‹ Les mystères de ParisChapitre 38 sur 84 · FÉRAND, MOREL, GERM.\IN · texte numérisé non relu

FÉRAND, MOREL, GERM.\IN

FÉRA>D

Entrez donc , monsieur Morel , j'allais charger M. Pipelet de vous prier de descendre, lorsque je vous ai aperçu chez lui... Mais mon Dieu! qu'est-ce que j'ai appris? qu'est-ce qui est arrivé?

MOREL

Ilélas ! tout ce qu'on vous a dit , monsieur, n'est que trop vrai. Hier soir je ne suis descendu qu'à onze heures de mon atelier, qui est dans la mansarde au dessus de notre logement , je venais de finir la taille d'un diamant, je l'ai mis dans le tiroir et j'ai simplement fermé la porte à c4é; pouvais-je prévoir ?...

FÉRAND

Certainement, à la rigueur, c'est une imprudence, mais une imprudence dhounète homme : puis comment se déDer?.. la maison est si sûre, si tranquille ! Mais avcz-vous bien cherché partout ?

MOREL

Oh! maintenant, monsieur, il n'y a plus à en douter^ c'est un vol.

FÉRA.ND

Mais ce doit être une perte considérable pour vous?

MOREL

Le dianiant est estime 3,000 francs.

FÉRAXD.

Heureusement , sans doute, le joailler est un maitre pour qui vous travaillez depuis longtemps et qui voudra partager celte perte avec vous ?

MOREL

TIélas! au contraire, monsieur, c'est un jeune homme établi depuis peu de temps et qui ne peut pas faire de sacrifices ; il me connaît à peine , il a peut-être des doutes sur ma probité, et son exigence n'en est (pie plus pressante.

rÊBAND.

Mais alors comnicut faire?

UOREL.

Depuis ce matin j'ai pris toutes les mesures par lesquelles j'espérais jiouvoir l'apaiser ; à l'argent que j'avais retiré de la Caisse d'épargne pour procurer un peu de bien-être à ma femme toujours languissante , j'ai joint le prix de nos meilleurs meubles que j'ai vendus ; c'est tout ce que je pouvais pour le présent; pour l'avenir, j'ai quitte notre logement qui avait deux pièces, et nous allons tous monter dans mon atelier en mansarde ; nous économiserons ainsi deux cents francs de loyer...

FÉRAND

Oh! tenez, cette résignation méfait mal.

MOREL

El tout cela cependant ne sufflt pas.

FÉRA>'D

Comment ?

MOREL

En vendant tout ce que je possédais, je n'ai pu réunir au plus que six cents francs. Le joailler en exige au moins le double... et à mes prières, il a répondu par des menaces si dures, si effrayantes...

FÉRA>"D

Et ce sont là toul-es vos ressources ?

MOREL

Toutes absolument.

FÉRAND

Cependant , lorsqu'il y a deux jours je suis monté chez vous pour vous parler d'une aO'aire qui malbeurcuscment n'a pas réussi, il me semble que cette malheureuse femme... Comment la nommez-vous?... car il me répugne de la désigner par le nom qu'on lui donne ordinairement.

MOREL

Ma belleméie, M™« Varner, qui à la suite d'un cruel événement est devenue folle, et que nous avons prise avec nous après la mort de son mari.

FÉRAND

Braves gens! Eh bien! il me semble avoir vu à son cou une chaîne avec une moitié de médaille, je crois?

MOREL

Oui, monsieur.

FÉRAND

Pourquoi ne vendez-vous pas aussi celle chaîne, qui m'a paru d'un travail assez précieux?

MOREL

Pour cette pauvre femme, c'est une relique; on ne pourrait la lui prendre que par ruse ou par foice, et ce sérail la tuer.

FÉRAND

Mais c'est affreux, qu'on soit dans la même maison, à coté d'un si grand malheur, et puis qu'on aille jwrlcr ailleurs ce dont on peut disposer. Est ce que tout à l'heure je n'ai pas donné

LES MYSTÈJlliS Dl-: PARIS

rin(]Tiaiitc francs au Lui eau delicnfaisancc... Ahl c'c<l terrible ! Cinquar.le francs ; ce ne sont pas linqiianle francs qu'il vous faudrcit, mais bien cinq cents francs...

WOREL.

Ahl monsieur, ce serait un don du ciel. FÛRA>D, ù lui-mOme, liant.

Au fait, le ciel pourrait il m'en punir, les hommes pourraient-ils m'en blâmer? (A Morcl.) J'ai là cinq cents francs qui ne sont pas à moi, j'en puis disposer pour quelques jours. ..Vous avez raison, quelques jours, ce n'est pas assez, mettons dcuK mois, trois mois... Faites-moi un billet à trois mois. Monsieur Germain, donnez un papier timbré.

MOnEL, liésiîani.

Mais., dans trois moi>...

FÉUA>'D, le Taisant asseoir.

Vous ne pourrez pas les payer, ni moi non plus, mais j'aurai évité un malheur, secouru des maux qui ne peuvent attendre trois jours. Vous donnerez un à-comple, j'aurai bien quelque chose aussi... ^Au uioincnl où ISÎortl va é'^rlrc.) ?ye vous donnez [las la peine, faites moi une acceptation en blanc. (Morel sIkhc, ItTaïul pre:i<l le billet et le place «lans un tiroir.} .\h! n'Otrc pas riche! ii'Otrc pa:-. riche 1 Voilà vos cinq cents francs. aïonEL.

?;Ion Dieu! à peine si je puis me soutenir.. Tant d'argent ! tant de joie...

Allez, mon brave monsieur 3ïcrc!, après l'orage un rayon de soleil, c'est la loi de la nature.

MOREL

r.esoir, ma famille entière va vous bcnir... (Il sort en courant.) jime piî-rtET, rcnlrani de la clianilire de Fleur de J'aric.

La voilà inslallce, celle chère eiifaiit. FÉr.A>'D, rcgartlant sa nioniic.

Dv'jà si tard! Jl-jusicur Germain, vous pouvez vo!is retirer. Madame Pipelet, fermez bien tout au dehors. (Germain et },>c Pipelet sortent.)

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SCÈNK V.

FÉRAND, seul.

(Il ferme louirs les portos, le volet de la fuiène et le rideau.)

•IJc voilà seul! la journée est finie! Un masque d'austérité pesait sur ma face, un manlcau dliypociiMR cnchainail loiis mes f:c.<:|rs. A bas le masque cl le manteau! à celle heure, je puis élrc moi... Je suis délacbc du cadavre auquel je

m'accouple t.^us les jours' Moi robuste, résolu, cloué sur ce fauteuil; Mon énergie nie dévore .. comment apaiser les bouillonnemens de mon sang? De l'or" de l'or! je veux de l'or, pour fouler aux pieds ce troupeau d'imbéciles que je trompe et que je méprise. Thomas Seyion meurt par moi, et sa sœur s'excuse et me remercie! Ce Morel, je veux qu'il soit en mon pouvoir; je veux qu'il me livre celte chaîne, celle médaille, dernières traces d'une existence qui me gène et que j'anéantis, je n'ai qu'à lui faire un prêt trompeur qui fixe l'échéance de sa liberté, et il m'appelle son bienfaiteur. Sots, sols, triples sots! El ce Clermont, qui veut absolument mettre son or en dépôt entre mes mains. (FOrand a ouvert un panneau secret pratiqué dans la boiserie, et y a pris une cassette.) Que d'or! que d'or! Q'\c c'est beau l'or! que c'est beau! Les rayons du soleil sont pâles auprès de cela... Puis, que! charme dans cette voix métallique qui dil : L'or est lou', ! l'or peut tout! l'or donne tout! (Il plonge ses doigis dans la cassclte.) Oh! j'aimc à manier l'or!.. Quand je plonge mes mains dans ce bain d'or, il s'en dégage je ne sais quel fluide électrique qui circule dans mes veines et m'embrase d'une cupidité nouvelle... Appoiîez, mes dupes, apportez encore! Apportez à mes vertus, apportez à mon hypociiiie, apportez jusqu'au jour où vous direz : rendez-moi... Vous rendre! Quelque ruse infernale, quelque crime audacieux vous répondra... Vous rendre! il faudrait donc vous rendre mes joies pas.^écs, mes joies à ve:iir... Flc.tr de Marie est si belle! toutes les fois qu'elle venait chauler dans celle cour, j'étais là, derrière cette fenêtre, charmé par sa voix, fasciné par son regard ; puis, la nuit, je la voyais, je l'entendais encore... QueI(iucfois même, pcndaiit le jour, au milieu de mes trames les pluscompliîjuées, qu;:nd j'avais besoin de tout mon sang-froid, son souvenir me dominait malgré moi et entraînait ma pensée; la violence de ma passion pour celle enfant iii'èpouvaate. Serrons mon or... cl appelons Fleur de Marie. Il va pour sonner. C'est étrange, le cœur me bal... la main me tremble. (Il sonne.) File va venir! encore une fois ce soir le ina.'jque sur le visage et le miel dans les paroles ..

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