‹ Les mystères de Paris (volume 2)Chapitre 82 sur 96 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

FÉRAND , FLEUR DE MARIE

FLECR DE MARIE, accourant égarée.

Sauvez-moi ! sauvez-moi!

.^ FÉRA>D, la recevant dans ses bras.

Il n'y a plus de danger!

FLEUR DE MARIE, rcculant avec effroi.

Vous!... grand Dieu !

FÈnAND.

Moi, qui vous ai arraçbée à une mort certainc-

FLrCR DE MARIE.

Eh bien! soyez généreux totit à fait, ramenezmoi prés des personnes qui m'avaient recueillie.

FKRAMD.

!S'c pensez plus à elles.

FLELU DE MARIE.

Mais , sans elles, que vais-js devenir?

FERAND.

Si tu veux, ton sort va devenir niissi brillanl , aussi heureux qu'il a été jusqu'ici misérable.

FLEUR DE MARIE

Je ne vous comprends pas.

FÉRAXn.

Où tu veux aller, ta p silion serait subalterne et précaiie ; avec moi lu régneras. Nous ausîl, nous quitterons la France.

FLEVR DE MARIE..

Moi ! fuir avec vous!

FÉRAXD.

Tu crains que je ne te condamne a une vie monotoiic et triste comme celle que je menais dans tna misérable demeure ! Rassure-toi ! Assez longtemps j'ai vécu de contrainte, de privations, de sordide avarice... comme uuautrc, plus qu'un autre, j'aime le luxe, le plaisir, les fêtes, et j'ai maintenant de quoi satisfaire à ce luxe que tu partageras.

FLEDR DE MARIE.

Moi ! moi !

FÉRAND

Oui, toi. Oh! tu ne me connais pas. Tu m'as vu soucieux et austère, accablé... sous le poids des alTaires, courbé sous une humilité feinte; tu m'as cru vieux, triste et sévère. Non! non !je suis jeune encore par mon énergie comme par mon audace.

FLECR DE MARIE.

Ab! j'ai peur...

FÉRAND

Qiie faut-il donc faire pour te rassurer ? Fautil t'avoncr ma faiblesse? Eh bien! oui, je l'aime comme un insensé. Après ton départ de ihczmoi, tu ne sais pas ce quej'aisouilcrt... oui, souffert... Intérêts, devoirs, argent, j'oubliais tout... je ne pensais qu'à toi... je ne voulais que loi... Je t'a trouvée... je t'ai sauvée... cl maintenant on me tuerait plutôt que de l'arracher à mou amour... Nous ne nous quitterons plus.

FLEUR DE MARIE

Vous ne me forcerez jamais à vous suivre... jamais!

FÉRAXD.

yiah lu oublies donc que tu es en mon pouvoir?

FLEUR DE MARIE, voulant fuir.

Ahl

FtRAND, la retenant.

Non : rassure-toi... je n'abuserai pas de ce pouvoir; mais au rooini,,, sacbc-naoi gri d'4lr« là à

Li:S MYSTERES Dl- PARiS,

tes piod>, l.umble, soumis, Implorant... Tais- loi ! toi! Laisse-moi parler... n'écoule que mes prières, n'cnlcnds que les plainlcs de celle passion inconnue, impitoyable, de celle passion qui dompte, quisonmel lonles les autres passions... Ne sens-lu pas encore dans ma voix ces pleurs qui tant de nuits m'ont étouffé? Mais regarde-moi, n'y a-t-il dans mes traits aucune trace de mes douleurs? Je voudrais avoir soulîerl davantage encore pour que tu puisses mieuv lire mon amour sur mon visage. Suis-moi ; ma volonté subira la tienne ; je ne serai plus le même ; prés de toi je sentirai la pitié ; près de loi je serai humain, charitable. Je ferai du bien... Que faut il dire, que faut-il faire pour le fléchir ? Ecoule... n'en dis rien... j'ai de l'or... j'en ai beaucoup... Le veux-tu? je l'en donnerai... nous partagerons... Est-ce assez... Eh bien! je l'épouserai... Oui, ma fortune, mon nom, tout est à loi.

FLEUR DE MARIE

Tous! vous... chargé de crimes l

FÉRAND

Des crimes !...

FLEUR DE MARIE

Il y a trois mois dans la Cité...

FÉRAND

Qui l'a dit?...

FLEUR DE MARIE

Hier, j'ai entendu vos complices.

FÉRAND

Fleur de Marie, tu as tort de me dire cela.

Non, puisque ainsi vous ne douiez plus de ma haine... Mais je ne scr;ii pas toujours ici , loin de tout secours.

FÉRANH.

Tu as tort encore de me dire cela, lu as tort...

FLEUR DE MARIE

Que pouvez-vous? me tuer? Dieu soit béni ! la vie m'a été trop amérc.

FÉRAND

Je puis te tuer. Je suis seul ici avec loi.

FLEUR DE MARIE

Au secours!

FÉRAND

Ecoute-moi... lu le peux encore.

FLEUR DE MARIE

Assassin, va-l'en!

FÉRAND

Aie pitié de toi !

FLEUR DE MARIE

Démon du mal, va-l'en !

FÉRAND, éclatant.

Tu es perdue 1

FLEUR DE MARIE

La mort cnQn! la mort!

FÉRAND

Pas encore.

FLEUR DE .MARIE

Au secours ! nj^on Dieu !

FÉRAND

Dieu est sourd !

(La feiicirc du fond tîdatc et livre passage à Germain, qui se précipite dans la chambre, ainsi que le Chourincur qui enire par la porte. Ils n'ont que leur pantalon et leur chemise , et paraissent sortir de l'eau.)

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