‹ Les mystères de la scienceChapitre 73 sur 117 · Théâtre sacré des Cévennes, p · texte numérisé non relu

Théâtre sacré des Cévennes, p

2. Le fanatisme renouvelé, ou Histoire des sacrilèges, des incendies, des meurtres, et autres attentais que les calvinistes révoltés ont faits dans les Cévennes, et des châtiments qu'on en a faits. 3 vol. in-12, à Avignon, 1703-1703, t. I, p. 18.

LES PROPHÈTES PROTESTANTS

opérait de même. Il est attesté par de nombreux témoins que les personnes qui avaient reçu les grâces « quittaient sur-le-champ toute sorte de libertinage et de vanité ». Quelques-uns, qui avaient été débauchés, devenaient immédiatement sages et pieux; et comme ils ne parlaient guère sans exhorter les assistants à se repentir de leurs fautes et à régler leur vie, tous ceux qui les fréquentaient devenaient aussi plus honnêtes et menaient une conduite exemplaire.

Le retour et la multiplication des prophètes eurent pour effet naturel de rendre les assemblées beaucoup plus fréquentes et plus nombreuses qu'elles ne l'avaient jamais été. L'Église du désert retrouva ses fidèles et ses prédicants improvisés, qui se réunissaient à des heures convenues, au milieu des bois et des montagnes inhabitées, presque toujours la nuit, et quelquefois même pendant le jour, malgré les défenses répétées de l'autorité. La renaissance de l'Église du désert devait amener une répression poussée jusqu'aux excès les plus inouïs.

Daniel Raoul était accusé de s'être vanté d'avoir reçu de Dieu l'Esprit du prophète dont il portait le nom ; il fut pris dans les bois de Tornac, près d'Anduze, et condamné à la roue. Trois de ses disciples furent arrêtés avec lui : l'un, Floutier, fut condamné au gibet, l'autre, Bonaventure Rey, aux galères, et le troisième, Bourelli, au service des armes. Le 9 septembre 1701, Daniel marcha lui-même au supplice, en confessant Jésus-Christ, qu'il reconnaissait pour son sauveur, et dénonçant comme une idolâtrie les pratiques de l'Église romaine. Arrivé au pied de l'échafaud, il s'agenouilla, et fît devant le peuple sa dernière prière, puis il s'étendit lui-même sur la roue.

« Ce laboureur, dit M. Peyrat, qui se comparait aux rochers éloquents du désert, en avait la dureté dans ses os. Il fallut cent trois coups de barre pour le briser. Il ne pouvait pas mourir : il resta plusieurs heures, ses membres repliés sous lui, la tête en bas, la bouche entrouverte, épanchant à flots le sang et la prière '. »

Malgré ces cruautés, ou plutôt à cause de ces cruautés, les prophètes se mulpliaient de plus en plus; ils renaissaient de leurs cendres, comme TertuUien l'avait dit des chrétiens martyrs. La perspective du gibet, de la roue et des galères, ne faisait qu'affermir leur zèle, sans affaiblir encore leur soumission à l'autoiité du roi.

Les Cévennes se montrèrent, sur ce point, plus longtemps patientes que le Vivarais, quoiqu'il y régnât la même ardeur pour la parole de Dieu et pour le chant de ses louanges. Le nombre et l'importance des assemblées

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