SCÈNE ir
Les mêmes, GERMAIN, nu-léte, et des papiers
sous le bras.
Mine PIPELET.
Bonjour, monsieur Germain, voilà justement une lettre pour M. Férand, votre patron. C'est tiois sous...
OI.RMAIN, lui p.iyant et prenant la icllrc.
.Mniri, madame Vipricl.
ACTK il, TABLI'Al II, <(X\E III.
mmo PIPELET.
Kli bien ! vous clcs-vous bioii amusé hier au spectacle ?
GliUMAIN.
lîcaucoup... Mais j'y pense, voilà voire passep;irlout que je Aous rends. Dites donc, il parait (juc vous n'êtes pas sévère pour tout le monde comme pour moi. Vous répétez toujours : Personne ne doit rentrer plus tard que minuit... Passé minuit, je ne tire plus le cordon à personne.
BXnu! pil'ELliT.
Cest touj jurs comme ça dans les maisons sévères.
CEUMAIN.
C'est égal , hier soir, ce n'était pas la peine de me donner \olre passc-parlout pour aller au spectacle.
M"'C Pll'ELET.
Pourquoi donc ça?
GEUMAIÎf.
Puisque après que j'ai été rentré, vous avez encore ouvert la porte à quelqu'un.
Mme PIPELET.
Par cxenq)le ! le dernier rentré a été M. Férand, à dix heures moins un quart ; à preuve qu'à cMuse du mauvais temps il s'était entortillé dans son manteau, que je ne l'ai reconnu qu'à sa voix cl à ses lunettes vertes.
GERMAIN
Comment! vers minuit, personne ne vous a demandé le cordon ?
Mine PIPELET.
A quel propos me dites-vous ça?
GEUMAIX.
^^ Parce qu'en rentrant, je me suis croisé sur l'escalier avec quelqu'un qui descendait.
aime PIPELET.
Quelqu'un de la maison ?
GERMAIN
Non, quelqu'un que je ne connais pas.
Bime PIPELET.
Bah ! vous rêvez.
CCRMAIN.
Je rêve si peu, qu'à la clarté de mon bougeoir, sans bien voir sa figure, j'ai remarqué qu'il avait une grande barbe rouge. Yous avez du lui ouvrir la porte.
mme PIPELET.
Du tout. Eh bien! voyez-vous, c'est que vous ne l'aurez pas bien fermée, vous.
GERMAIN
Je vous assure que si.
Rime PIPELET.
Ah ! je suis bête, c'est mon vieux chéri qui lui aura ouvert, et qui n'aura pas voulu ni'éveillcr.
GERMAIN
A la bonne heure... ça devenait inquiétant
Je monte à mon bureau... je suis un peu en retard, et M. Férand doit m'attcndre.
^Gcnnaiii cuire dans le corps de logis de Férand.)
SCKNE III.
M"'e PIPKLET, RODOLPHE, enlrant sur les derniers mots et examinant la maison.
KODOLPUE, ù part.
Ce doit être ici ! Quel peut être ce M. Férand chez qui la comtesse Sarah me donne un rendezvous pour ce soir?... Est-ce quelque piège!... Hélas! l'espérance avec laquelle elle m'attire est une espérance insensée.
Bimo PIPELET, se retournant.
31onsieur, où allez-vous?
RODOLPHE
Madame...
Mme PIPELET.
Monsieur, chez qui allez-vous? On ne s'intioduit pas ainsi dans les maisons.
RODOLPHE
jMadame, j'avais vu un écriteau à cette porte et je venais savoir quel appartement élait à louer.
M'ne PIPELET.
Celui du premier...
RODOLPHE, à part.
Tâchons de la faire causer. (Haut.) Si, comme je l'espère, cet appartement me convient, je vous prierais, madame, de vouloir bien vous charger de mon modeste ménage de garçon.
Bime PIPELET.
Comment donc, mosineur, mais avec délices ; vous serez servi comme un prince pour six francs par mois ; nous ne serons pas pour vous des portiers, mais des amis.
Mais dites-moi, madame...
jime PIPELET, avec une révérence.
Pomonc-Fortunée-Diane-Anastasie Pipelet.
RODOLPHE
Pourrais-je, madame Pipelet, vous demander sans indiscrétion qui habile cette maison ? Vous concevez, quand on vient loger quelque part...
jVime PIPELET.
Comment donc? monsieur, rien de plus naturel... La maison est très bien composée, monsieur, tous gens comme il faut... Nous ne parlerons pas du premier, puisqu'il est vacant... tout ce que je peux dire, c'est que le dernier locataire est un fier gueux qui a empoisonné et qui empoisonne encore la vie de mon vieux chéri d'Alfred, mon époux.
RODOLPHE
Ah : mon Dieu ! quel était donc ce malheureux ? Mme PIPELET.
Un peintre, nommé Cabrion, que Dieu le confonde 1 il en a tant fait à Alfred, qu'il en est comme
abruti, le pauvre clicr homme... Pardon, monsieur... (Appelant Rigniciie.) N'allez donc pns si vile, mademoiselle Rigolcllc (A Hoilolplic.) Une l»ciie de pclilc ouvrière qui lii'.bilc une cliombic du .second... lerme toujours payé d avance.
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