‹ Les mystères du blason, de la noblesse et de la féodalité: curiosités, bizarreries et singularitésChapitre 11 sur 28 · LES RÉBIS DU BLASON · texte numérisé non relu

LES RÉBIS DU BLASON

D'Hozior fut, on le sni(, garde de VÀrmorial général dressé par ordre du roi par généralités, et qui eut pour résultat de faire entrer d'assez fortes sommes dans les caisses de TÉtat, chaque armoirie étant enregistrée au droit de 20 francs, sauf celles contenant des fleurs de lis, qui étaient frappées du double droit.

La noblesse de province fit donc enregistrer ses armoiries ; les bourgeois imitèrent les nobles, et furent imités par les communautés religieuses et les corporations de métiers^ et par les villes qui toutes, à Tenvi, demandèrent et obtinrent des armoiries.

Cependant, c'est encore un préjugé très-accrédité de croire que sous l'ancien régime la possession des armoiries était exclusivement réservée au corps de la noblesse.

Qu'on onweV Armoriai général y et on trouvera décrites, à côté des blasons des familles titrées, les armoiries des plus vulgaii'es bourgeois; des gens de métiers, des apothicaires, des hôteliers, des passementiers, des cordonniers, se sont fait

délivrer sans conteste des armoiries de couleurs éclatantes, qu'ils avaient — comme tous autres — le droit de faire graver sur leur cachet ou sur leur vaisselle d'étain.

Une seule marque distingue les armoiries des nobles et celles des bourgeois.

Celle du timbre, — c'est-à-dire l'objet qui surmonte l'armoirie : — couronne, casque ou mortier.

Toute armoirie timbrée appartient à un noble.

Tout blason non timbré est à un bourgeois.

La libéralité des commissaires chargés de la

vérification et de la délivrance des armoiries fut si

grande, qu'on en donna même aux gens qui n'en

demandaient pas.

Aussi eût-il fallu à d'Hozier une mémoire plus que prodigieuse, pour se souvenir des armes de chacun, ainsi que le faisait son père, au dire de Tallemand des Réaux, qui prétend que lorsque Louis XIV voyait le carrosse de quelque nouveau venu à la cour entrer à Versailles, il appelait d'Hozier et lui demandait :

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— Connais-tu ces armes-là ?

— Non, Sire, répondait parfois le juge d'armes.

— Mauvais signe pour sa noblesse, disait le roi.

Nous venons de dire que VÂrmorial général contenait même les armoiries de ceux qui les avaient reçues d'office, mais, par contre, d'Hozier ne manqua pas de punir à sa façon ceux qui avaient négligé de se conformer à l'édit.

Un gentilhomme du Languedoc, Guillaume de Mieulet, n'ayant pas fait, dans le temps prescrit^ 1

la production exigée, d'Hozier lui donna pour armoiries : d*or^ à deux chats appointés de sable^ par allusion h son nom de Mieulet.

Cette attribution arbitraire d'armoiries, faite sans l'agrément des parties intéressées, est la principale cause de la différence qu'on rencontre parfois entre les armes portées par les divers mcm- \u

bres des familles nobles, et qui sont celles de leurs ancêtres, et les blasons qui figurent dans la partie supplémentaire de VArmorial générai

m L'ART HÉRALDIQUE.

Ce fut ce qui arriva à Tune des meilleures familles du Dauphiné, celle de Rous de la Mazelière, descendante de l'illustre maison des Rossi de Parme, qui se vit gratifiée, en 1696, d'armes nouvelles. Elle eut le soin de les laisser de côté et le bon goût de s'en tenir à celles que le temps avait rendues plusieurs fois séculaires.

Les armoiries tiennent une grande place dans l'histoire de la noblesse provinciale ; religieusement conservées par leurs possesseurs, si elles ne servaient pas à décorer les panneaux des carrosses de gala qui venaient avec fracas se ranger dans les cours de Versailles, elles donnaient aux demeures seigneuriales, dont elles ornaient l'entrée et les principales pièces, un caractère tout spécial.

Elles surmontaient le siège sur lequel s'asseyait le châtelain , lorsqu'il exerçait son droit de haute et basse justice, une justice dont on contesta la forme, justice toute paternelle cependant, et qui avait au moins le mérite d'être expéditive.

Mais c'était un droit féodal, et par cela même il ne pouvait qu'être arbitraire, injuste et ridicule.

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