‹ Les mystères du blason, de la noblesse et de la féodalité: curiosités, bizarreries et singularitésChapitre 12 sur 28 · LES RÉBUS 1)1 BLASON · texte numérisé non relu

LES RÉBUS 1)1 BLASON

comme le fameux droit du seigneur que beaucoup d'excellentes gens ne connaissent que par ouï-dire ou par la tradition rapportée par les pièces deTOpéra-Comique.

La ressemblance de certaines armoiries a parfois donné naissance à de longs débats entre les familles, et Etienne Pasquier raconte plaisamment le fait de deux gentilshommes plaidant pour, la possession d'un blason distinctif; chacun d'eux portait trois têtes de bœuf sur son écu, et donnait d'excellentes raisons pour les conserver.

Le juge les accorda, en décidant que l'un porterait trois teles de bœuf et l'autre trois letes de vache.

Ils gardèrent l'un et l'autre leur écu et s'en retournèrent contents.

Si les armoiries sont quelquefois parlantes, les supports qui les accompagnent le sont également. — La famille des Ursins fait supporter ses armes par deux ours, par allusion à leur nom ; mais plus généralement ils sont de pure fantaisie quand ils n'ont pas une raison d'être, comme le zouave et riiighlander qui soutiennent l'écu du duc de Malakoff, et qui symbolisent l'alliance franco-anglaise pendant la guerre de Grimée.

Les nouveaux anoblis surmontent leurs armoiries d'un casque, la visière close et abattue, pour montrer qu'ils n'ont rien à voir sur les actions d'autrui ni rien à commander, et doivent obéir avec silence, ayant la bouche close aussi bien que les veux.

L'ancienne noblesse allemande se servait des casques pour distinguer les fiefs, et afin d'indiquer le nombre de voix auquel le gentilhomme avait droit dans les cercles où il avait l'entrée; ainsi, la maison de Brunswick- Wolfenbuttel en portait jusqu'à cinq.

Les cimiers qui surmontent les casques ne sont pas d'un usage bien général en France ; en Allemagne et en Angleterre, ils figurent au-dessus de presque toutes les armoiries.

Le duc de Bretagne et d'autres princes souverains portaient des cornes pour cimier, la corne ayant toujours été regardée comme un signe tîe puissance.

Le lézard n'est pas commun en armoiries, c(v pendant on le trouve assez fréquemment employc» comme cimier dans les armoiries irlandaises.

Suivant de vieilles légendes, Colgan, roi de Momonie, vint au monde tenant un lézard dans In main ; la postérité adopta le symbole du lézard avec la devise : Meum est regnare; et plusieurs grandes familles d'Irlande tinrent n lionneur de

porter un lézard sur leur écu ou dans leur cimier.

La devise joue un grand rôle dans Vnvi héraldique ; — elles étaient en grand honneur à la cour de Charles VIF, grand amateur de calembours et de rébus ; et à cette époque il n'était guère d'armoirie qui ne fût accompagnée d'une devise exprimant une maxime, une sentence ou une allusion.

Quelques grandes maisons de France prirent des devises italiennes lors de la conquête du royaume de Naples par Charles VIII.

Les familles illustres de l'Angleterre en adoptèrent volontiers de françaises; il était jadis d'usage chez nos voisins d'outre-mer, lorsqu'un chef de famille mourait, que les volets de ses fenêtres restassent fermés pendant une année, et au-dessus de la porte de la maison on exposait ses armes et une devise composée pour la circonstance, aux lieu et placé de sa devise ordinaire.

Cette précaution était bonne, car, bien qu'un auteur italien ait avancé que les devises étaient le langage des héros et les ait considérées comme

étant la philosophie des gentilshommes, il en est certaines qui, loin d'offrir un enseignement utile, une pensée généreuse et profonde, ne sont que l'expression d'une vanité démesurée, un jeu de mots puéril ou une plaisanterie d'un goût douteux.

Nous allons mettre sous les yeux du lecteur quelques-unes de celles qui se distinguent par le sentiment chevaleresque qui les dicte, par leur allure prétentieuse, ou enfin par leur originalité.

Commençons par celles qui paraissent n'avoir été composées que pour rappeler de près ou de loin le nom de leur possesseur.

La devise de la famille d'Arces est celle-ci : Le tronc est vert et les feuilles sont arces, — Celle des Grenu : Dieu I tu me vois grenu. — Je suis bonne trempe, appartient à la famille d'Assier. — Maille à maille se fait lauherjon^ famille Au-

berjon de Murinais. — Bataille, bataille pour

Dieu. — Famille Bataille de Bellassye, bonne et

belle assez, — De Beaujeu, à tout venant beau

jeu, — Du Blé, en tout temps du blé. — Blanc,

en tout candeur. — Bonfils de la Peyrouse, tu es

un bon fils. — De Bousies, Bousies au bon fih. — De Bout, de bout en bout. — De Bu tel, la vertu mon but est. — Du Champ, tout bien du champ.

-^ Chancel de la Grange, Chancel ne chancelle mie. — Le Chat de Kersaint, mauvais chat^ mauvais rat. — De Coursant, cours sans cesse, — De Dèsimieu, il n'est nul qui dise mieux. — De ï^lotte de Saint-Martin, tout flotte. — Gay, en tout temps gay. — De Granson, à petite cloche grand son. — De l'Enfernat, qui fait bien l'enfer n'a. — De Loras, un jour V auras. — De Mesinay, de rien je ne m^esmaye. — De Mont- Jouet, Dieu seul mon joug est. — De Portier, de tons châteaux portier. — De Serpillon, cerf^ pie^ lion. — De Rozen, malgré la tour les roses fleuriront. — De Taffin, pense à ta fin. — De Thiennes, tienne quoi qu'advienne. — Toiistain de Richeboùrg, tou^ pleins de sang. — De Favyn Mypont, my pont difficile à passer.

Il y a des devises qui n'indiquent pas précisément rhumililé, d'autres dont l'allure est des plus chevaleresques.

Tout le monde connaît celle des Coucy : l\e suis roi ni prime amsy^je suis le sire de Coucy; celle des Rohan, la même avec une variante : Roi je ne peux^ duc je ne veuxj Rohan je suis ! cl celle des Rochechouart : Avant que la mer pU au monde^ les Rochechouart portaient des ondes ! de Bayard : Sans peur et sans reproche.

Les Blonay ont pour devise : pur comme For y prompt comme V éclair ; de Boissat, ny regret du passé ny peur de l'avenir; d'Andrée de Renouad, je croîs pour être utile ; Arthuys, franc au roi suis; d'Aubuisson, Phonneur est mon seul guide; de Benevans, jamais arrière; Bréhan, foi de Bréhan^ mieux vaut qu'argent; de Chateaubriand, mon sang teint les bannières de France ; Ghevillard, je rapporte fidèlement ce que je trouve; de Créquy, nul ne s y frotte; de Foix, touches-y si tu t'oses; de Goulaine, à celui-ci^ à celui-là^ je donne la couronne; de Hamel Bellenglise, qui s'y frotte s'y pique ; Henry de la Motte, toujours en ris, jamais en pleurs; Houx de Vioménil, toujours fidèle à l'honneur; de la Baume

Montrevel, l'honneur guide mes pas; de Lafont, je résonne jusque dans les deux; de Liancourt, Liancourt invincible; de Loftus, prends-moi tel que je suis; de Luxembourg, j'y entrerai si le soleil y entre ; Alexandre d'Hanaches, partout et toujours fidèle à Dieu et au roi; de Lyobard, pensez-y^ belles ^ fiez-vous-y; Machéco de Prémeaux, /ai bon bec et bon ongle; O'Kouke de Gousen, prou de pia^ peu de pairs^ point de plus ; Langlois de Septenville, à lui seul de fixer le soleil ; de Vaiiçay, la vertu en nous a Vâge devancé ; de Vaudray, j'^ai valu^ vaux et vaudrai. Après Tassassinat de son mari, en 1407, Valent! de Visconti, duchesse d'Orléans, se condamna à un veuvage perpétuel et adopta la devise : rien

ne m'est plus^ plus ne m'est rien.

Il y a encore des devises qui ne se composent que de lettres initiales ; ainsi celle de la maison d'Autriche, AE 10 0^ ce qui signifie: Auslrix est imper are orbi universo.

Certaines devises ont un sens caché qui les rend inintelligibles. Les Bassabat de Pourdiac ont pour

devise : il m'est fidèle ; Borel d'Hauterive, jusques où? Boyer, s'il vient à points m'en souviendra ; deBrimeu, quand sera-ce? Goligny, je les éprouve tom; Gzartoryski, le jour viendrai

Voici des devises qui sont une déclaration nette de principes :

Acland , famille anglaise, a pour devise : inébranlable; d'Ambly, pour la gloire; Borel de Mauregnol, vaincre ou mourir; de Mautry, loyal et gay ; Briant de Laubrière, sans détour; de Cassard, sans venin; Chatterton, loyal à mort ; de Glugny, généreux et fidèle; de Coetlosquet, franc et loyal; du Cusack, en Dieu est mon espoir ; Dessey du Leiris, preux et courtois ; Dorcières, franc comme l'or ; Gay, en tout temps gay ; de la Forêt de Goarven, point gesnant, point gesné; de la Forey, loyal ou mort ; de la Mothe, tout ou rien ; de Raigecourt, inconciessible ; de Ruolz, toujours prêt.

D'autres expriment une sentence ou donnent un conseil.

De Behague, bon guet chasse maie avanlure; do Bongars, bon sang ne faille ; Boscawen , pa-

timce passe science ; Boy wer, contentement passe richesse; Gardevac d'Avrincourt , mieux vaut mourir que ternir; de Chabeu, tant vaiU P homme tant vaut la terre; de Ghivallet, liberté aiguillonne ; Cœuv^ à cœur vaillant j rieud'imiossible; de Gléon , assez prie qui se complainte; d'HauteforI, force ne peut vaincre peine ; de Kératry, gens de bien passent partout ; de Langlade, faisons bien^ laissons dire; Bentinck, craignez honte; Bengy de Piiy- Vallée, bien faire^ et laisser dire ; Blanc, tout vient à point ; de Carné, plutôt rompre que plier; de Grillon, fais ton devoir^ la comtesse du Barry, boutez en avant; de Masserie, celui a le cœur dolent qui doit mourir et ne sait quand; de Médina, le roi l^emporte sur le sang.

Citons pour terminer , les Beaumanoir, qui, après le combat des Trente, prirent pour devise ces mots, adressés à l'un des leurs qui se plaignait de la soif : Bois ton sang ^ Beaumanoir.

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