‹ Les mystères de la scienceChapitre 21 sur 117 · Vie du P. Joseph, p · texte numérisé non relu

Vie du P. Joseph, p

— Hélas ! dit-il, je ne le connais point: je prie Dieu qu'il me fasse miséricorde. »

A cette réponse, la fureur des moines s'éleva à un si haut degré, que plusieurs s'approchèrent, et sous prétexte de lui donner le crucifix à baiser, l'en frappèrent plusieurs fois au visage. Et comme, tout naturellement, le malheureux détournait la tête, pour éviter les coups, les moines affectèrent d'être indignés de ce mouvement, qu'ils firent passer, aux yeux de la foule, pour une marque manifeste de l'impiété du magicien :

« Voyez, disaient-ils, il repousse l'image du Sauveur des hommes ! »

Selon les termes de l'arrêt, le condamné portait une corde au cou ; c'était avec cette corde qu'on avait promis de l'étrangler avant de mettre le feu au bûcher. Mais pour empêcher qu'il ne fût étranglé, les exorcistes avaient fait plusieurs nœuds à la corde : aussi le bourreau, en tirant le coulant, ne putil parvenir, malgré ses efforts, à serrer la corde. Le patient ne s'aperçut de cette trahison qu'au moment où l'on allait allumer le bûcher.

«Ah ! s'écria-t-il, père Lactance ! est-ce là ce qu'on m'avait promis? »

Et en prononçant ces mots, il haussait lui-même la corde, s'efforçant de faciliter au bourreau la strangulation ; mais les nœuds s'y opposaient.

On vit alors le P. Lactance, sans attendre l'ordre du bourreau, allumer une poignée de paille, qu'il porta au visage du patient en disant :

" Ne veux-tu point te reconnaître et renoncer au diable ?

— Je ne connais point de diable, » répondit Grandier.

Faisant publiquement l'office du bourreau, le P. Lactance mit lui-même le feu au bûcher; ce que voyant, Grandier s'écria : « Ah ! où est la charité, père Lactance?

Puis regardant en face ce prêtre indigne, il prononça ces paroles, qui contenaient une bien étrange prophétie :

« Il y a un Dieu au ciel qui sera ton juge et le mien ; je t'assigne à comparaître devant lui dans un mois. »

Il dit enfin ces derniers mot : « Deus, Deus, ad te v'igilo^ miserere mei, Demi »

Il ne put en dire davantage, car les capucins lui jetèrent au visage tout ce qui restait d'eau dans leur bénitier, et se retirèrent parce que le feu commençait à les incommoder.

On cria enfin au bourreau d'étrangler le patient ; mais il était trop tard, car la flamme le gagnait. Grandier était assis, comme nous l'avons dit, sur un cercle de fer, au-dessus du bûcher; les cordes qui le liaient s'étant rompues, soit par l'action du feu, soit par ses mouvements désordonnés, il tomba et fut brûlé vif.

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