‹ Les mystères de MontréalChapitre 32 sur 33 · LB FRAGMENT D'UNE LETTR · texte numérisé non relu

LB FRAGMENT D'UNE LETTR

— Madame, dit-il, vou3 save* comme moi tout ce que votre situation a d'anormal.

La mort de votre mari et celle de votre fils vous ôtent la jouissance d'une fortune qui appartient, de droit, aux collatéraux de la famille St Simon. Vous m'avez dit que le petit Pite était réellement votre enfant. Aujourd'hui que les papiers de la famille S t Simon ont été retrouvés il faut que l'enfant soit mis en tutelle. Je voudrais (ici Caraquette cligna l'œil d'un air malin,) que l'entaut tut mis au plutôt sous la surveillance de sa mère. Savez-vous où se trouve votre fils auj »urd hui ?

— Mais mon cher monsieur vous n' z pas qno l'enfant

s'est ontui du coi rèae

et qu'il mè e un* dage. Vous allez vous sser

pour lui, monsieur Cara

mère ne peut vivro longtemps privé des caressas de sou enfant. M riez

tons les limiers de la police à sa recherche, donnez leur l'argent qu'il lenr faudra pour les récompenser, je veux revoir mon fils au plutôt

Caraquette haissa la tête et réfléchit quelques minutes.

En conversant avec la comtesse, Caraquette avait ramassé un pli de papier près de l'endroit où l'amoureux était assis.

Pendant que Madame de Bouctouche essayait de lui prouver que son fils n'était pas mort et qu'il pouvait être identifié par les marques indélébiles gravées sur son épiderme, Caraquette avait lu les lignes tracées sur le papier qu'il avait ramassé.

C'était le fragment d'une lettre dont la date et la signature avaient disparues.

Caraquette, tout en faisant sembler d'écouter les explications de U comtesse, avait lu ce qui suit :

u Pauvre enfant ! puisses-tu un jour, rencontrer l'ami de ton père, M. Caraquette, le seul témoin qui ait assisté à mon mariage avec ton père. Les registres de la Baie des Chaleurs ont été brûlés dans l'incendie qui a détruit l'Eglise du village. M. Caraquette a en sa possession tous les documents qu'il faut pour te mettre en possession de l'héritage de ton père, ton pauvre père qui est mort en te donnant le jour. Les Bouc-

touches ont toujours été les ennemis de notre famille. C'est un Bouctouche qui t'a lâchement spolié de ton héritage. Tous lea jours je prie la Providence afin....

Ici s' arrêtait le manuscrit.

La figure de Caraquette se troubla à la lecture de cette lettre.

Il eut comme un vertige et porta la main à son front.

Son sang battait avec tant de force dans ses veines qu'il lui semblait qu'il allait briser ses artères.

Tout son corpB avait tressailli par un tremblement convuleif.

Il mit le morceau de papier dans la poche de son "gilet, se croisa les deux mains et les laissa tomber entre ses jambes dam l'attitude d'un homme qui venait de recevoir une révélation foudroyante.

La comtesse avait vu polir Caraquette et elle était vivement intriguée par la pantomime qull faisait en achevant la lecture de la lettre.

Elle se leva de son siège et s'approcha de l'homme au chopeau de castor gris.

— Mais monsieur Caraquette fitelle d'un ton de voix sympatique ; qu'avez-vous î Voua me semble* tout interbolisé. Voua sentez- voua malade ?

— Ce n'est rien, répondit Cara-

quette, c'est un simple vertige cau6é probablement par la chaleur qu'il fait dans la chambre.

Caraquette respira longuement. Il se leva, salua la comtesse et sortit de l'appartement. .

Il décrocha son chapeau qui était BUppendu à une patère dans le vestibule et asséna dessus un coup de poing énergique.

— C'est Malpèque ! Malpëque est à Montréal î Malpèque qui vit encore sous le nom d'Alphonse Briquet.

Caraquette sortit de la maison en fermant la porte bruyamment.

En mettant le pied sur le trot toir l'homme au chapeau de css tor gris donna cours à son émotion en répétant les mota : Malpè que ! Bouctonch

Curaquette se rendit immédiatement à la station de police et demanda le détective Lafon.

Celui-ci était en train de griller une cigar tte et careseait sur ses gern^.x le petit chien du tous-chef Ntv

lette s'appuya les doux bras tur les barres de cuivre audessus du comptoir, regarda le détective entre les deux yeux et lui demanda une entrevue do quelij minul

ive avec un gesto solennel montr» 1 lisant au bureau privé des rflL iors do la sûreté.

L'homino au chapeau de

gris demanda à l'officier s'il pouvait lui donner son concours pour démaFqner une impoatu prive un jeune homme d'un héritage considérable. M. T,afon lui répondit qu'il ee mettait immédiatement à ses ordr>

Il fut entendu que la police devait mettre la main sur le petit Pite qui avait disparu pendant la promenade de Bénoni et de sa femme sur le chemin de Lachine.

LA TKOMPETTE A VACIIB

La noce avait quitté le L^'ght ZTouse vers six heures et à sept heures et demie les nouveaux mariés ntraient chez le père bansfaçon.

Pendant la première pemaine de la lune de miel Bononi devait pensionner chez son beau

La chambre à coucher des nouveaux mariés devait être colle du Père Sansfaçon. Le bonhomme et la bonne femme devaient c pendant quelques jours dans le banc-lit do la salle à dir

Apres lo couper qui fut gai comme le déjouner ot le Bénoni tira quelques touches d'un excellent cigare d expliqua à sa belle mère ses | jets d'avenir.

Il devait prendre uni nce

de eo< I un atte-

lage -do ton

goût une joHe petite maieon sur la rue Plessie, avec remise et écurie.

Il bo proposait de rouler la plus belle voiture de la stand de la place d'Armes.

A neuf heures la bonne femme Sansfacon qui avait passé la nuit blanche la veille baillait à se décrocher la mâchoire. Le vieux qui s'était un peu piqué le nez pendant le voyage roupillait dans une chaise berçante.

Bciooni fit observer à sa femme que l'heure était avancée et qu'il lallait songer à se coucher.

Ursule qui était assise sur les genoux de son époux la tête appuyée sur son épaule, poussa un soupir et leva un regard langou reux sur les yeux de son bienaimé.

Elle lui pressa la main délicatement et dit :

— Chère belle-gueule, attende encore un petit brin.

Bénoni se leva et passa le bras autour de la taille d'Ursule et l'entraîna dans l'enbrasure d'une fenêtre a' ouvrant sur la rue.

Le ciel était serein et la lune brillait au firmamant avec un éclat extraordinaire.

Le marié indiqua du doigt l'astre des nuit3 et dit à Ursule :

— Regarde donc un peu comme elle brille cette nuit, c'est notre lune de miel qui est dans son premier quartier.

Ureuie, qui mâchouillait sa |

gommQ dans une muette contemplation de son époux, passa ses doigts mignons dans les frisettes huileuse de Bénoni et lui dit :

— Ta m'aimes n'est-ce pas, mon chou à moi toute seule ?

— Tu me demandes si je t'aime, cher ange de mon cœur. Mais je t'adore a en perdre la raisen. Regarde le ciel, il semble sourire à

nos amours. Toi m'aimes-tu toujours.

— Bénoni, soupira la jeune mariée en laissant tomber avec grâce sa tête sur l'épaule de son mari.

Bénoni ! c'est pour la vie.

Bénoni pressa Ursule sur son cœur et resta pendant quelques instants dans un ravisement béat.

Après cinq ou six minutes il sortit de son extase et dit à Ursule :

— Ma chère, il est bien tard. Il

serait temps de nous coucher.

—Pas encore, répondit Ursule

en minaudant. Restons ici encore

quelques minutes, le ciel est si beau.

Tout à coup le silence de la nuit

fut troublé par le son prolongé

d'une trompette.

Bénoni tressaillit comme s'il

avait été mordu par un serpent.

Il lâcha Ursule et se porta les

mains à la figure.

La jeune femme inquiète dit :

— Mais, Bénoni, tu me fais

peur, qu'as-tu donc ce soir î

La trompette retentit une deuxième fois.

Bénoni pâlit, chancela et tomba an éanti sur une chaise.

— Qu'as- tu, mou trognon ? reprit Ursule. Est-ce cette trompette qui t'effraie ?

— Oui, cette trompette ! dit Benoni d'une voix haletante, cette trompette maudite.

— Mais, cher ami, tu devrais savoir qne c'est la trompette du stage de St-EustachR- # — Non, non, fit Bénoni d'une voix que la terreur rendait sibi lante. Ce n'est pas la trompette du stage. Le maudît, il veut m'arracher à mon bonheur. Ursule, je suis perdu. Ecoute ! il eet là. Il m'attend pour me détruire.

La trompette recommença sa lugubre fanfare.

>Un nuage pasea devant les yeux de Bénoni.

Il se leva d'un bond de sa chaise et Eaisit un couteau sur la table en s'écriant :

— Caraquette, l'an de nous doit mourir ce soir.

Un coup violent fut donné dans la porte par quelqu'un qui était •ur la galerie.

— Mon Dieu ! que veut dire tout ceci ? dit Ursule. Q il frappe à notre porto à cette heure î

— C'est mon manvaitj génie. Il faut que j'ouv

— Main, tu n'es j>ua fou lo casque, ouvrir notre porto à minuit Bénoni, je crois que tu dev fou.

— Non, étoile toi, ma Tu vas voir comment un cana .

sait tuer ou mourir.

L'individu qui était clrhora clancha la porte avec i:

Bénoni -a convulsv

le mam he du couteau et de la main gauche il fit partir le de la porte.

La porte s'ouvrit et l'homme au chapeau de castor gria parut dans l'entrebâillement. Bénoni leva son couteau pour frapper son visiteur nocturne.

Caraquette lui présenta lo canon d'un revolver.

Il laissa tomber son couteau.

L'homme au chapeau de castor gris parla.

— Tiens, c'est comme cela que l'on répond à l'apel de ses ami? !

As tu entendu la trompette à vache ?

Il t'en conte beaucoup de remplir la promesse solennelle que tu m'as faite cette après-midi sur le chemin de La; hi ne. Dans tons les cas, je vais entrer me chaufL

Bénoni resta interdit et il qua machinalemont une chaise à Caraquette.

Celui ci entra, tenant - ura son arme à la main, le canon braqué sur la poitr noni.

Ursule en \ tomba inaniméo sur lo bat

Caraqn» tte fit signe à Bénoni do a'assL'oir prt>t

— Tu vaa rester là immobile

pendant un instant. Tu mettras les mains sur la table et au premier mouvement suspect de ta part, je te loge un dragé dans la cervelle.

— Parlez, monsieur, je vous écoute.

Caraquette reprit :

- Bon, voilà tu es raisonnable maintenant. Nous allons causer d'afïaires. Après le double crime que tu as commis tu ne peut attendre aucune miséricorde de la justice des hommes. Voleur et assassin, tu croyais que le ciel allait te permettre de flétrir l'existence de ta fiancée. Aujourd'hui le châtiment te réclame, tu vas me suivre immédiatement.

^ — Immédiatement, dit Bénoni, immédiatement. Mais, songez, monsieur Caraquette que je suis marié depuis ce matin. Immédiatement, mais vous badinez.

Demain matin je serai votre homme.

— Demain, demain, dit l'homme au chapeau de castor gris avec un ricanement méphistophélique, demain ne m'appartient pas. Demain est à Dieu. Il y a plus d'un accident entre la coupe et les lèvres. C'est aujourd'hui, aujourd'hui, entends-tu, mon ami ?

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