MINES ET CONTRE MINES
Bénoni entra chez le père Sanstagon au moment où celui-ci s’asseyait À table pour prendre son déjeuner, composé de grillades de lard salé et des patates revenues daus la poèle avec des oignons.
Madame Sansfaçon ouvrit la porte au cavalier d’Ursule en lui faisant une moue de mauvaise augure; Pour le saluer elle lui dit :
—Tiens, c’est toi, visage ! Tu viens de chez Payette ?
— Quel mal y at-il à ça ? * Votre vieux y a passé quelore temps.
—Allons, allons, la vieill,, fit le vieux charretier, dont ls langue s’était épaissie par une couple d’absinthes prises avant son repas. Bénoni et moi, nous sommes gros manche. Il est presque de la famille, quoi ! Viens, Bénoni, on va te mettre un couvert et tu vas déjeuner avee moi.
La mère Sansfaçon ne regardait pas Bénoni d’un bon œil.
et ivrogne. Il avait vendn l’agrès qu’il s’était acheté avec l'argent
qui lui avait été donné par lo
comte de Bouctouche. 1lne poseédait plus qu’une vieille voiture aux ressorts brisés, voiture qui n'avait pas été vernie depuis Îe commencement de la crise en
1873. Les coussins étaient sales et éventrés, les vitres d28 lampes
étaient roircies par la fumée des chandelles de suif qu’il y brûlait.
Le père fSansfaçon ne roulait, que la nuit et rentraït à trois henres du matin ivre comme un porte-faix, après avoir dépensé toute la recette de ses courses,
La bonne femme Sansfaçon pour faire bouillir la marmite, allait travailler en journée. Cunégonde, sa fille cadette, gagnait $2 par semaine à faire des torquettes chez McDonald.
Ursule en sortant de prison, avait paseé une couple de jours sous le toit paternel, mais l’inconduite de son père et les scènes scandaleuses dont elle étuit témoin la forcèreat à chercher un asile chez des amis,
Le vieux charretier fut interrogé par Bénoni au sujet :'u petit Pite.
Pendant l’incarcération de eon père, le gamin était parti de Ste-
Elle lui attribuait tous les trou-| Thérèse, Commeil était rendu 4u bles survenus dans son ménage. | bout de son peloton et comme il
abhorrait le toit paternel le mauvais sujet trafnait les rues de Montréal et gagnaït sa vie À vendre des Star, des Patrie et des Courrier de Montréal.
Ls père Sausfagon À son tour posa des questions à Bénoni.
—Dis-moi, mon fiston, qu’est-ce que tu penses du bourgeois qui a amené le petit Pite à St-Jérôme.
—Ah pour ça, père, c’est bien difficile. Il y a bien du micmac là dedans. Sile petit Pite parlait, . il pourräit nous mettre sur la piste. (Cléophas la dernière fois que je l’ai vu était bien coppé. Il dépensait de l’argent comme un Canadien revenu de Califournie.
—Ce grand Jack de Ciéophas est dans les secrets du monsieur qui est mort à Ste-Thérèse. Il faudra l’amener veiller avec nous et lorequ’il sera en fête il ponrra nous donner des informations.
—Dan: le fond Cléophas ne m'aime pas. Il m’a pris en grippe depuis que je lui aï fait manger de l’avoine auprès d'Ursule,
—C’est correct, J’admets que Cléophas se méfera de toi, maïs, moi je pourrai dénicher un beau merle, si j'apprends où il est allé, certain eoir, avec un coffre qui contenait son trésor.
Travaillons chacun de notre côté. Le premier qui mettra la main eur le magot le partagera avec Pautre.
Après avoir trinqué avec le
vieux charretier, Bénoni sortit &
de la maison ét alla se promener sur la rue des Commissaires avec l'espoir de rencontrer Cléobhas.
sa bourse, il lui fallnt gagner quelques sous dans sa journée.
Il travailla toute la matinée an déchargement d’un steamer. A midi il avait gagné une somme
et un coucher.
Vers deux heures, en flänant à Ia porte d’un hôtel, il vit passer Cléophas en compagnie de l’homme au chapean de castor gris.
Bénoni les emivit à une courte
DEEE nn
tel du Canada.
Il fit pied de grue pendant une heure sur la rue St Gabriel. Il vitsortir Cléophas qui prit le rue Ste Thérèse et s’engagen dans la rue Notre-Dame.
Il résolut de faire de la police secrète pour son propre compte.
Il rabittit son feutre sur ses yeux, boutonna ea blouse jusque sous le mentor, et les mains plongées dans ses pocher, il suivit maître Cléophas.
Celui-ci continua sa route en ligne droite, Il passa le carré Dalhousie et suivit la rue Ste Msrie jusqu’au Marché Papineau.
Là, Cléophas s'arrêta et regards en arrière pour s'assurer si ses
Corame il logeait le diable dans À |
suffisante pour se payer un dîner |
distance et les vit entrer dans l’hi- |!
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I ne reconnut pas Bénoni qui
marchait la tête baissée À une
sinquantaine de pas en arrière.
Clévphas monta le chemin Papineau.
Il marchait avec une allure
plus allègre, comme un amoureux
qui va à son premier rendez-vous.
Bénoni le suivait toujours et ne perdait aucun de ses mouve-
à ments.
Rendu près de l’ancien cimetière dee soldats, Cléophas se re-
tourna de nouveau.
Cette fois encore il ne vit pas Bénoni qui continuait sa route e:
marchait en arrière d’un voyage de foin qui le marquait.
Cléophas entra daus un champ:
Bénoni le vit enlever une plan-
che dans la vieille clôture du cimetière,
Qu’allait-il faire là ?
Bénoni à con tour pénétra dans
ble champ, et il regarda dans le
cimetière à travers les fentes de la clôture.
Il vit (Cléophas s’appro:her
été remué.
Bénoni se dit :
mouvements n'étaient pas obser-| Cléophas sortit du cimetière,
Bénoni resta à eon poste et parut faire de sérieuses réflexions 5ey la situation,
IIT Ov B£xont st RICHR
Bénoni suivit des yeux Cléophas qui descendit la côte et tourna le coin de la rue Ontario.
Il resta longtemps immobile.
Sa tête penchée semblait chargée de profondes réflexions.
Son cervéau était un chaos.
11 s'agissait pour lui de prendre une décision hâtive.
Bénoni se disait: Pourquoi Cléophas n’avait-il pas déterré son trésor s’il se trouvait à l’endroit qu’il venait d'examiner. Sans doute parce que ce trésor était.
trop lourd.
Que faire? Attendre la ftaver de la nuit pour escamoter les richesses enfouies dans le cimetière.
Non, Cléophas pouvait arriver avant lui et les lui enlever.
Bénoni prit une détermination:
d’un tertre et examiner le terrain | subite.
Lpour voir si le gazon n’avait pas
Il alla chez un forgeron et lui escamota un pic. Il retourna au cimetière des soldats et se mit à
—C'est là où il a caché son ms- | creuser la terre durcie par la ge-
got. Oa c’est sûr.
lée précisément à l’endroit où il
Il ne fera pas ses fouilles avant | avait vd O.éophas.
la nuit de craînte d’être vu par la
Après avoir travaillé pendant
police qui l’empoignerait À coup|une disaine de minutes, son pie
sûr.
toucha un corps solide.
C'était le coffre contenant les
‘trésors de la famille des Bouctou-| un endroit sûr pour y cacher son. rent à
Che.
Ayant déblayé la terre sutour de la boîte, il en fit sauter le couvercle avec son pic.
L'or et les pierres précieuses apparurent à ses yeux éblouis.
Il soupesa le coffret, il était trop lourd pour pouvotr être transporté à bras.
T1 lui fallait aller chercher un charretier. |
Il pensa au père Sansfaçon qui devait être en train da cuver son whiskey après son diner.
Il emplit ses poches de pièces d’or, et après avoir recouvert le coffret avec un peu de terre, il se rendit au pas accéléré chez son vieil ami,
Le père Sausfaçon prêta son agrès À Bénoni.
Celui-ci retourna au cimetière et quelques minutes plus tard il était en possession des richesses volées à la famille des Bouctou-
-che.
Notre coquin fouetta la vieille rosse du père Sansfaçon qui remonta le chemin Papineau.
Où Cléophas allait-il? Il ne le savait pas.
Il roulait à l’aventure sans destination fixe.
Vers cinq heures dn soir il fut sorpris par l’obicurité dans une des rues écartées du faubourg Québec.
Il s’agiesait pour lui de trouve Le magot. Nos 1 Il devait se presser parce que kB 0sraqu père Sausfaçon allait avoir besoin étaien de son agrès pour faire son serie soir ] vice de nuit. Vers Comme il ne trouvait aucun en: j'homm droit convenable pour y cache son trésor, il prit la résolution del le déposer dans l’écurie même dif vieux charretier, Lorequ’il fut arrivé à la réi:
dence du père Sansfaçon il port le coffret dans l’écurie et le cach:
sous un amas de foin. L' Ilentra chez le bonhomme, « lui jeta une pièce d’or de $5 pom la location de son cheval. journée.
Le vieux Sansfaçon en voyar quelque p tomber la pièce rutilante sur ll Cléoph toile cirée de la table, crut qu'iBront per avait le vertige. Ils dés Le père Sansfaçon revenu de, Bénor surprise, questionna Bénoni «
der à pren la provenance de «on argent. tel Rasco.
Celui-ci éluda adroitement 14 Caraqui
questions et se renferma dans lei goirée @
bornes de la discrétion la plus ab"
golue. Rendu Le père Sansfagon ne tarda piPations
À faire casser sa pièce de $5. JB°"Pe8u d
demanda à la bonne femme d'éophas
ler “ cri de quoi à la grocerie dc qu
coin. ?” journer à
Cinq minutes après, ut gro "02 Ami flacon de genièvre était dép ls Simor sur la table. Pvalt pass
Le vieüx et Bénoni se séparètent à six heures du soir.
Nos lecteurs se rappellent que Csraquette, Cléorhas et Bénoni étaient donnés rendez-vous pour Le soir là sur la rue Ste Thérèse Vers huit heures et demie, lhomme au chapeau de castor gris alla se promener sur le trot- Hoir convert de glace de la rt Ste Thérèse, Il battit la semelle pendant une grosse demi-heure à lh porte du Petit Vatel.
de trouver cacher son
arce que le voir besoin re 80n &6€
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et Le cachi Hi —Bon, en voilà un dit Oura- Bavette en s'adressant à son compère. Saïs-tu où est Bénoni?
—Bénoni n’a pas été vu de la journée. Ila dû trouver an jub quelque part.
Cléophas et Caraquette patien-
nhomme, e de $5 pom eval.
en voyai lante sur
crut qu'ifitrent pendant quelques minutes.
Ils désespérèrent de voir arri-
VIRE de rer Bénoni et finirent par se déci:
Bénoni süljer à prendre une chambre à l’HO argent. tel Rasco.
itement : Caraquette fit les honneurs de
ls soirée en payant plusieurs ron- Rendu communicatif var des ibations copieuses, l’homme au thapeau de castor gris raconta à Cléophas une partie des circonsdMuances qui l'avaient forcé de sé journer à Montréal, Il expliqua
ma dans le à la plus ab
he tarda p de $5.
emme d’ grocerie
8, ut £
it dépo Vis ces hvait passé entre ses mains, et
Cléophas fut le premier au ren-
comment elle avsit été dérobée |par un voleur audacieux,