RENCONTRE INATTENDUS
Cléophas en suivant la track da chemin de fer du Nord faisait de sérieuses réflexions sur son aventure de St. Jérôme.
—C'’est drôle tout de même, se
{disait-il, Ce n’est pas Bénoni qui
Le vicomte où .utôt le petit| m’a tiré. Cel-:i qui avait le révol- Pite avait déserté du collège de-|ver m'a manqué et 8 attrapé la
pais trois ou quatre jours,
servante, mon ange, Ursule. C’é-
Toutes les recherches dans les |tait À moi qu’il en voulait, puisvillages pour le retrouver étaient | qu’i' m’a tiré quatre fois lorsque
restées infructueuses.
je suis reveau au village. Il ya
Evidemment le petit Pite avait | du démon là dedans.
gagné Montréal.
Caraquette ne perdit pas de temps, il prit le train d'Ottawa et le soir il était rendu à Montréal.
I! alla trouver les détectives Lafond et Richer qui se mirent À la recherche du petit Pite,
Nos abiles limiers le lendemain matin donnèrent à Caraquette des informations très explicites sur la disparition du vicomte.
Le gamin, rendu à Montréal, devait avoir un peu de pocket money.
Il était devenu un des abitués du restaurant de la Mère Gigogne.
I tomba dans l’œil d’une des files
Rappelons-nous bien les choses.
J'arrive à St, Jérôme pour annoncer à Madame la comtesse de Bouctouche la mort de son mari J'entre dans l’hôteletje V. C. le coup en payant la traite à tout le monde dans la barre. Quand j'ai montré mon argent il y avait un homme portant unchapeau de castor gris qui essaya de devenir gros manche avec moi. Ila fait tout son possible pour me tirer les vers du nez. J’étais un peu lancé et j’ai pu parler un peu trop. Oui, il m’a fait bavasser. *
Celui qui m’a tiré en voulait à mon argent. Il y a pas de gologne
PA
| LE (at h
c'est l’homme au tuyau gris qui s|réal: Il courrait donc le risque
osenyé de me crever avec ses baller, u’importe, je le rencontrerai plus tard et je lui ferai son biscuit,
Après ce monologue Cléophas s’assit eur une roche et commenea à faire l'inventaire des papiers contenus dans le portefeuille du comte da Bouctouche.
Il se mit à lire quelques lettres de la comtesse. Dans l’une, elle faisait allusion au tatouage du ga:
min qu’elle n’avait jamais vu et devait reconnaître pour son fils.
Dans une autre elle se plaignait de ne pas savoir l’endroit où son fils était enterré afin qu’elle put verser quelques larmes sur 64 tombe. Dans une partie de la lettre, il était question de Caraquette et du trésor des Bouctouche qui devait être caché par ce dernier dans quelqnes endroits à Montréal.
Après la lecture de cette correspondance, Cléophas comprit une partie de l'intrigue dans laquelle il avait joué un rôle assez important.
Il reprit la route en tirant des plans pour l'avenir. Ce qu’il avait de mieux à faire était de se rendre à Montréal.
Ses accusateurs étaient des gens de S!-Jérôme.
Le priacipal témoin était Ursule qui se promenait rarement
de n’être pas repris, —À lons, se dit-il, avec l’argent rne j'ai dans ma poche je pourrai w'amuser encore pendant plusieurs mois.
À la bruvante, Cléophas s’arré.
tait à Sto-Thérèse. Le lundi matin il prensit un train qui arriva à Montréal vers midi.
Sa première pensée en descendant à la gare fut de ne pas aller trouver sa femme Scholastique.
Celle-ci lui aurait levé vn poil pour s'être absenté si longtemps sans donner de ses nouvelles.
Quand à attrapper une gratte il aimait autant en avoir une pour quinze jours d’absence que pour une semaine,
Il prit un charretier et se fit conduire à un magasin où il s’acheta des hardes, car il était parti trop vite de St-Jérôme et il n’svait pas eu le temps d’emporter sa malle, Une fois gréé il se rendit à l’Iôtel du Canada où Siméon le gérant, quile prenait pour un monsieur de la campagne lui donna la chambre 84,à quelques pas du 86 qui, comme nos lecteurs le savent, était occupé par Caraquette.
Cléophas fatigué parla longue marche qu’il avait faite rests dans l’hôtel toute Ja journée. Il sonna plusieurs foiset se fit monter un certain nombre de cocktails. Ilse
dans les grandes rues de Mont-|coucha de bonne heure et se leva
que le Pargen agrès 1 nuit et stand «
Cléo rie enfi na le c Il accèl devant çon.
La 8 sur le
que vers huit heures du matin, Il qu-|travers les rideaux de coton il | vrit sa fenêtre et son regard péné | pouvait distinguer l’ombre du gent tra dans la chambre 86. Ily vit! vieux charretier qui agitait ses ar rai an individu quise promenait en |bras comme des flots, plu- manches de chemise dans son ap-| Il entendit de gros éclats de partement, voix et des sacres auxqnels se arrô. —Cré nom d’un petit bonhom- | mêlaient les braillements d’un enmer me ! se dit Cléophas en refermaut | fant. iva à sa fenêtre et tirant les rideaux, j’ai! Cléophas frappa à la porte. vu ce coco-là quelque part. Tiens,| Il entra et vit le bonhomme en ecen- au fait, oui, c’est lui, je crois, lui |train de donner au petit Pite une aller l’homme au tuyau gris. dégelée des mieux conditionnées, ique. Cléophas ne se montra à table ce poil jour là et fit monter ses repas dans XVI er ps son appartement.
relles. Dans la soirée en interrogeant ni tte il un des petits messagers de l’hôtel| Le père Bansfagon en fonillant L'aes il apprit que l’homme au chapeau | son fils lâchait des jarons À faire pour de castor gris était sorti pour assic-| dresser le poil sur le casque d’an ter à une représentation au théâtre | policeman. se ft de la rue Gosford. Le petit Pite couraïit comme
Vers neuf heures du soir Cléo-| un perdu dans tons les coins de phas sortit de l'hôtel et dirigea ses | l'appartement pour échapper aux pas vers le faubourg Québec. taloches du bonhomme.
11 avait appris d’un charretier| Celui-ci n’y allait pas de main de la stand de l’église Bonsecours | morte. Chaque coup qu’il portait que le père Sansfaçon avait fait de|à son fils laissait sa marque. L’ap- Pargent et qu’il s’était acheté un |parition de Cléophas eut pour agrès neuf. Il ne roulait plus la|effet d’arrêter les opérations du nuitet se tenait le jour sur la|père Sansfaçon. stand du carré Jacques-Cartier. Au moment où le visiteur en-
Cléophas suivit la rue Ste-Ma- | trait dans l’appartement le vieux rie enfila la rue Visitation, et tour-| venait d'appliquer sa botte aves na le coin-dela rue Lagauchetière. |succès sur la partie da corps du Il accèla le pas et bientôt il arriva | petit Pite où le dos n’a plus cours, devant la maïson du père Sansfa.|coup qui étendit le gamin à plein çon. ventre sur le plancher.
La salle À dîner qui donnait! —Batège ! père Sansfaçon, dit sur le devant était éclairée. A |Cléophas, qu'est-ce que cela veut
dire? Avez-vous envie de tuer|le gamin fat conduit chez la com-
Fenfant ?
—AÀ binche ! répondit le vieux, c'est vous! Vous re prenez à donner une correction à mon garçon.
Emaginez-vous que ce polissonlà a déserté du collège pour aller bormmer avec des créatures qu’il promenait en voitures au Sault.
Ce soir vers six heures je l’ai poigné chez Peloquin en trair de payer des traites à une jeune fille dans un des salons de l'hôtel. Ça n’a pas treize ans et ça veut se lencer auprès des créatures comme un homme de trente ans.
—Abh, oui da, oui, père Sansfagon. J'arrive bien à propos. Bi le petit Pite venait À vous échapper nous perdrions tous deux üne jolis petite fortune. Tenez, il faut que je vous explique ça de fil en aiguille.
Le vieux charretier offrit une chaiso à Cléophas et prêta une oraille attentive à son discours.
Celui-ci lui raconte les différentes aventures qui lui étaient arrivées depuis le jour où dane ie salon de la mère Gigogae le pacte avait été signé uvec le comte de Bouctouche.
Cléophes dit au bonhomme qu'il était sous l'impression que {e petit Pite était appelé à recueil- Ior un héritage immense en per-
|tesse à St Jérôme.
Après une longue délibération entremêlée d’une demi douzaine de verres de Molson, il fut convenu que le petit Pite monterait en voiture avec son père et se rondrait chez la comtesse, avec qui il devait rester jusqu’à nouvel ordre.
Cléphas sortit son argent et dsava au bonhomme la somme nécessaire pour le voyage.
Le charretier attela et partit avec son fils pendant que Cléojhas reprit la route de l’IL0tel du Canada. Il était dix heures et demie, Caraquette n’était pas encore revenu du théâtre.
Cléophar savait que le trésor des Bouctouche était contenu dans les malles de l’homme &u chapeau de castor gris.
Il e’agissait de frapper un grand coup ; de risquez tout pour tout.
Cléophas se décida À enlever la malle contenant les valeurs les plus importantes.
Il essaya sa clé dans la serrure de la chambre de Caraquett:
La clé s’adaptait à la serrure.
Elle joua dans 8 gâche et la porte s’ouvrit.
Cléophas entra dans l’appartement et siluma la gaz.
A l’aide d’un poinçon d’acier il
sounifiant le jeune vicomte, et | ouvrit u.0 à ane les malles de (aqu'il fallait de toute nécessité que | raquette.
er il
En ouvrant la dernière il eut|parition de sa malle et l'alarme
xn éblouissement.
Cette malle contenait plusieurs
serait donné dans l'hôtel.
Cléophas mit son feutre et en
mille louis en belles pièces d’or |rabattit les larges bords sur ses
rutilantes à la lumière du gaz.
Son parti fut bientôt pris.
Il referma la malle et alla ouvrir la fenêtre de la chambre qui était au-dessus d’une galerie communiquant avec les logis des servVAntes.
Sur cette galerie il vit une échelle apposée aï mur d’un entrepôt dont la façade était sur la ruelle Vaudreuil
Cléo; has ferma le gas et descendit eilvicieusemant la valise par la fenêtre.
Il monta sur l’échelle avec la malle qu’il lança sur la toiture de forblanc de l’entrepôt. a valise alla tomber avec fracas d:.a8 la ruelle Vaudreuil.
Cléophas après cet exploit jugen qu’il n’était pas prudent pour lui de rester plus longtemps dans l'hôtel.
Caraquette allait rentrer et il s’apercevrait dun vol.
Cléophas rentra dans son appartement après avoir fermé à clé celui de l’homme au chapeau de castor gris.
Ouze heures venaient de sonner. Un pss lourd retentit dans le corridor,
C'était Caraquette qui allait en-
trer dans sa chambre,
Il devait s’apercevoir de la dis-
yeux.
Il passa près de Caraquette qui ne le reconuut pas à la lumière indécise de l'unique jet de gaz qui éclairait le corridor,
Pour Cléophas la situation était sauvée.
Il sortit de l’hCtel sans éveiller les soupçons de personne,
Il 86 rendit dans la ruelle Vaudreuil qui était déserte.
Personne n’avait vu la chute de la malle. Cléophas ‘a posa su: ses Spaules-et alla la jeter danr l: porte eo: hère de la vieiile maison de !a rue Ste Thérèse autrefois occupée par le Pays, c’est-à dire à une dizaine de pas de l’endroit où elle était tombée.
La rrfsor pis Boucrovons.
Le ciel s’était assombri et des nuages sinistres roulaient audessus de la ville:
Les grondements lointains du tonnerre cemmençaient à se faire entendre dans is nord.
Ciéopkas n’avuit pas de temps à perdre pour mettre en lieu sûr le tréror qu’il venait d’enlever de l’ITôtel da Cauada.
Il s’assit sur la malle dans la porte cochère, appuya ses coudes sur ses genoux et se prit la tête à
denx mains dans l'attitude d'un! Madame Sansfaçon alluma une: homme qui veut se plonger dans |lampe et dit à Cléophas de dépoles abîmes les plus profonds de la | ser sa malle daus Ia salle à dîner. réflexion, Où fallait-il transpor-| Ecoutez, la mère, dit Cléoter la malle contenant les trésors |phas en se mettant à l’aise dans de la famille Bouctouche ? une chaise berçgante et allumant Une idée lumineuse lui traver-|un partagas, votre fortune, la sa le cerveau. Le Père Sansfa-| mienne et celle de votre mari déçon était parti pour St-Jérôme|pendent du secret que vous allez avec le petit Pite, Il lui était fa-| garder eur ce que je vais vous eile de transporter la malle chez | dire. Dans la valise que vous le vieux charretier et de l'y lais- | voyez est un trésor qui appartient ser jusqu'à ce qu’il trouvêt un|au petit Pite, quiaujourd’hai doit endroit convenable pour le ca-|s’appeler le comte de Bouctouche. cher. Un mauvais génie a poursuivi Cléophas se leva et alla cher | constamment la famille noble des cher un charretier sur la stand du | Bouctouche. Ce mauvais génie, carré Jacques Cartier. c’est monsieur Caraquette, qui Ï1 mit la malle dans la voiture | deviendrait l'héritier dun comte et se fit conduire sur'la rue La-| dan: le cas où il mourrait sans gauchetière. enfants.
Pendant le trajet l’orage éclata| Le comte est mort dans une et la pluie tomba par torrents. |auberge de Ste Thérèse, et avant Le tonnerre grondait avec uu|de mourrir il m’a iégué ses pa. bruit lugubre et la foudre déchi-|piers, Il x’a dit de veiller sur rait le sein de la nue. sa veuve et de la protéger contre Le ciel semblait prntester con-| Caraquette qui voudrait la détre le crime que Cléophas était | pouiller de sa fortune. L’unique
en voie d'accomplir. enfant né du mariage du comte La voiture s'arrêta ‘devant la était un enfant qui est mort à résidence du père Sansfaçon. St Jérôme. Le petit défant avait
Cléophas descendit, monta l’es-|sur le corps l’image du castor. calier de la galerie et alla frap-| Aujourd’hui ls même image est
per à la porte vitrée. gravés sur la peau da petit Pite. La mère Sansfaçon se leva et| De sorte qu’il devra passer pour alla onvrir. l'héritier de Bouctouche, (Cara-
Cléophas expliqua en peu de|quette a essayé de me tuer à 8t mots à la bonne fem:e l’objet de| Jérôme, parsequ’il sait que je sa viaite nocturne. sus en possession des papiers du
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ell qu tou vot être dra moi grai la qui nant être
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mais vents lise.
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Il; envirc monn La vait ec sait di Clé
vous
tient i doit uche.
rauivi le des génie, , qui comte t eans
8 une avant es pabr sur ‘ontre a dénique comte rt à avait astor.
re est Pite. pour Caraà St
e Je
es du
comte. J’ai été accusé de meur-|ter ici bien longtemps. Je troutre par l’assasein lui-même. verai un endroit sûr pour le ca-
La justice me poursuit maïs|cher. A minuit demain l'affaire elle ne me ratrappera pas avant |sera faite.
que mon innocence éclate devant! Il passa à la bonne femme une tout le monde. À l’heure où je| vingtaine de piastres ea accompte vous parle les détectives doivent |sur sa pension et après avoir réêtre À mes trousses. Jeme tien-|veillonné avec une tranche de drai caché chez vous jusqu’au |tourquière froide, il alla se coumoment où il faudra frapper à|cher sur le banc-lit au fond de la grand coup. Je ne sortirai que|salle. Les vieux couseins de la la nuit et sous un déguisement | voiture de nuit du père Sansfaqui trompera la police. Mainte-|çon lui cervirent d’oreiller et il nant jurez-moi que vous allez|s’abrilla avec une vieille peau de être discrète comme la tombe. cariole.
La mère Sansfaçon se joignit| La bonne femme se retira dans les mains et dit: Je vous jure|sa chambre à coucher où elle ne ma grande conscience du bon|ferma pas l’œil de la nuit. tant elle Dieu. ” avait été mise hors de ses gonds
—C’est bien, reprit Cléophas, | par les révélations de Cléophas. maiitenant nous allons faire l’in-| Cléophas vassa la journée à Ia ventaire du contenu de cette va-| maison. Pour tuer le temps il lise. avait euvoyé Cunégonde à la
Cléophas ouvrit la malle et en | grocerie du coin pour lui acheter sortit les pièces d’or qu’il se mit| toutes espèces de boissons et de à ranger par rouleaux sur la ta-| friandises. ble. Vers neuf heures du soir Cléo-
Il y avait $ 450,000,00 en or et | phas sortit de la maison et se dienviron $75 en argent ou en|rigea vers l’ITôtel da Canada. monnaie anglaise. En descendant la ruo St-Ga-
La mère Sansfaçon n’en pou-|briel il vit au clair de la lune Oavait croire ses yeux. Elle se pen- | raquette qui famait un cigare sur sait dens le royaume desrêves. |la galerie, Il le reconnut facile-
Cléophas fit cinq ou six pa-|ment à son chapeau de castor quets avec l’or et l’enveloppa de|gris.
vieux linges. Il placa le trésor! Il entra dans l’IOtel, pays en dans deux boîtes de Lois dont il| pension, et demanda un charretier visea solidement les couvercles. |pour transporter sa malle à sa
Cet or, d.t-ii, ne doit pas res- | nouvelle résidence. Le vol de la
nuit précédente faisait le thôme de toutes les conversations. Le compte renda du Star avait un»
colonne et demie. Les soupçons de la police planaient sur deux touristes américains qui étaient partis la veille avec un nombre considérable de malles. Les détectives cherchaient les voleurs aux Etats-Unis.