SCÈNE V
Les Mêmes, PIPELET.
PIPELET
Ah! mademoiselle RigoleKe, une chaise! par pitié une chaise !
RIGOLETTE
Ah! mon Dieu! monsieur Pipelet, comme vous clés pâle?
PIPELET
Mademoiselle, le monstre maintenant en veut au repos de mon ménage.
RIGOLETTE
Cabrion, peut-être?
PIPELET
Savez vous ce qu'il fait maintenant? il veut faire croire à Anastasic que j'ai des allures... Tout à l'heure il est passé dans la rue avec une grosse blonde qui a eu l'impudence de m'cnvoyer des baisers à travers les carreaux de ma loge... et je ne ]a connais pas!... A cctlc-vue là, mon épouse m'a traité de suspect, de gros impur, et je vous le jure sur l'honneur... (Se frappant lo froiii.) Ah ! mon Dieu ! c'est effrayant ! Ah ! le gueux !
GERMAIN, regardant autour de lui.
Qu'avez-vousdonc?
PIPELET
Ce monstre m'ahurit tellement qu'il me fait perdre la mémoire... J'apportais une lettre à mademoiselle Rigolclle... Ah ! scélérat de Cabrion!
Une lettre pour moi ! Tiens, je n'en ai jamais reçu...
GERMAIN
Avec un beau cachet, de belles armes.
PIPELET
Moi je voudrais en recevoir une... de lettre billet d'enterrement de Cabrion.
RIGOLEITE.
Ah! quel bonheur I des nouvelles de Fleur de Marie.
GERMAIN
OÙ est-elle ? que fait-elle?
RIGOLETTE
Écoulez: «Ma chère Rigolclle, aujourd'hui » seulement on me permet de vous donner de «mes nouvelles, tant on a pris de précautions » pour empêcher ccrt;iines mauvaises gens de me » retrouver. Je suis bien heureuse, je vous le jure; » je ne regrellais qu'une chose, c'était de ne pou- » voir vous éciirc, à vous qui la première m'.-» » vez aimée, mais qui maintenant n'êtes plus » seule.
GERMAIN
Voilù de bonne nouvelles à donner au Chou-
rinonr. qui domain vioidra loucher sa pclile pension.
niCOLETTE.
» llicnlôl, je crois, je parlirai pour bien loin, )) bien loin, mais pas sans vons avoir revue. Qucl- » qu'un avec qui vous avez causé une fois, el qui » a (.Mé ma providence, ira vous voir anjourd'iiui » ou demain; je l'aime encore davantage depuis » qiiil m'a promis que ma gentille Rigolelle era- » brasserait encore une fois sa Fleur de Marie. »
GEllMAlX.
Sn providence! sans doute le prince, piPF.i.ET, se frappant le front.
Ah! le bandit!
Kl COLETTE.
Eh: vous m'avez fait peur, monsieur Pipelet.
riPETET.
Il m"h(5bètc tout à fait... J'oublie que j'ai là encore un papier timbré pour >I. Morcl.
RIGOLETTE
Qu'est-ce qu'il dit ce papier tiud)ré?
GEUMAIN. prenant le papier.
C'est un commandement.
KIGOLETTE.
Qu'est-ce que c'est que ça, un commandement?
GERMA IX
S'ils ne paient pas dans la journée, dés demain on aura le droit de saisir tout ce qu'ils ont. ,
KIGOLETTE.
Et ils ont si pou...
GEUM\1N.
Et de mettre ce pauvre Morcl en prison.
RIGOLETTE
Mais monsieur Férand qui lai a prêté, ne consentira pas.
CEUMAIN.
Le billet n'est plus entre ses mains ; il faudrait qu'il payât lui-mônjc, et il dit qu'il n'en a pas le moyen.
KIGOLETTE.
Et ce méchant huissier continue les poursuites, malgré l'à-complc que vous lui avez donné ?
GERMAIN
Mon Dieu, oui !...
RIGOLETTE
Oh ! si j'avais encore des économies , je casserais toutes mes tirelires... (ricnnain va vivement prenaïc son cliapcau.) Vons allez à votre bureau ?
CEKMAIN.
Il faut d'abord que je fasse une peliic course à deux pas d'ici.
lUGOLKTTE,
Qu'est-ce ilono?
GERMAIN
"Vous le saurez pins lard, tl vous n'en serez pas fàdiée. D.-iiis un instant je reviendrai el je frappeiai à ctt.e pinte.
'Moi;lr.Tiil la polln du fonil.;
LFS MySTl':RES DE PARIS,
RIGOLETTE
El je vous ouvrirai ; moi, je vai3 monter avec monsieur l'ipolct chez les Morel, je tAcherai de les remellre un peu. Au revoir, mon voisin.
GERMAIN
A tout à l'heure.
PIPELET, à Germain.
^lonsieur Germain, rendez moi «n service énorme... En descendant, regardez donc si ('abrioncst encore dans la rue...
GERMAIN
Oui , monsieur Pipelet , je vous le dirai.
RIGOLETTE
Venez donc, monsieur Pipelet.
PIPELET
Voilà! (En s'en allant.) Pourvu qu'il ne soit pas encore là avec sa grosse blonde.
(Us sortent tous trois.)