Théâtre sacré des Cévennes, p
étaient encore à la mamelle, et qui ne pouvaient parler dans cet âge si tendre que quand il plaisait à Dieu de faire annoncer ses merveilles par la bouche de ces innocents K »
Déposition de Pierre Chaman :
« J'ai vu, dans l'année 1701, quantité de personnes qui avaient reçu les grâces... J'ai connu à Uzès un nommé G... qui avait un petit garçon de cinq ans qui prophétisait. Il est tombé plusieurs fois en ma présence, par le saisissement de l'Esprit, avec des agitations de la tète et de tout le corps. Après cela, il parlait, il prédisait des malheurs à Rabylone et des bénédictions à l'Église, et il faisait de grandes exhortations à la repentance. Mais le pauvre petit était quelquefois si agité, que ses paroles étaient alors fort entrecoupées. Il parlait toujours français, et il se servait de ces expressions : Je te dis, mon enfant: mon enfant, je t'assure-, etc. »
Déposition de Sarra Dalgone :
« Un de mes voisins avait une petite fdle de huit à neuf ans qu'il avait plu à Dieu de mettre dans cet état, et je l'ai vue plusieurs fois, pendant qu'elle avait ses inspirations. Une fois, comme je la vis chancelante, je la mis sur mes genoux, et tout son accès s'y passa. Elle ne respirait que par soupirs, sa poitrine était agitée et tout son corps était tremblotant. Quelques minutes après qu'elle eut été saisie de cette manière, elle parla, comme cela lui arrivait d'ordinaire, toujours en bon français... Je suis très assurée qu'il lui aurait été impossible de parler à l'ordinaire comme elle parlait dans l'inspiration, et il est même très constant qu'elle ne se serait jamais avisée de s'exprimer autrement que dans le patois du pays; car on ne parlait pas plus français dans notre petit bourg que si nous n'eussions pas fait partie du royaume de France ^. »
Celte circonstance que les inspirés dans leur délire s'exprimaient toujours en français, langue inusitée dans leurs campagnes, est bien remarquable. Elle était le résultat de cette exaltation momentanée des facultés intellectuelles qui forme l'un des caractères de la maladie des trembleiirs des Cévennes. Les prédications et les cérémonies du culte du désert se faisaient toujours en français, car cette langue est celle de l'Église réformée, comme le latin est la langue de l'Église catholique. Bien que fort peu familiarisés avec le français, ces bonnes gens se rappelaient merveilleusement, dans leurs extases, les expressions et les tournures de cettelangue, qu'ils avaient retenues de la bouche des prédicants du désert, et ils les reproduisaient de manière à atteindre quelquefois à une certaine éloquence. Il arrivait souvent aussi que des personnes à facultés intellectuelles très bornées, parlaient,