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Le fanatisme renouvelé, t. I, p

rendre justice à Laporte, s'écrie, avec sa naïveté ordinaire : « Tant il est vrai que la folie donne de la valeur ! » Après celte charge brillante et quelque peu téméraire, Laporte ayant vu tomber près de lui trois de ses hommes, et trois autres faits prisonniers, remonta sur la montagne, où Poul, qui savait, au besoin, allier la prudence à la valeur, se garda bien de le suivre. Outre deux lieutenants et cinq hommes blessés, il avait laissé lui-même sur le terrain, quelques soldats et un capitaine de milices. Pour cacher cette perte, il fît transporter ses morts dans une bergerie, à laquelle il mit le feu : il publia ensuite que les hommes qui lui manquaient étaient passés du côté de l'ennemi.

C'était au mois de septembre 1702 qu'avait lieu le combat de Champ- Domergue. Dans le mois suivant, Poul, qui s'acharnait à la poursuite de Laporte, le joignit à Maulezon. 11 apprit, grâce aux indications d'un traître, que le chef des enfants de Dieu s'était retiré, le dimanche 22 octobre, sur une hauteur occupée par le village de Sainte-Croix, entre le château de Mazel et le chemin de Témelac. Afin de l'envelopper, Poul divisa sa troupe ; il en fit filer une partie le long du chemin de Témelac et l'autre le long du ruisseau de Maulezon. Laporte, surpris, eut à peine le temps de mettre ses hommes en état de défense. 11 vint, malheureusement, à tomber une pluie, qui mit presque tous les fusils hors de service ; trois seulement firent feu. Poul, qui s'aperçoit du désavantage que celle circonstance fortuite cause à ses adversaires, fond sur eux avec impétuosité. Laporte veut éviter cette charge en faisant retirer ses liommes derrière des rochers. Mais, en présidant à cette manœuvre, il est frappé d'une balle, qui l'étend mort, aux pieds de sa troupe.

Quoique privés de leur chef, les enfants de Dieu opérèrent leur retraite sans désordre. Ils eurent le temps de passer le ruisseau de la Tillade, avant l'arrivée de l'autre moitié du bataillon de Poul, qui suivait le ruisseau de Maulezon pour leur barrer le chemin de ce côté. Ils laissaient sur le champ de bataille neuf hommes, y compris leur chef.

Poul fit couper les têtes des morts. Afin de grossir son trophée, il y fit ajouter, par un triste artifice, les têtes des trois soldats qu'il avait perdus lui-même dans cette affaire ; ces douze têtes furent envoyées dans deux corbeilles à M. de Broglie, qui les fît exposer, le 25 octobre, sur le pont d'Anduze, et le lendemain sur le fort Saint-Hippolyte. De là un détachement de soixante hommes les porta, en grande pompe, à l'intendant Bàville, qui les fit exposer, à son tour, sur l'esplanade de Montpellier.

Roland nommé chef suprême de l'insurrection religieuse. — Organisation de l'armée des Camisards. — Rôle des prophètes dans l'armée.

Bâville n'avait pas coupé, avec la tête de Laporte, celle de l'insurrection. Ses lieutenants, Catinat, Roland, Abraham et le jeune Cavalier, réunirent les religionnaires dispersés et élurent un nouveau chef dans une assemblée : ce fut le neveu de Laporte, Roland.

Roland avait servi, dans sa jeunesse, dans un régiment de dragons, et fait vraisemblablement les campagnes des Alpes, sous Catinat. Il y avait pris les habitudes de la guerre des montagnes, et acquis certaines notions de l'art militaire. Nous l'avons vu insurger la Vannage, et amener à son oncle une petite troupe de jeunes gens de la plaine. Il avait même obtenu la promesse d'un secours de cinq cents hommes de ce pays ; et en effet, les cinq cents combattants promis se rendirent plus tard dans le camp des religionnaires. Depuis sa sortie de la Vaunage, il avait commandé une des trois brigades que les enfants de Dieu avaient formées de leur petite troupe.

« Roland, dit M. Peyrat, était de taille moyenne et d'une constitution nerveuse et robuste ; il avait la face ronde, gravée de petite vérole, mais d'un beau teint, les yeux grands, le regard plein de feu, mais voilé, les cheveux longs et d'un blond obscur; il était naturellement grave, silencieux, impérieux, de parole brève et mâle, (le tête et de cœur ardents, sous un aspect impassible »

Il n'avait pas encore atteint sa vingt-cinquième année lorsqu'on lui déféra les honneurs du commandement suprême. Les catholiques l'appelaient par dérision, le comte Roland^ et même le roi des Cévennes^ mais line prit que le titre de général des enfants de Dieu.

Ce n'est pourtant pas à ses talents militaires ni aux services qu'il avait

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