‹ Les mystères de ParisChapitre 17 sur 84 · I, SCENE XII · texte numérisé non relu

I, SCENE XII

LE CnOURINEUn.

Assez ! tonnerre 1 assez ! Je le défends de jamais me parler comme tu l'as fait... Va-l'en...

LE MAITRE-D'ÉCOLE

A ton aise. (Tandis que le Chourineur reste immobile dans sa colirc, le Maitrc-d' École va pour entrer au cabaret. Fleur de Marie sort de l'allée, et en l'apercevant rentre précipitamment.) (A part.) Allons voir la Chouette, elle me donnera de l'eau-de-vic, cl j'essaierai seul. (Il entre chez lui.)

Lfc CIIOUBINECR, seul et en colère.

Si lu m'as menti, si tu m'as vole mon bacliot, loi ou tard je te repincerai !

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SCÈNI-: XII.

RODOLPHE, venant du fond, LE CHOU- RINEUR.

BODOLPUE.

Eh bien ! mon garçon, ça ne va donc pas? tu as l'air en colère...

LE CHOCRINEUR.

Si en colère, que je me battrais moi-même... faute d'avoir sur qui taper.

RODOLPHE

J'arrive mal, j'avais un service à te demander.

LE CHOURINEUR

Alors tant mieux... ça me remettra. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?

RODOLPHE

L'autre sjir... sur le bord de la Seine, prés du château d'ÎIarville, tu m'as aidé à me débarrasser de bandits qui m'avaient atlaqué.

LE CHOURINEUR

Vous, ou un autre .. je n'en sais rien, il faisait nuit... Je venais de déchirer un train de buis; à travers le noir... je vois un homme seul contre trois, vous croyez que je veux taper sur vous, et vous me tambourinez une grêle de coups de poing .. que je n'y ai vu que du feu .. Vous vous trompiez de numéro... Enfin c'esl égal... nous nous sommes expliqués après.

RODOLPHE

Pauvre garçon. . . je suis fâché.

LE CHOURINEUR

Moi pas, je les retiendrai ces coups de poinglà... ça me servira pour le Maitre-d' École.

RODOLPHE

Maintenant, dis-moi... j'ai tout lieu de croire que les bandils qui m'ont atlaqué sont ceux qui ont volé au château d'Harvillc.

LE CHOURINEUR, à part.

Le Mai! rc- d'École et sa bai de. (Ha-ji.) J i- t hi(';i iia-il'li".

IJiS MYSTFllRS DE PAllIS.

^.^X RODOLPHE

. Si lu les connaissais... lâche de savoir ce qu'ils ont fail d'un porlniil de femme enrichi de pierreries... On leur abandoiiucrail les pierreries pour r'avoir le porlrail.

LE ciiouniNECR, avcc coKrc.

rourquoi donc croyez-vous que les voleurs nie font pari de leurs alTeiir'^s, à nidi ? Esl-cc que vous me prenez pour... Jiiii», au f.il, vous avez raison... je les connais... je suissouvenl avec eux... (J'.ii se ressemble s'assemble, n'esl-ce pas?

nODOLPIIE.

Mais pourquoi vis-ln avec eux?

LE cnoïKiNEun.

l'arec que je ne peux p:is vivre ailleurs.

RODOLPHE

Quel est Ion élal ?

LE CHoi;iiixr.cR.

Tireur de sable et dObiirdeur au quai Saint- Paul, gelé l'hiver, rôti rOlé, quinze heures par jour dans l'eau.. Vbilà mon caractère.

r.OUOLPIlE.

Ta famille ?

LE cnoiniNEL'R.

Orphelin du pavé do i'.'.ris.

r.oDOLi'HE.

Mais qui l'a cIcal'?

LE cuoi;ni>r:i n.

Cc'iii qui élevé les chiens perdus... Je me rappelle que, quand j'étais ijaniin, j'allais coucher la nuit dans les fours à plaire, el quand la faim me c.issail les jambes cl que je pouvais pas aller jusquc-la. . je couchnis sous les i;rawdps pierres du Louvre, et l'hivor, j'avais des draps blancs quaiïd il tombait de la neijj'C.

r.onoLPUE.

T'J as ou faim, et tu n'as pas volé?

LE CIIOUniNrLR.

Jamais, et j'ai pourtant resté une fois prés de deux jours sans manger.

nODOLPIIE.

Quand tu as élc grand, qu'as-lu fait?

LE ClIOlIll.VLUn.

Je me suis fait lriiii;)icr...

RODOLPI'E.

Tu as servi ?

LE tuoi'nrsEï R.

Trois ans... Je complais qu'on me mènerait A Alger, m.iis j'ai eu du malheur... Kli-vé dans la rue roînm»' uiie bèîo Lculc... j'avais les raires d'une bric brute. Un jour, mon .ser;ienl me rudoyé... je réponds... Il me bouscule... il me frapjie... Toimcrrc! .. la raf,'e me prend... je tape i tort cl à travers... je bhssc le sergent et deux soldais... Trois mois après, on me condannie à avaler douze balles de plomb.

KouoLpnr..

Condamné » moM I

LE cnouRiNEcn.

Je l'espérais... car une fois qu'on a versé du sang... voyez-vous , on a beau se laver les mains... elles sont toujours rouges... Mais on a commué ma peine, soi-disant, parce qu'une fois, dans un incendie, j'avais sauvé une vieille femme, et qu'une autre fois j'avais repêché dans la rivière une jeune fille qui se noyait; vous voycï que je suis un amphibie de feu el d'eau.

RODOLPHE

Et quelle peine as-tu subie?

LE cuouRiNELR, (l'tiii air somluo.

J'avais le droit d'être fusille comme soldat... on m'a condamné à cinq ans de boulet. Quand j'ai su cela... j'ai voulu m'élrangler dans ma prison... mais on m'a décroché à temps...

RODOLPHE

Et en sortant... tu avais la même aversion pour le vol qu'en y entrant?

LE ciiorniNiaR.

La mOnie .. Et en attendant que je crève au coin d'une borne comme j'y suis né, je nie suis mis débardeur. Je gagne ma vie... sans faire de tort à personne...

RODOLPfJE.

Bien, mon garçon... lu as encore du cœur et de l'honneur.

LE CnoURINEl R.

Du cœur... de l'honneur... moi. . C'est drôle, monsieur Rodolphe, c'est b première fois qu'on me dit ça, . et ça me fail du bien .. Ça nie réchaiiHc là. (Il se fr.nppe le cœur et répL-lc il'un air pt'iisif.) Du cœur, de rhonneur...

RODOLPilR.

Cela t'étonnc?

LE CHOi:r,i.\Ei;it.

Oui, et non... Je sens bien que je ne suis jamais rnéclianl qu'avec ceux (jui sont plus forts que moi... tandis (juc potir les faibles, au contraire, je suis bon, mais bon que j'en su's béte... Tenez, il y a ici une pauvre jeune fille appelée Fleur de .^^^ric, xous ne croirez pas ça, mais c'est doux, sage, honnéle, ça a seize ans, une figure d'an;,'e... eh bien, c'cit le souITie douleur d'un gueux appelé le .Aiailre-d'EcoIe et de sa fennne appelée la Chouette, qui l'ont ramassée toute petite dans une rue où elle était abandonnée.

RouoM'iii;.

Pauvre Olifant ! El (pii la défend contre ces monstres?

LE f.HOi;tUM:iR.

Moi, quand je suis la... Mais je n'y .^uis pas toujours. . et alors, pour un oui, pour un non, ils l'assonnuent.

RODOLPnr.

Ta pr;téyée m'intéresse. Où est-elle?

LL tlIOtUI.MvLIi. innnhant |(> cHharM .

Penl-èlrolà.

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