Ibid., p
jeune homme, nommé Alexis, qui avait reçu les grâces quelque temps auparavant. Jacques Mazel, grand prophète lui-même, qui était de cette assemblée, dépose ainsi de ce qu'il y avait vu :
« Alexis ne fut pas sitôt assis qu'il tomba en extase : il appuyait sa tête de sa main, et ses plus grandes agitations étaient de la poitrine. 11 parla à très haute voix, et ce qu'il disait, en général, était pour porter ceux qui l'entendaient à se repentir de leurs péchés et à ne plus participer à l'idolâtrie. Étant dans l'inspiration, il reprocha aux femmes qui étaient présentes d'avoir avalé le morceau du basilic (l'hostie) ; et, me tendantla main, il me dit : « Toi, mon frère, tu ne l'as pas avalé. » Cela fut accompagné d'autres paroles et de circonstances qui firent une grande impression dans l'esprit des assistants. Il dit que ce n'était pas lui qui parlait, mais que c'était l'esprit de Dieu qui parlait par sa bouche. Je me souviens qu'il reprocha à quatre femmes de la maison qu'elles s'étaient allées coucher sans prier Dieu, et qu'il insista en criant fortement : « Confessez, confessez, malheureuses ! » Et elles avouèrent que cela était vrai. Sur quoi il exhorta beaucoup h prier sans cesse. Le même soir, Alexis, Revaulte et moi, allâmes coucher chez un honnête homme de notre connaissance, nommé Cabrit, à une petite demi-lieue de là. Une heure après que nous fûmes arrivés, Alexis reçut l'inspiration. II dit entre autres choses qu'encore que l'ennemi fût proche de là, il n'y avait point de danger pour nous. Je f assure, mon enfant, lui dit l'Esprit, vous navez rien à craindre. Je ne permettrai pas qu aucun détachement passe iciK »
Louvreleuil raconte qu'au mois d'avril 1701 un jeune homme de Mazillon, nommé Étienne Gout, revenant un soir de la magnanerie où il travaillait à Saint-Jean du Gard, trouva, au bas de la descente de ce bourg, un vieillard couché sur le chemin et saisi d'un frisson convulsif.
« Mon père, lui dit Étienne, êtes-vous malade ?
— A genoux, à genoux, ô mon fils ! s'écria le vieillard, que t'importe mon mal? C'est de ton salut qn'il s'agit, et de celui de tes frères : tu l'accompliras par le moyen de l'Esprit; il est en moi par la grâce de Dieu! approche-toi, ô mon fils, et reçois-le dans ce baiser! »
Étienne recueillit le baiser du vieillard, et, se mettant en route aussitôt, il alla évangéliser de bourgade en bourgade ^
On a pourtant remarqué que l'Esprit s'emparait rarement des vieillards, jamais des riches, des savants, ni des prêtres catholiques. 11 s'établissait de préférence chez les enfants, chez les jeunes gens des deux sexes, chez des pâtres, des laboureurs et de pauvres artisans, cœurs simples dont la science n'avait point altéré la native candeur. Mais, partout où il soufflait, l'Esprit