‹ Les mystères de la scienceChapitre 84 sur 117 · Théâtre sacré des Cévennes, p · texte numérisé non relu

Théâtre sacré des Cévennes, p

€t d'ailleurs, il se reprochait d'avoir en quelque façon dissimulé ravertissemenl que Dieu lui avait envoyé, ou plutôt, de n'en avoir pas profité aussitôt qu'il l'aurait ■dû faire. Car lorsqu'il consentit à la mort du traître, il nous dit qu'il avait eu luimême un avertissement en vision du mauvais dessein de cet homme, dans laquelle vision ledit La Salle, étant couché auprès de lui, avait voulu par trois fois le tuer «d'un coup de pistolet, et que chacun des trois coups avait manqué.

« Dès qu'il eut été résolu de faire mourir La Salle et qu'on eut ordonné qu'il fût exhorté et consolé, selon que cela se passait en pareille occasion, je m'éloignai de l'endroit de l'exécution et je m'en allai vers le frère Cavalier, qui n'avait pas voulu non plus en être témoin. Comme toute la troupe était en prières pour le criminel, le frère Cavalier, qui était assis à terre, tomba en extase et eut des agitations extraordinaires. Dans la violence des mouvements qui le soulevaient et qui le secouaient rudement, l'Esprit lui dit : Je t'assure, mon enfant, que si tu murmures contre mon commandement, je f abandonnerai. Je f avais fait connaître qu il fallait que ce traître fût mis à mort, et tu ni as résisté. Prends garde, mon enfant ; car je te déclare que si tu n'obéis aux ordres que je te donne, je V abandonnerai et je donnerai mon troupeau à conduire à d'autres qui le conduiront aussi bien que toi. Jo puis bien répondre de ces paroles; mais il y en eut beaucoup d'autres qui tendaient à la même chose. Je fus extraordinairement touché, de même que les autres qui •étaient présents, de cette terrible extase du frère Cavalier'. »

Voici un autre fait du même genre, qui est rapporté dans la déposition de Jean Cavalier (de Sauve), qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre chef, •et qui était seulement de sa famille.

« Après la bataille de Caverne, nous nous en allâmes au château de Rouvière, à ime demi-lieue de Sauve. Comme j'étais avec le chef Cavalier, mon cousin, et plusieurs des principaux de la troupe, il dit tout haut : Je me sens tout contristé, un Judas m'a baisé aujourd'hui . Cependant on prépara le dîner; environ A'ingt personnes se trouvèrent à table, tant de ceux de la troupe que des amis du voisinage. Entre autres, il y avait un certain N..., protestant de profession, qui avait •été l'ami de l'illustre Brousson; il avait aussi toute la confiance de M. Cavalier, et nous le regardions tous ensemble avec d'autant plus d'estime, qu'il avait toujours fréquenté nos saintes assemblées, qu'il aidait souvent à les convoquer, qu'il recevait les charités de ceux qui nous communiquaient des secours d'argent, et <[u'il avait même souffert la prison pour quelqu'une de ces bonnes œuvres. C'était un homme de quarante-cinq ans. Comme nous étions tous à table, N... à la droite de mon cousin et moi à sa gauche, l'Esprit me saisit avec de grandes agitations, au miheu du repas ; et, entre autres paroles, il me fit prononcer celles-ci : Je te dis, mon enfant, quun de ceux qui sont assis à cette table et qui a trempé la main dans le même plat avec mon serviteur, a desseiti de l'empoisonner. Presque aussitôt que mon inspiration eut cessé, une parente de M. Cavalier, qui était dans la même chambre auprès du feu, tomba en extase et dit en propres termes : Il y a ici un Judas qui a baisé mon serviteur et qui est venu pour l'empoisonner. Dès que mon

l. Théâtre sacré des Cévennes, p. 119-121. Dépositiou de Durand Fage.

LES PROPHÈTES PROTESTANTS

cousin eut entendu ce que j'avais prononcé, il s'était abstenu de manger et avait ordonné que les portes fussent gardées ; mais après qu'il eut reçu le second avertissement de la bouche de la jeune fille, il fit redoubler la garde. La compagnie conlinua de dîner. Comme on était encore à table, le frère Ravanel (celui qui a souffert le martyre) fut soudainement saisi de l'Esprit avec des agitations très grandes : Je t'assure, mon enfant, lui dit l'Esprit, qu'il y a présentement un traître assis à cette table qui a reçu une somme d'arg ent pour empoisonner mon serviteur et même toute la troupe s'il lui était possible. Je te dis qu'il a promis à l'ennemi d'empoisonner le chef, et qu'il s est proposé, en entrant dans celte maison, d'empoisonner l'eau de la citerne et le sceau, pour tâcher de détruire le troupeau, s'il ne peut pas faire périr le berger. K. l'instant que M. Cavalier eut entendu ces paroles, il défendit qu'on puisât de l'eau, et il fit garder la citerne du château après que l'on eut jeté le seau dedans.

« Dans le même temps, on vint dire dans la chambre où nous étions que le frère Duplan, brigadier de la troupe, qui était dans une autre chambre, venait de tomber dans une extase extraordinaire, avec de fort violentes agitations. J'j^ courus et j'entendis qu'il prononça ces paroles : Je te déclare, mon enfant, qu'il y a dans celle maison un homme qui a vendu mon serviteur pour une somme d'argent (il nomma 500 livres ou 500 écus). // a mangé à la même table que lui. Mais je te dis que ce traître sera reconnu, et qu'il sera convaincu de son crime. Je le dis qu'il a dessein présentcînent de jeter le poison qu'il a caché sur lui, ou de le mettre dans les habits de quelqu'un de la compagnie ; mais je permettrai qu'il soit reconnu et nommé par son nom. M. Cavalier ayant été averti de l'inspiration de Duplan, le fit venir dans une chambre particulière, avec les trois personnes qui avaient eu des inspirations, et tous ceux qui avaient mangé avec nous à la même table. On avait commencé à fouiller plusieurs de ces mêmes personnes, lorsque Duplan, qui marchait au milieu de ses agitations, entra dans la chambre ; il vint droit à N..., et lui mettant la main sur le bras, il l'accusa et le censura avec beaucoup de véhémence , en disant : Ne sais-tu pas, misérable, que je vois toutes choses, que je sonde les cœurs et les reins, que les plus secrètes pensées me sont découvertes ? N'appréhendes-tu pas mes jugements terribles ? Oserais-tu nier le complot que tu as fait avec les ennemis de mon peuple? Confesse, malheurenx, confesse ton cr'imel

<( N... voulut s'excuser ; mais Duplan, dans un redoublement de l'inspiration, déclara positivement que le poison était dans la tabatière et dans la manche du justaucorps de celui qui était accusé, de sorte qu'il fut pleinement convaincu. J'étais présent et j'ai vu tout cela. Le poison était dans du papier. M. Cavalier ayant des raisons particulières pour ne pas faire mourir ce traître, et, sa mort n'ayant pas été ordonnée par aucune des quatre inspirations, il se contenta de le censurer et de lui représenter quantité de choses qu'il n'est pas nécessaire c[ue je rapporte ici. De sorte que, la nuit étant venue, N... eut la liberté de s'en retourner chez lui. Il y eut ordre à la troupe de se préparer pour la prière générale, en actions de grâces de la délivrance admirable que Dieu nous avait accordée »

La dernière histoire que nous allons transcrire signale un fait plus mira-

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