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Histoire du fanatisme, t. I, p

2. (Livre I.) Ce manuscrit, qui donne une relation abrégée de la révolte des Cévennes, et qui est d'un magistrat qui participa au jugement des calvinistes au présidial de Nimes, est conservé à la bibliothèque de la ville de Nimes et dans la famille de ce magistrat. Nous en possédons un extrait, que nous devons à l'obligeance de M. le pasteur Corbière, de Montpellier.

3. Théâtre sacré des Cévennes, p. 110. Déposition de Durand Page.

tions de la même nature. Celle d'Abraham Mazel mérite d'être reproduite ici, parce qu'elle résume celles des autres prophètes qu'on vient de nommer.

« Quelque temps avant que j'eusse reçu de l'iîsprit l'ordre positif et redoublé de prendre les armes, je songeai que je voyais dans un jardin de grands bœufs noirs et gras, qui broutaient les plantes du jardin. Une personne me dit de chasser ces bœufs, mais je refusai de le faire ; cependant, la même personne ayant fait insistance, je les chassai. Fort peu de temps après, je reçus une inspiration dans laquelle il me fut dit que le jardin était l'Église ; que les gros bœufs noirs étaient les prêtres qui le dévoraient, et que je serais appelé à mettre en fuite ces sortes d'hommes. A quelques jours de là, l'Esprit m'avertit de me préparer à prendre les armes pour la cause de Dieu. Cet avertissement fut suivi de quelques autres pareils ; et comme je parlais assez haut dans l'extase, les uns, qui voyaient ma faiblesse, ou, pour mieux dire, mon néant, étaient comme scandalisés de cet ordre inconcevable ; les autres, plus humbles, se contentaient de lever les yeux au ciel. Dans ces réitérations, il n'y avait jusque-là qu'une déclaration générale. Pierre Esprit et Salomon Gouderc, deux de nos principaux inspirés (qui ont été brûlés vifs), eurent des avertissements conformes aux miens, et quelques autres en eurent aussi. Enfin, le dimanche 21 juillet 1702, comme nous étions dans une assemblée proche de la montagne de Lozère (Isaac Soulage, David Masauric et quelques autres), l'Esprit me saisit et m'ordonna, en m'agitant beaucoup, de prendre les armes sans aucun retardement, et d'aller délivrer ceux de nos frères que les persécuteurs détenaient prisonniers au Pont-de-Montvert. Ils étaient dans le château d'André que l'abbé du Chayla occupait »

Ces prédications belliqueuses ne furent pas les seules causes de l'insurrection générale des Cévennes et des événements terribles qui vont maintenant se dérouler. Il faut les rapporter aussi à la conduite cruelle que les ecclésiastiques, évêques, curés et simples moines, ne cessaient de tenir à l'égard des religionnaires, et qui ne laissait à ces populations d'autre recours que l'insurrection et la défense armée. Le clergé avait été investi, dans le principe, d'une sorte ^e mission de police, qui, remplie avec un esprit de douceur et d'évangélique charité, pouvait devenir pacificatrice. Ce fut le contraire qui arriva. Dépassant beaucoup ce qu'on attendait d'eux, les prêtres catholiques abusèrent de l'autorité qui leur était confiée, et traitèrent les protestants avec une telle rigueur, qu'il ne leur resta plus de ressource que dans la révolte.

De celte cruauté des prêtres catholiques, les historiens rapportent une multitude d'exemples. Nous n'en citerons qu'un seul, pour ne pas sortir de notre sujet.

Un jeune berger protestant était à genoux, faisant sa prière. Le prieur de Valeirargues vient à passer. Il saisit cet enfant par les cheveux, le

l. Théâtre sacré des Cévennes, p. 77.

LES TROPHÈTES PROTESTANTS

traîne dans sa maison, et, afin que le juge de Lussan puisse dresser un procès-verbal, il va lui-même demander un papier timbré chez le notaire du lieu, nommé Bouton. 11 ne trouve que le fils du notaire, qui non seulement, lui refuse ce papier, mais l'injurie. Le prieur riposte, la dispute s'échauffe ; le jeune homme, irrité, court aussitôt à l'église catliolique, renverse le tabernacle, jette tous les ornements dans un puits, et se retire chez lui. On vient l'arrêter, et en même temps on met la main sur un de ses voisins, nommé Olympe, étranger à ce que le jeune Bouton venait de faire. On les conduit tous deux à Bâville, qui était alors à Uzès. L'intendant fait rouer le jeune Bouton, après lui avoir fait couper le poing, et il ordonne de pendre Olympe, malgré les preuves positives par lesquelles il établissait que non seulement il n'avait pris aucune part à l'action de Bouton, mais que rien n'avait pu la lui faire prévoir.

D'autres ecclésiastiques ne se contentaient pas d'être les pourvoyeurs des justices prévôtales établies par l'intendant du Languedoc; ils poussaient le zèle jusqu'à se mettre à la tête des troupes qui allaient, à travers les montagnes, à la recherche des assemblées religieuses, et ils faisaient eux-mêmes l'office de bourreaux sur les délinquants qui leur tombaient sous les mains.

Entre ces prêtres barbares, il en était un qui effaçait par ses cruautés, tout ce que les autres avaient commis de plus révoltant : c'était l'abbé du Chayla. Les traitements qu'il faisait subir à ses victimes paraîtraient incroyables s'ils n'étaient attestés par tous les contemporains, et même par des catholiques, qui, plus d'une fois, en ont frémi d'indignation et d'horreur.

Agé de cinquante-cinq ans, l'abbé du Chayla appartenait à une famille noble du Gévaudan. Sa taille élevée, sa mine guerrière, et surtout sa piété sombre et violente, l'avaient désigné, dès sa jeunesse, comme un athlète de l'Église militante. Nommé agrégé au séminaire des Missions étrangères, on l'avait envoyé dans le royaume de Siam, pour faire ses premiers exploits de convertisseur sur les disciples de Bouddha. De retour en France, il fut élevé à la dignité d'archiprêtre du diocèse de Mende, et depuis plusieurs années il travaillait, avec une ardeur impitoyable, à la persécution des religionnaires. Bâville, ayant reconnu en lui l'homme le plus propre à l'œuvre qu'il avait entreprise, l'avait créé inspecteur des missions des Cévennes.

Pour arriver à la conversion ou à l'extermination des réformés, tous les moyens semblaient bons à du Chayla. • .

« Tantôt, dit Court, il leur arrachait avec des pincettes les poils de la barbe ou des sourcils ; tantôt, avec les mêmes pincettes, il leur mettait des charbons ardents dans les mains, qu'il fermait et pressait avec violence, jusqu'à ce que les charbons

fussent éteints ; souvent il leur revêtait tous les doigts des deux mains avec du coton imbibé d'huile ou de graisse, qu'il allumait ensuite et faisait brûler jusqu'à ce que les doigts fussent ouverts ou rougis par la flamme jusqu'aux os »

Ces barbaries n'avaient souvent d'autre but que de forcer les patients à déceler les retraites des ministres rentrés en France, ou même simplement celles des protestants qui fréquentaient les assemblées. Mais le plus ordinairement il employait ces moyens contre ceux qui refusaient d'assister à son prône, ou qui manquaient à quelque cérémonie du culte catholique. Ayant été informé qu'une jeune fille n'avait pas observé un jour de fête, il la fit enfermer dans une espèce d'étui tournant sur deux pivots, qu'on fit mouvoir si longtemps et avec une telle rapidité, qu'elle en perdit l'usage des sens. Pour une faute de même nature, il fit saisir une autre jeune fille et la livra au bourreau, qui la fouetta jusqu'au sang. Un autre jour, on lui apprit qu'une pauvre servante du Pont-de-Montvert avait dit à de nouveaux convertis qui venaient de communier dans l'église romaine, « qu'ils avaient avalé un morceau aussi venimeux qu'un basilic, et fléchi les genoux devant Baal ». La malheureuse fille fut condamnée pour ce propos à la peine de mort, qu'elle subit avec fermeté au Pont-de-Montvert.

L'archiprêtre avait converti ses celliers en cachots ; il y parquait les malheureux arrêtés par ses sbires, et chaque jour il y descendait, pour leur donner la question. Quelquefois cependant il relâchait les prisonniers : les hommes, au prix de l'or ; les femmes, au prix de l'honneur.

Depuis vingt ans, l'abbé du Chayla tenait la population des hautes Cévennes sous ce despotisme atroce. Un jour vint pourtant où elle se fatigua de souffrir et laissa éclater sa colère.

Au mois de juillet 1702, l'archiprêtre du Chayla, assailli par les insurgés cévénols, ayant à leur tête le prophète Séguier, fut massacré après l'incendie de son château.

Séguier, poursuivi par les troupes de Bâvile, ne tarda pas à tomber entre leurs mains. Le tribunal de Floracle condamna à avoir le poing coupé et à être brûlé vif.

Le 12 août 1702, Séguier subit son supplice au Pont-de-Montvert. Ni le couperet qui lui trancha le poignet, ni la violence des flammes, ne purent lui arracher une plainte ou un soupir. D'après une tradition populaire au Pont-de-Montvert, il aurait adressé, du haut de son bûcher, ces paroles au peuple : « Frères! attendez et espérez en l'Éternel. Le Carmel désolé reverdira, et le Liban solitaire refleurira, comme une rose desséchée. »

1. Histoire des troubles des Cécennes ou de la r/uerre des Camisards, t. I, p. 25.

lY

Insurrection générale des Cévennes. — Le prophète Laporte. — Apparition de Jean Cavalier. — Antécédents de ce prophète. — Combat du Champ- Domergue. — Mort de Laporte.

Malgré une défaite essuyée par eux à Fontmorte, la plupart des compagnons de Séguier avaient échappé aux soldats du roi. Ils errèrent pendant quelques jours, sous la conduite de Salomon Couderc et d'Abraham Mazel. Peut-être allaient-ils se disperser et passer isolément k l'étranger, lorsque parut au milieu d'eux un certain Laporte, issu d'une bonne famille du Mas- Soubeyran, paroisse de Mialet, et commerçant en fers. Laporte les détourna de ce projet, par une harangue entraînante, et toute enluminée d'ornements bibliques, selon l'usage des prédicants. C'était d'ailleurs un homme puissant par sa force physique, et dont la voix tonnante était faite pour commander aux masses. Ayant servi quelque temps dans les armées, il ne manquait pas d'une certaine expérience militaire. « Sois notre chef, s'écrièrent les insurgés, après l'avoir entendu ; c'est la volonté de l'Éternel.

— L'Éternel est témoin de vos promesses, reprit Laporte : je suis votre chef. »

Il prit le titre de colonel des enfants de Dieu. Les insurgés protestants ne s'appelèrent jamais autrement entre eux, et c'est de leurs ennemis qu'ils reçurent, dans les premiers temps, le nom de barbets^ que portaient les Vaudois révoltés, et en dernier lieu, celui de camisards^ sous lequel ils restèrent vulgairement connus.

Le jour même où Laporte était nommé le chef de cette petite troupe, elle s'augmenta de douze hommes, amenés par un garde forestier de l'Aigoal, nommé Castanet, qui joua, bientôt après, un certain rôle dans l'insurrection. Dans la même troupe figuraient un jeune homme revenu tout récemment de Genève, Jean Cavalier, qui allait se montrer bientôt un des plus grands prophètes et le chef le plus renommé de la révolte cévenole; Abdias Morel,

ancien soldat, à qui ses camarades donnèrent le surnom de Catinat, à cause de son enthousiaste admiration pour le général de ce nom, sous lequel il avait servi ; deux bas officiers, Espérandieu et Rastelet. Nous avons déjà nommé, comme appartenant à la troupe de Laporte, les deux prophètes inséparables, Abraham Mazel et Salomon Couderc. Beaucoup d'autres prophètes, et surtout de prophétesses, se joignirent à eux. Leurs excitations poussèrent une troupe, numériquement très faible, aux entreprises les plus audacieuses.

Une nouvelle expédition, qui pouvait être considérée comme le pendant du meurtre de l'archiprêtre du Ghayla, signala bientôt la troupe de Laporte aux protestants du Midi comme une cohorle vengeresse, et eut pour résultat d'étendre au pays de plaine une insurrection jusque-là circonscrite autour des montagnes qui dominent le Pont-de-Montvert, près de la cime des J/'oïs- Hêtres d'où elle était descendue.

La noblesse prolestante, sauf de rares exceptions, ne prenait aucune part à la révolte ; la plus grande partie avait, d'ailleurs, émigré depuis longtemps. Les gentilshommes campagnards, restés sur leurs terres, se montrèrent quelquefois décidés, sur les sollicitations de Bâville, à se joindre aux milices et aux troupes du roi pour aider à réprimer l'insurrection, mais on ne fit jamais grand usage de leurs services : on se méfiait d'eux, comme de tous les nouveaux convertis. Il était pourtant un gentilhomme apostat qui avait tout fait pour mériter la confiance des persécuteurs de ses anciens frères. M. de Saint-Côme, avant sa conversion à l'Église romaine, avait été ancien de l'Église réformée de Nîmes. Son abjuration, qui avait suivi de près la révocation de l'Édit de Nantes, lui avait valu du roi une pension de deux mille livres. A ce prix, et pour obtenir un jour davantage, il s'était si. bien comporté contre les religionnaires de sa contrée, que Bâville s'était déclaré content de lui. Nommé colonel des milices, il avait, depuis treize ans, sabré les assemblées de protestants à Saint-Gùme, dans les bruyères de Vauvert et les bois de Candiac. Charmé de tant de zèle, l'intendant l'avait tout récemment élevé à la charge d'inspecteur des nouveaux convertis, et M. de Saint- Côme venait de procéder avec rigueur, non loin du littoral de la Méditerranée, au désarmement d'une population pauvre, qui, depuis Aymargues jusqu'à Saint-Gilles, n'ayant d'autre moyen d'existence que la chasse des oiseaux, se trouvait nécessairement réduite à la misère, par la perte de ses fusils.

Parmi les -victimes de celte mesure était Çatinat, maintenant enrôlé dans la hande de Laporte. Le dimanche 13 août, Catinat se trouvait à Yaijvert, avec six de ses amis, qui s'étaient réunis pour faire leurs prières

LA TOUB DE CONSTANCE SERVANT DE PRISON AUX INSURGÉS PROTESTANTS (PAGE 445)

LES PROPHÈTES PROTESTANTS

dans une maison de ce village. Or, le même jour, le baron de Saint-Côme, parti de son château de Boissière, pour aller inspecter les postes de milices établis à Calvisson, à Uchau et à Codognan, s'arrêtait à Vauvert, pour y dîner. Il y arrivait dans une voiture, conduite par un laquais et suivie d'un autre valet à cheval. Les religionnaires l'ayant vu passer : « Mes frères, dit Catinat, voilà notre ennemi; demandons à Dieu si sa volonté est qu'il périsse. »

Et Catinat, d'autres disent un prophète nommé Bousanquet, tomba en extase et éprouva les tremblements que les inspirés ressentaient dans leurs crises. Sorti de cet état, il dit que Dieu venait de lui déclarer qu'il fallait tuer M. de Saint-Côme

Les amis de Catinat ne se firent pas répéter un ordre qui répondait si bien à leurs désirs de vengeance. Vers six heures du soir, ils vont attendre le baron sur le chemin par lequel il devait retourner à son château. Catinat s'empare de ses armes, et d'un coup de pistolet lui brûle la cervelle, tandis que ses compagnons se jettent sur le valet à cheval. Le laquais qui conduisait la voiture, s'enfuit, et va chercher du secours dans les villages voisins ; mais à son retour il trouva son camarade expirant à côté du cadavre de son maître. Cette terrible exécution avait lieu le lendemain du supplice de Séguier.

Bâville « ne pouvait assez s'étonner d'un pareil attentat ». Il commanda d'activés recherches, pour saisir les meurtriers du baron de Saint-Côme, qui s'étaient réfugiés dans les bois. On ne mit la main que sur un innocent, Bousanquet, du Chayla, qui, peu de jours après, fut rompu vif à Nîmes.

Laporte, dans son discours aux insurgés qui l'avaient choisi pour leur chef, avait dit : « Le Dieu des armées sera notre force ! Nous entonnerons le psaume des batailles, et depuis la Lozère jusqu'à la mer tout Israël se lèvera. » Déjà sa prédiction se réalisait. Descendue des Cévennes, l'insurrection allait se répandre dans la plaine qui s'étend du pied de ces montagnes jusqu'au littoral de la Méditerranée. Laporte avait envoyé dans le bas Languedoc son neveu, Roland, pour y propager la révolte et en ramener des recrues. Les circonstances étaient, d'ailleurs, favorables à leurs projets. Les supplices qui attendaient les gens simplement soupçonnés d'avoir assisté aux assemblées religieuses, faisaient sortir de leur maison beaucoup de religionnaires, qui furent facilement racolés par les insurgés. Roland quitta Nîmes, amenant avec lui deux de ses frères. 11 entra, pour y prêcher l'insurrection, dans cette longue et belle vallée qui s'étend au sud

1. Brueys, Histoire du fanatisme de notre temvs, t. I, p. 354.

de Nîmes, c'est-à-dire dans la Vaimagc, par laquelle on descend des montagnes des Cévennes jusqu'aux plaines aboutissant à la Méditerranée \ Roland Laporte se présenta aux habitants de la Vaunage, qui étaient presque tous protestants, à la fois comme homme de guerre et comme prophète : il était, en effet, l'un et l'autre. Ayant servi quelque temps, comme son oncle Laporte, dans les armées du roi, Roland était doué, comme lui, d'une belle taille et d'un visage imposant ; mais surtout il avait au plus haut degré le don des inspirations extatiques, qui continuaient déjouer un grand rôle dans l'étrange guerre que nous racontons. Brueys nous apprend que, parlant aux villageois de la Vaunage, le prophète Roland leur dit : « qu'il s'agissait de la gloire de Dieu et de la déhvrance de son Église; qu'ils retireraient mille avantages de leur jonction avec leurs frères des montagnes ; qu'ils y trouveraient des bois et des cavernes, pour se retirer, des hameaux et des maisons champêtres, pour se nourrir ; que les châtaignes seules qui étaient prêtes à recueillir, et les fontaines qui coulaient partout, leur fourniraient abondamment de quoi subsister; qu'ainsi ils ne fussent en souci de rien ; que l'Esprit lui avait dit que le ciel ferait des miracles en leur faveur; que, pour lui, il ferait son devoir dans les expéditions militaires; qu'il n'y était pas novice, et que, selon les occasions, il saurait profiter de l'avantage des lieux, ou pour attaquer, ou pour se rallier et se retirer en bon ordre »

Ayant rejoint Catinat, Roland rentra dans les montagnes des Cévennes, avec la petite troupe que ramenaient ces deux futurs héros de l'insurrection: et Laporte apprit avec joie que la plaine était prête à répondre au cri de guerre de la montagne.

Un autre héros futur, et l'homme le plus éminent de ceux qui apparurent dans ces temps extraordinaires, le jeune Cavalier, descendit aussi dans la plaine, pour y prêcher l'insurrection. Il importe de faire bien connaître celui qui devait être le plus habile chef de cette guerre.

Jean Cavalier, né au village de Ribaute, près d'Anduze (Gard), était fils d'un laboureur. Il avait gardé les cochons dans son enfance, avant de devenir valet de berger à Vézenobre, puis garçon boulanger à Anduze. Petit et trapu, comme la plupart des enfants de ces montagnes, il avait une grosse tête, de larges épaules, et un cou de taureau, qui contrastaient avec ses yeux bleus, son visage imberbe et ses longs cheveux blonds. Enfant, il avait été envoyé, conformément aux ordonnances du roi, dans l'école catholique; mais il

1. Le bourg de Nage, étant le plus considérable de ceux qui remplissent ce vallon, lui a donné -son nom : le val de Nage ou la Vaunage.

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