SCÈNE I
MOREL, MADELEINE, M<"e VARXER ,
LES EnFAXS.
(Mme Varner, dont tout l'extérieur trahit l'id-oiisme, se lève lentement, parcourt la chambre et va a rétabli.)
MADELEINE , h mi-VOix.
Ma mère, oii allez-vous donc ? N'allez pas là... Ne touchez pas aux diamans. Vous savez ce qu'i! nous en coule.
(Mme Varner se chauffer à la chandelle ; puis, en regardant avec avidité les pierres, elle se brùlc la main, et pousse un cri.)
MOREL , se réveillant.
Qii'avcz-vous, la mère? Recouchez-vous, ne faites pas de bruit... Madcleine^el les enfans dorment.
l'aîné des enfaxs, levant la icte.
Je ne peux pas dormir.
madeleine.
J'avais peur de t'évciller, Morel, sans cela je t'aurais demandé à boire...
MOUEL.
Tout de suite! Félix, va donner à boire à la
mère. (A l'idiote.) Ah ! ça, allons-nous finir. Nous
allons nous fâcher, couchez-vous tout de suite !
Au lit, au lit. (La vieille se couche en grommelant.)
FÉLIX vient à son père en criaat:
Papa ! papa !
MOREL
Qtielle vie ! quelle vie !
MADELEINE, pleurant.
Est ce ma faute, si ma mérc est idiote?
MOREL
Est-ce la mienne? Qu'est-ce que je demande? de me tuer au travail pour vous... Je ne me plains pas... Tant que j'aurai de la force , j'irai ; mais je ne peux pas non plus faire mon élal el èlre gardien de fou, de malade et d'enfans.
MADELEINE
Mon Dieu, que j'ai soif!
MORGL , à Félix.
Donne vile, Félix. (S'anétant.) Mais ça va jlrc trop froid ; ça le fera du mal,
MADELEINE
Tant mieux! Tout sera fini.
MOREL
Madeleine, ne me parle pas comme ça, je ne îi mérite pas... Tiens, je fen prie, ne me fais pa de chagrin.
MADELEINE
Mon Dieu! je ne veux pas t'en faire... mai quand je vois à quoi je te sers, à quoi scrvcitl nos enfans...
MOREL
Nos enfans! ils servent à me donner du courage; sans eux, je ne me tuerais pas à travailler; sans eux, il y a long-lenps que îo découragement... que le désespoir!...
MADELEINE
Oui, mais ces enfans, ces enfans !
MOREL
Tu vois donc bien qu'ils sont bons à «{uelque chose.
MADELEINE, (\ui à hu.
Jlon frisson redouble, je n'ai plus la force i\é trembler.
MOREL, ôlant sa veste, et la mettant sur les genoux de sa femme.
Réchauffe-toi.
MADELEINE
Oh! lu es bon... J'ai eu tort tout à l'heure, il ne faut pas m'en vouloir... el quand je pen»e qu'avec un de ces diamans qui sont là...
MOREL
Puisqu'ils ne sont pas à nous.
MADELEINE
Mon Dieu ! que nous sommes malheureux !
MOREL , assis sur le bras du fauteuil et lui tenant
une main dans les siennes.
Chacun a ses peine.*, les grands, comme les pelils; car enfin sans ce diamant volé qu'il nous a fallu payer, nous ne serions pas dans la misère. Le travail et l'ordre ne nous avaient-ils pas donné l'aisance el le bonheur ?
MADELEINE
Oui , mais en allendant, le boulanger ne veut plus nous accorder de crédit... Comment vas-tu fait e ?
MOItEL.
Je n'en sols rien,