‹ Les mystères de MontréalChapitre 30 sur 33 · PROMENADE EN VOITURES · texte numérisé non relu

PROMENADE EN VOITURES

Après le déjeuner les gens de la noce remontèrent en voiture pour faire un voyage à Lachine.

Bénoni et Ursule, avec le père et la mère Sansfaçon, entrèrent dans le premier sleigh.

Le petit Pi te étaient aussi de la partie et ce tenait sur le siège de devant avec le cocher.

Le cortège était composé d'une dizaine de voitures.

La noce fit sensation en passant sur la rue Notre Dame, car c'était quelque chose de splendide.

Tous les bommeurs s'extasiaient en voyant les toilettes mirabolantes des mariés.

Ursule était rouge comme une pivoine. Bénoni suffoqué par son bonheur était d'une pâleur intéressante.

Un sleigh couvert aux stores baissés suivait la procession à une centaine de pieds.

Lorsque la noce eut passé la barrière de St-Henri le sleigh mystérieux était toujours en arrière.

Rendu à Blue Bonnets le père Sansfaçon fit arrêter les invités au Light House et offrit de payer quelque chose. Tout le monde

entra et prît possession du salon.

On bat et on chanta pendant environ une heure.

Le sleigh mystérieux était entré dans la cour et la personne qui était dedans descendit et se fit donner un cabinet privé.

Celui qui suivait la noce et qui si dérobait aux regards des invités était l'homme au chapeau de castor gris.

Carsquette appela un domestique et bu fit servir une consommation.

Il s'assit près d'une table, déchira une leuille de son carnet et traça quelques mots au crayon.

Il plia le billet et le donna au domestique pour le transmettre immédiatement à Béroii. Celui-ci était en train d'organiser une jig voleuee loreq^e le domestique lui présenta le billet.

Bénoni qui n'avait eu que deux années d'école chez les Frères, avait un peu de difficulté à lire récriture

Il sortit du sa'on et alla au fond du passage où il essaya de déchiffrer la missive de l'homme au chapeau de castor gris. Après un travail de ch;q ou six minutes il lut le billot qui était conçu en ces t cernes :

" Bénoni Amuse-toi autant que tu pourras. Js te préviens que ton crime

eBt découvert — Cadavre caché

dans le fumier du père Sansfaçom

— N'essaie pas de te sauver aux

Etats avec ta femme en passant

par Caughnawaga ou Beauhar-

jnois — Police pas loin de moi — Ta

iferais bien de m'accorder une pe-

jtite entrevue dans le petit salon

jdu premier étage où je t' attends

javec impatience. Je suis ton bon

ou mauvais génie.

Caraqubttk.

Bénoni en lisant la missive de l'homme au chapeau de castor gris fut tout décontenancé. Il pâlit et se sentit faiblir graduellement. Pour ne pas tomber sur le plancher il fut obligé de s'appuyer sur la chambranle d'une porte.

La foudre tombant à ses pieds ne l'aurait pas plus étonné que le billet de Caraqcette.

Au moment où il allait approcher ses lèvres de la coupe de cinname son mauvais génie allait lui faire bjire de l'absinthe à plein ] ot.

Il rélléchit pendant quelques instants.

En bravant les menaces de Caraquette, il risquait la situation et détruisait tous ses projeta de liour.

Il voyait la silhouette de l'éehataud so dessinant dans un nuage sombre, et Ursulo 1 lant les mains au pieds de la potence.

JS'il faisait un compromis avec

Caraquette, il pouvait comme pisaller, lai abandonner la fortune des Bouctouehe, se remettre au travail comme un homme et goûter une féliciter sans bornes dans son ménage avec Ursule.

Sa décision fut bientôt prise.

Il tordit le billet danB ses mains nerveuse, et le déchiqueta avec ses dents.

Sans prendre le temps de s'excuser an près de la compagnie, il descendit l'escalier d'un pas ferme et frappa à la porte du petit ealon du premier étage.

Caraquette d'une voix forte et gècha lui dit : Entrez.

Bénoni entra et aperçu Caraquette assis, les coudres posés sur une tabie apmiyant le menton sar ses deux pouces.

— Tiens c'est toi, dit l'homme au chapeau de castor gris sans se déranger et portant un regard inquisiteur sur Bénoni. Tu as reçu mon billet et tu as consenti à fausser compagnie à la charmante Ursule. Ursule est un bon brin de fille. Ce serait malheureux pour toi si ce soir, au Jieu de reposer mollement dans ta couche nuptiale, tu couchais dans une des cellunes de la station de police.

• — Assez, monsieur Caraquette, fit Bénoni d'une voix tremblotante, assez. Vous allez me rendre fou. De grâce dites-moi ce que

vous voulez que je fasse pour vivre tranquillement avec ma femme. HXq me pendez pas pour l'amour du bon Dieu ! Ayez pitié d'un jeune homme qui a eu un moment d'égarement.

— Tu as fait une bêtise, mon cher Bénoni. Il faut maintenant la réparer. Je t'avais accordé ma confiance et tu ma trompé d'une manière indigne. Tu croyais que tu n'avais aucun témoin de ton crime lorsque tu as lâchement assassiné le pauvre Cléophas dans la cour du père Sansfaçon. Ta croyais ausi que je te voyais pas lorsque tu es venu il y a trois jours dans l'écurie prendre quelques dollars dans le coffre qui. m'appartenait. Ta n'as pas été assez prudent. Ta aurais dû examiner le vieux eleigh. Ta aurais pu y voir le témoin de ton crime. Cléophas repose encore sous le tas de fumier. Je ne l'ai pas dérangé et je ne le dérangerai pas si tu consens à exécuter à la lettre toat ce que je te dirai.

— Monsieur Caraquette, fit Bénoni, êtes-vous un ange ou un démon ? Je suis en vo3 mains faites de moi ce que vous voudrez, je suis votre esclave et je vous obéirai aveuglement.

Page 1