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PENDANT QU ON CHANTE

Le capitaine Paddy attira Snail dans un de ces enfoncements obscurs qui abondent sur toute la longueur de Before-Lane. Avani d'ouvrir la bouche, il prit soin d'éclairer minutieusement ses alentours. Il ne vit personne.

— Mon cher enfant, dit-il d'une voix grave et dogmatique, bien qu'on puisse affirmer que, chez vous, la perversité a devancé l'âge, et bien que vous ayez l'àme noire comme le trou le plus noir de cette ruelle maudite, vous n'avez jamais rempli jusqu'ici aucune mission importante. Miauler n'est pas un métier, que diable ! ajouta Paddy que son éloquence entraînait vers ses formules accoutumées ; tu ne peux pas, ignoble scamp, mon cher petit, de par Dieu ! miauler toute ta vie. Il faut se faire une position, un sort, ou le diable m'emporte ! Je disais donc, que le tonnerre m'écrase !... Ilem !... hem ! je disais, vil espoir de Botany-Bay, mon pauvre cher garçon.., je suis sûr que je disais, — de par l'enfer! je disais... Que disais-je, Snail, au bout du compte?

— Je ne sais pas, capitaine, répondit Snail,

— Tu ne sais pas, Snail, tu ne sais pas... ni moi non plus... mais je me souviendrai une autre fois. Veux-tu gagner dix guinées ?

Snail ne répondit pas.

Depuis une seconde, il était fort occupé à suivre les mouvements d'une masse noire et presque indistincte qui rampait le long des maisons, du côté de: The Pipe and Pot. Cette masse avançait lentement, mais par* un mouvement continu, vers l'enfoncement où avait lieu l'importante entrevue de Snail et du capitaine Paddy.

— Eh bien, limaçon d'enfer! reprit ce dernier, qu'en dis-tu ?

— C'est Bob! murmura Snail ; est-il curieux, au moins, ce diable de Bob 1

— L'enfant est ivre ou fou, pensa Paddy; Snail, mon fils, que

viens-tu me parler de ce hideux mendiant de Bob-Lantern, notre bon compagnon?

— Le voilà, répondit Snail.

— Où ? demanda Paddy en tressaillant.

Snail montra du doigt la masse noire qui continuait d'avancer lentement.

— C'est Bob, cela! murmura le capitaine. Parlons bas... et laisse approcher ce cher ami : je lui dois quelque chose. Nous disions donc que tu as bonne envie, petit Snail, de gogner dix guinées?

— J'aimerais mieux gagner quinze guinées, capitaine.

— Quinze guinées soit, jeune sangsue I je ne marchanderai pas. Ta besogne est simple et aisée. Tu vas aller chez un fripier, où tu achèteras un habit complet de gentleman. Tu fourreras dans ce costume tes maigres os; tu entreras au théâtre et tu iras t'asseoir au foyer. Est-ce dit ?

— C'est dit... Bob n'est plus qu'à trente pas.

Le capitaine s'enfonça davantage dans l'angle où il se cachait.

— Laisse-le approcher, mon enfant. Au foyer, tu attendras jusqu'à ce qu'un gentleman vienne te toucher la main comme cela.

Il lui toucha le dessous des doigts d'une certaine façon.

— Mais, dit Snail, comment ce gentleman me reconnaitra-t-il ?-

— Est-ce que j'ai oublié cela ? s'écria Paddy ; je me fais vieux ou le diable m'emporte, graine de pendu, mon cher fils ! Tu mettras à la boutonnière un bout de ruban jaune.

— C'est bien... Bob n'est plus qu'à vingt pas.

— Laisse-le approcher, mon fils... Ce gentleman te dira ce qu'il faut faire et tu lui obéiras. Tiens, voilà cinq guinées pour ton costume d'homme comme il faut, et cinq guinées, diabolique enfant, pour te donner du cœur. Tu auras le reste après.

— Bien, capitaine... Bob n'est plus qu'à dix pas.

— Ah ! il n'est plus qu'à dix pas, grommela Paddy,' le chei garçon ! •

Et, changeant de ton tout à coup, il ajouta de manière à être entendu d'un bout de Before-Lane à l'autre :

— C'est la vériié, Snail, de par Dieu ! jeune scélérat. Ce sont les plus fins qu'on trompe le plus volontiers. Vois, par exemple, cet

abject pendard de Bob, noire bon camarade. Eh bien, Snail, mon Gis, dangereuse teigne, Bob est trompé, indignement trompé par cette Tempérance dont il est fou, le pauvre di;ible !

Bob s'était arrêté court. Snail riait sous c;ipc. Le capitaine serra vigoureusement la pomme de sa canne.

— Je veux que Dieu me damne, reprit-il, si ce n'est pas dommage ! Bob est un monceau d'ordures ambulant; mais, de par l'enfer! c'est un honorable compère, après tout. Et quand on pense que sa femme l'abandonne pour ce grand drôle de Tom Turnbull...

— Turnbull ! râla Bob avec rage...

— On a parlé ! s'écria Paddy, qui s'élança hors de son trou ; on a parlé, mon et sang ! et damnation ! Qui a parlé ? Un homme ici ! un homme aux écoutes !

Le capitaine prit sa canne à deux mains et frappa sur Bob à tour de bras. Celui-ci s'enfuit en hurlant. Snail se tenait les côtes.

Gela lui apprendra à me voler mes foulards! murmura Paddy triomphant.

Mois sa vengeance avait été plus loin qu'il ne le pensait. Bob ne sentait pas les coups de canne; c'était au cœur qu'il était blessé. Avant de rentrer à : The Pipe and Pot, il s'appuya, chancelant, à la muraille et serra convulsivement sa poitrine à deux nrjains,

— Tempérance ! dit-il ; ah ! Tempérance !... et Turnbull ! Quand il rentra au public-house, ce fut auprès de Mich qu'il alla

s'asseoir.

Le capitaine Paddy, content du succès de sa comédie, quitta Snail et revint au théâtre de Covent-Garden. La représentation allait son train. Le second acte de Freyschutz, chanté bien ou mal par la troupe tudesque, s'achevait sans encombre. Geci, à vrai dire, était la moindre chose. On attendait le ballet. Weber était le prétexte de la réunion ; les fines jambes de ia signera Briotta en étaient le véritable but.

Vers le milieu de l'acte, Brian de Lancester quitta la loge de lady Campbell. Le cœur de Susannah battit bien fort. Elle attendit, comptant chacun des pas que pouvait faire Brian dans le corridor circulaire. Elle le sentait venir.

— Le voici ! dit la voix mystérieuse à l'oreille de Susannah ; soyez heureuse, mais soyez prudente !

La porte s'ouvrit. Brian de Lancester entra. Il salua respectueusement lady Ophéiia et se fît présenter à madame la princesse de Longuevilie. Tandis qu'il s'entretenait avec la comtesse, Susannah le contemplait avidement, non point en dessous et à la dérobée, comme ont coutume de faire les jeunes filles, mais la tète haute et sans prendre souci de cacher la puissante attraction qui la portait vers lui. Brian s'en aperçut peut-être, mais il faisait comme s'il ne s'en fût point aperçu.

— Vous n'étiez pas hier au bal de Trevor-House? dit la comtesse.

— Non, madame, répondit Brian; malgré l'attrait d'un grand bal donné en dehors de la saison, j'ai dû vaquer à mes occupations et vendre toute la soirée des briquets phosphoriques à la porte de miiord mon frère.

Ceci fut dit d'un ton simple et avec un grand sérieux. La comtesse ne put s'empêcher de sourire.

Pauvre comte ! dit-elle ; vous êtes impitoyable pour lui, miiord ! Mais vous n'avez pas vendu des briquets toute la nuit, je pense?

— Non, madame; jusqu'à onze heures seulement. A onze heures, il est arrivé un petit incident que je me ferai un plaisir de conter à Votre Seigneurie. J'étais tranquillement assis sur la première marche de l'escalier de l'hôtel, criant mes allumettes à pleine voix, lorsque l'intendant de mon frère, un misérable qui se nomme Paterson, milady, m'a fait, du haut du perron, sommation de déguerpir. Je lui ai naturellement demandé s'il voulait m'acheter un briquet de deux pences. Pour toute réponse, le maraud a lancé sur moi un groom qui m'a gratifié d'une douzaine de coups de canne.

— En vérité, miiord ! s'écria la comtesse. Susannah rougit.

— Comme j'ai l'honneur de l'affirmer à Votre Seigneurie, reprit M. de Lancester, de bons coups de canne !

— Et qu'avez-vous fait? *

— Je ne suis pas riche, milady, malheureusement. J'ai tiré mon portefeuille, et je n'ai pu donner à ce groom qu'une misérable banknote de cinq livres.

— Cinq livres pour des coups de canne !

— Je les eusse payés cent guinées, madame ^ Volontiers et de

bon cœur, si mes moyens me l'avaient permis. Oh ! voyez-vous, milord mon frère a dû passer une pitoyable nuit! J'avais là quelques bons amis qui m'ont servi de témoin et j'ai porté une plainte devant le magistrat. Il y aura plaidoirie, scandale, milady ! un frère frappé par le valet de son frère ! Je veux que mon avocat fasse pleurer l'auditoire à chaudes larmes. Il y a de quoi, n'est-ce pas? Mais veuillez me dire, de grâce, milady, si vous n'avez point aperçu le comte de White-Manor dans la salle.

— Certes, si je l'avais vu, je ne vous le dirais pas, monsieur, répondit la comtesse ; j'ai vraiment pitié du pauvre lord.

— Merci, madame! répliqua Brian avec une légère emphase ; c'est quelque chose, lorsqu'on est le plus faible, que d'éloigner de soi la pitié du monde pour la renvoyer, accablante et moqueuse, à son adversaire !

Brian de Lancester se leva en prononçant ces derniers mots; son œil brillait; il y avait dans toute sa personne une énergie sérieuse qui faisait grandement contraste avec l'apparence frivole de ses paroles.

Susannah avait compris peu de chose à tout cet entretien. Prenant à la lettre tout ce qu'avait dit Brian, elle croyait deviner qu'il était malheureux. Son cœur bouillait d'indignation à la pensée de l'outrage subi par l'homme qu'elle plaçait tant au-dessus des autres hommes. Elle eût voulu le consoler et mettre son amour comme un baume sur cette blessure qu'elle voyait saigner à l'àme de Lancester.

La visite de ce dernier semblait terminée. Susannah eut peur, car il allait se retirer comme il était venu, sans qu'elle fût pour lui, elle qui l'aimait tant, rien de plus qu'auparavant. Et quand le reverraît-elle ?

La porte de la loge s'ouvrit. Un visiteur entra. Brian, qui avait salué la comtesse et fait un pas vers la porte, se ravisa soudain et vint sans façon s'asseoir auprès de Susannah. La comtesse causait maintenant avec le nouveau venu.

Brian fut quelques secondes avant de parler. Il couvrait Susannah d'un regard fixe. La pauvre fille tremblait sous ce regard qui ployait sa vigoureuse nature et la domptait.

— Vous êtes bien belle, madame, dit enfin Brian d'une voix grave et triste. J'aurais mieux fait de ne point vous voir.

144 LES MYSTERES Dli LOiNUR

Il s'arrêta et prit la main de Sasannah, qui ne la retira point.

— Je ne crains pns le ridicule, moi, poursuivit-il ; si l'on m'a trompé pour me railler ensuite, peu m'importe. On m'a dit que vous m'aimiez, madame?

— C'est vrai, répondit Susannah.

Brian de Lancesler demeura comme étourdi à cette réponse inattendue. Ses yeux se baissèrent involontairement. Lorsqu'il les releva, deux larmes roulaient lentement sur la joue pâlie d(.' la belle fille.

Brian de Lancester fut ému puissamment, et le manteau de froideur où il s'enveloppait d'habitude se déchira comme par enchantement,

— ^ Vous m'aimez! répéta-t-il d'une voix altérée; hélas! madame^ me connaissez-vous? savez-vous ma folle vie? Moi, je ne vous aime pas, madame ; je ne veux pas vous aimer... ce serait cruauté !

Susannah le regarda, et un sourire éclaira sa pau[)icre où ses larmes achevaient de se sécher.

— Vous m'aimerez, dit-elle; oh! vous m'aimerez! je le sens; je le sais... votre voix me le dit, malgré vos paroles.

Brian ne répondit pas tout de suite ; il se complut un instant dans la contemplation de cette admirable créature qu'il pouvait faire sienne d'un mot, il but à longs traits la passion qui jaillissait des yeux demiclos de Sasannah ; il fut vaincu.

— Oui, je vous aimerai, dit-il enfin d'une voix basse et profonde; je vous donnerai de moi tout ce que je puis donner, madame. Bien des personnes sages me croient fou, et moi-même, parfois, je ne sais trop que penser... Attendez !!!

Brian prononça ce mot d'un ton sec. Son œil, qui naguère s'attachait,

passionné, sur le beau visage de Susannah, lança vers le fond de la

'salle un éclair plein d'amertume et de colère. Il venait d'apercevoir

dans une loge de face la figure somnolente de son frère le comte de

White-Manor.

— Madame, reprit-il, si vous m'aimez encore dans dix minutes, je vous aimerai, moi, toute ma vie!

Il se leva et sortit précipitamment, laissant Susannah stupéfaite. Brian de Lancester descendit quatre à quatre les escaliers, et ne s'arrêta que dans la rue.

— Johnny, cria-t-il.

Le cab qui l'avait amené stationnait à peu de distance. Un homme en descendit.

— Ma boîte et ma veste, Johnny! reprit Brian, qui se dépouilla prestement de son élégant frac noir.

Johnny retira de la voiture une veste de garçon de taverne et un tablier blanc, comme en portent les gens de service des foyers de théâtre. Brian de Lancester revêtit la veste, ceignit le tablier, prit sous son bras une boite plate et carrée que lui tendait Johnny, et remonta, toujours courant, les degrés de Covent-Garden.

ON ECCENTRIC MAN

Brian de Lancester, fils puiné de feu Hugh de Lancester, comte de White-3Linor, s'était trouvé de bonne heure dans cette situation fausse presque intolérable, qui est en Angleterre le lot des cadets nobles' Elevé ausem d'une opulence presque royale, il se trouva tout à coup a la mort de son père, réduit à la portion congrue. Son frère -race aux règles rigoureuses du partage noble, héritait à la fois de h pairie et des neut dixièmes du patrimoine.

Brian avait mené jusque-là une vie d'imprévoyance et d'étourderie Il contmua de vivre oisif, mais non plus insoucieux. Une colère sourde grondait au dedans de lui.

^ L'un des princes de la mode et membre fort influent des clubs de la jeune aristocratie, il ne déclamait point contre le droit d'aînesse parce que les rancunes du vrai Saxon ne se traduisent point en vides paroles comme celles des gens de France et d'Irlande, mais il amassait en lui sa haine et songeait déjà aux moyens de déclarer à cette loi qui le im«: "" '""" ' ""^' ""^ '^'''^ ^"^^^^-' P^^-^e, légale,

Il mangeait, pendant cela, son peu de bien fort galamment et assurait sa position d'homme à la mode, en ajoutant à ses autres mérites

une nuance des plus foncées é'eccenlricity. C'est là un mol que les gens du continent ont traduit, et dont ils abusent volontiers, comme de tout ce qui a rapport au fashion britannique, mais qu'ils ne comprennent point. L' eccentricihj est, comme Vhumour^ un mot et une chose spécialement, uniquement anglais. Ce qu'il faut pour faire un eccentric passable se trouve dans le sang saxon, dans l'air épais de Londres, dans les brouillards de la Tamise, et non pas ailleurs. Aussi ecceniricity ^ comme tout ce qui est purement national, jouit en Angleterre d'une vogue immodérée.

Brian, dans sa jeunesse, accomplit de très-méritantes excentricités. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, ce fut lui qui, en 183., fit paraître la première édition de cejuggle (mauvaise plaisanterie), qui a conquis depuis une célébrité européenne.

L'Honorable Pegasus Anticorn, membre du parlement, portait d'effrayantes moustaches. Un matin, Brian de Lancester se rendit au club et annonça son intention formelle de faire disparaître lesdistes moustaches. L'Honorable Pegasus Anticorn en fut instruit dans la soirée et se munit d'une paire de pistolets chargés à double charge, dans le but de mourir en défendant ses moustaches. Le lendemain, le Times annonça que l'Honorable Brian de Lancester couperait dans la journée les moustaches de l'Honorable Pegasus Anticorn, membre du parlement.

Celui-ci ajouta un sabre à ses pistolets.

Le surlendemain, on voyait dans Londres des affiches de six pieds de haut qui promettaient cent livres de récompense à quiconque apporterait au domicile de l'Honorable Brian de Lancester les moustaches de l'Honorable Pegasus Aniicorn, membre du parlement. Pegasus mit une cuirasse sous ses vêtements.

Enfin le jour suivant, le Herald^ le Chronicle et le Post racontèrent que plusieurs gentlemen portant de fortes moustaches avaient été massacrés au sein de leurs familles par des bandits désireux de gagner les cent livres promises. Pegasus réfléchit, fit venir un barbier et envoya ses moustaches à Brian avec un cartel. Brian lui coupa l'oreille droite d'un coup de pistolet.

Nous pourrions remplir des volumes, des volumes in-folio, de touPs semblables exécutés avec le sérieux britannique. Malheureusement nous avons autre chose à dire au lecteur.

Comme on le pense, ces plaisanteries coûtaient cher à Brian, qui n'en vit que plus tôt la fin de sa modeste légitime. Un incident hâta sa ruine complète : son frère, le riche comte de White-Manor, ou plutôt l'intendant de ce dernier, fit à Brian un procès que le pauvre eccentric perdit faute d'argent et de soins.

Les deux frères ne s'étaient jamais aimés de tendresse fort enthousiaste, et depuis la mort du feu comte, Brian, qui se considérait comme injustement spolié, gardait à son aîné une sourde rancune. Cette occasion la fit éclater soudain; Brian jura qu'il soutiendrait contre son frère une lutte à mort. Et il tint parole. Les armes qu'il choisit furent étranges ; mais il les mania terriblement e( frappa sans relâche, de sorte que la blessure se fit, et, une fois faite, resta saignante, sans qu'il fût possible de la fermer jamais.

Ce fut la guerre merveilleuse du faible contre le fort, où l'un des combattants, armé d'une épingle, piquait, piquait sans cesse un adversaire invinciblement réduit à l'inertie. Le comte prit le spleen et devint l'homme le plus malheureux des Trois-Royaumes. Brian, impitoyable, frappa encore, chercha les défauts de cette sensibilité qu'il avait lui-même engourdie, tàta, poussa et fit comme s'il eût voulu introduire jusqu'au cœur son épingle, qui piquait en vain maintenant l'épiderme.

Et, dans la lutte, ses auxiliaires étaient ceux que la nature et les lois auraient dû faire ses ennemis naturels. C'étaient tous de jeunes lords, des héritiers de pairies, des gens qui, dans un temps donné, devaient se trouver vis-à-vis de leurs cadcis dans la position où était le pauvre comte en face de son terrible persécuteur. Mais n'en a-t-il pas été ainsi pour tous les temps et pour tous les pays? Ne se souvient-on plus de ces petits marquis, papillons étourdis, mouches prédestinées à la flamme, qui, dans les années qui précédèrent la révolution française, caquetaient, cabalaient, conspiraient, faisaient de l'impiété, apportaient, enfin, chacun sa planchette au grand échafaud qui devait être leur dernière salle de bal?

Ainsi faisaient nos jeunes lords. Ils ne voyaient que le côté plaisant de la conduite de Brian de Lancester; ils ne comprenaient pas que chacune de ses attaques était un coup porté au droit d'aînesse, un trait de lime qui minait insensiblement les antiques supports de cette

loi, magnifique dans sa barbarie, qui est une portion de la force et qui sera peut-être la ruine de la Grande-Bretagne.

Plus les boties portées par Brian dans cette espèce de duel étaient éclatantes et bizarres, plus le beau monde applaudissait. Ce duel prolongé semblait à tous les connaisseurs une eccenlricily de premier mérite. On fêtait Brian, on se l'arrachait; il aurait été le lion, à coup sur, si le marquis de Rio-Santo n'eût pas existé.

Le rideau s'était baissé pour la seconde fois lorsque Brian de Lancester entra dans la salle, en costume de garçon de taverne. Il avait ouvert sa boite et la tenait suspendue à son cou par un ruban. Il fit d'abord le tour du parierre.

— Messieurs, disait-il, achetez, s'il vous plaît, mes pastilles et offrez des bonbons à vos dames. C'est une mode de France. A Paris, on ne peut passer toute une représentation sans manger quelque petit morceau de sucre.

Lorsque Brian arriva devant la loge infernale, ce furent de bruyants bravos et d'enthousiastes applaudissements. Chacun voulut acheter des pastilles, et la boite de Veccenlric eût été vidée en un clin d'œil s'il ne l'eût refermée en disant :

— Assez, messieurs, assez ; il faut qu'il en reste pour là-haut.

En prononçant ces derniers mots, il avait levé les yeux vers la loge où le comte de White-Manor demeurait immobile depuis le commencement de la représentation.

— Je vous déclare, très-cher, s'écria Lantures-Luces, que l'idée est ravissante, ma foi, au degré suprême ! Le fait est que chez nous — là-bas, — à Paris, on vend des sucres d'orge aux grisettes.

Brian monta aux galeries et promena de loges en loges sa boîte et ses pastilles. Partout on l'accueillait par des éclats de rire. Les dames elles-mêmes trouvaient le tour exquis. Dès qu'il était passé, on voyait les locataires des loges se pencher en dehors et le suivre d'un curieux cl encourageant regard. En sorte que lorsqu'il arriva devant la loge du comte de White-Manor, quatre ou cinq cents binocles étaient braqués sur les deux frères.

On attendait avec une joyeuse impatience. De vrai, cet intermède faisait grand dommage à la pièce, et le chef-d'œuvre de Weber avait tort devant cette héroïque boutade.

LES MYSTÈRES DE LOÎ^DRES. 140

— De par Dieu ! Dorothy, mon cher cœur, dit le capilnirie O'Chrano, je veux que le diable me berce si tous ces lords et ladies savent ce qu'ils font. Ne regardent-ils pas comme on pourrait faire d'une béte curieuse ce vagabond en tablier blanc qui vend de la farine sucrée !

— Ils regardent ce qu'ils veulent, je pense, monsieur O'Chrane, repondit la rancuneuse tavernière, et vous pouvez voir que ces lords aclictent à leurs ladies de cette farine sucrée comme vous l'appelez. Tout le monde n'est pas comme vous, Dieu merci, monsieur O'Chrane !

— C'est bien, Dorothy, c'est très-bien... mais, de par Sutan, madame, vous êtes une.,..

— Une quoi, monsieur O'Chrane ?

Le capitaine enfila un chapelet de jurons qui n'eut pas moins de trois douzaines de patenôtres, mais il n'osa pas dire à mistress Burnett ce qu'elle était.

Brian de Lancester venait de s'arrêter devant la loge du comte de White-Manor. Il demeura quelques instants immobile, pensant que sa seule présence attirerait l'attention de son frère ; mais il était loin de compte. Le lord, plongé dans une sorte de somnolence chagrine, tournait le flanc au théâtre et regardait fixement d'un air absorbé la paroi de sa loge'qui lui faisait face. Brian, las d'attendre en vain, éleva sa boite et en frappa doucement l'appui de la loge. Le comte de White- Manor tourna les yeux avec impatience. Lorsque son regard tomba sur Brian, il tressaillit de la tête aux pieds, comme on fait au choc d'un appareil voliaïque. Sa face devint vcrdàtre, ses yeux morts s'allumèrent et sa lèvre se prit à trembler sans produire aucun son.

La salle entière faisait silence.

— Milord mon frère, dit Brian d'une voix claire et sérieuse qui pénétra dans le plus éloigné recoin de la loge la plus reculée, achetez une boite de pastilles au fils de votre père, pour qu'il puisse, lui, acheter du pain !

La loge infernale applaudit. Le parterre, sans savoir pourquoi, applaudit de même; les galeries, imitant le parterre, crièrent bravo, et Paddy lui-même, dans l'innocence de sa bonne âme, poussa « un Dieu- me damne ! » approbateur.

Le lord de White-M;inor demeurait comme frappé de la loudre.

— Eh bien ! milord mon frère? dit l'implacable Brian.

Le comte ouvrit la bouche. Le silence se rétablit comme par enchantement. Mais on n'entendit que la voix grêle du vicomte de Lantures-Luces qui disait :

— Je vous affirme sous serment, très-chers, que je donnerais trois napoléons pour avoir mon lorgnon !

Le comte avait jeté à son frère un regard de sang et tiré le rideau de sa loge par un dernier effort. On ne le voyait plus.

En ce moment même, il se fit dans les hautes galeries et au parterre un tapage infernal. Une foule nouvelle se rua tumultueusement sur les spectateurs déjà placés. On jura, on se battit ; on prit d'assaui tous les sièges inoccupés et même une partie des sièges occupés. Il était neuf heures et demie; c'était le moment de Yenlrée à moitié prix : privilège bien cher à la populace de Londres, et dont elle abuse de la façon la plus grossièrement impudente que l'on puisse imaginer.

Brian put s'échapper à la faveur de cette bagarre. Johnny reprit sa boîte à pastilles et lui rendit en échange son costume fashionable.

Pendant cela, une scène étrange se passait dans la salle. A l'instant où le tumulte de l'entrée à demi-prix commençait à se calmer, on entendit dans l'une des loges d'avant-scène un cri de femme, un cri de détresse et de terreur. Il partait de la loge qui touchait immédiatement la scène et ou lady Jane B... attendait seule la venue de son illustre protecteur.

Tous les regards qui s'étaient précédemment portés vers le fond de la salle pour jouir de la confusion du comte White-Manor se tournèrent du côté du théâtre. On vit lady Jane B... pâle, les traits décofiiposés, s'élancer impétueusement dans le couloir en criant au secours, et, presque aussitôt, sur le devant de sa loge se montra le visage inerte de Tyrrel l'Aveugle, que le monde connaissait sous le nom de sir Edmund Makensie.

LES MYSTÈRES DE LONDRliS, loi

LA LOGE NOIRB

Snail fit les choses en conscience. Il dépensa ses cinq guînées chez un fripier de Long-Acre, et en sortit costumé en gentleman des pieds à la léte. Kien n'y manquait : ni les escarpins vernis, ni les bas de soie, ni les gants blancs. Avant d'entrer au théâtre, il retourna dans Before-Lane et cacha ses habits, dont il avait fait un paquet, dans l'enfoncement même où avait eu lieu son entrevue avec le bon capitaine Paddy O'Chrane.

C'était vers la fin du deuxième acte du Freyschulz. Snail entra au foyer et se mit à faire les cent pas de long en large, renflant de son mieux sa maigre poitrine, cambrant ses reins en mâchant un curedents de plume qu'il avait acheté pour compléter sa tenue de gentleman. Il avait pourtant arboré sur sa poitrine un large nœud de satin jaune qui ne ressemblait à aucune décoration connue. En désespoir de cause, il s'approcha du comptoir et demanda un verre d'ale. On lui servit une glace. Nous pensons que son mécontentement se serait exprimé d'une façon éminemment désagréable pour la nymphe du buffet, si un monsieur ne fût venu faire diversion à sa colère. Ce monsieur lui mit le doigt sur la poitrine, à l'endroit où miroitait le fameux nœud de satin jaune.

— Suivez-moi, dit-il à voix basse.

— Comment, suivez-moi ! répliqua Snail en redressant fièrement sa courte taille; du diable si vous n'êtes pas un plaisant original, vous!

Le nouveau venu le regarda un instant en souriant.

— Voilà un déterminé petit drôle, murmura-t-il.

Puis, prenant sa main tout à coup, il fit une croix avec son index sur la paume, et ajouta :

— Gentleman of the niglit!

— A la bonner heure ! dit Snail avec importance; vous parlez

maintenant comme il convient. Mais vous sentez, milord, que, chargé comme je le suis d'une mission de haute confiance, je ne puis écouter le premier étourneau venu qui nie dira : Suivez-moi !

Tous deux quittèrent le foyer au moment où la foule sortait par toutes les issues de la salle après le tomber du rideau. Ils parvinrent à grand'peine à se frayer un passage dans les couloirs.soudainement remplis, et s'arrêtèrent à deux pas de la loge où se tenaient la comtesse Ophélia et madame la princesse de Longueville. Le monsieur frappa trois doubles coups à la porte de la loge voisine. La porte s'ouvrit, et Snail, subitement poussé par les épaules, se trouva tout à coup dans une complète obscurité.

Un profond silence régna pendant une minute. Snail entendait seulement le bruit de plusieurs respirations contenues. Il eut un frisson de peur.

— Je te sens trembler, enfant de la famille, dit une voix sourde et déguisée. Si tu es un poltron, va-t'en.

— Dieu me damne, milord, répondit Snail, je suis un homme! Seulement, j'aime assez à voir clair devant moi. Que faut-il faire, en définitive?

— Il faut se taire.

Snail, au même instant, se sentit prendre par le bras. On l'attira sur le devant de la loge. Une main toucha l'écran, au milieu duquel apparut aussitôt un point lumineux.

— Mets ton œlî à ce trou, lui dit-on.

Snail obéit. Sa vue, habituée déjà à l'obscurité de la loge, fut éblouie par les flots de la lumière qui tombaient du lustre et montaient de la rampe. L'homme qui avait parlé sembla comprendre cela et attendit quelques secondes avant de reprendre la parole.

— Regarde en face de toi , dans la première loge, sur le théâtre, dit-il ensuite. Que vois-tu?

— Je vois une lady, pnrdieu ! avec une robe de satin et des clinquants qui brillent partout sur elle.

— Vois-tu la main de cette lady?

— J'en vois une.

— Laquelle?

— Sa main gauche qui est appuyée sur le rebord de la loge. Ah !

par saint Georges, les belles bagues ! et que ma jolie Madge serait contente d'en avoir deux ou trois comme cela !

— Au doigt annulaire de cette main, lu dois voir une bague qui brille plus que les autres...

— Je crois bien, miiord, je crois bien. On dirait un petit morceau de soleil !

— Ote-toi de là.

Le trou fut rebouché. Snail se retrouva dans une nuit profonde.

— La main gauche et le doigt annulaire, lui répéta-t-on en lui serrant fortement le bras. Tu te souviendras bien ?

— Oui, miiord.

— Maintenant, approche ici.

On le poussa vers le côté droit de la loge. L'écran fut imperceptiblement soulevé et un rayon vif illumina la loge ; mais deux mains avaient saisi la tête de Snail qui ne put se retourner pour voir quels étaient ses compagnons.

— Regarde! lui dit-on encore, mais cette fois, bien bas; que vois- tu ?

— Je vois les épaules d'une femme. Que Satan me brûle, miiord, si ce ne sont les plus belles épaules !

— Tais-toi ! Tu ne peux voir son visage?

— Non, miiord.

— Attends.

On continua de tenir la tète de Snail immobile jusqu'à ce qu'il eût dit :

— Je la vois, miiord; je vois sa figure. Eh mais... j'ai vu cela déjà quelque part!

— Silence!

L'écran toucha de nouveau la cloison de la loge. L'obscurité redevint complète. On lâcha la tète de Snail qui se secoua comme un barbet.

— Oîi diable ai-je vu cette belle lady? se demanda-t-il. Puis, tout à coup frappé d'un souvenir, il ajouta : Niais que je suis ! C'est qu'elle ressemble à Susannah, la fille des Armes de la Couronne l

— Tu vas sortir, dit à ce moment la voix. Tourne-toi vers la porte et ne regarde pas derrière toi.

La porte s'ouvrit; on poussa Snail dehors comme on l'avait poussé dedans. II se retrouva dans le couloir, à côté de l'homme qui l'avait accosté dans le foyer. L'inconnu le prit par la main et lui parla pendant dix minutes environ, répétant plusieurs fois les mêmes phrases, faisant, en un mot, comme ces maîtres d'école qui tâchent de mettre dans la dure tête d'un enfant une leçon difficile.

— Bien, milord, bien! s'écria enfin Snail avec impatience; si vous me le répétez une fois encore, que diable! je n'y comprendrai plus rien. C'est convenu, compris, connu. Travaillons!

— Prends garde! l'interrompit le gentleman qui n'avait peut-être pas en Snail une aussi grande confiance que Snail lui-même; il ne s'agit pas d'une bagatelle.

— Quand il s'agirait de cinq cents livres, et une méchante bague ne peut valoir cela, je serais sûr de moi, milord.

Snail et son compagnon firent le tour de la salle par le couloir de service et se dirigèrent vers le côté occupée par lady Jane. Un homme qui sortit sans bruit de la loge mystérieuse les suivit à une vingtaine de'pas de distance. Cet homme était Tyrrel l'Aveugle. Il laissait après Ini dans la loge quatre gentlemen qui, l'œil appliqué à quatre trous pratiqués à l'écran et pareils à celui qui avait servi de Tunette à Snail, regardaient avidement la loge de S. A. R. le duc d'York.

De l'autre côté du théâtre, on ne pouvait nullement se douter de ce manège. L'écran ne paraissait que bien peu, et seulement à l'endroit où se croisaient les rideaux de la loge. Néanmoins, cette loge hermétiquement fermée avait excité un instant les soupçons du commissaire chargé de la police du théâtre. Il donna mission à un agent de surveiller cette loge.

C'était à peu près le moment où Brian de Lancester excitait l'attention de la salle entière. Quelques minutes après, comme nous l'avons dit, l'entrée à demi-prix eut lieu. Snail et son compagnon étaient alors à droite de la scène, derrière la loge où se tenait seule lady Jane.

— Attention ! dit tout bas le guide de Snail.

Puis, presque aussitôt, à l'instant même où le tumulte atteignait son comble, il ajouta :

— En besogne!

Et il disparut. Tycrel l'Aveugle prit sa place. Snail frappa résolument à la porte de la loge du duc d'York. Il tenait à la main un papier.

— Milady, dit-il en saluant respectueusement, milord duc m'envoie vers Votre Seigneurie, et me charge de lui remettre ce message.

Il tendit la lettre. Lady Jane avança la main pour la prendre. Mais, à l'instant où ses doigts rencontraient le papier, Snail les saisit violemment, et, avec un sang-froid inouï, fit effort pour arracher la bague qui entourait le doigt annulaire. 11 avait bien vu, il avait bien écouté; il ne se trompa point. Lady Jane teirifiée par cette attaque étrange, ne put d'abord trouver de voix pour pousser un cri. Lorsque son gosier donna enfin passage à une plainte, Snail, vainqueur, repassait le seuil de sa loge et s'esquivait avec la bague.

Lady Jane éperdue, s'élança à sa poursuite, mais, sur le seuil même, elle se heurta contre Tyrrel l'Aveugle ou mieux contre l'infortuné sir Edmund Makensie.

— Laissez- moi passer, monsieur! s'écria-t-elle ! Au voleur!

Le pauvre aveugle fit en vérité de son mieux pour livrer passage, mais la fatalité s'en mêla. Il arriva entre lady Jane et lui comme entre ces passants trop courtois qui, se rencontrant sur le trottoir, se rangent tous deux en même temps d'un côté, puis encore ensemble de l'autre, et ainsi de suite, de façon à se barrer la route durant une demi-heure. Chaque fois que lady B... se précipitait à droite, sir Edmund l'imitait; chaque fois qu'elle se jetait à gauche elle trouvait cet homme vraiment digne de pitié sur son passage.

■ — Elle n'est pas à moi, cria-t-elle en haletant comme une folle ; Son Altesse Royale me l'a prêtée... confiée! C'est un diamant de la couronne, mon Dieu ! un diamant qui vaut vingt mille livres ! Au secours !

Enfin, trouvant de la vigueur dans son désespoir, elle saisit les deux bras de sir Edmund Makensie qu'elle attira violemment au dedans de la loge. Puis elle s'élança, éperdue, par les corridors.

Sir Edmund, qui n'avait rien vu, rien compris, le pauvre homme.' mit la main sur l'appui de la loge et jeta dans la salle son œil sans regards. Sa prunelle voilée se dirigea, par hasard sans doute, vers la

156 LES MYSTÈRES DE LONDRIiS.

loge fermée, et il fit un imperceptible signe de tête. L'écran se baissa à demi.

Snail, cependant, profitîint de son avance, avait fait tranquillement le tour de la salle, nul ne songeait encore à le poursuivre. Il entra dans la loge de la comtesse Ophélia, qui était ouverte. La comtesse, penchée hors de sa loge, tâchait de voir ce qui se passait vis-à-vis d'elle et d'où venaient les cris de lady Jane B... Susannah, au contraire, regardait, pensive, la place que venait de quitter Brian, au fond de la salle, sous la loge du comte White-Manor. Snail toucha du doigt par derrière la peau satinée de son épaule et prononça tout bas :

— Gentlewoman of the nigh !

La belle fille se retourna en sursaut.

— Pardon, madame ! dit Snail en souriant; mettez ceci dans votre sein. C'est un dépôt confié par Leurs Seigneuries.

Susannah prit ce que lui tendait Snail, et celui-ci disparut par la petite porte du fond qui mène sur la scène.

Ce fut alors que lady Jane B... parvenant enfin à franchir l'obstacle que lui opposait l'aveugle Tyrrel, s'élança dans le couloir. Tout fut bientôt en émoi dans la salle. Il s'agissait d'un diamant de la couronne, disait-on, imprudemment confié à lady June, d'un joyau valant un demi-million. Ce qu'il y avait de police au dedans et au dehors s'agita et. en vain. Puis une inspiration subite vint au commissaire. Il se toucha le front et dit :

— J'ai notre affaire !

La pauvre lady Jane prit un peu d'espoir. Le commissaire, allongeant le pas, se dirigea, suivi d'un bataillon de poljcemen, vers la loge mystérieuse où Snail avait reçu ses instructions. Il rangea les agents, moitié à droite, moitié à gauche.

— Ce sont des gens résolus, dit-il ; tenez ferme ! Êtes- vous prêts?

— Oui, monsieur, répondirent les agents qui serrèrent leurs rangs de façon à ne pas laisser passer entre eux une souris.

— Attention !!! dit encore le commissaire.

En même temps il ouvrit la loge. Les agenis tenaient en arrêt leurs baguettes plombées, tout prêts à assommer le premier qui se présenterait. Personne ne se présenta.

Mais la loge, malgré l'ouverture de la porte, gardait une obscurité

assez grande pour qu'il put s'y cacher quelqu'un. Le commissaire entra et fit juuer l'écran dans sa coulisse.

Dos fluts de clarté inondèrent la loge; elle était vide.

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