Ibid., p
« Il y avait chez mon père un berger, nommé Pierre Bernaud, qui était un pauvre imbécile. Il me priait quelquefois de le mener aux assemblées; mais je n'osais pas le faire, me déflant de sa faiblesse, et par conséquent de son indiscrétion. Je me hasardai pourtant une fois, je le menai à une assemblée qui se fit de nuit. Étant là, je remarquai qu'il se mit à genoux, et qu'il y demeura environ deux heures. Incontinent après, il tomba comme mort; ensuite, tout son corps fut beaucoup agité. Le lendemain, il retomba, et ses agitations furent extraordinairement grandes. Gomme il était couché à la renverse, son corps se soulevait et sautait comme s'il avait été ainsi secoué par quelque homme fort. Nous eûmes peur qu'il ne se blessât, et trois d'entre nous voulurent le tenir ; mais il fut impossible d'arrêter la violence de ses mouvements. Il continua dans le même état, en se frappant, et il était tout trempé de sueur. Les mêmes accidents lui arrivèrent encore deux ou trois fois avant qu'il parlât. Mais enfin son grand maître lui ayant ouvert la bouche, la première chose qu'il dit fut qu'il avait été ainsi tourmenté à cause de ses péchés. Dans la suite, ses mouvements furent plus modérés, et les paroles qu'il prononça furent autant de sollicitations pressantes à l'amendement de vie, s' exprimant en français, chose fort notable en ce pauvre simple paysan. Ses discours étaient pathétiques, et il citait, à propos, des passages de l'Écriture, comme s'il avait su la Bible par cœur. Je suis assuré qu'il ne savait pas lire, et je puis bien répondre non seulement de sa grande ignorance, mais de l'incapacité de son esprit pour recevoir, ni en peu de temps ni avec un long travail, la connaissance et l'idée des choses qu'il disait par ses inspirations ^ »
Nous avons dit que nos inspirés, une fois sortis de leurs crises, ne se souvenaient point ou ne retraçaient qu'imparfaitement le sens des paroles qu'ils avaient proférées. C'est ce qui se passe dans la plupart des circonstances où, par un fait morbide, les facultés intellectuelles ont reçu une notable exaltation ; c'est encore le cas des magnétisés en proie au somnambulisme artificiel. Le Théâtre sacré des Céoennes va nous fournir diverses attestations de ce fait.
Déposition de Jacques Bresson :
))Quaudje demandais aux personnes plus avancéesen âge si elles se souvenaient de ce que leur bouche avait prononcé, pour le répéter, ou pour en faire entendre toute la substance, elles me répondaient qu'elles ne s'en souvenaient pas assez pour cela ^ »
Déposition de Galadon :
« La plupart des inspirés étaient des jeunes gens et des personnes grossières ; c'étaient ceux qui parlaient le mieux quand ils révélaient. Les uns me disaient qu'ils