‹ Les mystères de Montréal [microforme]Chapitre 23 sur 41 · MALHEUR · texte numérisé non relu

MALHEUR

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ancré aux deux rives pour retenir les billots destinés au moulin à ecie.

Le meurtrier en quelques se-

condes fut rendu de l’autre côté et disparut daus l’ombre épaisse projetée par la double rangée d'arbres qui bordait la rue principale de St-Jérôme et y formait un pittoresque tunnel de ver-

dure.

Bénoni lâcha les plus gros ju-

rons de son répertoire et rentra dans la maison afin de donner à Ursule les premiers soins.

La pauvre servante s'était relevée et e’était assise sur une chaise dans la salle à diner,

Ses nerfs paraissaient dégraffée, ses yeux étaient égarouillés, et une paleur mortelle lôfait eur sa figure.

Bénoni prit les mains d’Ursule et les pressa dans les siennes.

I] lui dit :

—Où souffres-tu, ma belle !

—Dans le reinquier, mon cher.

—Attends une minute, je vais aller à la cuisine pour de l’eau.

Bénuni sortit de l’appartement et revint quelques instants après avec un essuie mains et de l’eau chaude dans une terrine de ferblanc.

Urule ini dit :

—Sors vite et essaie de le poiguer. Laïsse-moi seule ici, je pourrai me soigner moi-même,

Bénoni sortit êt se mit À coriras sur le chemin du village, «veux

l’espoir de rattraper le meurtriônn

Ciléophas, après avoir essuyé le coup de feu de l'inconnu, s'était retourné vivement, mais la fumée qui avait suivi l'explosion de l'arme lui avait empéché de voir la figure du malfaiteur.

Ce dernier avait pris :es jambes à son col et avait disparu en arrière de la maison. Il descendit la côte à la course et se cacha en arrière d’un masuif de petits snelliers. Voyant que Cléophas le cherchait dans la direction du chemin qui aboutit au pont, il se mit à quatre paîtes dans la vase, les cailloux et les écopeaux qui bordent la grève et se rendit jusqu’au bôme qu’il traversa ensuite à la course.

Caraquette, car c'était lui, qui n’avait pas reculé devant un meurtre pour mettre la main sur les papiers du comte de Bouctouche que Cléophas allait rendre à la comtesse entra dans le village en suivant un petit sentier aboutissant au chemin près du presbytère.

Il reprit son air calme et composé et se rendit juequ’au moulin à farine un peu plus bas que le pont. Là il essuya la sueur qui perlait à grosses gouttes sur. son front et s’assit sur un biilot.

Il réfléchit quelques instants, puis il sembla prendre une réso-

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toution subite. Il se leva et alla ruivpiacer près du premier caisson su pont. (Caraquette savait que Cléophas en retournant à J’hotel devait passer par là et il se proposa de lui loger dans la tête les dragées qui restaient dans son

revolver.

Le ciel commengait à se bar-

Trois coup de feu successifs retentirent en arrière de lui. Les balles sifflèrent près de lui mais ne l’atteiguirent point.

Décidément l'assassin tenait À |

le tuer ce soir-là.

Il se retourra. Personne.

Renonçant à rattraper le meurtrier, il continua sa marche vers

bouiller et la lune venait de se |]9 Palais de Jastice et enfila les

masquer audescous d’un épais nuage.

Cléophas de son côté avait couru dans la direction du pont en suivant le trottoir qui longe la route publique. Il espérmt rejoindre l’assasein avant qu’il eut le temps de disparaître. IL s’enga-

gea sur le pont et au moment où |p

il allait déboucher sur la rive opposée, un deuxième coup de teu retentit et une balle passa à travers la calotte de son feutre. Le coup avait été tiré du côté du moulin à farine, à quelques pas du pont.

Il 6e retourna, mais il ne put voir l'assassin.

Il sauta sur le terrain du moulin croyant que son lâche agresseur avait cherché un refage à quelques pas de là. L’obscurité

rues conduisant à l'Hôtel Beaulieu.

Les habitants de St Jérôme dont l’attention avait été éveillée par cette succession de coups de feu, laissèrent leurs bas de porte où il faisaient la causett: avec leurs voisins et se dirigèrent vers endroit du crime.

Caraquette, qui avait éludé la

poursuite de (Cléophas, rentra dans la grande rue, se mêla aux groupes des citoyens de Sr Jérôme, et causa de l’incident avec le plas grand sang froid.

Bévoni arriva à la conrse et tout essoufé. Il s’informa des habitants da village s’ils n’avaient pas va passer un homme venant de l’autre côté de la rivière.

Il leur raconta ce qui était ar-

était alors complète. En courant | rivé à la résidence de la comtesse il e’accrocha les jambes sur une|et il demanda un constable pour

vieille charette et tomba sur un tas de ferraille.

Il se leva avec difficulté et re-

arrêter le coupable, un homme de Montréal qu’il connaissait bien.

Emilien Valiquette, un vieil

prit sa course dans la direction | huissier, se présenta devant Bé-

du moulin.

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un warrant chez un juge de paix.

Le warrant fut figné par M.

William Scott et les deux limiers se mirent à la recherche de Cléophas.

Il était alors neuf heures du soir.

Cléophas entra dans l'Hôtel et demanda la traite pour la compaguie à qui il fit part à l’attentat “riminel dont il avait failli être victime. Ilne se conuaicsait aucru ennemi daus la paroisse et c'était évidemment pour son argent que l’assassin voulait le tuer,

Il venait de lamper sa première gobe et s’essuyait les barbes avec le revers de sa main droite avant d’allamer un cigare lorsque Bénoni et Valiquette firent leur entrée dans la barre.

Bénoni reconnut de suite son rival et l’indiquant du doigt au constable il dit :

—Le voilà, le meurtrier, arrêtez-le.

Valiquette sortit son warrant et mettant la mein sur l'épaule de Cléophas il proronça ces paroles solennelles :

‘“ Au nom de la Reine vous êtes mon prisonnier.”

UNE ERREUR JUDICIARE:

Cléophas résista au constable qui voulait l’empoigner.

Il s’encanta contre le comptoir

sur sa poitrine et roulant des yeux.

evfl in més par la colère il dit d’un ton indigné :

# Il y a an bout pour mogaper un hon me. Pensez-vous que je suis venu à St Jérôme pour me faire interboliser de cette façon?

Ab cré nom d’un chien! Venez y donc me poigner.”

Le constable voyant qu'il allait avoir de la difficulté à amener son homme, demanda du secours.

Les villageois s’emparèrent de Cléophas.

Quelques minutes après il fat lié avec des cordes à linge et conduit au Palais de Justice On réveilla le vioux gardien qui ouvrit la porte et le constable traina son prisonnier dans la grande salle d'audience, Là il fallut at tendre l’arrivée du juge de paix. Le magistrat ne tarde pas À arriver et les témoins furent assignés à comparaître au plus coupant. On alla chercher Ursule.

Celle-ci coustata l’identité du prisonnier comme l’auteur de l’attentat meurtrier sur sa personne.

Ce témoignage suflit au magistrat qui donna l’ordre de trans-.

férer l’accusé à Ste S:holastique le chef lieu du district judiciaire de Terrebonne, afin d’y être emprieonné en attendant son procès.

Tous les témoins durent partir le même soir pour Ste S:holastique

afin de donner leurs dépositions à lenquête préliminaire

Le constable et le juge de paix firent atteler un des vieux stage et voilà toutes nos gens en route.

Il était alors onze heures du soir.

Le ciel était étoilé. Il soufflait du nord une brise remplie des austères parfums des forêts voisines.

Nos voyageurs devaient faire une excursion des plus agréables.

Le trajet entre Ft. Jérôme et Ste. Scholastique se fit en une heure, en longeant les courbes gracieuses de la Rivière du Nord, sous la double rangée de hôêtres et d’érables qui la bordent,

Lorsque Cléophas et son cortège entrèrent dans le beau village de Ste Scholastique, tous les habitants dormaient. Pas une lamière ne brillait aux fenêtres.

Le constable fit arrêter sa voiture devant la prison et cogna plusieurs coups à la porte pour faire réveiller le géôlier M.

Drouin. Celui-ci après quelques instants fit grincer une clé dans la serrure et la lourde porte s’ouvrit pour recevoir le constable et son prisonnier.

Cléophas fut débarrasaé de ses Kiens et conduit dans une cellule.

Le constable alla retrouver les témoins et le magistrat décida que la déposition ne serait prise avant le lendemain matin.

Ursnle fut mise en pension

chez Lacroix. :

Le juge de paix, le constable

Caraquette et Bénoni allèrent

prendre une larme chez Scholasti-

que et ensuite ils se couchèrent à.

l'Hôtel Doré,

Le lendemain matin, un samedi, tout Ste Scholastique était sur pied. Chacun avit eu vent du crime de St. Jérôme et chacun

grillait d’être rendu au moment |

où il lui serait permis de voir le prisonnier. Jamais excitation semblable n'avait régné dans la place depuis laffaire des Indiens d’Oka.

Enfin dix heures sonnèrent.

Déjà, toutes les banquettes de la cour étaient remplies. Les agents de lautorité ayant entendu dire que le prisonnier avait agi comme torcéné lors de son arrestation, 8’étaient armés pour la circonstance.

Le shérif Rousille portait son grand sabre et son député Grignon avait à sa ceinture le couteau catalan de M. A. Raby. Enfin le magistrat Valois prit place sur le banc et le prisonnier parut en cour. En le voyant les gens de Ste. Scholastique se disaient les uns aux autres : c’est un vrai warrox. C’est lui qui a fait le coup.

Cléophas entendit sans trahir aucune émotion l'acte d’accusstion. Lorsque le juge lui demanda s’il était coupable il répondit d’une voix ferme : Non coupable.

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