SCENE I
M"e D'IIARVILLE , assise, FLEUR DE MA- RIE, finissant d'arranger un bouquet qu'elle lui apporte.
FLECn DE MARIE.
Regardcz-donc , madame, le beau bouquet.
jr-^e d'iiarville.
Il est charmant.
FLErn DE MAUIE.
Daignez l'acceplcr, je vous prie?
M'"e d'uauville.
Avec plaisir, ma cliérc enfant... Eh bien!.., vous vous trouvez donc heureuse ici?...
FLEUR DE SIAKIE.
Ah !... si vous saviez quelle est ma joie, lorsque chaque matin , je méveillc dans la jolie chambre que j'habite.. . moi qui vivais nag^uére dans le plus triste séjour.
M"'e d'harville.
Allons, allons, il faut chasser de voire esprit ces douloureux souvenirs... ne plus songer à ce temps-la ?
FLEUR DE marie.
N'y plus songer? madame... N'est-ce pas de ce temps-là que date ma profonde reconnaissance pour vous Cl monseigneur ? Toute mépriste , tout abandonnée que jetais, n'a-l-il pas daigné me dire de consolantes paroles? Aussi , je prie Dieu, chaque jour, de vous combler de ses dons... Car, hélas! le pauvre ne peut que prier pour ses bienfaiteurs.
M"" d'iiarville.
Eh bien! soyez salisfaite , mon enfant, vos vœux sont comblés... je puis vous en faire maintenant la confidence , la signaluredc mon contrat de mariage avec le prince est fixée à demain soir, et, aussitôt après, nous partirons pour l'Allemague.
FLELIl DE .MARIE.
Il serait vrai... Oh! merci, mon Dieu... vous m'avez entendue!
»!"•« d'iiarville.
El vous ne regrelterez pas la Erancc?
FLKUU I)E MARIE.
Eicepié Rigolcttc, i\ qui vous m'avez permis
d'écrire hier, que pou;rai-jc regrellcr auprès de vous, auprès de m'ouscigncur pour qui j'éprouve une reconnaissance presque religieuse.
M'"" d'iiarville.
Ohl vous avez raison... il n'y a pas une ànîe plus grande, pins belle que la sienne... Pourquoi faut-il que son cœur ait été si cruellement blessé... fleur de marie.
Lui... si bon, il aurait dcschat^rins?...
M™e D'UAiiVILLE.
De bien amers; ce malin même il m'apprend qu'une circonslante fatale vient de réveiller dans s in cœur les plus douloureux regrets, au sujet d'tme fille qu'il idolâtrait, et qu'il a perdue toute enfant... C'est pour cela que je vais ic rejoindre à Paris.
fleur de marie.
Vous ne resterez i)as long-temps?
mmc U'UARVILLE.
Non, mon enfant; dans l'après-midi nous serons de retour. Al"c Dubreuil, en présidant à la pèche de l'étang, aux ;ippièls du mariage du fermier iiaslicn , qui a lieu demain, re>tora prè? ;lc vous ; s'il y a , pendant mon abscnce,yquelquc aumône à faire... vous savez que vous avez tout pouvoir...
FLEUR DE MARIE
Merci , merci , madame... consoler les douleurs que j'ai senties, c'est un double bonheur... Alloîis, puisqu'il le faut, partez pour quelques heures, voire présence aimée calmcia le chagrin de mon bienfaiteur... Il avait une fille!... Oh! comme elle l'aurait aimé... adoré... car enfin, elle aurait entendu dire p.irlout que son pire secourait le pauvre, relevait le faible, donnait à l'abandonné foi ce et courage, et quoiciue née princesse, et jués du trône, elle eàt été encore plus fiére du coeur de sou père que de sa naissance souveraine.
M"'e d'iiarville.
Marie! Marie! ces paroles , cet enthousiasme, sont notre plus douce, notre plus chère récompense.
ACTii 111, TABLEAU Yl, SCÈiNE IV.