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Théâtre sacré des Cévennes

de bruit dans l'aristocratie du Dauphiné. Inquiétée par l'intendant de la province, madame de Baix gagna les bords de la Drôme, et se retira dans une maison de campagne qu'elle possédait près de Livron, petite ville située sur la rive gauche du Rhône, entre Crest et Valence. Là, plus de trois cents personnes qui l'entendirent prophétiser, furent saisies, à leur tour, de l'esprit prophétique. Forcée bientôt de quitter Livron, elle passa le Rhône et, toujours prêchant et prophétisant, elle ne put être arrêtée qu'à Tournon, où le juge de cette ville, l'ayant interrogée, la fît enfermer avec sa fille. Mais elle avait échappé à la poursuite de l'intendant de sa province.

Délivré de madame de Baix, Bouchu (c'était le nom de cet intendant) se mit à la recherche de la belle Isabeau. Il était temps, car, à la laisser faire encore quelques semaines, il n'y aurait pas eu un seul homme dans le Dauphiné qui ne fût devenu prophète. L'initiation par le souflle n'était déjà plus nécessaire, car, partout où passait Isabeau, l'Esprit se communiquait de lui-même à ses auditeurs.

« Un homme qui ne songeait à rien moins qu'à prophétiser, se retirant de nuit d'une assemblée, avec des gens de son village, tomba tout à coup comme frappé du haut mal, se vautra sur une couche de deux pieds de neige ; puis, les yeux fermés, comme une personne endormie, se mit à prophétiser »

Heureusement pour ce bon M. Bouchu, qui ne savait plus où donner de la tête, la bergère de Crest ne fut pas aussi difficile à prendre que la vieille conseillère. Ses agents lui amenèrent cette fille.

« Après plusieurs questions, dit Fiéchier, auxquelles elle satisfit, étant interrogée sur les discours qu'elle tenait, elle répondit, avec les apparences d'une grande simplicité, qui ne laissait pas d'être affectée, qu'à la vérité elle avait ouï dire qu'elle prophétisait en dormant, mais qu'elle ne le croyait pas, ne pouvait pas le savoir, puisqu'on ignore ce qu'on fait en dormant. Quelque soin qu'on prît de s'éclairer sur ce point, on ne put tirer d'autre réponse d'elle ^. »

Fiéchier n'ajoute pas que, conduite en prison, Isabeau répondit fièrement aux juges qui la menaçaient du supplice : « Vous pouvez me faire mourir; Dieu saura bien susciter d'autres prophétesses, qui diront de plus belles choses que moi \ »

Les juges du Dauphiné, plus humains que le seront plus tard ceux du Languedoc, n'eurent garde de faire mourir une si belle fille. Tout le monde

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