partie et ce tenait sur le siège de devant avec le cocher
Le cortège était composé d’une dizaine de voitures.
La noce fit sensation en passant sur la rue Notre Dame, car c’était quelque chose de splendide.
Tous les bommeurs e’extasiaient en voyant les toilettes mirabolantes des mariés.
Ursule était rouge comme une pivoine. Bénoni suffoqué par son bonheur était d’une pâleur intéressante.
Un sleigh couvert aux stores baissés suivait la procession à une centaine de pieds.
Lorsque la noce eut passé la barrière de St-Honri le sleigh mystérieux était toujours en arrière.
Rondu à Blue Bonnets le père Sansfaçon fit arrêter les invités au Light House et offrit de payer quelque chose, Tout le monde
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entra et prit possession du salon.
EH Onbutet on chants prose J snviron une heure. ,
Le sleigh mystérieux était en-
. tré dans la cour et la personne qui
était dedans descendit et se fit
| denner un cabinet privé.
Celui qui suivait la noce et qui
| si dérobait aux regards des invi- | tés était l'homme au chapeau de
castor gris.
Caraquette appela un domestiqueet se fit servir une consommation.
Il g’assit près d’ane table, dé.
chira une teuille de son carnet et traça quelqnes mots au cray-
on.
Il plia le billet et le donna au domestique pour le transmettre
| immédiatement à Béuoni. Ce.
lui-ci était en train d’organiser
| une jig voleuse lorsque le domes-
tique lui présenta le billet.
Bénoni qui n’avait eu que deux
années d'école chez les Frères,
avait un peu de difficulté à lire
} l’écriture.
Il sortit du sa'on et alla au fond du passage où il escaya de déchiffrer la missive de l’homme
} au chapeau de castor gris. . Après
an travail de cinq ou six minutes il ut le billet qui était conçu en ces tesmes :
Bénoni
Amuge-toi autant que tu pourras, Je te préviens qne ton crime
découvert — Gide caché dans le famier du père Sansfaçon.
N’essaie pas de te sauver aux
noïis—Polire pas loin de moi—Tu ferais bien de m’accorder une ps-
avec impatience. Je suis ton bon u mauvais génie,
CARAQUETTS.”
Bénoni en lisant la missive de lPhomme au chapeau de castor gris fut tout décontenancé. Il pâlit et se sentit faiblir graduellement. Pour ne pss tomber sur le plancher il fat obligé de s’appuyer sur la chambranle d’une porte La foudre tombant à ses pieds ne l’aurait pas plus étonné que le billet de Caraquette.
Au moment où il allait approcher ses lèvres de la coupe de cinname son mauvais génie allait lui faire boire de l’absinthe à plein pot.
Il réfléchit pendant quelques instants.
En bravant les menaces de Onraquette, il risquait la situation et détruisait tous ses projets de bonheur.
Il voyait la silhouette de lPéchafaud se dessinant dans un nusge sombre, et Ursule se tordant les mains au pieds de la potence.
S'il faisait un compromis aves
Onraquette, il pouvait comme pis-
aller, lui abandonner la fortune . des Bouctouche, se remettre au travail comme an homme et goûter une féliciter sans bornes dans son ménage avec Ursule.
Ba décision fut bientôt prise.
Xl tordit le billet dans ses mains ferveuse, et le déchiqueta avec ses dents.
Sans prendre le temps de s’exeuser auprès de la compagnie, il descendit l’escalier d’un pas ferme et frappa à la porte du petit salon dau premier étage.
Caraquette d’une voix forte et sèche lui dit : Entrez.
Bénoni entra et aperçu Caraquette assis, les coudres posés sur ane table appuyant le menton sur ses deux pouces.
—Tiens c’est toi, dit l’homme na chapeau de castor gris sans 8e déranger et portant un regard imquisiteur sur Bénoni Tu as reçu mon billet et tu as consenti à fausser compagnie à la charmante Ursüle. Ursule est un bon brin de fille (Ce serait malheuréux pour toi si ce soir, au ieu de reposer mollement dans # couche nuptiale, tu couchais dans une des cellunes de la station de police.
Asses, monsieur Caraquette, |
fit B oni d’une voix tremblotante, assez. Vous allez me rendre fou. De grâce dites-moi ce que
vous voulez que je fasse pour wvivre tranquillement aveo ma femme. Ne me pendez pas pour lamour du bon Dion! Ayez pitié d’un jeune homme qui a eu un moment d’égarement.
—Ta as fait une bôtise, mon cher Bénoni. I faut maintenant la réparer. Je t’avaisaccordé ma confiance etta ma trompé d’une manière indigne. Ta croyais que tu n’avais aucun témoin de ton crime lorsque tu as lâchement assassiné le pauvre Cléophas dans la cour du père Sansfaçon. Tu croyais ausi que je te voyais pas lorsque tu es venu il yatroïs jours dans l’écurie prendre qnelques dollars dans le coffre qui m’apparteuait. Tan’as pas été assez prudent. Tu aurais dû examiner le vieux sleigh. Tu auraïs pu y voir le témoin de ton crime. Cléophas repose encore sous le tas de fumier. Je ne l’ai pas dérangé et je ne le dérangerai pas si tu consens à exécuter à la lettre tout ce que je te dirai.
—Monsieur Caraquette, fit Bénoni, êtes-vous Un ange OU un démon ? Je suis en vos mains faiteu de moi ce que vous voudres, je suis votre esclave et je vous obéirai aveuglement.
LE SERMENT —ÆEvoutes-moi, Bénoni, reprit Phomme au chapeau de castor
je doi taires de cet devan
—T Bénon dire cc
pour wima fempour layes pitié
# ou un
ise, mon aintenant cordé ma pé d’une oyais que n de ton âchement has dans con. Ta Dyais PAS rois jours ques dol- \’appartessez pruaminer le pu y voir ne. Cléus le tas pas dégerai pas ater à la » dirai.
te, fit Bée où un 03 mains voudres, je vous
hi, reprit e castor
| gris. Voici les conditions que je!
vais te poser. Situ m’obéis tu L échepperas à la potence, Si non...
} Couic Ici Caraquette fit le geste d’un homme qui est étranglé par la corde du bourreau.
Il invita Bénoni à prendre un siège et lorsqu'il fut assis il 8’en-
campa dans ga chaise, mit ses
deux mains dans les échancrures
) de sa veste et parla dans les ter-
mes geuivants :
—B;noni, tu files un mauvais coton, et tu ne devrait pas attaquer à plus fort que toi. Le trésor que tu as caché chez le père Sansfaçon ne m’appartieni pas et je dois le remettre à ses propriétaires légitimes, Pour t’emparer de cet argenttu n’as pas reculé devant un meurtre.
—Un meurtre ? interrompit Bénoni, comment pouvez vous dire cela, monsieur Caraquette ?
—J’ai toutes les preuves nécessaires pour te faire monter sur la potence. Le cadavre de Cléophas t’accuse, et l’argent que tu dépenses aujourd’hui tu l’as acquis au prix d’un lâche assassinat.
—Asser, monsieur, dites-moi où vous en voules venir. |
—Je te lsisserai la jouissance paisible d’une partie raisonnable du trésor à condition que tu m’appartiennes corps et âme et que ta exécutes à la lettre les ordres que jete donnerai. Lorsque tu retournerss à Montréal, tu entreras dans l'écurie de ton beau-père et tu y prendras tout l'argent que j'ai laissé dans le coffret. Ne t’occupe pas du reste, je l’ai chez moi Je te donne $500 qui t’aideront à t'établir en ménage et à devenir un honnête homme. Les papiers qui étaient dans la boîte n'étaient pour toi d'aucune utilité, mais ils valent des milliers de piastres pour leur propriétaire. Ne change pas le cadavre de Cléophas, laisse-le 1à où il est. Il ne sera pzs défiguré tant qu’il sera gelé.
J'aurai besoin de toi bientôt pour m’aider dans l’acomplissement d’une œuvre que j'ai èntreprise. Il s’agira peut-être de faire disparaître un obtacie à mes plans, Ta vie m’appartuent et tu t’exposeras au péril lorsque je l’ordonnerai,
Caraquette sortit de ls poche
‘ de son-ulster une trompette à va-| La comtesse n’était pas seul.
| Ælle était assise eur/un sofs | .Tu vois cette trompette, re- dans son salon ct prôtait une
che et la montra à Bénoni :
prit-il avec solennité, lorsque tu Pentendras sonner, en quelque lien que tu sois, il faudra que tu
oreille attentive au discours miel leux d’un jeune homme d’une
viennes te mettre À mes ordres, | irgtaine d’années.
Cette trompette elle peut sonner pour toi .ce soir ou demain ou peut-être dans dix ans. Jure moi maintenant que tu répondras à
mon wppel.
Bénoni poss la main eur la trompette et d’une voix terme il dit :
—Je le jure.
—0C’est bien, maintenant, tu
peux aller rejoindre ta femme.
N'oublie pas que je te surveille de près.
: Bénoni alla retrouver ses invités dans le salon et reprit sa gaîté.
I] danses et chanta avec ses amis comme s’il n'avait pas rencontré son mauvais géne.
ÆCaraquette retourna à Montréal en faisant lancer son cheval à fond de train.
Rendu à Montréal il fit arrêter sa voiture devant la résidence de la comtesse de Bouctouche sur la rae Ste-Elisabeth.
Ce jeune homme était un visiteur assidu de sn maison. Il brûlait d’ane flamme secrète pour la dame de céana et tous les jours il se promenait avec la veuve eur la rue Notre-Dame.
Caraquette après avoir retrouver le trésor des Bouctouche avait fait toucher à la comtesse une somme assez forte pour la mettre à l’abri de la misère.
La veuve était encore belle.
Elle semblait avoir retrouvé la fraîche beauté de ses viagt ans et par sa grâce ‘coquette et ses manières engageantes elle pouvait encore exercer une certaine domi-
nation eur les cœurs.
Caraquette était un parfait notaire et comme tel il n’était pas beaucoup accessible aux sentiments tendres. Jamais il n’avait
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songé à débiter des madrigoux à ls dame qui était coafiée à sa
protection et il ne se montrait
pas jaloux. des visiteurs de la comtesse,
Le jeune homme qui était dans le salon était modeste dans sa toilette. Il n’y avait rien d’empesé dans ses manières et 88 conversation dénotait qu’il avait reçu une assez bonne éducation.
Pour an observateur minutieux
l était facile de voir qu’il n’avait
pas le Pérou dans ses poches,
| mais un vernis aristocratique cou-
vrait la moindre de ses actions.
TI avait été présenté à la comtesse sous le nom d’Alphonse Briquet. Il recevait tous les mois des provinces d’en bas, un mandat de trente piastres et il vivait avec une stricte économie dans une maison de pension en face de la résidence de la comtesse.
La connaissance s'était faite par un de ces accidents ordinaires dans la vie d’un jeune homme.
La comtesse en entrant chez elle, une dizaiue de jours auparavant, avait perdu sur le trottoir un mouchoir marqué à son chiffre. Alphonse Briquet lavait ramassé et en le rendant à la dame il fut si charmant dans sa conversation qu’elle l’engagea à venir faire la causette dans eon salon. ..
Oinq ou six minutes après l’en-
M. Alphonse Briquet prit congé de la comtesse qui l’invita À faireln partie de casino dans ls soirée. ta Lorsque l’homme au chapeau
de castor gris se trouva seul: avec la comtesse, il sortit un parchemin de sa poche.