INCENDIE ET DUEL
Î1 releva la tête et avec un aplomb impertubable il dit à es fémme :
—Depuis que ma destinée a été enchaînée à 1a tienne mon existence est devenu une torture de tous les jours.
J'avais cru avant de t’épouser
- que tu étais lange que le ciel
L svait envoyé vera moi pour être
| le rayonnement le plus pur de
D mon foyer.
ton amour, ta candeur et tes char-
J'avais espéré que
tion. Tu as introduit sous mon
toit un monstre plus dargereux
qu’an chacal, un tigre, uue panthère, un serpent, le plas terrible des monstres glapissantes, hurlants, grognants et rampants.
Je veux dire une belle-mère, Oui, ta mère a abreuvé mes jours d’smertume, elle a tait crouler toutes mes illusions, elle a détruit mon bonheur, elle a arraché une à une toutes les fibres de mon cœur,
Scholastique, je te le répète, nous devons vivre à jamais séparés.
—Cléophas ! puisque tu reste sourd à l’appel de la charité, puisque tu n’a plus pitié de ma misère, j'ai résolu de consulter mon avocat. Je te poursuivrai devant le recorder, et devant le magistrat de police afin de te forcer à payer mon entretien. Je pars, adieu.
L’épouse de Cléophas rebaïsan son voile et sortit de la maison de Madame B>auchiard.
Lorsque le roulement de la voiture s’éteignit dans le lointain, Cléophas orit sa canne et son chapeau et fit une longue promende
eur les raes afin de trouver de
l'emploi.
Pendant une dizaine de jours, Cléophas s’esquinta à arpenter les raes commerciales afin d’entrer
comme commis: ou du moins eom-
me porte-paquet dans quelqies
magasins de marchandises sèches on dans une grocerie,
Toutes des marches, démarches ot contremarches furent infractu- euses, Cléophas fut réduit à de venir un lôfeur dans tonte l’acception du mot. Il avait déjà deux mois de ponsion er souffrance.
Pour gagner du temps, il avait fait croire à madame Beauthiard qu’il allait bientôt réaliser des bénéfices considérables par la vente d’une consignation de cuillère-àpots, vulgairement connues soùs le nom de ‘“ brahoules. ”
Madame Benuchiard traitait d’ane singulière manière les pensionnaires qui avaient des arrièrages.
Avant de les faires déguerpir de chez elle, elle plaçait leurs nippes dans une chambre noire au fond du passage. Lorsque le pensionnaire arriéré avait fait une couple de mois de carcere duro sans mettre un versement dans la cuisse toujours vide 1l recevait son congé,
Le cadre de ce chapitre est trop étroit pour contenir un récit detoutes les persécutions auxquelles Cléophas fat en butte devuis le jour où il se trouva condamné à vivre sans travail.
Deux semaines après les évène-
‘monts que nous venons de rscon-
ter, Cléophas, vers deux heures du matin, entendit sonner l’alarmé du fou dans le clocher de l'église St Jacques, Il oùvrit ea fenêtre et regarda dans la direction da faubourg Québec.
Le firmament était éilairé par une lueur sinistre, un incendie considérable ravageait le quartier Ste Marie.
Cléophas enfourcha ses pantslons et s’élança dans la rue.
Il suivit la rue Lagauchetière jasqu’à la rue Visitation. Là il vit que l'élément destructeur s’était attaqué à la résidence du père Sanstaçon.
Cléophas n’était pas allé faire visite à celle pour laquelle il brûlait uns flamme criminelle depuis le jour où Ursule Ifvait congédié ei grossièrement dans le Jardin Viger. Personne ue lui avait donné’ de nouvelles de Ia
jeune fille et il igoorait par con- À
eéquent que la grosse picotte avait détiguré l’objet de son amour,
R:ndu sur ls scène de la conflagration il vit les flammes sortant des lucarnes de la maison du père Sanefaçon.
Le plus graad désordre régnait eur la rue et les hnmmes de police avaient mille d fi ultés à disper.
ser les groupes qui gônaient l’action des pompiers.
Le ieu faisait des progrès ter-
bliée su
La j
n’était
ever de ane mo
Cléo] fardeau lecin er - Le di Drsule
igea |
Maui s’ét
les évènede racon- 1x houres ner l’alar-
les os flammes s’élançaient re it comme autant pl er ‘sénglantes.
Un pompier parut dans une
ocher de Monêtre du deuxième étege et apoùvrit ea Mbela ses compagnons à grands cris la direc- hour l'aider à sauver deux perc. onnes qui allaient périr dans les lairé par Miammes.
incendie D Cléophas n’écoutant que son > quartier BSourage s’élangs dans l'escalier
énébreux du père Sansfaçon.
es pants- DS T1 disparu dans un appartement
rue, nveloppé dans un noir tourbiluchetière Mon de fumée.
nm, Là il Les pompiers avaient essayé structeur Mainement de l’empêchr d'entrer dence du
ar il courait à une mort certaine.
|} Après une vingtaine de. seconles qui avaient semblé une éterni- 6 pour les spectateurs, il reparut enant dans ses bras la forme d’une créature évanouie, envelop ‘pée dans une épaisse couverte.
allé faire le il brûnelle devait condans le > ue lui es de Ia par conbtte avait mour, Le la con-
nmes 80r- Laison du
Il pressait dans ses bras la pauvre Ursule qui avait été oubliée sur son lit.
La jeune fille convalescente h’était pas assez forte pour ge ever de sa couche et échapper à ane mort terrible.
Cléophas porta son précieux ardean dans le bureau d’un mé.
lecin en face de l’église St Pierre,
- Le docteur avant de donner À
e régnait de police è disper. ent l’ac- e
gen que la foule des curieux
grès ter- Mui s'était assemblée dans sa mai-
Rs > EE É—
son, se dispersât. i édiat aûn Ki ne pas TE sn opér tion
ah lui-même pr ‘de déconvrir la figare de sa jbienaimés fut obligé de sortir. de l'appartement où le médecin. resta seul avec Ursule,, Le docteur constata un cas d’asphyxie ef il eut recours à des frictions avoc,un morceau de flanelle chaude, Il fit ensuite respirer À la jeune fille de l’ammoniaque et del’éther. Il lai mit sous le nez de l’acide sulfa:
reux obtenu en faisant brûler des allumettes soufrées. |
Il porta d’autres excitants sur la nuqeuse baccale et nassie. I) lui chatouilla la luette et les fosses nasales avec les barbes d’une plu:
me. |
Ce traitement au bout d’ane demi heure produisit son effet.
Uréule commença à respirer et éternua avec succès,
Le médecin permit alor: à Clé:
ophas d’entrer dans l'appartement Jù la jeune fille reposait sur un sofa.
Eu voyant les ravages horribles
de la picotte sur la figure de son idole, Cléophas faillit sécher de frayeur,
Il crut qu’il était sous l'empire d’un cauchemar.
Soù cœur se brisa et il dut s’ac-
coter sur la cloison pour | 8 empè- : léhër de tomber, ‘
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| airs les soins que le docteur|
rte àls mslade, son état | Toi, Cléophss, tu es mon
empire .
Des symptômes aigus succédèrent an marasme qui avait suivi Pasphyxie.
La fièvre redoublait, Ja tête était prise. Les saignées, les sang vues, rien ne put calmer le mouvement du pouls.
Lo délire compliquait le mal et des accidents nerveux laggravaieut,
Ureule sencblait avoir perdu le sentiment de ce qui se passait autour d’eile.
Des paroles sans suite, des mots entreeoupés s’échsppaient de sa bouche ; des gestes convulfs attestaient la violence de la lutte et les eflorts de ea riche ‘ sonstitution.
Ursule en ouvrant ses yeux égarouillés n’avait pas reconu Cléophas qui se tenait à son chevet dans l'attitude du plus proford désespoir.
Ursule sommeilla pendant une demi-heure.
En se réveillant ses dents s’entrechoquaiert et des flots de sueur inondèrent les rugosités de son visage.
Son délire était fini.
Ses yeux rencontrèrent ceux de son sauveur.
Elle pousse un soupir et s’ex-|hvure ? Arrive, et vienst'en.
elama :
(fibre bal coma À lu 20 N
veur !
—Oui, Urec'e, c’est moi Mo Cléophas que tu as accablé p tes mépris.
—Pardonne-moi, tout ce que; t'ai fait souffrir. Maintenant voux-tu mon cœur ? Il est à toi.
Cléophas prit la main ratatinél de la picotée dans lès sienne Suffogué par l’émotion, la cor triction qu’il éprouvait dans | laryux, ne lui permit pas d’ar culer une parole.
Urenle se leva et alla so reg der dans un miroir placé au font de l'appartement.
Cléophas se leva, tousra et el guya avec son mouchoir le, sueurs qui perlaient sur 80!
front.
Il allait e’approcher d’Urauls lorsqu'il antendit du train à là porte.
Quelqu’an venait de elancherk Le docteur alla ouvrir.
Le père Sansfaçon et Béronks entrèrent dans le bureau du doc teur.
Le vieux charrstier, excité paill de nombreuses libations et par 14 malheur qui lui était arrivé, s’ap procha d’Ursule et lui dit :
—Tiens! te voilà ici? Sais-tr que je te cherche depuis an
—Ponps, dit Ursule. Fâche a €
» ! Fat 60 toi ) DES COMME çn ouiliés père Saustagon qui conduisait Ur. es mon satfjuirai Monsieur Cléophas mon | sule ches sa tante Délima, dans is : rue Jacques-Cartier.
st moi Mo , accablé pa
Oui, dit le docteur, si votre] Cléophas et Bénoni, rendus sur test encore en vie aujourd’hui, |la rue, réglèrent les conditions Banefaçgon, vous devez un]|d’un duel qui devait avoir lieu le à cierge à ce monsieur. C’est | soir même,
jui a arraché votre fille à une! Cléophas et Bénoni décidèrent
out ce que) Maintenant
Il est à toi. lit terrible, que leur rencontre devait avoir ain ratatinéMiénoni qui était aussi lancé|lieu dans une ruelle de la rue Vi-
lès siennelfle père Sansfaçon, crut qu'il|sitation audessus de ls rue Dor-
ion, la condiit à propos de mettre son mot | chester. | vait dans IBM la conversation : Ils rencontrèrent sur la ronte
Tiens, monsieur le conduc-| deux fiers-à-bras de la bande du des p'tits chars, je ne m’at | Cheval Noir, qu'ils invitent à lais pas À vous rencontrer ici | être présents au duel comme leurs Dir. C’est comme ça que vous|scconds,
dlez des services aux gens pen-| Les deux adversaires n’ichanle feu. Vous enleves ia demoi-| gèrent pas une parole jusqu’au de la maison pandant qu’on | moment où ils se rendirent sur le hit griller pour sauver le ehe-| terrain de l’honneur.
Bet l’agrès du père Sansfaçon.| L’aurore avec ses doigts de D viande ! je ne sais pas ce qui|rose commençait alors à débouimpêche de vous faire péter la| tonner le manteau de Ia nuit qui ale avant de sortir d’ici. enveloppait Montréal et à éclai. Jléopoas allait répondre lors-|rer le chemiu pour le cabaroït lule médecin se plaça entre les| mineux ds Phébus.
rivaux et leur dit : L'air étaittiède et légèrer sent --Pas de scandale dans ma|imprégné des vagues parfums s’éson. Si vous voulez vous don-|chappant des buens retiros du des ‘oups de torchon, vous | quartier;
t pas d’arti
la so reg lacé au foni
ourra et es ouchoir le
t sur 8goi
er d'Ureni train à lé
e elancherlt
et Béroni au du doc
excité pal sortir de suite de chez moi.| Le poiiceman, à cette heure,
set par | léophas lança sur Bénoni nn|était impondérable et aucun obs-
ré rd chargé d'éclairs et sortit|tacle ne se présentait aux deux it :
1h maison en disant : ‘ |ennemis.
ci ? Sais-t1S Monsieur je suis à vos ordres.| Cléophas rompit le silence le epuis und Je vous suis, reprit Bénoni.| premier en disant : Oa, c'est la + deux hommes sortirent du | spot.
le. Fâche a du docteur suivi par le] En même temps il. désignait
phas, en se.débarrassant dé-e# bou: |
: l'endroit. desla.ruelle le: plus pide.pour le: combats! a: +19 ofobti
—Ce sera fase play, ; dit: Bénoni.str V4 RENe * +9 € Enr «rQ'est.. contects: reprit Géo»
joè19
grine qu’il jeta sur la terre avec.
sa vente :et isa: cravate: : | lserra d’nn-eran la: ste doi
retenait. son pantalon, retronssa | voir. une. poque ; formidable «1 ses, manches de chemise: et com-|son.appendice: nasal; et son ean ‘Lçoulait.en longs-ruisseaux sur «0
mença à sparrer.
»Bénoni fit la même :chose. :
La lutte était commencée. Bé-
noni et-Cléophas paraissäient:d’é- | qui fendit l’arcade sourcil.ère
gale force.
À laccès de colère que la ja- | était boaché.
lousie avait donné à Cléophae, au
moment de. la provocation avait|d’une joie amère.
succédé une rage froide et: concentrée. Pour Bénoni, on :
dire qu'il était dans con
atide ses lèvres, qui lui servait i beau. sourire, ét4it plus froidement :
Calme, ferme, brave sans bra-|solent que jamais, ses prunell vade, sa grâce adolescente rayon- | fausses et changeantes resplendi
temps qy'il opposaitune séc sdédèignense. aux \farieus attaques de Cléophas, il ne: me quait ps une-o6cæ ion, de rail rié-et un .sarcagme si chaqne parade. 051.1 :##Gtare à;ton fouillon:!. rai :«##Bon !'tu.astapé ton: on En effet, Bénoni venait de reck
devant de chemise. :
Bénoni riposta par: une guio
son antagoniste. Son œil gauciss La figure de Bénoni éclats
Ses narines se dilataieat, le |
uait de la fierté mâle du péril et |sait comme celle d’un chat en du courage. vage.
Mais Cléophas était eouple,| Une intraduisible expressid fougueux, téméraire, impossible à | | d’orgueuil féroce, répandue da esquiver par l’audace et l'impréva | son être, faisait hésiter les témoi de ses mouvements. entre l'horreur et l’admiration.
C'était un rare et poignant| Cléophas qui commençait à! spectacle, de voir la tranquillité | sentir mal à l'aise sous la pressit et laisance de Bénoni devant la) de cette raillerie glaciale voulf vivacité. et. l'emportement de son |en finir et se décida à laïsser
adversaire. coté les règles du fair play.
2 rencontre était assurément | : D'un bond formidable il tomi émouvante. sur son adversaire et le fit ploy Rs de
Bénoni, lni, ne pouvait se rete-| Bénoni trébucha:et tomba louri nix de-parler et de rire: En m6. | ment sur le sol.
Ho Lo aux frien 1 Bite 16 delà page eue mr ne ml d'a the! wi l'A ja pur taine de minatés. 1” ip tt on de EE dti aval pr do | Lo dos Toit "Hloëx à