‹ Les mystères de MontréalChapitre 3 sur 33 · VOU8 U · texte numérisé non relu

VOU8 U

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Vous m'avez menée dan» l'Ile Ste- Hélène, au Rond St Jean-Baptiste, vous m'avez donné une paire de bottines de prunelle et un tas d'autres petits présents. J'ai pour vous beaucoup d'amitié mais pour de l'amour, dévire.

Ciéophas reprit :

— Mademoiselle Ursule, je sais que votre cœur appartient au jeune cordonnier de chez Boivin, mais il n'a pas le moyen de vousfmettre en ménage. J'ai quelque chose devant moi. Il y a longtemps que je suis sur les petits chars. J'ai fait mes orges dans le temps où on n'avait pas de théquière en cuivre pour recevoir les fares.

Hier, j'ai reçu une lettre d'un notaire de Québec qui m'annonce la mort d'une de mes tantes à Ste- Anne l'Apothicaire, en bas de Québec. Tenez, lisez plutôt

Ciéophas sorti de sa poche une lettre qu'il passa à Ursule.

" Cher monsieur,

" J'ai la douleur de vous annoncer un accident par lequel votre véi é able tante Mademoiselle Tharsile Dascapeau a perdu la vie.

Elle traversait le fleuve en chaloupe près de l'Ile aux Coudres lorsque tout à coup il s'éleva une violente tempête. L'embarcation chavira, votre tante périt dans les flots. Le lendemain matin des pêcheurs l'ont trouvé sur la grève

sens dessus dessous, la quille en l'air.

— Pauvre femme? interrompit Ursule.

— Ce n'était pas la femme, dit Ciéophas, c'était la chaloupe.

Le jeune fille continua la lecture de la lettre.

" Le cadavre de votre tante n'a pas encore été retrouvé. J'ai ouvert le testament dont la minute est dans mon étude et j'ai le plaisir de vous apprendre que vous êtes son légataire universel. Melle Descopeau vous laisse une héritage d'environ $2.000. Vous êtes prié de venir à Québec recueillir la succession de la défunte.

" Je suis, etc, etc.,

"J, B. Griffon, N.P."

Ciéophas se rengorgea et dit à Ursule :

— Comme vous voyez, mademoiselle je ne suis pas à pied.

Avec $2.000 on ne se mouche pas avec des quartiers de terrine. Si vous ne m'aimez pas encore, ça viendra avec le temps.

Ursule bai -sa la tête et parut plongée dans une abîme de réflexions.

Ciéophas n'était pas un parti à déiaigner.

C'était un homme de quarante cioq ant à la figure spirituelle et riante, à la joue bronzée, qu'entourait comme m cadre, la riche

abondance d'une chevelure rendne luisante par l'huile de rose dont elle était emprégnée.

Il avait le front large et ouvert, orné de chaque côté, par deux immenses accroche- cœurs.

Ses yeux bruns autour desquels l'âge ou les sousis avaient semé d'inombrables rides tenus et presque imperceptibles, brillaient sous des sourcils deseiréa hardiment.

Une fine moustache noire et cirée avec le meilleur cosmétique se relevait aux dessus de sa bjuche légèrement railleuse.

Sa toilette était ce qu'il y avait de plus "bomme."

Cléophas portait un feutre élevé et renfoncé d'un coup de poing de chaque côté.

Il avait autour du col une cravate rose noué 3 négligament.

Il portait un pea-jatkit en velveteen un peu usé aux coudres et doublé en farmer's satin.

Son gilet étuit en Casimir noir.

Une grosse chaîue de montre en cuivre dorée ornait sa devanture et lui donnait nu chic de macpiguon.

80 a pau talon en twoed carreauté retombait sur une botte en cuire à patente, avec tiges en maroquin vert.

Ursule troublée par la* brurque demande de son ami, rougit l< rement. EUe traçait avec le bout de son en-tout-cas dos zigzags sur le sable de l'ailée.

Cléophas reprit.

— Eh bien, mademoiselle Ursule j'attends votre réponse.

— Monsieur Cléophas, vous savez que ce bon Bénoni, je l'aime une croûte. Je suis trop attachée à lui pour le lâcher comme ça.

— Mais il n'est pas assez copé pour se mettre en ménage. Vos parents sont pauvres et vous devriez pas tant faire votre enflée.

— Je suis pauvre, mais je suis honnête. J'aime B->uoni et je n'en marierai pa* d'autres

— Avaut d'aller aux noce* vous avez encore bien des cru à manger.

— Fi iissez, monsieur Clé il y a des imites ponraih».er -e monde.

LaiB3ez moi, ie m'en vas chez nous et si vois nez à me

La lrer j'en parierai apa.

Il y a un boite pour ee taire fouler comme ça.

Cléophas se mordit la lèvre et se levant brusquement :

ojoor, nadem< . je

vois que vous ne v p*a de

moi. 3 tnjoar, ma i redoutez ma

C éonhas la par la colère sortit d 1 et

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Ursulo en le voyant iot poussa un soupir <l » soûlai; Elle remit sa go urne dans ta

bouche secoua la poussière sur sa robe et sortit du Jardin.

Elle dirigea sa course vers la rue Visitation qu'elle remonta jusqu'à l'église St Pierre. Là elle entra dans la rue Dorchester, et continua sa marche vers Test jusqu'à une petite maison en boiB à deux étages. Cette maison é ait habité par deux ménages.

La famille du vieux Brind'amour et la famille Sansfaçon étaient les locataires de la maison de la rue Dorchester.

Ursule était la fille aînée du père Brind'amour, un charquier de la stand de l'église Bonsecours.

Le père Brind'amour n'était pas riche. ^.

Il avait roulé au quiers pour un autre charquier, et avait réussi après 18 mois à s'acheter un agrès de nuit.

Ses nuits variaient de trois trente sous à une piastre.

Sa famille était composée de quatre personnes. La mère Brind'amour, une bonne femme alliée à la famille des Marteau- Janson, de St Gabriel de Brandon, Ursule la jeune fille que nous avons vu dans le Jardin- Viger, Cunégonde, la fille cadette, Tipite, un gamin de douze ans, qui gagnait $1 25 tous les eamtdis à vendre le Canard et bommait le reste de la semaine dans les environs du marché Bon secoure, et Trburce, un bambin de deux ans qui me-

nait le diable à quatre dans la maison.

Cunégonde, était aussi jolie que sa eœur aînée. C'était une jeune fille dont la beauté souriante et fière avait un éblouissant éclat.

Ses cheveux abondants se crêpaient au-dessus d'un front peu développé, mais harmonieux que relevaient les rayons vifs de deux grands yeux noirs aux longs cils recourbés. Elle avait un beau teint de brune, des traits dessinés avec finesse. Quelque chose de joli, de mutin, plaisait parmi la vivacité de ses mouvements. Sa toilette simple et unie lui allait à ravir.

La crise financière les avait privées d'une partie du travail qu'elles avaient dans les boutiques.

Les deux jeunes filles étaient de bonnes ouvrières.

Ursule quelquefois travaillait à faire des renforts à la colle chez Boivin, mais il lui fallait chômer à cause de la crise qui paralysait les industries.

Cunégonde travaillait dans le poil chez Dubuc, Desautels & Cie.

Elle n'avait là du travail que pendant cinq ou six mois dans l'année. Qnelque fois elle travaillait dans le département de modes chez Pilou, de sorte qu'elle pouvait faire $1,50 à $2.00 par semaine

Cunégonde s'était méprise sur

la nature des visites de Cleorhas à la maison paternelle. Elle croyait qu'Ile avait fait une impression profonde dans le cœur du conducteur de petits chars Lors qu'elle apprit que sa iceur était la véritable idole de Cléophas elle ne put se défendre d'un certain sentiment de jalousie qui perçait malgré elle. Il y avait souvent des altercations entre las deux scear8, et des erjgueulements qui causaient des cancans dans le voisinage.

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