DU SACRE ET DU COURONNEMENT DES REINES
C'était à Saint-Denis qu'elles se faisaient habituellement.
L'église était tendue des plus riches tapisseries de la couronne, et le chœur tapissé de velours cramoisi, semé de fleur de lis en broderie d'or.
Vis-à-vis le maître-autel, une estrade était élevée supportant le trône destiné à la reine, avec son prie-Dieu couvert de velours violet, semé de fleurs de lis en broderie d'or, et surmonté d'un dais de même sorte.
Du côté droit de l'autel, était une tribune vitrée pour le roi, et tout à l'entour de l'église, des gradins couverts de velours et destinés aux princes, aux prélats, aux grands officiers de la couronne et à toutes les personnes dont le rang ou la qualité étaient de nature à leur permettre d'assister au sacre.
Tout près de l'autel était dressée une table sur
laquelle était posée la grande couronne, c'est-à-dire
celle qu'on désignait sous le nom de couronne de
Jeanne d'Évreux, femme de Charles IV. Elle était
d'or, enrichie de rubis et de saphir et de grosses
perles d'Orient; la petite couronne de vermeil, faite spécialement à l'occasion du couronnement et que la reine offrait, après l'avoir reçue, au trésor de l'église de Saint-Denis, et enfin le sceptre, la main de justice et l'anneau.
A la droite était une autre table, chargée des offrandes qui devaient être distribuées aux dames pour les présenter.
Ces offrandes consistaient en deux petits barils d'argent doré pleins de vin, d'un pain d'argent, d'un pain d'or, et d'un cierge garni de treize pièces d'or.
Tout cela était posé sur des coussins couverts de tabayolles en damas blanc, frangées d'or.
Et au-devant de cette table était une chaire velours et or pour le prélat officiant.
La reine était vêtue d'un damas d'argent, pardessus lequel elle portait un manteau royal de velours bleu, doublé d'hermine, semé de fleurs de lis sans nombre.
Marie de Médicis, femme d'Henri IV, dérogeant à l'usage, s'habilla d'un corsage de velours vert.
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brodé de fleurs de lis d'or, et d'un surcorps d'hermine garni de pierreries, avec le manteau royal fourré d'hermine.
Les princesses du sang qui accompagnaient la reine n'avaient que trois ou quatre fleurs de lis sur le manteau, et les duchesses et comtesses portaient leur couronne sur la tête.
Arrivée à Saint-Denis la veille du sacre, la reine était conduite à l'église par deux cardinaux, avec toute la pompe et le cortège qu'on peut imaginer. Les cent-suisses, les deux cents gentilshommes de la maison du roi, les tambours, les trompettes et les hérauts ouvraient la marche; puis venaient les chevaliers de l'ordre, les deux huissiers de la chambre, les princes, le grand maître et le grand chambellan qui portait le carreau sur lequel la reine devait se mettre à genoux.
Le dauphin, s'il en existait un, et le premier prince du sang, portaient les pans du manteau, dont la queue était soutenue par trois princesses.
Trois autres princes suivaient, avec la couronne, le sceptre et la main de justice.
La reine s'avançait alors vers le prie-Dieu, et recevait l'onction par les mains du prélat, qui l'oignait sur la tête et sur la poitrine en récitant les prières convenues, puis le grand aumônier de France présentait la grande couronné au cardinal qui la posait sur la tête de la reine, en récitant une
oraison.
Cette couronne, retirée presque aussitôt à cause
de son poids par deux des princes, était remplacée
sur la tête de la reine par la petite couronne * , et
c'était alors que celle-ci recevait l'anneau, le sceptre
et la main de justice.
Puis, elle allait s'asseoir sur le trône en face du maître-autel, tenant en mains les attributs de la
royauté.
Alors une des premières dames d'honneur se
* Lors du sacre d'Anne de Bretagne, fille de François, comle d'Étampes et dernier duc de Bretagne, femme de Charles YHI, le duc d'Orléans lui soutint la couronne sur la télé, parce qu'elle « étoit trop grande et trop pesante. » Au couronnement d'Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX, ce furent les ducs d'Anjou et d'Alençon qui soutinrent la couronne. Au sacre de Marie de Médicis, il en fut de même.
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levait et après plusieurs révcrences présentait le livre de prières et les heures aux princesses, qui les remettaient à la reine.
Ensuite la messe commençait et l'évangile était porté à baiser à la reine.
Après le Credo, trois dames désignées à cet effet recevaient des mains du grand maître des cérémonies leà offrandes qu'elles présentaient à la reine quh, à son tour, les remettait au prélat officiant.
Puis, retouiTiant sur son trône, elle y attendait le moment de l'élévation où, se remettant à genoux devant raulel, elle se préparait à recevoir la sainte communion des mains du cardinal, après toutefois qu'elle avait posé sa couronne sur un carreau placé à côté d'elle.
La cérémonie finissait par le baiser de paix donné, à YAgnus Dei^ par le second prélal.
Après quoi la reine était reconduite de l'église
au palais, dans le même ordre qu'elle en était
sortie, tandis que les hérauts dislribuaient au peuple
des pièces d'or et d'argent frappées à l'occasion du
sacre.
Toutes lès reines de France ne furent pas sacrées, voici la nomenclature exacte de celles qui ont reçu la sainte onction .
Berthe, femme du roi Pépin, sacrée en août 754.
Hermengarde, première femme de Louis le Débonnaire, en 816.
Judith, sa seconde femme, en 819.
Hermentrude, femme de Charles le Chauve, en 866.
Frederune, première femme de Charles le Simple, le 18 avril 907.
Emmine, femme de Raoul, en 923.
Gerberge, femme de Louis d'Oulre-mer, en 942 .
Constance, femme de Robert, en 990.
Éléonore, femme de Louis VII, en 11 37 .
Constance, seconde femme de Louis VII, en 1132.
Adelle, troisième femme de Louis VII, en H 58.
Elisabeth, première femme de Philippe Auguste, le 29 mai 1180.
Blanche, femme de Louis VIII, le 6 août 1223.
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Marguerite, femme de saint Louis, en 1224.
Marie, fraime de Philippe le Hardi , en août 1 374.
Jeanne, femme de Philippe leBel, en août 1285.
Clémence, seconde femme de Louis le Hutin, le 13 août 1315.
Jeanne, femme de Philippe le Long, en 1316.
t Jeanne, femme de Philippe de Valois, en 1328.
Jeanne, seconde femme de Jean I*^, le 26 septembre 1350.
' Jeanne, femme de Charles Y, le 19 mai 1364.
Isabelle, femme de Charles VI, le 12 août 1389.
Anne, femme de Charles VIII, en 1504.
Claude, première femme de François P^
Éléonore, seconde femme de François P'', le 5 mars 1531.
Catherine, femme d'Henri II, en 1549.
Marie, femme de François II, le 24 avril \ 558.
Elisabeth, femme de Charles IX, en 1571.
Marie, seconde femme d'Henri IV, 13 mai 1610.
Ajoutons à cette liste le couronnement et le sacre de Joséphine, première femme de l'empereur Napoléon P*", qui eut lieu le 2 décembre 1804.
Au sacre de Philippe le Long et de sa femme, Mahaut, comtesse d'Artois et de Bourgogne, mère de la reine Jeanne, épouse du nouveau roi, fut présente à la cérémonie et soutint, avec les autres pairs, la couronne royale sur la tôle du monarque en sa qualité de pair de France.
La même comtesse d'Artois siégeait au parlement en raison de ce que le comté d'Artois, qui tombait en quenouille, lui appartenait en propre.
Elle ne fut pas la seule femme qui jouit des prérogatives de la pairie.
Madame d'Aiguillon devint pair de France par la donation que lui fit le roi de son duché-pairie.
Mademoiselle de Montpensier était qualifiée de premier pair de France.
Sous le régime féodal, la femme pouvait devenir pair de France en possédant une pairie.
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