‹ Les mystères de MontréalChapitre 16 sur 33 · SCÈNE D'AMOUR · texte numérisé non relu

SCÈNE D'AMOUR

La première pensée de Bénoni en sortant de prison fut pour Ursule.

Il alla trouver un des commis dans le département des chemins et obtint de l'emploi comme conducteur d'un des arrosoirs de la corporation sur la rue Notre- Dame.

Il ne garda pas sa place bien longtemps, car il fut déchargé le soir même pour avoir déchirer le bout de hose avec lequel il chargeait d'eau son chariot à la plug au coin de la Minerve.

L'accident avait été causé par l'intensité do la flamme dont il brûlait pour Ursule.

Pendant que son chariot s'emplissait, sa pensée était transportée à St Jérôme. Daus sa rêverie amoureuse il fit avancer son cheval en oubliant de décrocher la hose qui était attachée à la plug. La conséquence fut que le tuyau se brisa.

Bénoni avait reçu trois chelin* pour sa journée de travail.

Il se rappela que Monsieur Ca-

raquette avait besoin de lui à St- Jérôme.

Avec trois chelins il ne pouvait pas payer son ti( ket eur le chemin de fer. Pour faire le voyage gratis il se fan fila dans un box car et se rendit à sa destination sans encombre. En débarquant à St-Jérôme un des brakesman du train essaya de lui faire un mauvais parti, mais il le mit à la raison en lui appliquant une gniole sur le fouiîlon.

Bénoni n'avait pas les moyens de faire de grosses dépenses et il crut que le meilleur parti à prendre était de ee rendre immédiatement chez le comte de Bouctouche.

Il traverea le pont et, afin de ne pas ee faire remarquer, il longea le bord de la rivière jusqu'au biut de la côte où s'élevait la résidence du comte.

Il frappa à la porte de la cui- ?ire. Ce fût Ursule qui ouvrit.

Ursule, comme nous Pavons déjà ineinué à nos lecteurp, n'était guère marquée par la picotte.

Seulement son œil de vaisselle paraieeait véron et contrastait avec l'autre qui était brun.

Les traces laissées par la maladie sur la figure d'Ursule rendaient un peu plus frappant ton cachet de beauté.

Sa figure avait conservé sa frai heur et son incarnat.

Ses joues étaient toujours ve-

loutées comme des pêches mures.

Seulement son haleine était un peu forte.

Bénoni ne s'en apercevait pas beaucoup parée que lui-même il sentait le bouc.

L' ex- pensionnaire de l'Hôtel Payette entra dans la cuisine. Il échangea avec son amante une douce poignée de main et lui appliqua sur la joue un bec des plus sonores.

La comtesse était absente.

Elle était sortit en voiture pour faire une promenade jusqu'à St- Sauveur :

Ursule et Bénoni eurent ensemble une de ces conversations comme les amoureux seuls dans notre pays peuvent en avoir.

C'était les tendres effusions de deux cœurs qui se comprenaient ; comme l'a dit le poète anglais, c'était :

Two soûls but one single thought :

Two heaits that beat like one.

Bénoni sortit de sa poche une palette de gomme et dit à sa bien aimée :

— Veux-tu mâchouiller de la bonne gomme ?

— Je penserais, cher !

Puis les deux amants assis sur un banc lit commencèrent à se faire aller les mâchoires mélancoliquement les yeux tournés vers le plafond.

Après un silence de quelques instants, Bénoni reprit :

— Ça, c'est de la bonne gomme d'épi fiette.

— Je penserai-, répondit Ursule qui d'an coup de langue fit rouler sa gomme d'une joue à l'autre.

Bénoni resta rêveur quelques în-tai t*. Il serra tendrement la main d'Ursule, pousa un pro l soupir et dit :

— Chère belle gueule ! A qui que t'es ?

— A poué, cher.

K03 deux amants se rapproehè-

BSnoni passa le bras autour de la taille de son amante.

Ursule laissa tomber sa tête sur l'épaule de Bononi.

Sa chevelure parfumée avec de Thuile de rose se frôla contre les joues de Bénoni.

Celui ci soupira de nouveau et dit

— On s'aime ben, hein !

— Oui, un peu croche, répondit Ursule en ôtant ses mains de d -dans celles do BSnoni et en les lui passant autour du cou.

Les deux têtes se rapprochèrent. Les yeux des deux amants brillèrent du feu do la volupté.

Vous allez croire qu'ils se sont

embrasé j Tas du tout. Les

( lies dos deux amoureux se

toac lieront, mais se lut pour

changer de gomme.

Puis ils mâchouillèrent en silence peLdaut qic'quea minutes

levant leurs regards humides do volupté vers le plafond.

Le cœur de BSnoni était un chaos d'amonr, chaos qui ne pouvait être roro+ré que par le feu des yeux de sa bien aimée.

Bénoni se tourna vera Ursule, se croira le3 maina nerveusement et lançant un regard suppliant vers sa fiancée, il dit d'un ton extat:que :

— Crache-moi dana la gueule, chère !

— Oui, mon beau rat d'or.

Lea deux amanta restèrent absorbés dans une contemplât on mutuelle.

Bénoni avant de prendre congé d! Ursule lui expliqua sea embarras financiers.

Ursule se montra use et

tira de son bas un billet de $4 do la barque Méca

ses épargnes qu'elle passa à son amoureux.

Ils causaient ensemblo des différents événements sur puis le duel qui avait amené l'arrestation et l'emp ornent do Bononi.

Ursule conseilla à son amoureux do voir M. c\*raquotte le soir même.

La pauvre fille no savait pas que l'homme au tuyau g*i? était I ennemi de lu ùinille de« 1>juc-

touches dont il avait juré la ruine.

Comme la comtesse ne devait pag tarder à arriver, Ursule ne put offrir à son amant un souper en règle. Elle lui donna une tourquière fioide qu'il arrosa avec une tasse de thé qu'elle ve nait d'échauder.

Pendant que Bénoni savourait ce repas improvisé, une ombre se dessina au fond du jardin.

C'écait Cléophaa qui arrivait (h z la comtesse pour lui annon cer i'évéLement tragique de Ste- Tbérèse.

La porte de devant était barré ..

Cléophas, qui avait frappé plusieurs coups sans attirer l'attention des amoureux de la cnisine, cî»ncha vigoureusement.

Tireuse alla ouvrir.

Eu reconnaissant Cléophas elle pouaea un cri.

Le globa de la lampe à côle aille qu'elle tenaic à la main tomba sur le plancher et se cassa en mille miettes.

La lumière s'éteignit.

Un coup de feu retentit et une b*he, après avoir sifflé aux oreilles de Cléophas, alla se loger dans le grecian bend d'Ursule qui était retournée pour aller cri on*» allumette.

Heureusement elle ne fut pas b ^rȎa. La balle s'amortit dans ciuq 01 six copies du Nord et di

Nouveau Monde que la jeune filleavait placés sous sa jupe afin de produire une apparence swell dans son arrière train, comme les dames de la ville.

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