‹ Les mystères de New York William CobbChapitre 31 sur 31 · DERNIER CHAPITRE · texte numérisé non relu

DERNIER CHAPITRE

Trois jours se sont passés depuis les derniers faits que nous avons rapportés.

Ce matin-là,' “une certaine agitation, d’un caractère tout particulier, régnait au Manhattan Hôtel. Ce n’était point seulement la fièvre de tous les jours, le mouvement incessant du va-et-vient, le croisement des ordres donnés et exécutés, tout cela y était bien, mais il y avait autre chose. Des groupes étaient formés dans le Broadway ; on parlait haut, on discutait, on se disputait même avec acharnement... A l’intérieur, les salles étaient remplies, et les conversations retentissaient sur un diapason élevé...

Puis, tout à coup, on entendait au dehors le son d’un orchestre, et le large Broadway s’encombrait d’une foule d’individus, criant à pleins poumons, se poussant, riant ou chantant... et, au-dessus de ces têtes, se balançaient des drapeaux, aux couleurs de l’Union, puis des étendards, sur lesquels se lisaient des inscriptions telles que celles-ci :

— Macy governor... Macy for ever! Welcome to Macy I

Aux fenêtres, les groupes de blondes misses agitant leurs mouchoirs; dans la rue, courant et bousculant tout sur leur passage, les gamins faisant éclater des pétards ou déchargeant des armes à feu.

Et ce mouvement, cette exubérance de vie et d’agitation, se répandaient dans la ville tout entière.

Il y avait des troupes de nègres, vêtus de blanc et de rouge, qui roulaient de City-Hall à Central- Park, traversant la ville d’une extrémité à l’autre... puis une cohorte formée de tous les blessés et pensionnés de la guerre de Sécession... et ainsi, de toutes parts, dans les quartiers les plus élégants comme dans les rues du port, des bandes acclamant un nom, ent honnissant un autre.

— Vive Macy! A bas Shrewster !

Et vice versâ.

C’est que c’était la veille du grand jour : c’était le lendemain que les citoyens de New-York étaient appelés à élire leur gouverneur. Des meetings en plein vent se tenaient dans les squares et dans les parcs; Macy avait embauché les plus ardents orateurs ; à prix d’or il avait racolé les meneurs les plus habiles, les entrepreneurs de succès les mieux connus pour leur expérience. On distribuait de toutes parts, à poignées, de grands placards portant le portrait du banquier de Nassau Street. Quant à Shrewster, le concurrent, qu’était Shrewster ? Un négociant qui avait dénoncé hautement les malversations de l’administration communale, mais qui n’avait pu fournir de preuves authentiques. Son nom avait fait quelque bruit ; mais quelle valeur avait cette personnalité auprès de celle d’Adams Macy, directeur de la compagnie du Northern-Pacific-Railway, de la

compagnie des steamers de l’Hudson , directeur de la première banque de Nassau Street, Adams Macy, principal actionnaire du Peti'oleum oil Company, traitant de pair avec les plus solides maisons de l’Europe, portant haut et ferme le drapeau de la spéculation américaine à Liverpool comme à Marseille, à Mexico comme à Calcutta, à San-Francisco comme dans l’extrême Orient...

A peine avait-il pu parler, alors que, ne reculant devant aucune des obligations imposées par la candidature, il s’était présenté sur le Poil de Central- Park...

Les acclamations avaient couvert sa voix ; et il avait eu grand peine à jeter ces paroles à la foule enthousiaste :

— Le chiffre de mes affaires est de quatre-vingts millions de dollars !

Voilà qui était parler ! Des chiffres ! Et point de phrases !

Shrewster avait longuement discouru : il avait tenté de faire comprendre qu’il fallait à l’Amérique des hommes qui eussent l’audace de porter hardiment la lumière dans les ténèbres de l’administration.

— J’ai échoué, s’écriait-il, dans ma lutte contre les concessionnaires, parce que je ne suis rien. Donnez-moi des armes, faites-moi l’égal de ceux que j’ai à combattre, et je vous prouverai que les deniers de l’Etat sont la proie des voleurs et des chevaliers d’industrie...

Les huées l’avaient interrompu.

Ses partisans s’étaient rués sur les tenants de Macy : il y avait eu des coups échangés ; les bâtons avaient joué leur rôle, d’aucuns disaient mêmes les couteaux, et on avait entendu le bruit des revolvers...

Puis, Macy était rentré dans ses bureaux. Et là, encore une fois, nous le trouvons enfermé, seul, savourant l’insolent bonheur qui ne l’a pas abandonné un seul instant...

Tillinghast, le complice et l’ennemi, était mort...

Puis, Bam était venu, fort de ces preuves que le banquier expirant lui avait livrées... Il avait fallu plier... mais c’était pour se redresser d’un élan plus vigoureux... et voici que Bam avait été tué...

Warton était gênant : il savait trop de choses... On avait retrouvé son corps calciné dans une marnière... Qu’était-il allé faire à Weehawken ? Macy seul le savait. Le coroner avait rendu comme verdict : « Mort par accident, » et, grâce à certaines influences, l’enquête s’était arrêtée là...

L’expédition de Pensylvanie, malgré son insuccès, avait donné des résultats excellents pour la banque Macy. En effet, effrayés par ce commencement d’explosion, dont la cause était restée ignorée, les fondateurs de la nouvelle compagnie des pétroles hésitaient à y engager leurs capitaux, et des offres avaient été faites sous le manteau à Adams Macy : c’était une réussite inespérée, et, grâce à cette nouvelle combinaison, il allait réunir dans ses mains les plus colossales affaires qui se fussent encore organisées dans les Etats-Unis.

Sa fille avait accepté ses conditions, son embarquement s’était effectué ainsi qu’il l’avait ordonné.

Enfin, cette élection — certaine déjà — mettait le comble à cette fortune inouïe. Qui sait si plus tard Macy ne pouvait pas tout espérer, s’élever, s’élever encore et toucher à l’échelon suprême?...

Et il repassait dans son esprit le chemin parcouru depuis le jour ou, désespéré, il entrait dans le fort Casdwick, après avoir miraculeusement échappé à la mort... Ce chemin traversait les montagnes Ro-

cheuses, puis brusquement s’élançait vers New- York... et alors, d’année en année, s’était élevé l’édifice aujourd’hui si imposant... Macy l’aventurier prenait sa place dans l’Etat...

Or, pendant qu’il réfléchissait ainsi, un personnage de haute taille, vêtu d’une longue redingote brune, coiffé d’un large chapeau rond, sortait de Manhattan-Hôtel, accompagné de Dan Yoke.

Cet homme était, comme on voit, vctu avec une simplicité extrême : il semblait réfléchir profondément, tandis que Dan Yoke Lui parlait vivement... M. Colosse venait à quelques pas derrière eux... comme s’il eût voulu laisser à Dan le loisir de plaider en dernier ressort une cause grave...

L’inconnu secouaitla tête, comme lorsqu’on écoute avec une certaine attention.

Nous disons : l’inconnu, car ce personnage n’a point encore paru dans le cours de ce récit; mais ajoutons que, malgré l’animation qui régnait dans l’hôtel, il n’était personne qui passât auprès de lui sans le saluer profondément... II rendait le salut, mais sans cesser un seul instant de prêter son attention aux paroles de Dan Yoke...

Tout à coup, il s’arrêta, et prenant la main au poëte, la secoua avec un vigoureux shafee hand, puis il fit un signe à M. Colosse, lui serra les deux mains et s’éloigna...

Une voiture l’attendait à la porte du Manhattan, voiture de couleur brune, avec un cocher vêtu de noir... L’inconnu ouvrit lui-même la portière, et dit au cocher :

— Nassau Street, à la banque Macy.

Plusieurs personnes s’étaient arrêtées pour le regarder, et on entendit quelques exclamations de surprise sympathique.

La voiture partit.

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M. Macy est-il visible ? demanda le personnage

en entrant dans les bureaux du banquier.

C’était jour férié pour les employés, qui naturellement étaient allés de tous les côtés chauffer l 'élection du patron

M. Adams Macy travaille dans son cabinet,

répondit un des garçons.

— Il est cependant urgent que je lui parle, dit doucement l’inconnu, et je vous serai vivement obligé de vouloir bien lui faire remettre cette carte.

Le garçon la prit de ses mains avec un mauvais vouloir non équivoque, et, par un mouvement aussi instinctif qu’inconvenant, il y jeta un regard.

Puis il ouvrit une bouche formidable, écarquilla les yeux, jeta par terre, d’un revers de main, la casquette galonnée qui jusque-là était restée vissée sur sa tcte...

Et, montant quatre à quatre les marches de l’escalier qui conduisait au cabinet do Macy, ne frappant pas, ne prenant aucune précaution, au risque de se faire jeter dehors, il poussa la porte d’un coup vigoureux, l’ouvrit à deux battants, en criant à pleine voix :

— Andrew Johnson , président des Etats-Unis d’Amérique !

Macy avait bondi sur son siège ; il croyait avoir mal entendu. Mais un seul coup d’œil lui avait suffi pour reconnaître l’homme qui entrait chez lui.

— Vous, monsieur ! s'ecria-t-il en s’élançant audevant de Johnson et en s’inclinant avec toutes les marques extérieures du plus profond reepect; quel honneur pour moi !

Sans doute il eût été disposé à exprimer plus longuement ses sentiments d’orgueilleuse surprise ; mais, d’un geste, Andrew Johnson avait congédié le

serviteur, puis, croisant ses deux bras sur sa poitrine, le chapeau sur la tête :

— Ainsi , murmura-t-il , voilà donc un do ces hommes qui déshonorent notre pays aux yeux do l’univers entier...

Macy recula d’un pas. Avait-il bien entendu ? Et lorsqu’il croyait que, par une faveur inouïe, le président venait conférer, sans doute sur quelque question d’une gravité exceptionnelle , avec l’un des premiers financiers de l’Amérique , voici que la première parole prononcée était empreinte d’un mépris profond...

Le visage du président était pâle : on devinait qu’il faisait un violent effort sur lui-même pour se contenir : les yeux, petits et gris, brillaient d’un feu vif dont Macy avait peine à soutenir l’éclat.

— Monsieur, murmura Macy interdit, je ne comprends pas...

— Assez, dit Johnson d’un ton bref ; je vous défends de parler... je vous défends de prononcer un seul mot... car, sur ma parole, je vous affirme qu’il me faut de bien puissants motifs pour ne pas requérir, sous ma responsabilité personnelle, deux policemen qui vous prennent au collet... et vous traînent aux Tombes...

Macy était atterré. Cependant sa nature énergique tenta encore de résister.

— De quoi s’agit-il ? et quelle infâme calomnie a pu vous donner le droit de me parler ainsi ?...

Johnson, qui s’était assis, frappa violemment du poing le bras de son fauteuil.

— Encore une fois, s’écria-t-il, je vous ordonne de vous taire... Ecoutez-moi, et je vous conseille de ne point m’interrompre...

Puis, d’une seule haleine, avec une violence d’ac-

cent qui grandissait à chaque phrase, Andrew Johnson reprit :

— Vous vous appelez Adams Macy. Vous avez commencé votre vie par le vol. Puis, de complicité avec un misérable de votre espèce qui s’appelait Tillinghast, vous avez assassiné deux hommes, deux travailleurs honnêtes... Puis vous avez ouvert des comptoirs... vous avez agioté, spéculé, entassé vols sur escroqueries... Vous avez forcé votre fille d’épouser un forçat... Quand elle a protesté, vous l’avez fait enfermer dans une maison d£ fous. Ce n’est pas tout, c’est vous qui avez tenté de faire sauter les puits de pétrole de la Pensylvanie ; vous êtes un criminel de la plus basse et de la plus dangereuse espèce, pour lequel il n’y aurait pas de potence assez haute : voilà ce que je vous dis, moi, Andrew Johnson, que vous tueriez comme un chien si vous l’osiez, et qui vous tuerait, lui, s’il n’avait à sauver l’honneur de l’Amérique.

Macy ne parlait plus : une pâleur livide couvrait son visage, et de grosses gouttes d’une sueur glacée tombaient de son front.

— Ah! pauvre pays, nation de fous! où te mènent ces misérables que tu accueilles, que tu acclames, et qui osent tout parce que tu leur permets tout! Ainsi voilà un bandit qui a l’audace de solliciter une des premières magistratures du pays ; voilà des mains tachées de sang qui veulent salir le drapeau étoilé !

Johnson s’était levé, et de sa haute taille il dominait Macy, qui frissonnait de terreur et de colère à la fois, car il se sentait impuissant, et il attendait.

— Et si je livre cet homme à la justice, voici ce qui se passera, continuait Johnson : ce sera un scandale de plus. Nous lirons dans les feuilles d’Europe que, dans la libre Amérique, les bandits ont droit

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de cité. On insultera notre nation, ardente et vivace: pour une brebis galeuse, on condamnera le troupeau tout entier ; puis, ce n’est pas tout, ce misérable a su tenir dans sa main la fortune de cent, de mille familles. Qu’il soit arrêté demain, et les affaires s’arrêtent, et la bourse se ferme, et le pays, déjà éprouvé par des banqueroutes, le pays, qui se saigne aux quatre membres pour payer sa dette, le pays ressentira une commotion désastreuse, et tout cela parce que cet homme a assassiné et volé ! faut pourtant qu’il soit puni!...

Pendant qu’Andrew parlait, Macy avait relevé la tête. Le président avait lui-même plaidé sa cause. Il se sentait, il se croyait inattaquable. Ce bandit avait l’audace de croire l’Amérique solidaire de luimême...

— Eh bien ! dit-il , après ?

Johnson leva la main comme pour le frapper... La nature violente du président allait peut-être triompher de ses scrupules. . . Mais sa main s’abaissa. . . il s’était souvenu qu’en ce moment surtout il n’avait pas le droit d’être un homme...

— Ah ! tu oses parler! s’écria-t-il. Tu dis : « Eh bien?... » tu veux savoir ce qui va se passer?... .Te t’ai dit que ton arrestation serait un désastre. . . Voici le mandat qu’a décerné tout à l’heure contre toi le chef de la justice... Crois-tu encore que nous reculerons !

Macy poussa un cri de rage.

— Perdu ! murmura-t-il, perdu!...

— Lâche ! dit Andrew. Voilà déjà que tu trembles! Tu n’as même pas la grandeur du criminel... tu es un vil gredin... insolent dans le succès... plat èt rampant devant la défaite... Ecoute-moi : je ne veux pas que l’un des premiers banquiers de New- York soit traduit devant les assises comme assassin

et voleur... je ne le veux pas... et le secrétaire d’Etat au département de la justice m’a autorisé à agir comme je l’entendrais... Voici : d’abord tu as tué deux hommes et tu as volé leurs enfants .. Combien possédais-tu quand tu es arrivé à New- York après le meurtre des frères Hardwin ?

— Cent mille dollars, répondit Macy, qui ne résistait plus.

Andrew mit sous les yeux de Macy le manuscrit de Tillinghast.

Adams laissa échapper une exclamation de surprise.

— Oui, oui, je comprends, fit Johnson. Celui que tu as brûlé était une copie... Peu importe, n’est-ce pas ?... approuve et signe.

— Non ! dit violemment Macy.

— Alors j’appelle...

Il se livrait un horrible combat dans l’âme du misérable...

Il signa...

— Cent mille dollars, as-tu dit? Eh bien, donnemoi un chèque de pareille somme...

Macy ouvrit un carnet et signa encore. Le président prit le papier et le lut avec soin :

— Maintenant, ce n’est pas tout... tu vas céder ta maison de banque , toutes les opérations dans lesquelles tu as un intérêt, à Smith Hendorson... qui fera la liquidation, lentement et sûrement, de telle sorte que les intérêts de tous soient aussi complètement sauvegardés qu’il sera possible...

— Mais c’ost ma ruine ! exclama Macy.

— Mieux vaut être ruiné que pendu, dit froidement Johnson. Allons, signe, un pouvoir en règle ; je te connais assez homme de précaution pour que tu aies ici tout ce qu’il faut en pareille occasion.

LES MYSTÈRES DE NEW -YORK. 3f.9

Le président mit la plume aux mains do Macy et lui dicta la procuration à haute voix.

Macy écrivait. Sa main tremblait convulsivement; sa tête se troublait, et il se demandait s’il n’était pas en proie à un horrible cauchemar.

— Sonne maintenant, ordonna le président.

— Vous n’allez pas me faire arrêter ? s’écria Macy, affolé do terreur.

— Monsieur Adams Macy, je m’appelle Andrew Johnson, et je ne vous permets pas de me demander si je suis un honnête homme!

Macy sonna.

— Dites aux personnes qui m’attendent en bas qu’elles peuvent monter.

Le banquier se cramponnait à son fauteuil pour ne pas tomber.

La porte s’ouvrit.

Dan Yoke parut; auprès de lui M. Colosse

Puis Netty, Michaël et Jemmy.

— Voilà les honnêtes gens, dit Johnson, voilà ceux qui ont lutté contre vous et qui vous ont vaincu. Voici les enfants de Mark Hardwin, tué par vous... Hestituez-leur vous-même la fortune volée... Voici Matthews Wennerheldom, qui, par la science, a sauvé la ville que votre insatiable avidité avait condamnée à la destruction... Voilà Dan Yoke, l’intelligence, qui a triomphé de ta brutalité... A genoux, Adams Macy, à genoux!

Et, saisissant le poignet du misérable de ses doigts vigoureux, il le contraignit de s'incliner jusqu’à terre. .

— Va-t’en, misérable ; que ce soir tu aies quitté le territoire des Etats-Unis, sinon, si tu as l’audace d’y reparaître, je te ferai traquer comme une bête fauve... Un dernier mot : si là où tu iras on entend parler de toi, si tu tentes de commettre la moindre

infamie, sois tranquille, je le saurai, car tu ne me crois pas assez niais pour te laisser partir seul... et partout, en Europe, en Asie, la police aura l’oeil sur toi. Va maintenant.

Andrew fit un signe : deux hommes parurent à la porte et se placèrent aux côtés de Macy...

La porte se referma sur eux...

Andrew Johnson ôta son chapeau :

— Et soit sauvé l’honneur de l’Amérique !...

Tout à coup deux détonations retentirent. . .

Dan Yoke s’élança dehors...

Que s’était-il passé ?

Macy gisait, râlant, sur le perron de la maison de Nassau Street, et une femme, le revolver fumant à la main , se débattait sous l’étreinte des deux hommes qui l’avaient saisie.

Cette femme, c’était Mary Macy, c’était la fille du misérable. . .

Comment se trouvait-elle à New-York? comment n’était-elle pas en route pour l’Europe ?

Est-ce que l’argent n’est pas tout-puissant? Son père le lui avait appris, et la leçon n’avait pas été perdue...

Une fois n mer, elle avait corrompu le capitaine, qui avait stoppé à Terre-Neuve et l’avait déposée à terre... alors elle était revenue à New-York. Pendant deux jours elle s’était cachée, craignant que celui qui avait trahi Macy ne la trahît à son tour en faisant connaître sa prétendue évasion par télégramme...

Puis, le troisième jour, elle était venue seule, appuyée sur sa béquille, se traînant plutôt qu’elle ne marchait...

Et, au moment où elle arrivait à la maison de Nassau Street. Macy sortait...

Alors elle avait bondi, comme si tout à coup ses

membres eussent retrouvé leur élasticité et leur vigueur, et avait déchargé à bout portant deux coups de revolver dans la poitrine d’Adams Macy...

Puis, comme elle s'efforçait de s'échapper, usant dans cette lutte tout ce qui lui restait de vie et de force, elle se raidit dans une convulsion suprême, poussa un cri rauque... et, glissant entre les bras de ceux qui la retenaient, tomba... raide... inanimée... morte!...

Macy râlait. Il voulait parler. Il lui semblait que dans une suprême inspiration il trouverait encore à se venger de tous, de Johnson, de l’Amérique, du monde entier.

Mais la mort le prit à la gorge... et il se tut 1...

— Achetez ! achetez la grande nouvelle ! Assassinat du grand banquier Adams Macy, par sa fille folle!... Election d’Abraham Schrewster, gouverneur de New- York!... Immense découverte de Matthew Wennerheldom!...

— Et maintenant que votre père est vengé, dit Edmund Evans à Netty Hardwin, voulez-vous devenir ma femme ?

Netty se jeta dans les bras de madame Symmons en pleurant. C’était assez répondre.

— Et vous, Dan Yoke, qu’allez-vous faire maintenant?

— Je pars pour l’Europe avec Longsword, qui vous confie son enfant.

— Trip !

— Mop !

■m LES MYSTÈRES DE NEW- YORK

— J’ai une idée !

— J’allais te faire une proposition.

— Parle le premier.

— Non, toi d’abord !

— Eh bien, parlons ensemble.

Et les deux amis prononcèrent ces paroles mémorables :

— Si nous entrions dans la police?

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