‹ Les mystères de Paris (volume 2)Chapitre 39 sur 96 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

rÉRAND, seul.

(Il ferme toutes les portes, le volet de la fenêtre et lo rideau.)

R'e v.iilà seul! In journée est finie! Un masque d'austérité pesait sur ma face, un manteau d'hypocrisie enchaînait tous mes gestes. A bas le masque et le manteau là celte heure, je puis *!re moi,.. Je «uis détaché du cadavre auquel je

LliS MYSTEKKS DE PARIS,

m'acpouple tous les jours' Moi robuste, résolu, cloué sur ce fauteuil! Mon énergie me dévore .. comment apaiser les bouillonnemcns de mon sang? De l'or! de l'or! je veux de lor, pour fouler aux pieds ce troupeau d'imbéciles que je trompe et que je méinise. Thomas Scyton meu.rt par moi, et sa sœur s'excuse et me remercie! Ce Morel, je veux qu'il soit en mon pouvoir; je veux qu'il me livre celte chaîne, celle médaille, dernières traces d'une existence qui me gêne et que j'anéantis, je n'ai qu'à lui faire un prêt trompeur qui fixe réchéance de sa liberté, et il m'appelle son bienfaiteur. Sols, sots, triples sots! El ce Clcrmont, qui veut absolument mettre son or en dépôt entre mes mains. (Férand a ouvert un panneau secret pratiqué dans la Loiseric, et y a pris une cassette.) Que d'or! que d'or! Que c'est beau l'or ! que c'est beau 1 Les rayons du soleil sont pâles auprès de cela... Puis, quel charme dans cette voix métallique qui dit : L'or est tou', ! l'or peut tout! l'or donne toull (Il plonge ses doigts dans la cassette.) Oh! j'aime à manier l'or!.. Quand je plonge mes mains dans ce bain dor, il s'en dégage je ne sais quel fluide électrique qui circule dans mes veines et m'embrase d'une cupidité nouvelle... Apportez, mes dupes, apportez encore! Apportez à mes- vertus, apportez à mon hypocrisie, apportez jusqu'au jour où vous direz : rendez-moi... Vous rendre! Quelque ruse infernale, quelque crime audacieux vous répondra... Vous rendre! il faudrait donc vous rendre mes joies passées, mes joies à venir... Fleur de Marie est si belle ! toutes les l|ois qu'elle venait chanter dans celle cour, j'étais là, derrière celle fenêtre, charmé par sa voix, fasciné par son regard ; puis, la nuit, je la voyais, je l'entendais encore... Quelquefois même, pendant le jour, au milieu de mes trames les plus compliquées, quand j'avais besoin de tout mon sang-froid, son souvenir me dominait malgré moi et entraînait ma pensée; la violence de ma passion pour cette enfant m'épouvaate. Serrons mon or... cl appelons Fleur de Marie. Il va pour sonner.) C'est étrange, le coeur me bat... la main mo tremble. (Il sonne.) Elle va venir! encore une fois ce soir le masque sur le visage et le miel dans les paroles...

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SCÈlNE VI.

FLEUR Dlî MARIE, FÉRAND.

FLEUR ItF. MARIE.

Vous m'avez sonnée, monsieur?

F En A NI).

Oui , mon enfanta, . On you» a monlré voti r chambre î

ACTli II, TABLEAU \U , SCÈNE Yll.

FLEUR DE MARIE

Oui, monsieur.

FÉRAND

Approchez, mon enfant, est-ce que je vous fais peur "7

FLEl'R DE MARIE.

Oh ! non, monsieur, n'avez-vous pas consenti à nie prendre comme servante? ne m'avcz-vous pas iclir(?edela triste existence que je ne pouvais plus supporter? Par mon zèle, je tacherai démériter volic intéicl.

FÊRA>D.

Mon intérêt vous esl déjà acquis, chère petite; n-.ais il peu! s'augmenter encore : pour cela il faut, non seulement me servir avec zèle, mais vous persii?idcr que votre sort dépend de moi. .. Que Je sois c >iUent, que vous me sati-fassiez de tout point, cl vuus n'aurez rien à envier à personne.

FLELU UE MARIE.

Sans doute, monsieur; je ne ferai que remplir mon devoir.

FɫA>D

C'e?t ce que je voulais dire... Et puis concevez hicn une chose, mon enfant... la servante qui n'a pas de famille dépend absolument de son niaitrc. ic suppose que, mécontent pour une raison ou punr «ne autre, je ne vous garde pas, où irezvo'js, si je vous donne un mauvais certificat? Vous ne pourriez vous placer nulle part , et la misère , xo'.is entendez bien, la misère blâmée et qui n"ob« lient pas de pitié...

FLEUR DE MARIE

Ah! monsieur, ne croyez pas que je sois jamais asiez coupable. . Ce serait donc bien sans le vouloir, mon Dieu !

FÉRAND

Ce donl je voudrais bien vous persuader, mon enfanl, c'est qu'en aucune circonstance, en aucune manière , il ne faudrait jamais me mécontenter, parce qu'étant aussi puissant que vous êtes faible, étant aussi connu que vous êtes ignorée, vous seriez perdue.

FLECR DE MARIE.

Mon Dien ! monsieur.

FÉKA>'D, (l'un ton railoïKi.

Qu'avez-vous? ou dirait que vous tremblez. Eh bien! eh bien ! petite folle! j'ai dû d'abord te dire des choses effrayantes; mais si tu es sage et obéissante... (Il veut l'attirer à lui.)

FLEUR DE MARIE, à mi-voix.

Ah ! j'ai plus peur que tout à l'heure. FKRA>r>, avec passion.

Fleur «le Marie 1 (On sonuc i l'extérieur.) Malédiction! (A Fleur du Marie.) Restez... n'ouvrez pas.'

FLEUR DE MARIE

Mais, monsieur...

FÉRAND

M'enlcnder-Yous?

FLEUR DE MARIE

Que va-t-on penser ?

FÉRAXD.

Que je suis rentre chez moi , que je repose, et que vous n'entendez pas. (On sonne plus fort.) C'est donc l'enfer 1 (Nouvcm carillon.) Allez ouv:ir. (l'icurde Marie sort.) Qui peut venir à celte heure? Que la foudre écrase l'importun I

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