LA TROMPETTE À VACH
en fermant la porte bruyamment, |
En mettant le pied sur le trot:
toir l’homme au chapeau de csstor gris donna cours à son émotion en répétant les mots : Malpà.
que ! Bouctouche |
Caraquette se rendit immédiatement à la station de police et demanda le détective Lafon.
Celui-ci était en train de griller une cigarette et caressait sur ses genoux le petit chien du sous-chef Nægele.
Caraquette s’appuys les deux bras sur les barres de cuivre audessus dn comptoir, regärda le détective entre les deux yeux et lai demanda une entrevue de quelques minutes.
Le détective avec un geste solennel montre le passage conduisant au bureau privé des officiers de la
sûreté.
L'homme au chapesu de castor
La noce avait quitté le Light House vers six heures et à sept heures et demie les nouveaux msriés entraient chez le père Sansfaçon.
Pendant la première semaine de 1a lune de miel B&noni devait pensionner chez son beau-père.
La chambre à coucher des nouveaux mariés devait &tre celle du Père Sansfaçgon. Le bonhomme et la bonne femme devaient coucher pendant quelques jours dans le bano-lit de la salle à diner.
Après le souper qui fat gai comme le déjeuner et le dîner, Bénoni tira quelques touches d’un excellent cigare de cinq eents et expliqua à sa belle-mère ses projeta d'avenir.
Il devait prendre ane licence de cocher et s’acheter un atte:
lage double. Il avait trouvé de son
Va Ho
i Fire AAA LE
sé unie jolis petite malson aus là
re Plessté, avec remise et écurie.
flso proposait de rouler ls plus bélle voituré de la stand dé la place d’Armoë.
A neuf heures Is bonne femme Sansfaçôn qui 4vait passé la nuit blanche la véille baillait à de déocrocher la machoire. Leo vieux qui s'était an peu piqué le nex pendant le voyäge roupillait dans
Bénoni fit observer à ea femme que l’heure était avancée et qu'il fallaitsonger à se concher.
Ursule qui était assise sur les genoux dé son épôux In tête appuyéé sur Son épaule, pousss an soupir ét leva un regard langonreux sur les yéüx de son bien.
aimé.
Elle lui pressa la main délice tement et dit :
—Chère belle-gueule, attends encoré un pétit brin.
Bénoni sé léva et passa le bras autour de la taille d'Ursale et l’'éntraîna dans l’enbrasure d’une fenêtre s’ouvrant sur ls rue.
Le ciel était seréin et ln lune brillait au firmamant avée an éclat extraordinaire.
Le marié indiqua du doigt las tre des nuîts et dit à Ursule :
Regarde donc dn pen comme elle brille cette nuit, c’est nôtre labe de miel qui est dans son premièr quartier.
Ursule, qui machouillait
gomme dans une muette conteta- Plation de son époux, passa ses doigts mignons ans les frisottes huileuse de Bénoni et lui dit :
—Tu m’ainies n’est-c6 pas, mon chou à moi toute seule ?
—Tu mé demandes ai je t'aime, cher ange de mon cœur, Maisje t'adore a en perdre la raison. Regarde le ciél, il semble sourire à vos amidurs. Toi m’aimestu tou-
—Bénoni, soupira ls jeune mariée en laissant tomber avec grâce en tête sur l'épaule dé son mari Bénoni ! c’est pour la vie,
Bénoni pressa Ursule sur son
cœur et resta pendant quelques instants dans an ravisement béat.
Aptès cinq ou six minutes il
sortit de son extase et dit à Ur. !
sule :
—Ma chère, il est bien tard. Il serait temps de nous coucher.
—Pas encore, répondit Ursule en minaudant. Restons ici encore quelques minutes, le ciel est ai beau.
Tout à coup le silence dela nuit fat troublé par le son prolongé d’une trompette.
Bénoni tressaillit comme s'il avait été mordu par un serpent.
XL lêcha Ursule et se porta les mains à la figure.
La jeune femme inquiète dit :
—Mais, Bénoni, tu mé fais peur, qu’astu donc ce soir ?
La trompette rotentit aïe deuxième fois.
| que, ouv
Bénoni, fou.
ici encore el est ai de la nuit prolongé
mme s'il
serpent.
porta Îles
bte dit :
me fais bir ?
tit une
“Bénoni pâlit, chancels et tomha atiéanti sur une chaise.
—Qu'as-tu, mon trognon ? reprit Uraule. Est-ce cette trompette qui t’effraie ?
—Oui, cette trompette ! dit Bénoni d’une voix haletante, cette trompette maudite.
—Mais, cher ami, tu devrais savoir que c’est la trompette du stage de St-Eustache-
—Nonu, non, fit Bénoni d’une voix que la terreur rendait sibi lante, . Ce n’est pas la trompette du stage. Le maudit, il veut m’arracher à mon bonheur. Ursule, je suis perdu. Ecoute ! il est là, Il m'attend pour me détruire.
La trompette recommençga sa lagubre fanfare.
> Un nuage passa devant les yenx de Bénoni.
Il 86 leva d’un bond de sa chaise et eaisit un couteau aur la table en s’écriant :
—Caraquette, l’un de nous doit mourir ce soir.
Un coup violent fat donné dans la porte par quelqu'un qui était sur la galerie.
—Mon Dieu ! que veut dire tout ceci ? dit Ursule. Qui frappe à notre porte à cette heure ?
—C'est mon mauvais génie. Il faut que j'ouvre.
—Maie, tu n’es pas fou le cnsque, ouvrir notre porte à minuit Bénoni, je crois que tn deviens ton.
—Non, éloigne toi, ma chère. Tu vas voir comment un canadien sait tuer ou mourir,
L'individn qui était dehors clancha la porte avec impatience, Bénoni serrs convulsivement le manche du couteau et de la main gauche il fit partir le tagmwet de la porte.
La porte sonvrit et l’homme au chapeau de castor gris parut daus l’entrebaillement. Bénoni leva son couteau pour frapper som visiteur nocturne.
Caraquette Ini présents le canon d’un revolver.
Il laissa tomber son coutean.
L'homme au chapean de castor gris parla.
— Tiens, c’est comme cela que Von répond à l’apel de ses amis !
As tu entendu la trompette À vache ?
11 t'en coute beaucoup de remplir la promesse solennelle que tu m’as faite cette après-midi sur le
chemin ds Lachine. Dans tous les cas, je vais entrer me chauffer.
Bénoni resta interdit et indiqua machinalement une chaise à Caraquette.
Celni-ci entra, tenant toujours son arme À la main, le canon braqué svr ls poitrine de Bénoni.
Ursule en voyant cette scène tomba inanimée sar le banc-lit.
Caraquette fit signe à Bénoni de s’asseoir près d’une table.
péndant ün instant. Tu metiras les mains sur la table et au premier mouvement suspect de ta part, je te loge un dragé dans la cervelle, —Parlez, monsieur, je vous écoute, Caraquette reprit :
— Bon, voilà tu es raisonnable maintenant, Nous allons causer d'affaires. Après le double crime que tu as commis tu ne peut attendre aucune miséricorde de la justice des hommes, Voleur et assassin, tu croyais que le ciel allait te permettre de flétrir l'existence de ta fiancée. Aujourd’hui le châtiment te réclame, tu vas me suivre immédiatement, 9—Immédiatement, dit Bénoni, immédiatement. Mais, songez, monsieur Caraquette que je suis marié depuis ce matin. Immédiatement, mais vous badinez.
Demain matin je serai votre homme.
— Demain, demain, dit l’homme au chapeau de castor gris avec un ricanement méphistophélique, demain ne m’appartient pas, Demain est à Dieu. Il y a plus d’un accident entre la coupe et les lèvres. C’est aujourd’hui, aujourd’hui, entende-tu, mon ami ?
CONCLUSION En pronongant ces dernières
tête sur la table e* fixe sur Bénoni deux yeux chargés de haine et de eatisfaction.
DBénoni se tordait comme un supplicié eur la roue. Toute résistance était impossible, il voyait toujours le revolver chargé dans la main de son ennemi.
Il essaya de désarmer Cars-
quette en faisant appel à ses sentimenta d'humanité.
— Vous n'êtes pas chrétien, dit Bénoni, en tombant à genoux, les mains jointes, devant l’implacable Caraque te, votre cœur est donc aussi dur qu’un caillou. Vous êtes sans entrailles, vous r’avez donc jamais aimé? Quoi ! vous serez assez cruel, assez barbare pour m'arracher aux embrassements de l’idole de mes rêves ?
Oh ! par pitié, monsieur Carsquette, laissez-moi an moins deux ou trois heures d’un bonheur pur, ensuite faites de moi ce que vous voudrez. Ursule, ma bien aimée est là sans connaissance, vous allez la faire mourir par le coup qui me frappera. Oh ! par pitié pour mon amour laissez-moi ici juequ’à demain matin.
—L'amour ! l’amour ! fit Oaraquette, en se carressant le menton de la main gauche, tu crois donc à l’amour, scélérat. Allonsdonc, tu as trop de philosophie pour cela, Allons, allons, trève de doléances, fiche moi ls
paroles Caraquette s’avança la | paix aveo ton pathos. Ho! de:
—Cel l’homm gris en ulster vu:
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philosone, Allons, he moi ls
Ho ! de-
bout, monsieur le meurtrier. ‘Ma
vengeance à soif deton sang. Il y à assez longtemps que j'attends.
Bénoni en entendant}ces dernières paroles bondit comme un tigre et s’élança les poings formés sur l’homme au chapeau de castor gris.
: Caraquette s’attendait à cette attaque et d’un coup de la crosse de son revolver appliqué sur la ternpe de Bénoni, il l’étendit sur le plancher.
Le bonhomme Sansfaçon et son épouse éveillés pa” le fracas sortirent de leur lit en quene de chemise.
… Qu'est-ce que ça veut dire, tout ce train là dans ma maison ?
demanda le vieux charretier à Caraquette qui se tenait debout et immobile dans la salle le revolver braqué sur Bénoni.
—(Cela veut dire ceci, dit l’homme au chapeau de castor gris en tirant de la poche de son ulster une trompette à vache qu’il emboucha et fit retentir fortement peadant cinq ou six secondes.
La porte de la cuisine s’ouvrit et un piquet d’hommes de police entra dans la salle avec le détective Lafon, le coroner Jones et son secrétaire qui portait tout l’'agrès d’une enquête.
—Émparesz-vous de cet homme.
C’est un assassin. Le corps de sa victime est là bas dans la cour,
enseveli sous le tas de fum'en
Arrêtez ce charretier et ss femme.
comme complices du crime.
Quelques minutes après le on:
davre de Oléophas, découvert par
les policiers fat transporté. dans
la salle à dîner et déposé sur le.
plancher.
L'enquête du corener commen:
ça immédiatement.
Caraquette dans sa déposition:
relata les circonstances du crime de Bénoni.
Le verdict du jury accuse ce dernier du meurtre et le père Sansfaçon fut dénoncé comme complice.
Les deux prévenus farent anttés par la police et conduits au poste central,
Le cadavre de Cléophas fut livré aux étudiants en médecine du collège Victoria.
. Le petit Pite quelques jours plus tard tombait entre les mains de la police sous la prévention d’avoir volé 25 cents que l’avocat Jules Piton lui avait confié pour acheter une bouteille de whiskey.
Traduit devant le Juge Dugas il fut condamné à trois années d’école de réforme.
La pauvre Ursule dont le bonheur avait été brisé par le crime de son mari, s’est engagée comme cuisinière au restaurant de la mère Gigogne.
Caraquette reçut une lettre de V’agent de la famille de Simon
ls ‘Baie des Chaleurs lui mandant que M. Malpèque était le
véritable héritier collatéral des
Bouctouche.
M. Malpèque vivait à Montréal
sous le-nom de Alphonse Briquet et courtisait la veuve Bouctouche.
Oelle-ci accuei!lit favorablement ses hommages et lai accorda sa nain, Le mariage eut lieu à l'église St-Jacques au milieu d'un grand concours den aristocrates du quartier.
‘Oaraquéette rendit le trésor à son véritable proprittaire et alla se fixer sur unr des belles terres de la Rouge, à cent milles plus haut que St-Jérôme.
Bénoui subit son procès à:is Cour du Banc de la Reine.et; fat condamné à mourir eu: la potence. Il se prépara à Ja-mort comme un bon chrétien et monta les degrés de la potence eomme un blood.
Le Marquis de Malpèque et.sn femme achetèrent une magnifique propriété sur la rue St-Denis, et élevèrent une nombreuse famille.
Mardi dernier il allait voter comme un brick pour l’honorsble Jean Louis Beaudry.
Comme vous voyes tout est bien qui finit bien,
RS 4453 ETSNEC.: D
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