‹ Les mystères de Montréal [microforme]Chapitre 9 sur 41 · DA NN NI NES ARRETE · texte numérisé non relu

DA NN NI NES ARRETE

j'ai eu mille misères à le conduireiest de la tempérance. Je

à la station. Les prisonniers qu’il ne crache pas dedans. Lo étaient tous deux ivres. Vaillan-|du feu ches moi, il n’avait rien

court est bien connu de la police, | Pris:

Il passe son temps à l0fer autour

des marchés ou dans le Jardin | °° Viger. Quant à l’autre prisonnier <’est la première fois que je le vois.

M. Piton se leva et commenga à transquestionner le témoin.

—Constable, jurez-vons positivement que le prisonnier était ivre lorsque vous l’aves arrêté ?

—Oui, je le jure. I avait de peine à marcher.

—N'était-ce pas à cause des coups qu'il avait reçus dans la bataille ?

—Non, c'était pas ça.

,——Vous pouves vous retirer.

—Votre Honneur je prouverai de contraire dans ma défense,

Le sergent de la station de la rue Ontario donna sa déposition, 1 dit qu’il pensait que le prisonnier Cléophas était un peu en boisson.

M. Piton appela alors les témoins de la défense:

Le premier qui entra dans la ‘boîte fut le père Sansfaçon.

* Il déposa comme suit :

—Je m'appelle de Salles Sansfaçon, je suis charretier. Mon stand est au coin de la rue 8t Paul et Bonsecours Je connais les deux prisonniers. Bénoni Vaillaucourt n’était pas saoûl ce amatin, Je ne puis pas dire qu’il

Bénoni qui n’avait pas d'avocat qu’il était temps de poser une question au témoin.

—Dites donc, monsieur Sansfaçon, est-ce que je suis un lôfeur, comme a dit l’homme de police?

Le nreooRDER. — Taïsez-vous, vous n’avez pas le droit de parler,

Scholastique entra à son tour

la ces la boîte aux témoins. Elle

ne em "appelle Scholastique Beauparlant. Je suis la femme du prisonnier, monsieur Cléophas Plouf.

Un cri déchirant, parti du banc des témoins, jeta l’émoi dans ls Cour, et interrompit les°procédés de la justice. Ursule, en apprenant que Cléophas, son eau:

veur, était marié, venait de tomber en syncope.

Le sergent Nelson courut vers elle. Il détacha les gorgettes de son chapeau et se mit à lui taper dans la paume des mains, tout en dissnt à un constable de courir chercher un verre d’eau dans le bureau du greffer,

Loreque le désordre, causé par l’'évanouissement d’Ursule, fut calmé, Son Honneur, après avoir oui le plaidoyer de M. Piton, prit la parole :

— Prisonniers, dit-il, ce n’est pas la première fois qne vous paraissez devant la Cour. id

M Ein LE MULAr Te dur

a juré tr lan main casse le t On chez Pay — Fais —C'es:

pas ragot À parait La con demnés f trée da appela C!

Avanc femme vs

Je n6, U vait rien

d'avocat de pose

eur Sansan lôfeur, le police ?

isez-vous, de parler.

son tour ins. Elle

Vous, Cléophas Plouf, vous] Oléophas suivit l'officier qui le

mérites une sentence sévère. Il y| conduisit devant le comptoir a qu'un autre animal dans ls|le greffe du Recorder,

ville qui se met dans le même état où vous aves été trouvé la puit dernière, ça, c’est un cochon.

Pendant que vous étiez ivre vous aves troublé la paix en vous battant avec votre ami, Je vous condamne à $5 ou un mois. Emmenes-los.

Les deux prisonniers furent re eonduits dans la chambre d’attente.

La sentence qui venait de les frapper avait opéré u : rapproche ment entre les deux ennemis.

Île causèrent ensemble du réeultat de leur procès. Bénoni prit la parole le premier.

Le vieux a été dur pour noue autres. Il me semble qu’il aurait pu vous donner $1 ou huit jours.

—C’est ce maudit constable qui s juré trop fort. Si jamais je mets km main sur Bellebôbine, je lui casse le troufignon.

—On descend tout de même chez Payette. On n’a pas c’te tôle.

—Fais en pas de cas,

—C'est le kelly que je trouve de ragoutant. Caseser de la pierre

parait que ça force pas.

La conversation des deux condemnés fat interromnue par l’en-

Atrée du Sergent Dr'yfus, qui

appela Cléophas Plouf Avances par ici, Plonf, votre femme va payer votre amende.

tique était là,

Elle venait de payer l'amendé de sun époux perfide.

Le greffier lui avait donner reçu qui lui permettait de À remettre son mari en liberté,

Bcholsstique se tourna et en.

voyant Cléophas :

—Tiens, c’est toi! Eh viragd:

d'homme sans cœur! J'ai payé ton amende.

Que vas-tu faire à présent! Je euppose que tu vas continuer à.

lôter.

—Scholastique, répondit Cléophas touché par la générosité de:

ea femme. Scholastique, je vois que je me suis mal conduit Scholastique, je t’éconterai. Je tra-vaillerai à n'importe quoi pour faire vivre notre famille. Je te l’aesure, ma grande conscience du bon Dieu !

—Je t'ai pardonné encore une:

fois, Cléophas. Ta vas venir rester avec ta famille J’ai loué une maison dans la rue Campeau et je gagne déjà assez d’argent pour faire vivre nos huit enfants. Je:

vas en journée et je lave pour plusieurs maisons de la rue Ste- Catherine. Hourra, viens tu ? J’af hâte d’arriver, les enfants sont à.

la maison.

Les deux époux récon cilliés se:

dirigeaient vers la porte du greffe:

Jorrqu’ils virent sur un ba

jeune filé" voilée qai “poussa

‘édupir et AEER er «20 0166Rast ”

Fig pme

ABRÉGÉ DU PROTOGUR

L jwrécbe nofTETTTe PU MA

| dl Ayant de nouer l'intrigue |cipale de notre roman, nons on

Scholastique pâ it “et se mordit nongs, aujourd’hui, à, :Ro8 lecteur

ln'lèvre, | Cléophas‘ ent nne espèce d’é blouissement” et dut appuyer uné min sur le comptoir pour ne pas tomber.

C'était Ursule qui disait un dernier adien à son sauveur.

Elle réleva son voile et laissa voir À Scholastique les ravags® horribles de la picotte sur sa figure.

* Btholastique en la voyant serra le bras de son époux et lui sou fl « À l'oreille :

—Viens, on ami, ei tu m'aimes réellement, tu ne parleras jamais:

à cette pean:-là.

Cléophas maîtrisa son émotion:

du mieux qu xl pat. I] tourna le!

dos à Ursule e: sortit du soubas-

sement del’ITôtel:de Ville au moy.

ment où les prisonniers montaient ‘dan la voiture de 14 Corporation

pour 8e rendre à l'Hôtel P:yette.

Sholastique et Cléoyhas se rendirent dans leur logement sur la rue Campeau.

Cléophas reprit courage et se mit en quête d'ouvrage.

ÎLalla trouver l’échevin Thibault qui lni fit obtenir de l’empioi temporaire duns le bareau de santé,

ŸIN DU PROLOGUE ” Et ÈT *:4

lde Mademoïselle

yu sommaire des principaux 6y nements du prologue.

Bénoni, un jeune, cordonnier à faubourg Québec, est amourer Ursnle Sans taçon, fille d’un vieux charretie de la stand dela rue St-Paul, pr de l'Eglise Bonsecotrs.

Ia un rival dans la personn de Cléoyhas, un conducteur d

petits chars.

Celni-ci voit ces hommages r poussés par Ureule qui aime |

|cordounier. d'amour tendre,

fait de vains efforts pour suppl ter sôn odieux rival,

‘ L'amour de Bénoni subit un épreuve des plus cruelle; 80 amante est frappée de la us vérole.

Malgré les eoins du plus savan!

médecin de Montréal, la pauvr jeûne fille est défiguréé par 1 ravages de l’horrible maladie Un grain. de picotte se développ

| dans: l'œil d’Ursule et elle res | borgue pour le restant de ses jours

L'amour de Bénoni ne faibli pas. La perte de.la beauté ph eique de son idole ne détruit p son idéal.

Cléophas néglige son dé i

OLOGQUE Lans le service des petits chars et qu’il passe son temps à “bommer”

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Y non don) dence du père Sansfaçon.

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elle reste le ses jours ne faibli

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détruit ; pa

son devoi

sa place.

Un incendie éclate dans la, rég Cléo-

flammes.

Celle-ci jure qu’elle n’épousera pas d'atre homme que son sauveur.

Ltfbatras de C'éophas qui est marié et père de huit enfants tous, des jumeaux.

8: holastique, la femme de Ctéo phase, qui vivait séparé de son mari dépnis longtemps et qui s'était, retirée chez son père à la campague, revient à Montréal.

Elle retrouve Cléophas et lui A fait des reproches amers parce

phas, au péril de ses jours, sauve Ursule qui allait périr dans leg

et qu’il prive sa famille des choses

Rens QUE, CRNPRRR Cléophas et Bénoni se rencon:

trent et se battent on duel à coups dé poings: Cléophas est vaincu.

Les deux duellietes sont arrêtée par la police et condamnés par le recorder chacun à $5 ou un mois.

Bénoni va passer un mois à l'Hôtel Payette, : 41 Pendant le procès des noise Ursule qui: est présente en Cour, entend la déposition de Scholastique, ÆEn apprenant que Cléo:

phas est marié elle s’évanouit en pleine, cour. Le père:Sansfaçon, après l'incendie, continue à rouler

‘comme charretier et gagne sa vie

le plus honu$tement qu’il peut,

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au spiser

f; PREMIERE PARTIE pr ve son espri

Le trésor des Bouctouches Depui:

et la cor

I composé d’un intendant, d’an val leurs pro:

let de pied, d’un groom, d’un p Si le c

De MRUARSS lefrenier et de trois servantes. | se dirigé

Le comte de Bouctouche habi- page ee les Qu mid der tait une maison des plus aristo- e comte, la comtesse et une se sur la ru

œratiques sur la rue St-Denis, près vante se promenaient en roc Eotror

du carré &t-Louis. way sur les rues Notre-Dame maison d Les diarti St-Jacques. et voyol DS sb Le comte de Bounctouche étail passe.

Louis étaient depuis longtemps à 7.

vivsment intrigués sur son comp- âgé d’une trentaine d'années. Le con

“4 Son front était large et dénofbre dans Il vivait dans la plus grande|t#it une intelligence supérieurd promène opulence. 11 gardait des chevaux| Il avait des yeux gris toujour@®" larg de race et son équipage était réel.| mobiles et ea bouche aux coir Ss main lement princier. légèrement retroussés était eu aière ner Le comte n’allait jamais en s0-| montée d’une épaisse moustach 0 ae dété et vivait dane le plus grand |avec des pointes en aiguilles. O'échembre. isolement. tait une figure des plus aristoo: Tont à Les volets de chaque fenêtre du | tique empreinte d’une mâle fierté À dl de rez-de-chaussé étaient continuelle-| La comtesse était une jeun ben ment fermés et À part les fournis-| femme de vingt-quatre ans, un seurs ordinaires de la maison, il| blonde aux regards langoureux ç était rare de voir quelqu’un frap-|au front rêveur. Ses yeux se vo per à la porte. laient souvent sous l’oppre Le comte de Bouctouche vivait | de pensées mélancoliques. depuis cinq ans à Montréal, avec| Sos traits étaiont réguliers dù la comtesse et son fils le vicomte, | délicate et l’ensemble de sa phyà $gé d’environ quatre ans. sionomie était des plus symp Le personnel de ls maison était |thiques.

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errible, mOi.

Le coi ent dar

Elle était évidemment en proie aa spisen et elle cherchait dans ses promenades une diversion aux

HE sombres pensées qui assiégenient son esprit,

Depuis quelques jours le comte et la comtesse ne faisaient plus

mère éplorée voillait au chevet de eon fils. *

Le médecin prit le pouls du petit malade et hocha la tête.

—E£h bien docteur? demanda la comtesse. Tout est donc fini |

—J'’ai peu d'espoir à vous donner, Avec un peu de soins, l’enfant pourra traîner encore quel:

ques semaines. La dipthérie est très mauvaise cette année. La science à ses limites et la mort est inexorable.

Le médecin descendit l’escalier

et voyons un peu ce qui s’y|ls tôt: basse et entra dans la biblio-

t, d’an leurs promenades habituelles.

a, d'un y Si le comte sortait on le voyait rvantes. D se dirigé d’un pas preseé vers la après-midif résidence du docteur O. 8. Coxis, pt une sur la rue Craig.

en roc Eotrone, msintenant, dans la re-Dame maison du comte de Bouctouche ouche étail passe.

innées. Le comte est en robe de chamge et dénokbre dans sa bibliothèque. Il se supérieur promène d’un pas eaccadé de long

ris toujou Jen large dans son appartement.

Sa main droite agite d’une ma-

| pr surière nerveuse les glands d’or au moustachdbout de la ceinture de ss robe de uilles. O4 chambre.

s aristoor Tout à coup le timbre de la mâle fiertdporte retentit. Il respira avec dns jou plus de calme r* il dit :

ed —Euñfn !

DR OUEN ( Quelques instants après le doc-

aur Coxis qui avait accroché son hapeau à une patère deus le pussage, entra dans la bibliothèque.

Fe : —Oh ! docteur, dit le comte, je réguliers us attendais avec impatience.

| de on PbyEs vicorie vient d’avoir un accès plus symP.ible, Monter üe suite avec moi.

Le comte et le médecin entrè-

yeux 86 voi loppre

AU

ent dans un appartement où la!

thèque du comte de Bouctouche. Le malheureux £ère lui fit signe de prendre un fauteuil. Après un silence de quelques secondes :

—Docteur, | ai un service à vous demanc Vous soignes n'est-ce pas la tamiile de le marquise de Malepecque ?

—J'ai cet honneur.

Le comte se leva de sou siège et alla fermer la porte de l’appartement qui était entrebaillé. Il reprit son siège et la parole :

—Le service que je vous demande est de tenir la famille Malepecque dans l’igoorance de la maladie de mon fils Il y va de mes plus chers intérêts. Me donnez-vous votre parole de gen:

tilhomme que vous serez discret?

—Monsieur le comte, fies-vous à ma discrétion. Je serai muet comme la tombe.

Le comte de Bouctouche ouvrit

pon és prit une ‘lasse del billet de banque et compta #200 pu médecin.

Celui-ci mit les banknetes dans pon portefeuille et sortit de l’apartemeut après avoir fait au mte an profond salut.

Le comte resta seul dans sa bi liothèque. Une sueur froide Mr sur son front. Une pâ.

leur cadayérique avait envahi sa figure.

Il semblait fondoyé par les âernières déclarations du docteur Coxis.

do à L'HOMME AU CHAPEAU DE CASTOR GRIS Le lendemain de la visite du docteur Coxis chez le comte de Bouctouche, un personnage mystérieux se promenait entre dix et ouze heures du matin sur la rue Bt Denis, du côté opposé à la maison du comte, Il d'y avait rien de recherché dans sa mise. Il portait un cha peau de eastor gris qui paraissait avoir été bloqué cinq on six fois.

Il était vêtu d’un tweed couleur poivre et sel valant tout au plus une dizaine de piastres. Ses chaussuï®a quoiqu: rapiécés en plusieurs endroits étaient propres et luisantes.

C'était 1n homme d’une cinquantaine d'années, assez gras et d’une , stature au-deceus de la moyenne,

nu portait des FAR a rensemble de sa physionomie dénotait un esprit cauteleux et observateur.

, Depuis une . semaine, tous des matins Yers neuf heures, on pouvait le voir arpeatant la rue St- Denis en laissant traîner le bout ferré de sa canne sur les grandes | dalles de granit qui composent le trottoir.

En passant, vis-à-vis de la résidénce da comte de Bouctouche, il levait toujours les yeux au balcon au-dessus de la porte et semblait épier les mouvements de tous ceux qui entraient dans la maison ou qui en sortaient,

Ce matin là,, vers onze heurer, il vit arriver le notaire Mahen, portaut sons le bras plusicurs documents ofi iels,

Le tabeliion sonna à la porte du comte et entra.

L'homme au chapeau de castor gris eut un sourire de satisfaction.

Il plaça sa canne sous l’aisselle du bras gauche et se frotta les mains avec un contentement visible.

Il hôta le pas et continua ra marche jusqu’au Ourré St-Louis.

Il s’approcha de la fontaine de: -

Innocents et y bat un pen d’eau

dans une des tasces de zinc enchaîu.3es à la petite colonnade on fonte.

Il ce tint en arrière de la fon-

Mir ie ,. et J'enie .dénoet obser-

tous les , On pouà, rue St- * le bout grandes posent le

e la résiouche, il u balcon semblait ous ceux aison ou

> heures, Mabhew,

eurs dola porte

le castor satisfac-

l’aisselle otta les ent visi-

inua ea -Louis.

nine de: u d’eau inc eniade on

la fon-

De BOUCTOUCHE xr CLÉOPHAS

gris tr: il vit le comte client.

Il &’a l'index une rés Il se comte, :

hardimi La p vante lt lon; M dans qu Live un faut tonné e Pendant mira At menses ( cadres d coins de

taine de manière à observer tout ce qui se passait devant la résidence du comte.

Le notaire faisait une visite prolongée à son client.

Midi sonna à l'Eglise St-Jacqués et il n’était pas encore sorti.

Le personnage mystérieux cependant ne perdait point pa:

tience.

Il reprit sa promenade vers la Côte à Barron, se retournant à chsque minute pour e’assurer ei le notaire n’était pas sorti de chez le comte de Bouctouche,

A midi et demie, au moment où l’homme au chapesn de esatar gris traversait la rue Sherbrooke, il vit le notaire sur le perron du comte prenant congé de son client.

Il s'arrêta court et se portant l'index au front il sembl!a prendre une résolution subite.

Il ge dirigea vers la maison du comte, monta le perron et sonna hardiment.

La porte s’ouvrit et une ser.

vante lui dit d’entrer dans le çalon ; M. le comte serait À lui dans quelques instants.

L’inconnu se laissa cheoir dans un fauteuil moëlleusement capitonné et recouvert d’une housse.

Pendant quelques minutes il ad mira au salon, les globes immenses qui se dreseaient dans les cadres d’or sculptés dans tous les coins de l’appartement, les cré-

dences recouvertes des vases 1e plus riches de la Chine et dn Japon,-les lustres aux cristaux étincelants, les poufs, les divans en brocatelle vert et or, des chefsd'œuvre d’ébénisterie en laque et en bois de rose. D’épais rideaux en reps qui masquaient les fenêtres, laissaient pénétrer dans l’appartement un demi-jour voluptueux, et les plantes exotiques rangées sur une jardinière impréguaient l’atmosphère des parfums les plus pénétrants.

Le comte de Bouctonche après cinq ou six minutes fit eon entrée dense lo salon et salua son visiteur

d’une légère inclination de la tête.

Le comte, au premier coup

d’œil, n’avait pas reconnu son visiteur. S’avançant près de la fenêtre il écarta un des rideaux.

La lumière qui envahit le salon lui permit dè distinguer clairement les traits de l’inconnu.

Le comte en le voyant se troubla.

—Comment ! s’écria-til, vous

iei! Vous, monsieur Caraquette

que je croyais au Nouveau-Brunswick, -—(0’est moi-même en personne,

dit l’homme au chapeau de castor

gris. Ma visite vous dérange peut-être !

Au contraire, monsieur Caraquette, rien ne me fait plus de plaisir de vous rencontrer su-

jourd’hui à Montréal.

—Monsieur le comte, il a fallu des affaires de la plug haute im portance pour m’obliger À faire un voyage aussi long, pendant la saison où je suis le plus occuré.

—Où voulez-vous en venir ?

—Pronez patience, monsieur le comte, j’aime les situations nette ment définies ; ily a trois aus, mon ami, monsierr de St-Simon, un des armateurs les plus riches des Iles de St-Pierre et Miquelon me nommait son exécuteur testamentaire. Il laissait une fortune de deux millions de dollars en or déposée dans les ban— ques, plus la dernière cargaison de diamants qu'il avait tirés de ses mines au Brézil.

marquer qne la santé de votre fils s’affaiblissait. Le médecin de l’endroit m'a dit qu’il avait dans la poitrine le germe de la maladie qui devait l'emporter.

La semaine dernière l’échevin Thibault de Montréal, était à ln Baie des Ohaleurs.

Il allait faire des discours aux |

Acadiens du Nouveau-Branewick, sur la loi des écoles Il m’apprit que votre fils était atteint d’une maladie mortelle et que l’on désespérait de sa guérion.

A cette nouvelle je me décidai à partir immédiatement pour Montréal.

Avant de me mettre en route

Vous uvez épousé, dix-huit|je m’agenouilai près de la tombe

mois avant la mort de monsieur S!:-Simon, sa nièce, mademoiselle Malpecque, avec l’espérance d’hériter un jour d’une des fortunes les plus considérables de l'Amérique: Lecture vous a été faite des différentes clauses du testament de feu monsieur St-Simon. Ses biens, mobiliers et immobiliers ont été légués par substitution au jeune vicomte de Bouctouche, âgé de trois mois, à la mort de son grand oncle.

Aveuant la mort du vicomte sans héritiers, la fortune toute entière doit retourner au marquis de Malpecqne ou à ses collatéraux. Lorsque vous avez quitté

de M. St-Simon et je demandai au ciel de prolonger la vie de votre enfant, l'espoir de votre race.

J'avais une longue route à parcourir avant d'arriver à la première station da chemin de fer Intercolonial. Je recueillis tous les documents relatifs à votre famille, je fis seller ma jument et je dis adieu à ma femme.

Ea arrivant à Montréal, je me rendis chez M. Liboire Mahou, le notaire de la famille de St-Simon.

Je lus pour la première fois an codicile du testament de mon ancien ami.

Une clause m'obligeait dans le

la Baie des Chaleurs, j'ai cru re-|cas du décès de votre enfant,

portez de M.

touche sions.

jourd’} qui vo tuation près la 80yez

Trois o:

seront ( votre 6 atteinte sire pas que vot telligen des co

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, je me aheu, le Simon.

fois un mon an—

daus le enfant,

d'aller faire moi-même les ins-| Savez-vous M. OCaraquette, criptions nécessaires eur les ré-|qne votre conversation est loin

gistres de l’état civil et de procéder immédiatement à l’exécution des dernières volontés de M.

de St-Simon.

Je n’ai pas voulu vous troubler pendant la maladie du jeune vieomte. Tous les jours je me suis promené sur la rue près de votre résidence, tous les jours j'avais des nouvelles de sa chère santé.

Aujourd'hui, sachant que la mort de votre enfant ...

La mort de mon enfant ! interrompit le comte de Bouctouche, mais, monsieur Caraquette je vois que vous avez 6t6 mal informé.

Du reste je ne m’explique aucunement l’excès de zèle que vous portez à l’exécution du testament de M. de St-Simon.

—Monsieur le comte de Bouctouche ne vous faites pas d’illusions. Vous avez vécu jusqu’aujourd’hui dans un luxe et un faste qui vous aveugle sur votre situation. Je ne veux pas qu’après la mort de votre fils vous soyez laissé dans la débine.

Trois ou quatre mille dollars vous seront compté par moi afin que votre épouse ne souffre point des atteintes de la misère. Je ne dé.

sire pas faire d'éclat ot je suppose que vous êtes un homme trop intelligent pour vous lancer dans des contestations judiciaires à propos d’une succession.

d’être agréable. Tenez, vous me sciez le dos avez uns latte, Je ne suis pas pour me laisser enfifrewêper par un Lommeur de votre espèce. Si vous ne fichez pas votre camp au plus tôt de chez moi, je vais vous faire passer par cette fenêtre.

—Ah ! ah ! dit M. Caraquette, c’est sur ce ton que vous lé prenez ! Je pars mais vous aurez bientôt de mes nouvelles,

L'homme au chapeau de castor gris sortit de chez le comte en grommelant quelques paroles inintelligibles et se dirigea vers le faubourg Québec en faisant des moulinets avec sa canne.

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