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LES PROPHÈTES PROTESTANTS
dans le cours de cette extase, avec une étonnante facilité. Ce sont là, d'ailleurs, deux phénomènes qui s'observent dans beaucoup d'affections cérébrales.
Marie Chauvain, dans sa déposition, rapportée dans le Théâtre sacré des Cévennes^ parle en ces termes d'une jeune fille de dix-huit ans, qui louait ses bras aux agriculteurs, pour la récolte des fruits :
« Pendant qu'elle était chez ses maîtres, ceux-ci étaient dans une surprise extrême, non seulement d'entendre dire des choses admirables, avec tant de facilité, à cette jeune fille qui ne savait ni A ni B ; mais ce qui nous étonnait encore, c'était sa hardiesse et son courage, elle qui était fort timide en toute autre occasion... Mais il est évident que c'était une cause surnaturelle qui la faisait parler, puisqu'elle n'avait jamais fait que garder des brebis, et que, dans le temps de son inspiration, elle prononçait avec liberté et rapidité mille belles choses, qui auparavant n'avaient jamais été dans son esprit'. »
Déposition de Caladon :
« J'ai vu un grand nombre de ces inspirés, de tout âge et des deux sexes... C'étaient tous des gens sans malice, et on qui je n'apercevais rien que je pusse soupçonner être de leur invention. Ils faisaient de fort belles exhortations, parlant français pendant la révélation. On doit remarquer qu'il n'est pas moins difficile à des paysans de ces quartiers-là de faire un discours en français, qu'à un Français qui ne ferait que d'arriver en Angleterre de parler anglais ^. »
Déposition du même :
(( Des diverses personnes que j'ai vues dans le saisissement (je ne sais comment exprimer cela), il ny en a point eu qui m'ait causé plus d'étonnement qu'une certaine pauvre idiote de paysanne, âgée d'environ quarante ans : je la connaissais parce qu'elle avait été en service chez un de mes amis. C'était assurément la plus simple et la plus ignorante créature que nos montagnes eussent jamais produite. Quand on me dit qu'elle prêchait, mais qu'elle prêchait à merveille, je n'en crus rien du tout. Il ne pouvait pas me tomber dans l'esprit qu'elle pût seulement joindre quatre mots de français ensemble (et j'en aurais juré), ni même qu'elle eût la hardiesse de parler dans une compagnie. Cependant, j'ai été témoin plusieurs fois qu'elle s'acquittait de tout cela miraculeusement bien. Cette ânesse de Balaam avait une bouche d'or, quand l'intelligence céleste la faisait parler. Jamais orateur ne s'est fait écouter comme elle... C'était un torrent d'éloquence, c'était un prodige, et ce que je dis n'a rien d'exagéré. Une autre chose fort singulière, c'est que cette prophétesse prêchait souvent, et qu'elle était en quelque sorte maîtresse de ses enthousiasmes, c'est-à-dire qu'elle les obtenait quand elle les demandait
Déposition de Claude Arnassan :