chle de Sainte-Ursule de ladite ville ; et là, à genoux, demander pardon à Dieu, au roi et à la justice ; et ce fait, être conduit à la place publique de Sainte-Croix, pour y être attaché à un poteau sur un bûcher, qui, pour cet effet, sera dressé audit lieu, et y être son corps brûlé tout vif avec les pactes et caractères magiques restants au greffe, ensemble le livre ma-
nuscrit composé par lui contre le célibat des prêtres, et les cendres jetées au vent. Avons déclaré et déclarons tous et chacun de ses biens conflsqués au roi, sur iceux préalablement pris la somme de cent cinquante livres, pour être employées à l'achat d'une lame de cuivre, en laquelle sera gravé le présent arrêt par extrait, et icelle apposée dans un lieu éminent de ladite église des Ursulines, pour y demeurer à perpétuité. Et auparavant que d'être procédé à l'exécution du présent arrêt, ordonnons que ledit Grandier sera apphqué à la question ordinaire et extraordinaire, sur le chef de ses complices, et exécuté le 18 août 1634. »
Urbain Grandier est mis à la question. — Sa constance dans les tourments. — 11 est brûlé vif. — Apparitions singulières au-dessus de son bûcher.
Aux termes de l'arrêt qui venait d'être rendu au couvent des Carmes, le malheureux curé de Saint-Pierre, avant de monter sur le bûcher, devait être appliqué à la question, pour lui faire déclarer les noms de ses complices. Peu d'instants après le prononcé du jugement, François Fourneau, chirurgien de Loudun, fut mandé; ou plutôt enlevé de sa maison, par ordre de Laubardemont, et conduit sous escorte dans la prison de Grandier. Mannouri s'y était déjà rendu, il paraissait être venu dans ce triste lieu plus volontairement que son confrère.
Dès que Grandier eut aperçu Mannouri, dont la main lui avait été, comme nous l'avons dit, si cruelle dans l'examen de son corps ordonné par le commissaire royal, il s'écria :
« Cruel bourreau! viens-tu pour m'achever? Tu sais, inhumain, les cruautés que tu as exercées sur mon corps; tiens, continue, achève de me tuerl »
Les deux chirurgiens reçurent l'ordre de raser tout le corps de Grandier, pour y constater de nouveau les marques de la griffe du diable. Sur la répugnance que le condamné éprouvait à se laisser toucher par Mannouri, un des exempts du prévôt de l'hôtel ordonna à Fourneau de faire cette opération.
Comme il mettait la main à cette triste besogne, un des juges lui dit qu'il devait aussi raser les sourcils du patient. On parlait môme de lui faire arracher les ongles, car c'était une croyance assez répandue que le diable cachait ses marques dans cette partie du corps dérobée aux regards, Grandier témoigna qu'il s'y résignerait ; mais Fourneau protesta qu'il n'en ferait rien, en dépit de tous les ordres du monde. Il se borna à raser son corps.
« Pardonnez-moi, lui dit cet honnête homme, de porter les mains sur vous.
— Je crois- que vous êtes le seul, répondit Grandier, qui ayez pitié de moi.
— Monsieur, ajouta Fourneau, vous ne voyez pas tout le monde. »
Le bon chirurgien exprimait certainement par là les sentiments de la plus grande partie des habitants de Loudun.
On ne trouva sur son corps que les deux petites marques, ou signes que l'on y avait constatés la première fois, l'un dans l'aine, l'autre dans le dos, et le chirurgien reconnut que ces deux parties étaient fort sensibles.
Cette opération faite, le condamné fut revêtu de mauvais habits qu'on lui fît prendre à la place des siens, mis dans un carrosse fermé et conduit au palais de Loudun, où plusieurs femmes de qualité, la dame de Laubardemont au premier rang, attendaient dans la salle des audiences, assises sur les sièges des juges. Le grand commissaire Laubardemont occupait la place ordinaire du greffier; ce dernier était debout devant lui. A coté du procureur du roi, et au-dessous des dames, se tenait le major de la ville, Mêmin de Silly, qui avait fait poser des gardes autour du palais et dans les rues environnantes.
Aux alentours du palais, le capucin Lactance et un autre moine, revêtus de leur aube et de leur étole, exorcisaient l'air, la terre et l'eau ; ils exorcisèrent le patient lui-même quand il entra dans le palais.
Urbain Grandier, les mains liées, fut introduit dans la grande salle, oîi se trouvaient Laubardemont et son entourage. Lorsqu'il eut dépassé la barre, il voulut se mettre à genoux, mais le greffier le releva pour le faire approcher de Laubardemont. Là, il se mit encore dans la même posture, la tête couverte et les mains attachées derrière le dos. Alors le greffier, lui retirant brutalement son chapeau et sa calotte : « Tourne-toi, malheureux, lui dit-il, et adore le crucifix qui est sur le siège du juge. »
Obéissant avec humilité, Grandier leva les yeux au ciel, et demeura quelque temps comme absorbé dans son oraison mentale. Il se remit ensuite à genoux. On donna lecture de son arrêt, qu'il écouta sans trouble ni émotion.
Ayant obtenu du grand commissaire la permission de dire quelques paroles, Grandier exprima en ces termes sa touchante proteslation :
« Messieurs, j'atteste Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et la Vierge, mon unique avocate, que je n'ai jamais commis de sacrilège, que je ne connais point d'autre magie que celle de l'Écriture sainte, laquelle j'ai toujours prêchée, et que je n'ai point d'autre créance que celle de notre mère, la sainte Église catholique apostolique et romaine. Je renonce au diable et à ses pompes ; j'avoue mon Sauveur, et je le prie que
LES DIABLES DE LOUDUN
le sang de sa croix me soit méritoire. Et vous, messeigneurs, modérez, je vous en supplie, la rigueur de mon supplice, et ne mettez pas mon âme au désespoir. »
Le malheureux fondait en larmes. Ayant donné l'ordre de faire retirer les dames et tous les curieux, Laubardemont le prit à part, et eut avec lui, dans un coin delà salle, un assez long entretien. Nul ne peut savoir ce qui s'échangea entre eux ; seulement, Laubardemont, terminant brusquement l'entretien, dit très haut et d'un ton sévère au condamné, que s'il devait espérer quelque adoucissement à la rigueur de son aiTêt, ce ne pouvait être qu'à la condition de nommer ses complices.
« Je n'ai point de complices, » répondit à haute voix Urbain Grandier, qui protesta encore une fois de son innocence.
Le juge Roumain, qui avait été l'un des rapporteurs du procès, l'entreprit à son tour pour l'amener à des révélations ; mais il ne reçut du condamné que la même réponse.
Alors commença le second acte de cette passion douloureuse, c'est-à-dire la question ordinaire et extraordinaire qui avait été ordonnée par la sentence. Les formes de ce supplice variaient suivant les localités. La pratique de Loudun était de mettre les jambes du patient entre deux planches qu'on laçait avec des cordes et entre lesquelles on faisait ensuite entrer des coins, chassés à coups de marteau, de manière à presser fortement les jambes. Cette pression était plus ou moins considérable, selon le nombre ou la grosseur des coins employés ; elle allait quelquefois à ce point que les muscles des jambes du patient étaient réduits en bouillie et que les os tombaient en éclats au moment où les cordes étaient desserrées. Il était rare qu'on survécût longtemps à cette torture. On employa pour Grandier deux coins de plus qu'on n'en donnait aux grands criminels ; les moines trouvaient pourtant que c'était trop peu. Laubardemont ordonna à l'homme qui avait en garde les coins et les autres instruments de torture, d'en aller prendre de plus gros, en le menaçant de sa colère s'il n'obéissait pas. Cet homme ne put se tirer d'affaire qu'en jurant qu'il n'en avait pas d'autres.
On avait appelé les moines pour exorciser les instruments de torture. S'il faut en croire diverses relations qui ont été publiées, ces moines prirent eux-mêmes le marteau et se mirent à enfoncer les coins avec rage, en prononçant contre le patient des imprécations effroyables.
Quand tous les coins furent poussés, et le malheureux étant soumis aux plus cruelles souffrances, le P. Lactance le pressait de faire des aveux. Il lui criait à tue-tête : Dicas, dicas! (Parle, parle !) Le P. Lactance répétait si souvent ce mot que désormais le peuple ne l'appela plus quele père Dicas.
Pour toute réponse, Grandier lui demanda s'il croyait qu'un homme de bien pût s'accuser d'un crime qu'il n'avait point commis, même en pensée. Le P. Lactance ne trouva rien à répondre à cette question. « Eh bien! dit Grandier, laissez-moi, je vous en conjure, mourir en repos. »
Le malheureux s'évanouit plusieurs fois pendant ce supplice : c'est en redoublant les coups qu'on le faisait revenir de ses pâmoisons. On ne cessa la torture que lorsque ses jambes furent à demi brisées. On retira alors l'appareil de la question, et on coucha le patient sur le carreau. Il ne sortit de sa bouche ni une plainte, ni un murmure contre ses ennemis; mais il prononça une fervente prière à Dieu, comme il avait déjà fait dans la violence de la torture.
Malgré les sommations furibondes du père Dicas^ Grandier n'avoua jamais le crime de magie, et il ne put dénoncer ses complices qu'il n'avait pas*. Il confessa seulement qu'en sa qualité d'homme, il avait abusé des voluptés de la chair, faute dont il s'était confessé et avait fait pénitence. Quant à Élisabelh Blanchard, son accusatrice, loin de l'avoir connue comme elle l'avait déclaré, c'est-à-dire comme démon, il soutint toujours qu'il ne l'avait jamais vue avant le jour où elle lui fut confrontée. On espérait, par les aveux que lui arracherait la torture, trouver un prétexte de poursuivre ceux qui étaient considérés, non comme les complices de son prétendu crime, mais ses amis et ses défenseurs, parmi lesquels étaient surtout le bailli, le lieutenant civil, sa plus intime amie Madeleine de Brou, et divers habitants de Loudun qui appartenaient à la religion protestante.
Il fallait donner un peu de repos au malheureux avant de le conduire au bûcher. On le transporta dans la chambre du conseil, et on l'étendit sur de la paille, auprès du feu. Étant couché sur le carreau, il eut un dernier évanouissement, dont il ne sortit que grâce à un peu de vin que le lieutenant du prévôt se hâta de lui faire avaler.
Ayant aperçu un moine augustin, Grandier demanda à se confesser à ce
1. On lit dans une relation de la mort de Grandier, que, cédant un moment à la violence de la douleur, le patient laissa échapper un aveu qu'il se hâta de rétracter quelques instants après.
« Guy, messieurs, dit-il, je suis magicien, je suis tout le plus abominable homme du monde. » Revenu aussitôt à luy, comme frémissant, dit ces paroles : « G mon àme, qu'ai-je dit? As-tu murmuré contre ton Dieu et ton créateur? Non, messieurs, je ne suis point magicien, je ne le fus jamais. Mon Dieu, mon père, mon doux Jésus, .'îauveur et rédempteur, ne me laissez point; que la flamme ni les tourments n'ayent aucune force pour me faire renier celui qui m'a donné l'estre. » [Relation véritable de ce qui s'est passé à la mort du curé de Loudun, brûslé tout vif le vendredi 18 août 1634.)
Cette pièce sans nom d'auteur, mais qui est probablement d'un spectateur de l'événement, existe manuscrite à, la bibliothèque de l'Arsenal. Elle a été imprimée dans les Archives curieuses de l'histoire de France, de M. Danjou, t. V, 2c série, avec quatre autres pièces relatives au procès d'Urbain Grandier et que nous avons mentionnées dans le cours de ce travail (p. 150-lSl).
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religieux, ce qui lui fut refusé. Il aurait désiré se confesser au P. Grillau, cordelier de ses amis, qui était dans la salle ; on le lui refusa encore, pour le livrer à deux capucins ; l'un de ces capucins était le terrible P. Tranquille.
A partir de ce moment, et durant quatre heures, il y eut ordre de ne plus le laisser parler à personne. Dans cet intervalle, Grandier ne fut vu que par le greffier de la commission, ses deux confesseurs et Laubardemont qui passa plus de deux heures avec lui, tenant en main un écrit qu'il voulait le forcer à signer, ce que le condamné refusa avec une constance inébranlable.
A cinq heures du soir, les bourreaux entrèrent et le mirent sur une civière. Comme ils l'emportaient, il dit encore au lieutenant criminel d'Orléans qu'il avait tout déclaré et qu'il n'avait plus rien sur la conscience.
« Ne voulez-vous pas, lui dit ce magistrat, que je fasse prier Dieu pour vous?
— Vous m'obligerez beaucoup de le faire, et je vous en supplie, » répondit-il.
On sortit du palais pour se rendre au bûcher. Le condamné tenait à la main une torche, qu'il baisait avec humilité. Calme et le visage serein, il promenait ses yeux sur la foule, demandant des prières à ceux qu'il connaissait.
On lut une seconde fois son arrêt devant la porte du palais ; puis on le plaça sur une charrette, qui le mena devant l'église de Saint-Pierre du Marché, sa propre église. Là, nouvelle station et nouvelle lecture de l'arrêt. Laubardemont commanda qu'on le fît descendre, pour qu'il entendît cette lecture à genoux. Mais comme ses jambes, brisées par la torture, ne pouvaient plus le soutenir, il tomba lourdement sur la face, et resta ainsi, attendant, sans exhaler une plainte, qu'on vînt le relever.
Comme il demandait encore à ceux qui l'entouraient le secours de leurs prières, une grande consolation lui arriva: le cordelier Grillau, qu'on lui avait refusé pour confesseur, l'aborda, les larmes aux yeux, et lui dit, après l'avoir embrassé :
« Souvenez-vous que Notre-Seigneur Jésus-Christ est monté vers Dieu, son Père, par les tourments et par la croix. Je vous apporte la bénédiction de votre mère ; elle et moi prions Dieu qu'il vous fasse miséricorde et qu'il vous reçoive dans son paradis. »
Pénétré d'une douce joie à ces paroles, le malheureux Grandier remercia le P. Grillau avec effusion.
« Je vous en conjure, dit-il à son ami, remplacez-moi auprès de ma mère. Veuillez prier Dieu pour moi, et me recommander aux prières de vos religieux. Je meurs innocent, et j'espère que Dieu me fera miséricorde et me recevra dans son paradis. »
Cette conversation suprême, où le patient exposait avec une grande
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sérénité l'état de sa conscience, devenait scandaleuse pour les juges et les exorcistes. Elle fut interrompue par les archers, qui, sur l'ordre de leur chef et des .pères confesseurs, frappèrent brutalement le P. Grillau, et, le poussant avec violence, le firent rentrer dans l'église de Saint-Pierre.
Grandier fut ensuite conduit, dans le même équipage, devant l'église des Ursulines, pour entendre une dernière lecture de son arrêt. On le dirigea enfin vers la place de Sainte-Croix, lieu marqué pour son supplice. Arrivé là, il se tourna vers les religieux qui l'accompagnaient, et leur demanda le baiser de paix. Le lieutenant du prévôt s'approcha, pour lui demander pardon des traitements qu'il lui avait fait endurer.
« Vous ne m'avez point offensé, lui dit-il; votre charge vous commandait d'en agir ainsi. »
Un prêtre de sa connaissance, le curé du bourg de Trois-Moutiers, le pria aussi de lui pardonner, lui demandant s'il ne pardonnait pas lui-même à tous ses ennemis, notamment à ceux dont les dépositions l'avaient perdu.
« Ne voulez-vous pas aussi, ajouta le curé, que je prie Dieu et que je dise une messe pour le repos de votre âme ?
— .le pardonne à mes ennemis, répondit Grandier, et je désire aussi que Dieu les absolve. Vous m'obhgerez d'implorer Dieu en ma faveur, et de vous souvenir de moi auprès de l'autel. »
Mais l'heure du suppUce avait sonné. La place de Sainte-Croix était remplie d'une foule immense. On était accouru à ce triste spectacle, non seulement de toutes les provinces du royaume, mais aussi des pays étrangers ; car on peut dire qu'une partie de l'Europe avait suivi avec anxiété les phases du procès de Loudun. Le lieu dé la place de Sainte-Croix où était dressé le bûcher, se trouva bientôt très resserré par la foule, et les archers ne pouvaient réussir à faire retirer le peuple, malgré leurs coups répétés de manches de hallebardes.
Un spectacle inattendu vint, en ce moment, étonner les spectateurs qui se pressaient autour de l'échafaud : on vit une troupe de pigeons voltigeant au-dessus du bûcher. Les archers eurent beau agiter en l'air leurs hallebardes , les oiseaux venaient toujours voler au-dessus du patient, sans être épouvantés par le bruit et le mouvement de la foule. Les partisans de la possession voulurent tirer de cet incident fortuit une nouvelle injure contre leur victime : ils s'écrièrent que c'était une troupe de démons qui venaient pour sauver le magicien à sa dernière heure. Mais les spectateurs répondaient que ces innocentes colombes venaient, à défaut des hommes, rendre témoignage à l'innocence du martyr.
Aubin, qui rapporte ce fait d'après les personnes qui se rappelaient
LES DIABLES DE LOUDUN
encore, de son temps, avoir assisté au supplice d'Urbain Grandier, nous dit à ce sujet :
« Ce qu'on peut assurer ici, c'est que tous ces faits, ou au moins tous les principaux, se trouvent généralement dans tous les mémoires qu'on a; que la plupart des gens de Loudun qui vivent aujourd'hui en ont été instruits par leurs parents qui avaient été présents; et même il en reste encore quelques-uns en vie, dans ce pays-là, et dans les pays étrangers, qui peuvent les attester pour en avoir été témoins '. »
L'historien de la Vie du P. Joseph, après avoir rapporté ce fait des colombes voltigeant au-dessus du bûcher de Grandier, ajoute ceci :
« Enfin il arriva (ju'ane grosse mouche, du genre de celles qu'on appelle bourdons, vola en bourdonnant autour de sa téte. Un moine qui avaitlu, dans le concile de Quières, que les diables se trouvent toujours à la mort des hommes, pour les tenter, et qui avait ouï dire que Beelzcbut signifiait en hébreu le dieu des mouches, cria tout aussitôt que c'était le diable Beelzébut qui volait autour de Grandier, pour emporter son âme en enfer. Tant de gens ont vu tous les faits que j'avance qu'on ne peut les révoquer en doute ^. »
Pendant cet intervalle, le bourreau avait fait asseoir le patient sur un cercle de fer, qui était attaché à un poteau tout au-dessus du bûcher.
On avait promis à Grandier qu'il lui serait permis de parler au peuple, au moment de son supplice. Il avait été convenu aussi qu'on l'étranglerait avant de le livrer aux flammes, suivant une tolérance qu'accordaient quelquefois les magistrats chargés de présider à l'exécution de ces horribles sentences. On ne tint aucune de ces promesses, bien qu'elles eussent été faites au condamné par le lieutenant du prévôt, en présence des exorcistes.
Comme Grandier se préparait à parler au peuple, l'un des moines s'approcha pour l'exorciser une dernière fois, et lui jeta sur le visage une telle quantité d'eau bénite, qu'il en fut accablé. A peine remis, le condamné s'apprêtait une seconde fois à parler, quand un autre exorciste vint l'embrasser pour étouffer ses paroles.
« Voilà un baiser de Judas, » dit le malheureux, comprenant son intention.
On ne lui permettait de répondre que lorsque les moines lui criaient avec rage :
« Ne veux-tu pas te reconnaître, et renoncer au diable ?
1. Diables de Loudun, p. 166, 167. L'auteur de l'Histoire des diables de Loudun n'écrivait pas plus d'un siècle après l'événement, comme ra dit, après Alex. Bertrand, M. le marquis de Mirville. La première édition de son livre parut à Amsterdan en 1693; il a donc pu voir des témoins de la possession, qui finit en 1638.