OU CLÉOPHAS JOUE DE MALHEUR
Bénoni qui était dans la cuisine, en entendant le cri d'Ursule suivi du coup de revolver, s'élança dans le passage obscur.
Son amante s'était afiaisée sur le plancher près des porte manteaux et elle criait :
" A moi ! à mon secours ! au meurtre ! on vient de me tirer ! "
Bénoni prit une allumette dans sa poche et alluma une lampe qui était suspendue dans le passage.
A la lueur indécise de la lampe dont la mèche avait été mal trimmée il vit la pauvre jeune fille qui gigotait et criait devant la porte du saloa.
Il lui prit la main et lui demanda où elle était blessée et qui était son assassin ?
Elle dit : c'est dans le dos !
c'est Cléophas !
Bénoai fit un bond d'enragé en grinçant des dents.
Il sortit de la maison pour se mettre à la poursuite de l'assassin.
Mais il était trop tard.
A la clarté de la lune dont le disque d'argent brillait cette nuit-là d'un éclat extraordinaire,
il put voir une forme humaine traversant la rivière sur le borne ancré aux deux rives pour retenir les billots destinés au monlin à Ft ie.
Le meurtrier en quelques ee-
condets fut reodu de Pautre côté e* disparut dar.s l'ombre épaisse projetée par la double rangée d'arbres qai bordait la rue prin-
BSnoni sortit et ?e mit à courir sur le chemin du village, dans l'eej oir de rattraper le meurtrier.
déophae, après avoir essayé le coap de feu de l'inconnu, s'éUit retourné vivement, mais la fumée qui avait suivi l'explosion de l'arme lui avait empêché de voir la figure du malfaiteur.
Ce dernier avait pris les jam-
cipale de St Jérôme et y formait be8 à 6Qn ^ et ayait du en
^ pittoreeque tunnel de ver- arrièfe de ,a mal(jon „ deecen
dit la côte à la course et ee cacha en arrière d'un massif de petits snelliers. Voyant que Cléophas le cherchait dans la direction di chemin qui aboutit au pont, il se mit à quatre pactes dans la vase, les cailloux et les écopeaux qui
un dnre.
Bénoni lâoha les plus gros jurons de son répertoire et rentra dai s la maison afin de donner à TJraule les premiers soins.
La pauvre eervante s'était relevée et s'était assise sur une chaise dans la salle à diner.
m nerfs paraissaient dégraf- ' bordent la grève et fe reiidit N" fé^9 ees yeux étaient égarouillé?, ^&u bôme <la'il traversa enBuito
. i t h lA* • à lft course,
^t une pâleur mortelle lofait sur
sa figure.
Binoni prit les mains d'Ursule et les pressa dans les siennes.
Il lui dit :
— Où souffres-tu, ma belle !
—Dans le reinquier, mon cher.
— Attends une minute, je vais all^r a la cuisine pour de l'eau.
Caraquette, car c'était lui, qui n'avait pas reculé devant un meurtre pour mettre la main sur les papiers du comte de Bouctouche que Oléophas allait rendre à la comtesse entra dans le village en suivant un petit sentier aboutissant au chemin près d î presby-
Béno&î uortit do l'appartement I e'
et revint quelques instants après) II rePrit êon air °*lme et °°m-
posé et se rendit jusqu'au moulin
à farine un peu plus bas que le
pou t. Là il essuya la sueur qui
perlait à grosses gouttes sur son
\\ et s'assit sur un billot
Il réfléchit qielquee instants,
pais il sembla prendre une reto-
ur, essuie mains et de l'eau
chaude dans une terrine de ferblai.
Urale lui dit :
— Sors vite et essaie de le poigner. Laisse-moi seule ici, je pourrai me soigner moi même.
lution subite. Il se leva et alla se placar près da premier caisson da pont. Caraquette savait que C éophas en retournant à l'hôtel devait passer par là et il se proposa de lui loger dans la tête les dragées qui restaient dans son revolver.
Le ciel commençait à se barbouiller et la lune venait de se masquer audeseous d'un épai* nuage.
Cléophas de son côté avait couru dans la direction du pont en suivant le trottoir qui lo^ge la route publique. Il espérait rejoindre l'assassin avant qu'il eut le temps de disparaître. Il s'engagea sur le pont et au moment où il allait déboucher sur la rive opposée, un deuxième coup de feu retentit et une balle pas3a à travers la calotte de son feutre. Le :oup avait été tiré da côté du moulin à farine, à quelques pas iu pont.
Il se retourna, mais il ne put 7oir l'assassin.
Il sauta sur le terrain du mouia croyant qie son lâche agreseur avait cherché un refuge à fielques pa3 de là. L'obscurité ïtait alors complète. En courant 1 B'accrocha les jambes sur une 7ieille charette et tomba sur un as de ferraille.
Il se leva avec difficulté et reprit sa course dans la direction lu moulin.
Trois coup de feu successifs retentirent en arrière de lui. Les balles sifflèrent près de lui mais ne l'atteignirent point.
Décidément l'assassin tenait à le tuer ce soir-là.
Il se retourra. Personne.
Renonçant à rattraper Je meurtrier, il continua sa marche vers le Palais de Jastice et enfila les rues conduisant à l'Hôtel Beaulieu.
Les habitants de St Jérôme dont l'attention avait été éveillée par cette succession de coups de feu, laissèrent leurs bas de porte où il faisaient la causette avec leurs voisins et se dirigèrent vers l'endroit du crime.
Caraquette, qui avait éludé la poursuite de Cléophas, rentra dans la grande rue, se mêla aux groupes des citoyens de St Jérôme, et causa de l'incident avec le plus grand sang froid.
Béconi arriva à la corne et tout essouffla Il s'informa des habitants da village s'ils n'avaient pas vu passer ua homme venant de l'autre côté de la rivière.
Il leur raconta ce qui était arrivé à la résidence de la comtesse et il demanda un constable poar arrêter le coupable, un homme da Montréal qu'il connaissait bien.
Emilien Valiqaette, un vieil huissier, se présenta devant Bénoni et lui offrit ses services. Ils
partirent tons deux pour chercher de la barre. Il Ee croisa lia bra^ un warrant ( nez un jog 3 de paix, sur ea \ oitrine et roulant de* yeux
. . warrant fat signé par M. ei il >rnméa par la colère il d A\\;liam Scott et les dtux limiers ton indigné: eu mirent à la rechercha do Cléophus.
eoir.
pagnie à qui il fit part à l'attentat criminel dont il avait failli être victime. Il ne se connaissait aucun ennemi daus la paroisse et c'était évidemment pour son argent que l'assassin voulait le tutr.
Il venait de lamper sa première gobe et s'essuyait les barb.s avec le revers de sa main droite avant d'allumer un cigare lorf que Bénoni et Valiquette liront leur entrée dans la. barre.
Bénoni reconnut de suite son rival et l'indiquant du doigt au constable il dit :
— Le voilà, le meurtrier, arrêtez-le.
41 II y a un bout pour :
ner un non me. Pen^z vous que il était alors neuf heures du je 8uis venu èSt J^rôaaeroar
faire iuterlo'iair de cet* Cléophaa entra dans l'Hôtel Ali cré nom à et demanda la traite pour la com- y donc me to^nc-
Le constable voyant qu'i' avoir de la <1 ili j ilté à amener son homme, demanla du sc>
Les villageois s'emparèrent Cléophas.
Q le'que? minutes aprèa il lié avec des cordes à linge 1 duit au Palais révd1la le vieux vrit la porte et !
na son prisonnier dans la gra salle d'audience. L tendre l'arrivée du ju^e d« paix.
Le magistrat ne tarda paa à arriver e:
gnés ;\ oompartître an
Valiquette sortit son warrant lettantlamainsurl'épa'r s il pronoi M ces par
ri 11 pi
solennelles :
M Au nom do la Eteint vous êtes mou prisonnier."
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UNE URIUB Jl'DICIARB.
sur eu trut q îi donna
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Cléophas résista au ci'iibtable pi é uu atteu . 1 è*.
qui voulait l'empoigner, Toni l< 4 dure-
11 l'eneanU
afin de donner leurs dépositions à l'enquête préliminaire
Le constable et le juge de paix firent atteler nn des vieux stage et voilà toutes nos gens en route.
Il était alors onze heures du soir.
Le ciel était étoile. Il eou filait du nord une brise remplie des austères parfums des forêts voisines.
Nos voyageurs devaient faire une excursion des plus agréables.
Le trajet entre St. Jérôme et Ste. Scholastique se fit en une heure, en longeant les courbes gracieuees de la Rivière du Nord, sous la double rangée de hêtres et d'érables qui la bordent.
Lorsque Ciéophas et son cortège entrèrent dans le beau vil* ' lage de Ste Scholastique, tous ' les habitants dormaient. Pas une lumière ne brillait aux fenêtres.
Le constable fit arrêter sa voiture devant la prison et cogna plusieurs coups à la porte pour faire réveiller le geôlier M.
Drouin. Celui-ci après quelques instants fit grincer une clé dans la serrure et la lourde porte s'ouvrit pour recevoir le constable et son prisonnier.
Gléophaa fut débarrassé de ses liens et conduit dans une cellule.
Le constable alla retrouver les témoins et le magistrat décida | que la déposition ne serait prise avant le lendemain matin.
Ursule fut mise en pension chez Lacroix.
Le juge de paix, lo constable Caraquette et Bénoni allèrent prendre une larme chez Scholastique et ensuite ils se couchèrent à l'Hôtel Doré.
Le lendemain matin, un samedi, tout Ste Scholastique était sur pied. Chacun a vit eu vent du crime de St. Jérôme et chacun grillait d'être rendu au moment où il lui serait permis de voir le prisonnier. Jamais excitation semblable n'avait régné dans la place depuis l'affaire des Indiens d'Oka.
Enfin dix heures sonnèrent* Déjà, toutes les banquettes de la eour étaient remplies* Les agents de l'autorité ayant entendu dire que le prisonnier avait agi comme forcené lors de son arrestation, s'étaient armés pour la circonstance.
Le shérif Bousille portait son grand sabre et son député Grignon avait à sa ceinture le couteau catalan de M. A. Raby. Enfin le magistrat Valois prit place sur le banc et le prisonnier parut en cour. En le voyant les gens de Ste. Scholastique se disaient les uns aux autres : c'est un vrai warrox. C'est lui qui a fait le coup.
Ciéophas entendit sans trahir aucune émotion l'acte d'accusation. Lorsque le juge lui demanda s'il était coupable il répondit d'une voix ferme : Non coupable.
Après que le greffier eut les dépositions des témoins il fat décidé que Cléophas serait écroué en attendant les prochaines assises de la cour criminelle du district
La cour se vida et le prisonnier fut logé dans sa cellule.
Le lendemain matin, c'était un dimanche.
Il n'y avait pas de messe parce que les rouges de l'endroit étaient en gribouilles avec le curé au sujet de la construction d'un nouveau presbytère, La chicane s'était envenimée et la conséquence fut que l'église lesta fermée en attendant la décision des arbitres.
Comme il faisait beau ce jourlà presque tous les habitants de Ste-Scholas tique allèrent entendre la grande messe à Ste-Thérèse.
Le geôlier naturellement resta chez lui pour avoir l'œil sur son prisonnier. Comme Cîéophas paraissait bien tranquillisé, le geôlier crut qu'il pouvait se livrer à sa passion favorite en faisant un peu de musique sur son harmo nium. Lorsqu'il avait écorché un morceau, M. Carmel un de ses amis le reprenait pour l'estropier.
Cléophas qui aimait à entendre des airs bien joués eut le tympan offensé par les notes discordantes des musiciens. Il se dit :
— Je veux bien être prisonnier pour un crime que je n'ai pas commis, mais que le diable m'eni-
pue si je reste à entendre cett< musique bien longtemps.
L'harmoninm continua à fair< monter ses notes graves au cacho de Cléophas.
Celui ci ee fâcha et tira un cou teaude sa poche. Il monta sur ui banc et se mit à gosser les bar reau de sa cellule. Après une hen re de travail il réussit à en décel 1er deux et il nia par la fenêtre Il se rendit à la course juequ'à 1 gare et se mit à suivre la track di chemin de fer dans la direction d< Montréal.