CHAPITRE IV
Les exploits des gentilshommes, les actions éclatantes des guerriers, les actes de courage des chevaliers, ont fourni la matière de bien des volumes et enrichi toutes les histoires de la vieille France de récits pompeux et de brillantes narrations; mais la plupart des historiens ou des biographes, qui se sont donné la tâche de transmettre à la postérité les noms fameux qui ont illustré le corps magnanime de la noblesse française, si prodigue de son sang.
et si juslemenl célèbre par son dévouement et sa fidélité au souverain, ont laissé trop souvent dans Tombre la plus brillanlc partie de cette noblesse, celle qui sait si bien allier la beauté, la grâce et l'esprit aux grandes qualités du cœur, au désintéressement et à rhéroïsme.
Nous voulons parler de la partie féminine.
En effet, les généalogistes, les historiographes et les hérauts d'armes ont consigné avec soin, dans les nobiliaires et lesarmoriaux, les moindres ramifications des plus minces branches masculines des arbres généalogiques, et c'est tout au plus s'ils ont indiqué les dates de naissance et de mariage des belles et saintes châtelaines, des nobles damoi- |l|
selles, des fières gentilsfemmes dont la France
s'est enorgueillie avec tant de raison, et dont elles
furent le plus beau, le plus riche et le plus splen- li^
dide ornement. !i1
A part quelques célèbres individualités, qui durent leur renommée à la position exceptionnelle qu'elles occupaient auprès des rois ; à part les noms des dames nobles donl.le monde connaît les royales
amours et les bruyantes passions, on ignore en quelque sorte jusqu'à l'existence de celles qui ont soulevé jadis d'unanimes concerts d'admiration, qui ont partagé la gloire des chevaliers comme elles ont partagé leurs périls, qui ont été Tobjet et la cause des combats, des tournois et des fêtes les plus magnifiques, qui ont été aimées et honorées par les gentilshommes les plus nobles, et enfin qui ont aidé au triomphe de la courtoisie et de la civilisation »ur la rudesse et la barbarie, donné leur amour en récompense de la valeur et du courage, et consacré leurs jours au service de la foi.
Oh ! chaque feuillet de l'histoire doit contenir le récit de quelque belle œuvre de dame noble : piété, dévouement, abnégation, encouragement, charité ou consolation, elle a tout pratiqué et tout enseigné.
La féodalité assigna à la femme un noble rang.
Son ascendant ne fut jamais méconnu, et les grossiers hommes d'armes, bardés de fer et hérissés de sauvagerie, ne furent toujours que les esclaves obéissants de la dame de leur pensée.
A ce temps de la chevalerie, les daines nobles étaient si haut placées dans l'esprit des vaillants champions de leur beauté et de leurs yertus, qu'une charte de Bigorre, datée de 1097, concédait à la femme le plus beau droit qu'elle pût envier, celui de sauver quiconque s'approchait d'elle; puisque le criminel qui, selon cette charte, se réfugiait auprès d'une dame, était aussi en sûreté pour sa personne que s'il fût entré dans une église ou un monastère.
Au moyen âge, l'amour était une sorte de vassalité dont la femme était la suzeraine.
Un amour pur, chaste, comme devait l'être la passion de gens qui faisaient vœu de s'enchaîner pour la vie dans les mêmes liens et qui s'estimaient heureux de posséder, non les faveurs de leurs belles, mais une simple écharpe brodée par leurs mains.
C'était probablement de cet amour*là qu'étaient animés les cent chevaliers qui, au treizième siècle, se tonsurèrent pour la comtesse de Rodez, et le troubadour Geoffroi Budel qui, sur la seule re*
nommée de la beauté de la comtesse de Tripoli, s'embarqua tout exprès pour aller lui témoigner le sentiment qu'elle lui inspirait et mourut en sa présence, suffoqué par la joie et le ravissement. Tout chevalier devait avoir sa damey dont le souvenir redoublait son courage et à qui il rapportait le prix de ses triomphes.
Certes, le respect et Tamour des dames étaient profondément enracinés dans le cœur des preux du moyen âge, et les dames nobles tinrent souvent entre leurs mains les destinées des plus hauts barons et des plus puissants seigneurs de la France, car, sur le signe de Tune d'elles, vingt chevaliers se levaient et se disputaient l'honneur de soutenir l'éclat de son nom, de sa réputation ou de sa beauté.
Le rang qu'elles occupaient dans la société féodale était un hommage rendu à leur suprématie et à leurs charmes.
Reines des fêtes, des tournois, des carrousels, leur puissance est absolue et leur autorité toujours respectée.
A la seule vue d'une coiffe de dame, abaissée par un juge de camp devant un chevalier assailli contre les règles par plusieurs combattants, ceuxci s'arrêtent, immobiles, et les bras armés retombent sans frapper.
Les femmes ont été de tous temps l'objet d'une déférence naturelle, et cependant, le droit qu'elles ont de porter un titre de noblesse et des armoiries leur a été dénié par des écrivains et des juges d'armes; et, à l'heure où nous sommes, princesses ou duchesses, marquises ou comtesses, baronnes ou gentilsfemmes savent à peine placer leur écu et timbrer leurs armes.
Nous allons d'abord établir leur droit à la noblesse et aux armoiries, et examiner les curieux débats survenus à la suite des diverses opinions qui l'ont attaqué ou défendu.
Lorsqu'un homme noble épousait la fille d'un
serf, il ne Fanoblissait pas et elle n'en était pas
moins serve, quoique épouse d'un gentilhomme,
parce que ce gentilhomme ne pouvait l'affranchir
sans le consentement de son seigneur suzerain.
Tel est Tavis exprimé par Loisel dans ses Inslilûtes coutumières,
André Ducliesne, dans son Histoire de la maison de Châtillon^ prétend, avec Thomas Smitt, d'Angleterre, que la femme porte, en se mariant, son nom et ses titres dans la superintendance du mari, et que, dès lors, prenant son nom et scellant de ses armes, ses qualités personnelles se trouvent annihilées.
C'est l'opinion du jurisconsulte, qui a dit brutalement : la femme est le commencement et la fin de la famille.
Cependant un plaidoyer du 29 décembre 1383 établit que : « les femmes n'ont armes, ors qu'elles portent l'écu mi-parti de leurs maris et de leurs pores, pour signe de quelle maison elles sont issues et en quelles elles sont. »
Le droit d'accoler son écu à celui de son mari est donc le droit de la femme noble.* De même, un privilège étant dontié par un souverain à un gentilhomme et à ses descendants^ ce privilège s'étend a ses filles tnariéeis ou non mariées, quand
le privilège n'a pas eu soin de dire ses descendants mâles.
Un enfant peut écarteler ses armes de celles de sa mère, quoiqu'il n'en puisse porter le nom.
Jacques le Boucq, héraut d'armes, lieutenant de messire Antoine de Baulincourt, chevalier, seigneur de Belleville, souverain roi d'armes de la Toison d'Or, donne également un avis favorable au droit qu'ont les femmes nobles de porter des armoiries.
Nous avons dit que les dames nobles mariées portaient un double écu : le leur et celui de leur mari.
On voit dans les siècles passés plusieurs exemples de blasons partis, c'est-à-dire contenant en même temps les armes du mari et celles de la femme ; mais cette façon de les mélanger défigurait les unes et les antres.
A partir de la fin du seizième siècle, on détacha complètement les armes, de manière à former deux écUsson^i
Lefe dames veuves les portent de la même façon
en conservant celles de leurs maris défunts, jusqu'à ce qu'un nouveau mariage leur en donne de nouvelles.
Et enfin les demoiselles laissent à côté de leurs armes un écu blanc, qui est réservé aux armes de leurs futurs époux.
Un autre signe distinclif de la position de fille, femme ou veuve, est la cordelière; nous en reparlerons tout à l'heure.
Les écus sur lesquels sont représentées les armoiries des femmes nobles sont en forme de losange.
Celte forme a été cHoisie, selon les uns, parce qu'elle est celle de la feuille du laurier {Quasi laurangia)^ selon un autre, parce qu'elle ressemble à celle du fuseau, qui doit être le bouclier dont l'honnête femme doit se servir pour se défendre contre l'oisiveté.
Celle élymologie est trop raisonnable pour que nous nous permettions de la discuter, et le même auteur ajoutant que le fuseau est l'épée de la femme, mérite, certes, toute notre approbation.
Depuis un grand nombre d'années, les losanges
des femmes nobles ont dégénéré soit en ovales^ à la manière des Italiens, soit en écvs semblables à ceux des hommes, malgré ce qu'en dit formellement Jacques le Boucq à ce sujet :
«Elles ne les peuvenl, ne doivent porter en écus fors en losange, si elles ne sont reines; car adoncques peuvent et doivent porter leurs armes en écu, et ce fait la couronne, qui leur donne cette prérogative. »
Une exception cependant doit être faite à cette règle; c'est celle résultant du cas où la femme noble a pris les armes ou le commandement d'une armée, auquel cas elle a le droit de porter l'écu,. devant être considérée comme ayant montré le courage et la valeur d'un homme de guerre; ainsi la comtesse de Montfort, qui se batlit vaillamment contre Charles de Blois, dont le dessein était de s'emparer du duché de Bretagne, et lit voir « qu'ei\
son cœur de femme battait un coeur de lion; » ainsi Jeanne d'Arc qui, anoblie par le roi Charles VII, portail sur écu ordinaire : (Tazur^ à Vépée (T argent^ la pointe haùtCy emmanchée de gueules^ étoffée
â!or^ passant parmi une couronne en chef^ et flanquée de deux fleurs de lis d^or^ une à dextre^ P autre à senestre.
La losange est donc la forme exacte de l'écu des femmes nobles; passons maintenant à la cordelière qui l'entoure en diverses circonstances.
La reine Anne, veuve du roi de France Charles Vlir, ayant pris les habits de deuil à la mort do son époux, employa comme ceinture une cordelière de soie blanche, et entoura ses armes d'une semblable cordelière, nouée en quatre endroits et enlacée de quatre lacs d'amour, afin de témoigner publiquement par cette marque, l'amour profond qu'elle avait porté à son mari.
Bientôt, dans le but de rendre ce témoignage plus durable, elle fonda un ordre de chevalerie dont les statuts portent la date de 1498, et qui, sous le nom d^ ordre de la Cor délier e^ fut destiné fi récompenser les dames de haute noblesse qui formaient sa cour et qui se distinguaient par leur chasteté et leurs vertus.
Cet ordre fut, dès sa création, fort envié par les
dames, mais peu à peu ce zèle se refroidit, et un beau jour Tordre disparut, à l'exception des cordelières, qui continuèrent à entourer les écus.
Les veuves seules doivent employer la cordelière, qui disparait lorsqu'elles contractent un nouveau mariage. — C'est par abus que les femmes en puissance de mari se servent de cet ornement, malgré l'opinion de certains héraldistes, qui prétendent que la cordelière peut être indifféremment portée par les unes ou les autres, observant seulement de les fermer ou de les ouvrir pour marquer que les dames sont Hées par le mariage ou déliées par le veuvage.
Les femmes mariées ne doivent entourer leur
écu que de deux palmes, symbole de l'amour conjugal.
Les abbesses surmon lent leur écu d'une crosse et l'enlourent d'un chapelet.
Les prieurs portent le balon bourdonné des pèlerins, derrière l'écu.
Les couronnes qui servent à marquer les titres des gentilshommes ne sont jamais portées par eux.
si ce n'est en peinture au-dessus de leurs armoiries; certes, la couronne ducale ou comtale surla tête d'un gentilhomme, habillé selon la mode du dix-neuvième siècle, serait quelque chose d'assez plaisant; mais jamais en France, même en remontant aux temps reculés, on ne rencontre la couronne faisant partie du costume.
Ce fut par suite de cette remarque que Tempereur Napoléon P" substitua aux couronnes les toques empanachées qui pouvaient au besoin servir de coiffure.
Quant aux dames nobles, il élait de règle, au moyen âge (et plus tard la mode fit tour à lour revivre et disparaître cet usage), qu'elles portassent au sommet de leur chevelure laf couronne d'or, perlée^ hachée^ ou le tortil.
Outre ces marques de noblesse, plusieurs ordres de chevalerie furent créés spécialement pour les dames nobles ; et quelques autres, destinés à récompenser le courage, la bravoure et les vertus, admirent des chevalières.
En France les ordres féminins, furent peu nom-
breux ; à part le collier céleste du saint llosaire^
institué en 1645 par la reine Anne d'Autriche, et
qui avait pour but d'honorer par un signe dis-
tinctif les cinquante demoiselles de la cour les plus
pieuses et les plus nobles , il n'exista guère que celui
de la Cordelière^ dont nous avons déjà parlé, qui
fût entièrement composé de dames.
Les nations étrangères en comptèrent davantage.
En Autriche, les Dames esclaves de la vertu et
celui des Dames réunies pour adorer la CroiXj plus connu sous le nom d'ordre de la noble Croix ^
se distinguèrent brillamment.
Ce fut l'impératrice Éléonore de Gonzaga qui
fut la fondatrice de ces deux institutions; celui de
la noble Croia? doit son origine à une circonstance
toute particulière, et qui mérite d'être signalée.
Au milieu de l'hiver de 1668, toute la cour étiiit
réunie au palais impérial de Vienne, le froid était
intense, et depuis le commencement de janvier,
la neige et la gelée n'avaient cessé. Pendant les
derniers jours du mois, un vent terrible souffla
avec une violence inaccoutumée. — Or, un jour
que r impératrice, retirée dans son appartement, se délassait en devisant avec ses dames d'honneur des fatigues du pouvoir, des cris sinistres se firent entendre, des bruits confus s'élevèrent, une asfitation extraordinaire avait succédé au silence; déjà l'impératrice donnait des ordres pour s'informer de la cause du tumulte qui allait toujours croissant, lorsque son regard s'arrêta sur les flammes qui entouraient l'aile du château dans laquelle elle se trouvait. Saisie d'effroi, elle n'eut que le temps de se réfugier, suivie de ses dames, dans un bâtiment voisin. Une heure plus tard, le feu dévorait les riches tentures et les meubles précieux, en ne laissant debout que les murailles.
Parmi les objets de valeur dont l'impératrice déplorait la perte, il était une petite boîte en bois ornée de cristal et d'émail qui renfermait un morceau de la vraie croix.
Or, le 6 février, c'est-à-dire quatre jours après l'incendie, les gens qui enlevaient les décombres amoncelés dans les cours, retrouvèrent au milieu de la cendre le morceau de la vraie croix parfai-
tement conservé, bien que la boîte qui le renfermait eût été entièrement consumée.
L'impératrice fut tellement frappée de ce prodige, que, sans plus tarder, elle décida, afin de perpétuer le souvenir de cet événement, qu'un ordre de chevalerie serait formé sous le nom de la noble CroiiT, et que seules, les dames qui apparte naient à la noblesse et qui se distingueraient par leurs bonnes œuvres, leur vertu et leur charité, seraient admises à en faire partie.
On compte :
En Espagne, Tordre royal de la reine Marie- Louise^ créé en faveur des dames nobles qui se .distinguent par leurs services, leurs preuves d'attachement à la famille royale et leurs vertus ; Tordre des Dames de la Hache ^ destiné à récompenser les dames de Tortose qui avaient sauvé la ville en s'unissant aux troupes qui la défendaient; celui des Dames de VÉcharpe^ résultant d'une cause semblable; en Bavière, Tordre à^ Elisabeth; en Suède, ceux à^Amaranthe, de Louise- Vlrique^ de Marie-Éléonore ; en Portugal, Tordre
de Sainte-Isabelle; tous destinés à récompenser Jes nobles dames qui joignirent aux grâces de leur sexe les mâles vertus du nôtre.
Dans certains ordres, exclusivement réservés aux hommes, on a admis cependant, et par ex:ceptionj des dames qui s'étaient signalées par des actes hors ligne, mais ces exceptions sont excessivement rares .
L'ordre de Malte compta aussi quelques dames parmi ses membres dans trois cantons de la France.
L'ordre de Saint-Jacques de VÉpée^ en Espagne et en Portugal, admit dans son sein des religieuses chevalières.
L'ordre du Camail^ créé en France, en 'i393v par Louis de France, duc d'Orléans, comte de Valois, en réjouissance de la solennité du baptême de son fils aîné, Charles d'Orléans, fut accordé aux deux sexes par le roi Louis XII.
Madame de Genlis demanda la croix de la Légion d'honneur pour les femmes et composa un mémoire à ce sujet, mais sa demande fut énergi- ^ quement refusée.
On sait qu'à Schœnburn fut signé par Napoléon, le 15 décembre 1805, le décret qui établissait des maisons d'éducation pour les tilles des membres de la Légion d'honneur.
Mais en France, la croix en principe ne se donne pas aux femmes, et c'est par exception que le souverain en a décoré quelques-unes, encore sont-elles simplement décorées de la Légion d'honneur; mais elles ne font partie de l'effectif et ne figurent pas aux matricules.
Depuis le second Empire, furent décorées :
sœur Rosalie Rendu, sœur Hélène Dussoullier, madame Abicot de Ragis, sœur Rarbe Chagny, madame Massin, mademoiselle Rosa Ronheur.
Plusieurs femmes ont élé également décorées de la médaille militaire, ce sont : mesdames Rossini, Trimoreau, Gros, Malher etRourget; toutes cinq furent vivandières, et c'est à ce titre qu'elles durent d être médaillées.
iU LES DAMES NOBLES DE FRANCE. ^
Les gentilshommes ne s'armèrent pas seuls pour aller conquérir les lieux saints. On vit une certaine quantité de dames de haut rang abandonner les doux loisirs de la vie de châtelaine, et accompagner leurs maris dans la sainte guerre qui les appelait en Orient.
Voici, d'après la Noblesse de France aux croisadeSj la nomenclature de celles qui ne craignirent pas d'affronter les innombrables dangers d'une expédition guerrière, et qui tinrent à honneur de combattre vaillamment pour le soutien de la croix.
Marie de Jérusalem, impératrice de Const^ntinople, par suite de son mariage avec Beaudouin II de Courtenay.
Adélaïde, comtesse de Sicile, reine de Jérusa-
LES DâMES nobles ÂLX CROISADES. 195
lem, par suite de son mariage avec Beaudouin d'Édesse. Cette union fut contractée du vivant de la première femme de Beaudouin, qui devint bigame.
Mélissendre, régente du royaume de Jérusalem, épouse de Foulques V, duc d'Anjou, et fille de Beaudouin du Bourg.
Gundeschilde, reine de Jérusalem par suite de son mariage avec Beaudouin d'Édesse.
Isabelle, de France, reine de Navarre.
Éléonore deGuienne, reine de France par suite de son mariage avec Louis le Jeune. Elle était fille de Guillaume IX, duc d'Aquitaine.
Alix de Champagne, reine de Chypre par suite de son mariage avec Hugues de Lusignan. Elle était fille de Henri le Jeune, comte de Champagne, et dlsabelle de Jérusalem.
Marguerite de Provence, reine de France par suite de suite de son mariage avec Louis IX.
Isabelle, princesse de Navarre, fille de Louis IX.
Érine, princesse d'Antioche.
Talquery, princesse de Bretagne.
Esmengarde d'Anjou, duchesse de Bouillon.
Blanche de Navarre, duchesse de Bretagne, par suite de son mariage avec Jean Roux.
Béatrix d'Angleterre, duchesse de Bretagne, par suite de son mariage avec Jean II.
Béatrix de Provence, duchesse d'Anjou.
Sybille, marquise de Montferrat.
Jeanne de Toulouse, comtesse de Poitiers.
Maurille, comtesse de Rancy.
Comtesse d'Artois.
Amicie de Courtenay, comtesse d'Artois.
Comtesse de Blois.
Comtesse de Joppé.
Elvire, comtesse de Toulouse.
Ide de Louvain, comtesse de Hainaut.
Hodierne de Jérusalem, comtesse de Tripoli.
Yolande de Châtillon, dame d'Archambaud de Bourbon.
Eschève de Montbelliard, épouse du sire de Baruth, sénéchal du royaume de Chypre.
Marthe de Rimel, châtelaine de Sidon.
Alix, dame d'Oudenarde.
Marie des Vertus, dame d'honneur de Marguerite de Provence.
Yolande de Brienne.
Isabelle, dame d'Honfroy de Thoron.
Sybille de Flandre.
Constance, veuve Raymond de Poitiers, dame de Renaud de Ghâtillon.
Dame Mahaut de Montreuil.
Pasque ïe Rivry.
On le voit, reines, duchesses et comtesses fournirent leur contingent aux croisades, et plusieurs d'entre celles que nous venons de citer s'illustrèrent d'une façon glorieuse.
Quant aux dames nobles qui restèrent en leur manoir, tandis que leurs maris guerroyaient, outre les périls qu'elles couraient en restant seules sans défense, les tourments de l'absence les assaillirent, ci plus d'une fut à jamais privée de revoir l'époux qu'elle chérissait.
Sybille, épouse de Geoffroi de Chateaubriand avait vu partir celui-ci pour la croisade, et quoiqu'elle en fût tendrement aimée, jamais ihne
voulut consentir à ce qu'elle le suivît au pays d'outre-mer.
Prières, supplications, tout fut inutile, Sybille dut se résoudre à une séparation dont nul ne connaissait le terme, et Geoffroi partit, faisant taire la voix de l'amour au commandement de celle du devoir, qui lui ordonnait de grossir l'armée des croisés.
C'était un noble chevalier que Geoflfi'oi de Chateaubriand! Il se battit comme un lion, et le roi saint Louis, pour le récompenser de son grand courage, lui permit de porter pour armoiries : de gueules^ semé de fleurs de lis d^or^ en remplacement de ses armes, qui étaient : de gueules^ semé de pommes de fin sans nombrej et lui donna cette devise : Mon sang teint les bannières de France.
Or, tandis qu'il se couvrait ainsi de gloire, la triste Sybille comptait les jours et les mois qui s'écoulaient sans qu'elle reçût de nouvelles de son époux bien-aimé.
Plus de doux lais d'amour chantés ensemble,
le soir, à l'heure où la lune argentail le sommet des hautes tours du château fort !
Plus de vêtements de fête, plus de belles pmmenades sur les blanches haquenées, le long des grèves battues par les vagues bleues qui semblaient murmurer le nom des deux époux! Plus rien que la solitude et le silence.
La dame de Chateaubriand, confinée dans son oratoire, ne cesse d'adresser des voeux au ciel pour le prompt retour de celui qu'elle aime, et les seules visites qu'elle reçoit sont celles des pèlerins qui s'arrêtent au castel avant de se diriger en Syrie.
Mais voilà qu'un jour un nuage de poussière enveloppe des cavaliers qui paraissent se diriger en toute hâte vers la demeure hospitalière, les bannières sont déployées, et des cris de joie sont poussés par les étranges visiteurs en reconnaissant les vieilles tourelles.
Bientôt le pont-levis s'abaisse, les cors retentissent, et Geoffroi de Chateaubriand se précipite dans les bras de Sybille.
Hélas ! la joie tue comme la douleur. A peine la châtelaine a-t-elle reconnu Thomme à qui elle a donné sa foi, que le saisissement, l'allégresse s'emparent d'elle, et elle tombe morte en prononçant le nom de son époux.
Souvent aussi, trompées par de faux messages, vit-on des dames se croire veuves, et contracter de Nouveaux liens avec des gentilshommes restés en France.
Parmi ces dernières, il faut citer la dame d'Anglure, qui fut bien près de commettre cette action .
Jean d'Anglure, après avoir été fait prisonnier par Saladin et recouvré sa liberté, revenait en France ; déjà il n'était plus qu'à quelques pas de son domaine, lorsqu'il aperçut un mouvement extraordinaire dans le château, qui paraissait être préparé pour une fête, il s'enquit de la cause.
On lui répondit qu'on allait célébrer les fiançailles de la veuve du noble chevalier d'Anglure avec le comte Haimfroy.
En même temps, le chef des archers, préposé à
la garde du castel, lui défendit d'approcher davantage, en le menaçant de le jeter en prison s'il avançait.
En vain Jean d'Anglure disait son nom ; ses vêtements en lambeaux, sa longue barbe et son état misérable, tout concourait à le faire prendre pour un vagabond.
Le pauvre chevalier allait se retirer, le cœur navré, lorsque soudain il se rappela qu'il était possesseur de la moitié d'un anneau d'or dont l'autre moitié avait été donnée par lui à sa femme, lors de son départ pour la Palestine.
A la vue de cette preuve, l'archer alla prévenir la châtelaine, qui fut grandement surprise du retour de son époux, et l'assura que la certitude qu'elle croyait avoir acquise de sa mort l'avait seule déterminée à se remarier, mais que la cérémonie n'étant point faite, elle bénissait le ciel qui l'avait miraculeusement empêchée de devenir coupable sans le savoir.
La fête des fiançailles devint une fête de retour.
Ce fut probablement afin d'égayer un peu leur solitude, et de rompre la monotonie- de leur existence, que les dames nobles s'assemblèrent en cours d'amour et formèrent ces réunions si célèbres dans l'histoire de la chevalerie.
La Provence fut leur berceau, mais elles se répandirent bientôt dans la plupart des autres provinces, et des arrêts fameux furent rendus touchant les graves questions de la galanterie et de l'amour chevaleresque.
Marie de France, femme du comte de Champagne Henri P', tint une des cours d'amour des plus renommées.
Phanette de Ganthelme, Laure de Noves, etc., se distinguèrent également par l'esprit et l'entendement qu'elles apportèrent dans la présidence de ces galants débats.
Les gentilsfemmes qui tenaient cours d'amour^ étaient, d'ailleurs, de charmantes personnes, qui joignaient à l'ascendant de leur beauté celui d'une éducation soignée ; elles s'adonnaient à l'étude des bonnes lettres et des sciences humaines, et riva-
lisaient souvent d'érudition et de talent avec les beaux esprits les plus vantés de l'époque.
Pour toutes celles qui demeuraient étrangères à ces délassements choisis, il ne restait guère que le travail et la prière, les deux principales occupations de leur vie, et celles qui trompaient le mieux la douleur de l'absence.
L'ennui vint souvent s'abattre sur les résidences féodales, et plus d'une fois des larmes brillèrent dans les yeux des tristes dames qui passaient les longues heures des soirées d'hiver, assises seules devant une vaste cheminée et brodant sur quelque léger tissu le chiffre de l'époux guerroyant en Palestine.
Doit-on se montrer bien sévère à l'égard de celles qui, par exception, ont cherché dans l'amour de quelque beau page, des consolations et des joies que plusieurs d'entre elles payèrent de la vie, témoin la belle Margueri te deRoussillon, qui se tua après avoir cédé aux instances de Guillaume de Cabestaing !