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Les mystères de Sainte Hélène

« Depuis cinq ans je travaillais à une Histoire de la captiviU de Napoléon à Sainte-Hélène , tristes et touchantes pages qui, je le crois, manquaient encore à mon épopée napoléonienne, et que j'écrivais sous l'influence d'un sentiment tout à la fois doux et pénible. J'avais parlé de cette étude historiqii^ à feu M. Dujarrier un an, à peu près, avant sa mort ; mais au moment même où j'allais traiter avec lui de cette publication, il recevait, du moins me l'assu-

â AVIS DE L^ÉDITEUR.

rait-il, de AL le général comte de Montholon, prisonnier au fort de Ham, Toffre d'insérer ses propres souvenirs dans le Teuilleton de la Presse. Dès lors M. Dujarrier dut opter entre la pratique et la théorie, et je pensai moimême quMI serait de bon goût de m'effacer complètement devant Tautorité des écrits d'un homme que Tempereur, sur le rocher de Sainte-Hélène, se plaisait à appeler entre tous son fUs et son ami.

«Toutefois, Tœuvre de M. le comte de Montholon, livrée au public, ne parut pas remplir Tattente générale : on n'y trouva qu'une longue correspondance; des faits déjà connus par l'apparition de l'important ouvrage de MM. de Las Cases, O'Meara, Antommarchi, Cvourgaud, etc. ; enfin des fragments de traités stratégiques du temps de César, publiés également par les derniers compagnons de captivité de l'Empereur. La curiosité publique, vivement aiguillonnée par les annonces pompeuses de ces Mémoires, ne fut pas satisfaite, et la lacune signalée dans l'histoire de cette

AYIS DE l'ÉIATEUB. 3

funeste période de la vie du grand homme restait à combler. C'était bien le soleil couchant du héros , mais il manquait à ce soleil des rayons, et M. le comte de Montholon les avait laissés dans les nuages.

(c II ne m^appartient pas de faire ici la critique des Mémoires de Tillustre général. Loin de moi la pensée d'attrister, par des observations de Zoile, les premières heures de liberté de celui pour lequel j'ai toujours professé une sorte de vénération. Qui aurait le triste courage, en effet, de provoquer une enquête littéraire sur Touvrage d'un homme dont la fidélité chevaleresque est un des plus beaux exemples qui puissent être offerts à notre génération? Le rocher de Sainte-Hélène et les remparts de Ham sont là pour le défendre; la critique, même la plus bienveillante, doit tomber et disparaître devant cette double infortune qui prit sa source dans le dévouement le pins pur et devant la plus noble fidélité : celle du malheur. Aussi, monsieur, en ayant rhonneur de vous écrire ces lignes, n'ai-je

4 AVIS DE L*ÉOITeUR.

d'autre intention que de constater un fait.

« Je continuai donc mon œuvre avec le même amour, avec la même religion que si j'eusse dû lavoir éclore en sortant de mes mains. Aujourd'hui qu'elle est achevée, je vous la confie, et je serais charmé que vous daignassiez l'adopter.

« Tout n'a point été dit, et vous le savez comme moi, monsieur, sur le séjour de Napoléon à Sainte-Hélène. Une multitude de faits, d'incidents, de conversations, de détails d'intérieur, tristes ou charmants, sont restés dans l'ombre ; je me suis complu à les réunir pour les mettre au jour ; je n'ai pas craint de glaner après la riche moisson faite par MM. de Las Cases, O'Meara et Antommarchi, et peut-être se trouvera-t-il encore dans ce modeste glanage quelques blonds épis, quelques fleurs éclatantes qui pourront donner à mes gerbes, quelque légères qu'elles soient, l'apparence d'une seconde moisson.

a Un auteur est toujours embarrassé quand il lui faut parler de lui. S'il fait ressortir avec sincérité les qualités qu'il suppose à son livre.

AVIS DE l'Éditeur. 5

on le traite d'orgtmlleux ; s'il se fait trop modeste, on crie haro sur cette modestie , et on lui applique le mot du moraliste : « L'humilité « n'est que le manteau de Torgueil. » Je crois que, pour éviter la qualification ou Tépithète, 11 vaut mieux atteipdre droit au but, c'est-àdire expliquer franchement les moyens qu'on a employés pourconstruire^et la i^oianière dont on a procédé. C'est, monsieur, ce que je vais essayer de faire en peu de mots, si vous me le permettez.

cr J'ai divisé mon ouvrage, auquel j'ai cru devoir donner ce titre nouveau : Les Heures de captivité de l'empereur Napoléon : mystères de Sainte-Hélène, en chapitres, qui tous ont un titre distinct, et qui, pris collectivement, embrassent les six années de la captivité du grand homme. Chaque chapitre est un fait, une aventure, un épisode à part. Les uns sont des tableaux de famille, les autres des tableaux de guerre ; quelques-uns sont des croquis de marine; la plupart sont des esquisses d'intimité, d'abandon et de souvenirs rétrospectifs.

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Le crayon de Greuze, ce peintre-poëte de la famille, et le pinceau de Yandermeulen, ce grand peintre de batailles , ont été employés par moi le moins mal possible : en un mot, je me suis efforcé de montrer dans mes divers tableaux le conquérant, le législateur et le monarque, pour ainsi dire en déshabillé. A Sainte-Hélène, Napoléon ne portait plus le bandeau de Gharlemagne ou la couronne d'or de Philippe- Auguste; mais la foudre, tout en le précipitant du plus beau trône du monde, avait respecté ses lauriers, et Ton voyait encore sur son front chargé* des soucis de Texil poindre les vertes palmes de Rivoli, d'Aboukir, de Marengo, d'Austerlitz, de Wagram et de la Moskowa. Or, le nom de Napoléon étant désormais inséparable de celui de la France, et l'un devant vivre autant que l'autre, on doit, avant tout, étudier Thistoire de son pays dans toutes ses phases, on doit par conséquent connaître Napoléon dans toutes les circonstances de sa vie prestigieuse. On le connaît enfant, on le connaît capitaine d'artillerie, général en chef,

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