‹ Les mystères de la scienceChapitre 80 sur 117 · Histoire des pasteurs du désert, t. I, p · texte numérisé non relu

Histoire des pasteurs du désert, t. I, p

rendus, que le jeune chef dut le commandement dont il fut investi. Ses puissantes facultés d'inspiration et de prophétie avaient surtout entraîné le choix de ses frères. Tel fut d'ailleurs le genre de mérite spécial qui, à partir de cette époque, assignai chaque chef son grade et sa fonction dans cette théocratie militaire.

On avait reconnu quatre degrés dans les dons extraordinaires que l'Esprit distribuait inégalement entre ceux qu'il lui plaisait de visiter. Il fallait passer par ces quatre degrés, ou obtenir, de plein saut, le plus éminent pour parvenir au commandement suprême.

Le premier degré s'appelait ï avertissement ; ceux qui n'avaient pas reçu d'autre faveur de l'Esprit étaient simplement considérés comme des prétendants ou des initiés aux mystères. Le second degré était le souffle; ceux qui l'avaient reçu, déjà un peu plus respectés que les précédents, n'avaient pourtant encore le droit ni le pouvoir de rien décider. Le troisième degré, ou la prophétie, donnait h. ceux que l'Esprit en avait pourvus, une autorité redoutable parmi les enfants de Dieu : c'étaient de véritables oracles qu'on écoutait, et des juges prononçant des arrêts qui étaient toujours exécutés sans hésitation. Le quatrième degré s'appelait le don; il comprenait tous les autres, en y ajoutant un caractère de mysticisme subhme. Ceux qui étaient honorés du don « n'étaient plus consultés, dit Brueys, et même s'abstenaient de prophétiser, soit qu'ils se crussent trop élevés pour se mêler des affaires de la terre, soit que la trop forte haine qu'ils avaient alors, disaient-ils, contre les catholiques, les eût tirés de l'état désintéressé où l'on doit être pour prononcer de justes arrêts\ »

Roland était un de ceux qui avaient reçu \edo?i, et c'est ce qui détermina son élection au commandement suprême.

Après l'élection de ce chef, on procéda à l'organisation des forces insurrectionnelles. Elles s'étaient, en peu de temps, tellement accrues, qu'elles formaient déjà une petite armée, d'environ douze cents hommes. Jusque-là, les insurgés avaient été partagés parLaporte en compagnies de cent hommes, commandées chacune par un chef, qui portait le nom de brigadier. Ces chefs, qui, suivant l'occasion, pouvaient agir comme officiers généraux, avaient sous leurs ordres, chacun dans sa compagnie, un lieutenant, deux sergenis et deux caporaux. Roland changea cette organisation ; il forma cinq légions : chaque légion se divisait en brigades de cent hommes, et chaque brigade se subdivisait en deux compagnies de cinquante hommes.

Les insurgés appartenant aux hautes Cévennes, comprises entre le Gardon

Page 1