‹ Les mystères de MontréalChapitre 29 sur 33 · PITRE · texte numérisé non relu

PITRE

Caraquette était inquiet de l'absence de Cléophas.

Il ne s'expliquait pas comment cette sontinelie vigilante put quitter eon poste sans lui en donner avis.

Il soupçonna la trahison ; Cléo-

phas trouvant l'occasion favorable aurait pu décamper avec le magot.

Caraquotte voulut sortir au plus tôt de cettx* m embar-

rassante.

Il se rendit près de la uce

du père Sansfaçon, et arpenta le trottoir pendant une couple d'heures. Pas de Cléopha-.

Ce dernier allait indubitablement, avec l'argent volé, se tai quelque ribotte colossale.

Il s'agissait de veiller au grain les pochards qui fréquentaient les csboulots patronisés par Cléophas.

Caraquette était engagé, dans une lutte où il n'était pas bien certain de la victoire. Il avait de son côté la ruse diplomatique servie par une bonne éducation. Son adversaire était une nature grossière et mal équarrie, n'ayant pour se guider que son propre instinct

et des notions élémentaire du crime.

La partie promettait d'être dure, mais avec de l'esprit, de l'activité et de la persévérance, Caraquette crut qu'il aplanirait toutes les difficultés et qu'il remettrait à la comtesse do B tou(ho l'héritage de son entant

En reveuant de sa pr ade

près de la résidence du père Sansfaçon, l'homme au cl i do castor gris marchait la aaae et les bras ballants comme un Indi-

vidu occupé à enivre une série de réflexions profonde?.

Il fut tiré de sa rêverie par un cocher qui lui lança un juron énergique parce qu'il occupait le milieu de la côte à Barron,

Caraquette s'effaça devant le cheval et prit le trottroir rendu glissante par une forte gelée.

La neige durcie criait sous ses souliers ferrés et un vent violent lui coupait la figure.

Le thermomètre accusait ce soir là 120° au dessus de la valeur de l'échevin Lavigne dans le conseil de ville de Montréal.

Il avait fait une dizaine de pas snr le trottoir lorsqu'il sentit un choc dans le mollet. Il tomba les quatre fers en l'air. 11 venait d'être frappé par le traîneau d'un gamin qui glissait dans la côte.

Il attrapa le jeune homme au traîneau au coin de la rue Onta rio.

L'homme au chapeau de castor gris saisit le gamin par le collet de sa blouse et le poussa dans la direction de la station de police.

— Lâchez-moi, dit le prisonnier ! Lâchez-moi monsieur, pour l'amour du bon Dieu. Je vous promets que je ne le ferai plus.

Caraquette crut reconaître la voix du gamin, comme celle d'une personne qu'il avait déjà rencontrée.

Il examina les traits de son prisonnier à la lueur tremblo-

tante d'un fanal stil reconnut l'écolier qu'il avait rencontré à St- Jérôme chez la c.mtesae de Bouctojche après la mort de son mari.

— Qaoi, jeune homme, c'est toi, toi le vicomte de Bouctouche, que je rencontre à cette heure faisant le polisson dans les rues ! Où est ta mère ?

— Mais nou, monsieur, répondit le gamin, je crois que vous vous trompez. Je suis le petit Sansfaçon. Laissez moi, je vous prie.

—Comment' petit, tu ne serais par le fils de la balle dame chez qui tu étais l'été dernier à St-Jérôme? Réponds- moi de suite ou je t'amène à la station

— Je vous ai déjà dit que j'étais un petit Sansfaço,n. Poupa est un des charretiers qui roulent à la stand du carré Jacques- Cartier.

— Ta vas me suivre, Sansfaçon, et tu me réoondras la vérité à toutes les questions que je te poserai. Remarque bien, que si tu me fais des colles, je te fais envoyer à l'Ecole de Réforme. Je sais que

tu as déserté du collège Ste-Thérèee.

— Je vous reconnais ; vous êtes le monsieur, qui est venu chez la dame de St- Jérôme. Oh, oui monsieur, je vous le promet^. Si la police ne me prends pas, je vous conterai tout.

L'homme au chapeau de ca-tor gris amena le gamin avec lui «

son hôtel. Il le fit entrer dans ea

chambre à coucher et commença

à le questionner sur tous les sens*

Le petit Pite, craignant le black holey répondit à toutes les questions avec un accent de sincérité qui lui gagna la confiance de Caraquette.

Ce dernier après avoir entendu les révélations du petit Pite se crut le jouet d'un songe.

Il ne pouvait pas s'expliquer comment la comtesse consentit à reconnaître pour son propre fils l'enfant d'un pauvre cocher.

Elle avait sans doute cédé aux obsession de son mari qui avait tissé une trame ténébreuse pour garder la fortune des St- Simon.

Les yeux de Caraquette se désillèrent lorsque le gamin lui raconta les scènes qui s'étaient passées à St- Jérôme.

Cependant le plus grand mystère planait encore sur une partie du récit du petit Pite qui ne se rappela pas d'avoir été tatoué par

Cléophas dans l'auberge SteA rèse.

Pour jeter plus de lumière sur cette eoinbre intrigue, Caraquette résolut d'aller voir le père Sansfaçon en compagnie du j Pite.

Il prit une voituro le i <<me

et so lit transporter à la résidence du vieux charretier.

C'était la soirée d u Jou r d * i ' a u

et Madame Sansfaçon la passait chez elle avec dee parents et sec intimée.

Le vieux cocher étendu sur un banc-lit ronflait comme un tuyau d'orgue après avoir dignement chômé le premier janvier.

Madame Sansfaçon ouvrit la porte à Caraquette. Celui-ci entra dans la salle euivie par le petit Pite dont la figure était marquée par une épaisse crème.

L'homme au chapeau de castor gris demanda à la bonne femme s'il pouvait dire quelques mots à son mari.

Madame Sansfaçon alla pousser son vieux qui, réveillé en sursaut, s'écria.

— O la police ! la police ! ne me prenez pas ! Ce n'est pas moi qui l'ai cacher ici î

Le vieux qui était encore sous l'influence des spiritueux venait de commettre une ir tion

dont Caraquette devait tirer | fit

La mère Sansfaçon, de son côté poussa un cri en reconnaissant son fils qui venait de se deba:

sor de sa crémone.

Ou LE PÈRE SàNSFAÇON EST DANS DE MAUVAIS DRAPS.

La mère Sansfaçon pressa convulsivement sur son sein le fils qu'elle croyait perdu.

Le vieux charretier sentit tressaillir ses entrailles de père et d'une voix émue il donna sa bénédiction à l'entant prodigue.

Le petit Pite reconnaissant les erreurs de sa vie passée avait fon du en larmes.

Ursule partageait la joie de ses parents.

Caraquette ne se laissa point gagner par l'émotion générale.

Il resta sur son siège, la tête baissée, muet et impassible, attendant avec anxiété la fin de cette scène extraordinaire.

Le petit Pite raconta à ses parents sa vie d'aventures depuis qu'il avait quitté le toit paternel.

Caraquette n'avait pas interrompu le récit du gamin, et il écoutait avec attention tons les détails de la conduite du comte de Bouctoucbe pendant son séjour à St-Jérôme, espérant renouer toutes les ficelles de l'intrigue criminelle de son ennemi.

Le vieux charretier devint plus communicatif et raconta comment il avait vendu son enfant à un inconnu pour la somme de $100.

L'homme au chapeau de castor

gris voulut profiter de la circon»

tance pour obtenir du père Sansfaçon le secret de ses dernières relations avec Bénoni et Oléophai et lui demanda de vouloir bien passer dans un autre appartement où il pourrait lui dire quelque chose de confidentiel.

Le vieux charretier le fit entrer dans la cuisine dont il ferma la porte avec soin.

Caraquette s'assit en face du père Sansfaçon et fixant sur lui des regards à percer un madrier de six pouces, il lui dit :

— Père Sansfaçon, savez- vous qu'aujourd'hui je ne donnerais pas deux sous pour votre peau ?

Je vous croyais un honnête homme et j'avais en vous une confiance aveugle, mais maintenant je suis désabusé. Vous avez été trop faible pour Bénoni, cette faiblesse sera la cause de votre perte. J'arrive du bureau de police et jai appris que vous alliez être arrêté et traduit devant la cour criminelle.

Le vieux charretier pâlit et fit un soubresaut sur sa chaise.

— Comment ça ? fit il d'une voix entrecou pée. Comment ça ?

— Comment ça ! mais c'est bien simple. Des papiers, des bijoux et une grande quantité de bijoux et de pièces d'or ont été volées il y a une couple de jour sur le chemin Papineau. Vous êtes accusé

d'être le complice des voleurs et *\ le relieur les valeurs dérobées.

— Oh î -»&iate bénite, peut-on dire une chose pareille !

— Mais la police croit avoir des preuves contre vous.

— La police ! la police ! dit le père Sansfaeon en se levant de son siège, la police dites- vous?

—Oai, la police qui voas poursuit dans vos rêves. La police qui tourmente le sommeil du coupable. Lorsque je suis entré chez vous, voua étiez couché sur le banc lit. Je vous ai secoué pour vous réveiller et votre premier cris a été la police !

la police !

• — C'est y possible ! que vaia-je faire! J<3 7:>usjure ma grande conscience du bon Dieu que je ne suis pas coupable.

--Si vous êtes réellement innoo*nv ^ous allez suivre mon avis et je promets que vous ne serez pas inquiété. C'ost moi-même qui ai déposé une plainte contre voue.

Je crois à votre innocence, mais je suis convaincu que vous êtes capable de me livrer le voleur.

Je retirerai ma plainte au cas où vons me forai des avoux complets.

Je vous dirai tout co que je sai , mais jo vous garantis 4110 c'est pas grandVhose.

Lo vieux Ai r reprit son

siège et fit à Caraquette une confession de tout ce qui s'éait passé chez lai 11 nia érergiquement Bénoni eut dépoeé de l'argent dans sa maison. B^noni avait fait des dépenses extravagantes et payait toujours avec de l'or. Il n'avait pas travaillé depuis ea sortie de prison et l'origine de sa fortune semblait assez mystérieuse.

L'homme au chapeau de castor gris tenait les informations qu'il devrait depuis si longtemps.

Il ne lui restait plus qu'à pincer le coquin, ch serait facile avec l'aide des détectives.

Caraquette ajouta foi aux pa rôles du vieux charretier qui lui avait dit que le coffret volé n'était pas dans sa maison.

En faisant une hypothèse des plus plausibles, le trésor caché ne devait pas être bien loin, et Bénoni ne tarderait pas à faire un tour dans les environs afin regarnir son gouaset avec lea pièces du coffret.

Caraquette sortie de la cui^ avec le vieux charretier. Il causa quelques instants avec la tani et s'emmit roà ne

pas < nu sur la rue, il

tit do la maison.

lé à fait 1 dans récurie

d'attendre le voleur toute la

nuit s'il le fallait. Il était alors onze heures, et coamne le përe Sansfaçon ne devait pas rouler cette nuit-là, Caraquette s'étalladans le eleigh du vieux charretier. Il était masqué par le siège de devant qui était beaucoup plus élever que celui de l'arrière.

Il prétait l'oreille au moindre bruit. Bénoni ne pouvait entrer dans la co ir sans qu'il le vit par l'entrebâillement de la porte de l'écurie.

Caraquette entendit sonner une heure du matin à l'église Molson.

Pas un chat n'avait remué dans la cour.

Engourdi par le froid pénétrant qu'il faisait cette nuit-là Caraquette se sentit gagner per le sommeil.

Pour ne pas être congelé il dût sortir de sa cachette, battre la semelle sur le plancher de l'écurie et se frapper les bras sur la poitrine.

Il sortit de sa poche un petit flash et avala quelques gouttes de liqueur q^ii lui réchauffèrent les intestins.

Il reprit son siège dans la voiture résolu d'attendre jusqu'au jour

Deux heures Bornèrent.

Caraquette entendit un léger bruit, puis le grincement strident de la porte de cour sur ses gonds rendu criards par la forte gelée.

Quelqu'un s' approchait de l'écurie.

Pour ne pas être vu Caraquette se couvrait le corps avec une couverte de cheval et par un coin relevé il put observer tous les mouvements du visiteur nocturne.

Celui-ci était entré dans la cour avec précaution après s'être assuré qu'aucune lumière n'éclairait la maison du vieux charretier, il alla au fond de l'écurie et se mit à remuer les balles de foin et les bottes de paille.

Il tenait à la main une lantern8 sourde qui éclaira tout-à-coup le ' coffret.

Il ouvrit la boîte et se choisit une douzaine de lèces d'or qu'il enveloppa dans — onchoir et

plaça dans la poche de son ulster.

Caraquette n'avait pas la force physique nécessaire pour terrasser un adversaire aussi bien pris.

L'homme au chapeau de castor gris étant brave avec un revolver, mais il chniquait lorsqu'il fallait en 7enir aux coups de poing.

Il avait reconnu sou homme et son plan était tout tra :é.

Il le laissa partir sans l'inquiéter.

LA NOCB.

Deux jours après les événements que nous avons racontés le

père Sansfaçon était plus guilleret que de coutume. La femme du vieux charretier faisait le grand bardas de la maison. Les catalogues avait été lavées, on avait renouvelé les rideaux en papier vert de chaque fenêtre. Le poêle à fourneau avait été miné, les tuyaux é'ait vernis et tout reluisait dans la maison.

Le père Sansfaçon était tempérant et se tenait correct Son attelage avait été pafîsé au blaguebolle et reluisait comme s'il était neuf. Sa voiture avait passé par les mains du peintre et reluisait comme un sous neuf.

Les commères du quartier faisaient mille cancans snr le mariage prochain de Mlle Ursule Sansfaçon Le6 bans avaient été publiés à l'Église St- Pierre et les noces devaient avoir lieu dans quelques jours.

Son future était un homme qui allait faire los choses en grand.

Un joueur de harpe et un violoniste italien avaient été engagés pour la soirée.

L'heureux mortel qui allait convoler avec Ursule é ait I qui pigeait le tréeor des Bouctouohes caché dans l'écurie du vieux : er.

pour des raisons que nous expli s plus tard n'a-

vait pas encore fait arrêter le voleur et celui-ci minait la v

ment, brûlant la chandelle par les deux bouts.

Bénoni n'y allait pas de main morte. Il avait engagé les plus beaux Span de Domaine pour conduire sa fiancée à l'autel et tous les préparatifs de la noce avaient été faits sur un grand pied.

Le jour du mariage arriva.

A huit heures du ma* in pas moins de douz* vo;tures étaient arrêtées à la porte du vieux Sansfaçon.

Tous les charretiers avaient garni la mèche de leurs fouets avec des rubans roses.

La rue avait été mise en émoi par les préparatifs de la noce.

Toutes les voisines étaient à leurs fenêtres, attendant avec impatience le défilé du cortège.

Vers huit heures et demie une voiture attelée de deux chevaux crème s'arrêtait devant la maison du père Sansfaçon.

C'était Bénoni qui venait c:

cher sa bien aimée pour la conduire à l'aut.

Le marié descendit de voi:

et entra dans la maison de son futur beau père-

Boioni était tiré à quatre è\ gles et farau comme au bourreau va faire ses Paque*. Il avait un boa-: e bor

ne en velours marron, une cravaet uuc iee avec

friles sur le devant. Il portait des pantalons noisette et ctas bottines en cuir à patente.

Ses doigts étaient emprisor* £s dans une pahs dâ gante de kid

vert et le h mi de wn mouchoir blanc sortait avec avantage de la poche de côté de sa bongrine.

Après avoir saké le père et la mère S an s façon qui lui offrirent la goutte, il annonça aux invités qu'il n'y avait pas de temps à perde et qu'il fallait partir au plutôt.

Ursule eortit de sa chambre en toilette de mariée. Elle était à croquer. Elle s'était fait crêper les cheveux par un perruquier, et sur chacune de ses tempes elle s'était posé denx beaux accroche cœurs. Elle portait une magnifique robe en gros de Naples et des souliers en eatin blanc.

Sa figure était couverte par un ISger incarnat et ses yeux brillaient des feux du désir.

Elle p'était corsée très serré et sa taille était ravisante d'élégance.

Un bouquet de fleurs s'épanouissait à ea ceinture en beau ruban de moire antique.

Elle s'approcha de Bénoni et lui lendit la main avec grâce.

Le marié la concluait jusqu'à la vo ture et prit place à côté d'elle.

Le père Sansfaçon et celui qui

devait servit de père à Bénoni prirent place danB la voiture en face des mariés.

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