‹ Les mystères de Paris (volume 2)Chapitre 38 sur 96 · FÉRAND, MOREL, GERMAIN · texte numérisé non relu

FÉRAND, MOREL, GERMAIN

FÈRANn.

Entrez donc, monsieur Morel , j'allais charger

M. Pipelet de vous prier de descendre, lorsque

je vous ai aperçu chrz lui... Mais mon Dieu !

qu'est-ce que J'ai appris? qu'est-ce qui est arrivé?

MonEL.

ITélas! tout ce qu'on vous a dit, monsieur, n'est que trop vrai. Ilier soir je ne suis descendu qu'à onze heures de mon atelier, qui est dans la mansarde au dessus de notre logement , je venais de finir la taille d'un illnmant, je l'ai mis dans le tiroir et j'ai strnplrment fermé la porte à clé; ppuvais-je prévoir ?...

FÉRAKD.

Certainement, à la rigueur, c'est une imprudence, mais une imprudence d'honncle liommc : puis comment se défier?., la maison est si sùrc, si tranquille! Mais avez-vous bien cherché partout?

MOREL

Oh! maintenant, monsieur, il n'y a plus à en douter, c'est un vol.

FÉRA.ND

Mais ce doit être une perte considérable pour vous?

MOUEL.

Le diamant est estimé 3,000 francs.

FÉRAND

Heureusement , sans doute, le joaillcr est un maître pour qui vous travaillez depuis longtemps cl qui voudra partager celte perte avec vous?

MOÎIEL.

Tiéias! nu contraire, monsieur, c'est un jeune homme établi depuis peu de temps et qui ne peut pas faire de sacrifices ; il me connaît à peine , il a pcul-élre des doutes sur ma probité, et son e\lçemc n'en cft que plus pressiinle.

Fi:i!A>D.

Mais alors comment fiir"?

ife

MOBEL.

Depuis ce malin j'ai pris loulçs les mesures par lesquelles j'espérais pouvoir l'apaiser; à l'argenl que j'avais retiré de la Caisse d'épargne pour procurer un peu de bien-être à ma femme toujours languissante , j'ai joint le prix de nos meilleurs meubles que j'ai vendus ; c'est tout ce que je pouvais pour le présent; pour l'avepir, j'ai quitté notre logement qui avait deux pièces, et nous allons tous monter dans mou atelier en mansarde ; nous économiserons ainsi deux cents francs do loyer...

FÉCAM).

Oh! tenez, celte résignation me fait ro«I. .

MOREL

Et loul cela cependant ne suffit pas.

FÉUAND.

Comment?

BIOREL.

En vendant tout ce que je possédais, je n'ai pu réunir au plus que six cents francs. Le joaillcr en exige au moins le double... cl à mes prières, il a répondu par des menaces si dures, si enrayantes...

FÉRAISD.

Et ce sont là toutes vos ressources ?

MOREL

Toutes absolument.

FÉUAXf).

Cependant , lorsqu'il y a deux jours je suis monté chez vou.s pour vous parler d'une alTaire qui mallicurcusemenl na pas réussi, il me semble que celte malheureuse femme... Comment la nommez-vous?... car il me répugne de la désigner par le nom qu'on lui donne ordinaircmcnL

MOREL

Ma belle mère, M"^e Varner, qui à la suite d'un cruel événement est devenue folle, et que nous avons prise avec nous oprèsia mortdesoii mari.

FÉRAND

Braves gens! Eh bien! il me semble avoir vu à son cou une chaîne avec une moitié de médaille, je crois?

«OltEL.

Oui, monsieur.

r^r.A;sp.

Pourquoi ne vendez- vous pas aussi celle chaîne, qi;i m'a paru d'un travail assez précieux?

mori:l.

' Pour celle pauvre femme, c'est une relique; on ne pourrait la lui prendre que par rv.ic ou par foi ce, cl ce serait la (lier.

Fl'mAND.

Mais c'est affreux, (proii soit dans la n Tmc maison, à côté d'un si grand malhcnr, cl puis qu'on aille porter aiilèi.Ts ce dont on peut difpîfer.Eil ce que (ont à Vhcure jô n'at pas doftr.^'

cinquante francs au bureau debienraisancc... Ahl c'est terrible ! Cinquante francs ; ce ne sont pas cinquante francs qu'il vous faudrait, mais bien cinq cents francs...

MOREL

Ah! monsieur, ce serait un don du ciel. FÉRAND, à lui-même, haut.

Au fait, le ciel pourrait il m'en punir, les hommes pourraient-ils m'en blâmer? {A Morel.) .î'ai là cinq cents francs qui ne sont pas à moi, j'en puis disposer pour quelques jours... Vous avez raison, quelques jours, ce n'est pas assez, mettons deux mois, trois mois... Faites-moi un billet à trois mois. Monsieur Germain, donnez un papier timbré.

MOREL, l)é>itant.

Mais., dans trois mois...

FÉBAND, le faisant asseoir.

Vous ne pourrez pas les payer, ni moi non plus, mais j'aurai évité un malheur, secouru des maux qui ne peuvent attendre trois jours. Vous donnerez un à-comple, j'aurai bien quelque chose aussi... ^Au moment où Morel va écrire.) ]\e vous donnez pas la peine, faites-moi une acceptation en blanc. (Morel signe, Férand prend le billet et le place dans un tiroir.) Ah ! n'être pas riche! n'être pas riche! Voilà vos cinq cents francs.

BIOREL.

Mon Dieu ! à peine si je puis me soutenir... Tant d'argent ! tant de joie..,

FÉKAND.

Allez, mon brave monsieur Morel, après l'orage un rayon de soleil, c'est la loi de la nature.

AIOREL.

Ce soir, ma famille entière va vous bénir... (Il sort en courant.) MTOo PIPELET, rentrant de la chambre de Fleur de Marie.

La voilà installée, celle chère enfant.

FÉRAND, regardant sa monire.

Déjà si tard! Monsieur Germain, vous pouvez vous retirer. Madame Pipelet, formez bien tout au dehors. (Germain et M""e Pipelet soitenl.)

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