SCÈNE vu
RODOLPHE, SARAir, se présentant sur le passage de Rodolphe qui va soriir.
SARAH
Monseigneur !
RODOLPHE
Que vois-je. . la con>lessc 3Iac-Grégor... sous ces vêtemens !
SARAH
Il m'a bien fallu les prendre dans l'espoir de vous rencontrer ici...
KODCLVUE.
Madame !...
SARAU.
Je n'ai pas héiitê à tout tenter pour obtenir de VOUS une entrevue que vous m'avez jusqu'ici refusée... malgré les droils...
nODOLPIIK.
Des droits... Eh bien; madame, puisque la fatalité veut qtic ce soit ici, (îhns ce lieu sinistre, que je vous revoie après de longues années d'une séparation que je croyais devoir cire élernclle, sachez donc la cauic de ra\ersion que vous m'inspirez....
ACTli; ï, TABLEAU I, SCENE VII.
SARAH
Ah! vous êtes impitoyaLIel
Et je dois l'être. Il y a, dix-sept ans, dévorée d'ambition, aveuglée par la prédiction d'une devineresse écossaise, qui vous avait promis une couronne, vous êtes venue à la cour de mon père, avec votre frère; trompe par vos séductions intéressées, je vous aimai bientôt avec la loyauté, avec le noble dévoûment de mes seize ans; vous avez voulu un mariage secret; en face des autels, je vous ai prise pour mn femme. Les suites de cette mystérieuse union allaient vous accuser aux yeux du monde ; vous avez voulu que tout fût révélé à mon père ; bravant sa colère, son inflexible fierté, ses projets connus d'une alliance royale, je lui ai
appris notre mariage... Sa fureur fut terrible
Il voulut me forcer à rompre cette union illégale, disait-il ; je résistai !... Mis en prison, j'ai persisté dans mes refus; on ne consentait à me mettre en liberté que»6i-je renonçais à mes droits à la souveraineté en faveur de mon frère... J'ai renoncé à mes droils... Était-ce assez vous aimer?
SARAH
Oui, oui! mais moi..... n'ai-je pas soulTert
aussi ! et mon amour !...
RODOLPHE
Votre amour!... Osez-vous bien en parler ?... après les lettres que vous écriviez à votre frère... lettres que j'ai connues trop tard...
SARAH
Que dites-vous?... Ces lettres...
RODOLPHE
Ont été interceptées... Vous m'y (railicz avec un dédain glacial ; j'avais été le jouet de votre exécrable ambition... Ce n'est pas moi que vous avez aimé... mais le prince... Aussi, lorsqu'un an après je fus déshérité, vous acceptiez la rupture de notre union contre laquelle, moi, je protestais du fond de ma prison ; et, vous séparant de notre fille, devenue un obstacle à votre mariage avec le comte 3Iac-Gregor , vous abandonniez notre malheureuse enfant à des mains mercenaires, et vous la laissiez mourir loin de vous... Telle a clé votre conduite... Mais aujourd'hui vousélcs veuve, mais aujourd'hui la mort de mon frère m'a rendu la i-ouronne... tel est le secret de vos poursuites, madame,
SARAH
Et le secret de votre haine pour moi... je pourrais le trouver dans voire amour pour la marquise d'Harville.
Avez- vous cru que je le nierais!... Clémence d'Harville, lorsque je n'étais qu'un exilé sans avenir, a eu pour moi la tendre pitié d'une amie, le noble dévoûment d'une soeur; pour lui offrir ma main, j'ai quille r.\!lrmagne, et je triompherai bientôt des sirupulcs qui l'arrélcnt encore.
LES MYSTERES DE PÂlllS.
Renoncez donc, madame, à tout espoir... En vous, je verrai toujours la cau«e de la faute que j'ai commise... et que je lâche d'expier chaque jour... Récompenser le bien... poursuivre le mal... secourir de nobles infortunes... arracher quelques âmes à la perdition , telle est la tâche que je me suis imposée... afm de mériter le pardon d'un funeste moment d'égarement... fruit de votre implacable ambition et de votre cruel égotsme.
SARAH
Grâce I... Rodolphe '.
RODOLPHE
ras de grâce pour vous , qui avez armé le fds contre le père... pas de grâce pour vous^ qui , au lieu dp veiller pieusement sur notre enfant, que je pleure encore chaque jour, l'avez abandonnée... pas de grâce pour vous, car la mort de notre fdle a brisé le dernier lien qui nous unissait.
SARAn.
Ob! par pitié!... écoutez, écoulez L
RODOLPHE
Femme sans âme... épouse sans foi... laissezmoi...
SARAU.
Rodolphe... pitié!
RODOLPHE, sortant.
Mérè sans entrailles... soyez maudite !
(Il sort par le fond.)
O0CO0eO09O0000000OG000C00OO0C0O00000CO0O0O000OCO0&O
scÈr^E VIII.
SARAH, puis TOM SEYTON.
SARAIÎ.
Mon Dieu ! est-ce assez payer l'ambition que m'inspira mon frère, et sous laquelle il éteignit toutes les affections de mon cœur... Sans époux I sans cnfans!... seule, à jamais seule!
{V.V.c pleure.)
Tosr, il entre par le foml et se dirige vers la dioite. A peine si je puis reconuaitrc le ntiméro de la maison où M. Férand m'a dit de me rendre à neuf heures...
SARAII.
Que faire? mon Dieu! que faire?