‹ Les mystères du désertChapitre 2 sur 23 · TOME SECOND · texte numérisé non relu

TOME SECOND

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PAKIS

E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR, Palais-Royal, galerie d'Orléans, 13.

Tous droits réservés.

Al^iAllil^

MICRÛRUyiEO ATHAR\MRD

Vue de Mas««tF

NonB pajons notre denziéme tribut. — Rixe. — Chasse à l'antructie. — Aux abords des mers de sable.

Jeudi, vendredi et samedi 24, 25 et Stiaoût 1844 (22, 23 et 24 ckdban 1261) : 11', 12* él 13" étapes.— La première partie de notre onzième étape se passa tranquillement.

Mais, au moment où le 'soleil commençait à se montrer à l'horizon, quelques chouafs donnèrent tout à coup l'alarme.

L'ordre fut transmis aussitôt de se concentrer et de se tenir sur ses gardes.

n élail temps.

Déjà plusieurs Khafir-el-Arianin, à peine vêtus de quelques misérables haillons , se montraient audessus des dunes.

C'étaient, pour la plupart, des hommes grands, bien taillés et d'une attitude fière.

Quelques-uns portaient sur Tépaule de longs fusils damasquinés.

Presque tous avaient à la ceinture une sorte d'arsenal bizarre, et sur leurs tètes les coiffures les plus pittoresques.

Leur nombre augmenta rapidement et bientôt surpassa le nôtre.

Pour imposer quelque crainte, nous nous rangeâmes sur ime seule ligne, avec toutes les lances et les fusils en Tair.

Ceux qui n'avaient ni lances ni fusils agitèrent leurs sabres, afin de faire voir que tout le monde était en état de se défendre.

Les Khafir-el-Arianin, cependant, continuaient d'avancer.

Les chouafs allèrent seuls en avant, jusqu'à moitié chemin.

Une fois arrivés là^ ils s'arrêtèrent.

Les nouveaux venus en firent autamt.

Probablement, ils attendaient qu'on les attaquât pour s'élancer sur nous à leur tour.

Abû-Bekr-el-Doâni jugea alors à propos d'envoyer un parlementaire à l'ennemi, qui, de son côté, imita cette nouvelle tactique et détacha l'un des siens.

Après un colloque de quelques instants, les deux

hommes s'entendirent probablement on ne peut mieux, car chacun d'eux rejoignit sa troupe, et les femmes qui accompagnaient les Khafir-el-Arianin s'avancèrent sans défiance dans les rangs de la caravane.

Elles avaient avec elles du lait, qu elles nous offrirent.

Mais, tout en nous l'offrant, elles ne le cédaient qu'à des prix fabuleux.

Leur rapacité était même si outrée, qu'après avoir livré la marchandise elles exigeaient qu'on la partageât avec elles.

Étrange façon de comprendre le commerce !

Cette fois encore, le réis s'arrangea de manière à nous délivrer de cette engeance.

Il fit une collecte parmi les plus riches d'entre nous; puis, prenant un paquet de tabac en feuilles d'environ trente livres, il l'expédia avec l'argent vers la bande ennemie.

Ce cadeau la satisfit sans doute, car, un moment après, elle rappelait ses femmes et s'enfonçait vers le sud, où elle disparaissait.

Cette journée fut signalée par un autre incident.

Un djemêl de Mareb, oubliant les serments de vivre en frères que nous nous étions faits, se prit de dispute avec un autre djemél de Doân, après le déjeuner, et le frappa si violenunent avec son bâton qu'il lui mitla figure m sang.

Heureusement que cette querelle, toute individuelle, ne gagna point de proche en proche, comme il arrive trop souvent.

Chacun s'empressa, au contraire, de séparer les deux combattants, et on les conduisit au réis.

Celui qui avait frappé, à tort ou à raison, fut condamné à recevoir quinze coups de courbache sur la plante des pieds et à une amende de deux abû-mathïas, dont Tun pour le battu, Tautre pour Abû-Bekrel-Doâni.

Cet incident n'eut pas d'autre suite, et la paix générale n'en fut point troublée.

La douzième étape nous porta à dix-huit lieues d'Olû-Yahseb.

Les environs de notre lieu de campement pullulant d'autruches, quelques-uns d'entre nous, et j'étais du nombre, songèrent à leur donner là chasse après le premier repas.

Dans le désert, il y a trois manières principales de chasser l'autruche :

La chasse à cheval ou à dromadaire, la chasse à l'affût, et la dernière, qui consiste à tuer l'animal quand il vient se désaltérer à une source.

La première est la vraie chasse.

Elle a lieu en tout temps, et est à l'affût ce qu'est, chez nous, le comTe à l'aiTêt ; plaisir de gentilhomme, de roi, disions-nous autrefois, et non métier de roture et de braconnage.

On ne se contente pas de tuer, on force.

Mais comme la course des autruches est plus rapide que celle du meilleur coursier, il faut, pour se livrer à cette chasse, un peu d'industrie.

Celle des Arabes consiste à en suivre un troupeau

^^^^^^^m^mmmmtmm^gm

à vue, sans trop les presser, et surtout à les inquiéter assez pour les empêcher de prendre leur nourriture.

Comme elles ne vont point en ligne droite, mais qu'elles décrivent le plus souvent un cercle plus ou moins étendu, les poursuivants dirigent leur marche sur un cercle concentrique intérieur, moindre par consécjuent.

Après une matinée et quelquefois davantage, lorsqu'ils les ont fatiguées et affamées, ils prennent leur moment, s'assignent chacun une autruche, fondent sur elle au galop et lui assènent sur la tête un coup d'un grand bâton qu'ils ont emporté à cet effet.

La tête de l'autruche est chauve et très-sensible.

Les autres parties de son corps offriraient plus de résistance.

L'animal rudement frappé tombe, et le cavalier s'empresse de descendre de sa monture pour le saigner, ayant soin de tenir la gorge éloignée du corps, afin que le sang ne tache pas les plumes.

La chasse à l'affût a lieu lorsque l'autruche a fait ses œufs, c'est-à-dire vers la mi-novembre.

On se munit cette fois, non pas d'un bâton, mais d'un fusil, et de provisions abondantes de poudre et de balles.

« Arrivés sur les traces de l'autruche, les chasseurs les observent avec soin ; si elles se voient seulement de places en places dénudées d'herbe, elles indiquent que l'autruche est venue au pâturage en cet endroit; mais si les traces se croisent en tous sens, si l'herbe II. 1.

a été foulée aux pieds et non mangée, Tautruche, à coup sûr, fait son nid dans les environs.

« Ce nid affecte une forme circulaire.

« n est établi dans un trou sablonneux.

« L'autruche le construit avec les pieds, en rejetant simplement le sable du centre à la circonférence.

« Les chasseurs aperçoivent de très-loin la poussière que soulève ce travail, et ils approchent avec les plus grandes précautions.

« Quand l'autruche est sur le point de déposer ses œufs , tout le jour on entend des plaintes langoureuses; après avoir pondu, elle ne pousse son cri habituel que vers trois heures de Taprès-midi.

« Celui du mâle est plus fort ; tous deux soufflent comme les oies lorsqu'on les irrite.

« La femelle couve depuis le malin jusqu'à midi , et, pendant ce temps, le mâle va au pâturage; à midi, il rentre, et la femelle va paître à son tour. Quand elle revient, elle se place à quatre ou cinq pas du nid, faisant face au mâle, qui la défend contre ses ennemis. Le chacal, entre autres, se tient souvent en embuscade dans les environs , prêt à jouer quelque mauvais tour. Des chasseurs ont rencontré maintes fois aux approches des nids d'autruche des cadavres de chacals; le mâle seul pouvait les avoir frappés, la femelle est peureuse et nullement à craindre.

« C'est le matin , pendant que la femelle couve , que les chasseurs vont creuser de chaque côté et à

une vingtaine de pas au plus du nid un trou assez profond pour contenir un homme.

« On le recouvre avec ces longues herbes jaunâtres si conununes dans le désert, de manière que le fusil seul paraisse.

« Dans ce trou se loge le meilleur tireur. « A la vue de ce travail, la femelle effrayée court rejoindre le mâle , mais celui-ci la bat et la force de revenir à son nid. Si Ton faisait ces préparatifs pendant que le mâle couve, il irait rejoindre la femelle et aucun des deux ne reviendrait.

« La femelle revenue à son nid , on se garde bien de l'inquiéter; il est de règle de tuer d'abord le mâle ; on attend donc son retour du pâturage. Vers midi il arrive, et le chasseur s'apprête.

« L'autruche , en couvant , étend les ailes de manière à couvrir tous ses œufs ; dans cette position , elle a , repliées sur ses jarrets , les cuisses extrêmement saillantes,

a Cette circonstance est très-favorable au tireur; il ajuste de manière à casser les jambes de l'animal , qui, de cette façon, ne peut lui échapper, mais aurait encore des <;hances de se sauver s'il était blessé partout ailleurs.

• Aussitôt l'autruche abattue, le tireur sort de son trou, court à elle pour la saigner, et ses compagnons, accourus au coup de fusil, aident à la besogne. On recouvre de sable les taches de sang, et Ton cache soigneusement le corps du mort, t Au coucher du soleil, la femelle revient, comme

d'habitude, passer la nuit auprès de son nid ; l'absence du mâle ne Tinquiète pas, elle le croit au pâtu rage et se met à couver.

« Elle est tuée de la même manière que lui^ »

J'ai parlé d'un troisième mode de chasser Tautruche lorsqu'elle va boire.

Les affûteurs font simplement un trou près de Teau, s'y embusquent et tirent sur l'animal qui vient se désaltérer.

Les anciens Arabes avaient recours à im quatrième mode de chasse.

Ils se couvraient d'une peau d'autruche, passant un bras dans lé cou pour mieux imiter les mouvements de cet animal , et l'approchaient avec facilité.

Mais cette chasse a été abandonnée parce que ceux qui s'y livraient sont souvent tombés victimes d'une méprise.

On a aussi employé des chiens et des Qlets.

Les autruches habitent de préférence les lieux les plus solitaires et les plus arides, se tenant par troupes quelquefois très -nombreuses, composées d'autres fois de quelques individus seulement.

Ces troupes, prises de loin pour des escadrons de cavalerie, ont effrayé plus d'une caravane.

Les autruches se nourrissent principalement de matières végétales.

Pour satisfaire leur faim dévorante elles mangent tout ce qu'elles trouvent.

* Général Daumas, les Chevaux du Sahara, 1 vol. grand in-8. Paris, 1851, page 271.

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On en a vu qui avalaient du fer, des os, des lefâas, des scorpions, des lézards , du cuivre , des pièces de monnaie.

Elles sont en même temps très -adroites et enlèveraient une datte de la bouche d'un homme sans le blesser.

Jamais elles n'approchent des lieux habités que pour boire, et elles s'enfuient aussitôt.

Les anciens Arabes les croyaient filles d'un oiseau et d'un chameau.

Aussi avaient-ils surnommé Tautruche meait-cha- Tneau^ et les naturalistes ont ajouté au nom de genre struthio l'épithète camelus,

La ponte d'une seule femelle se monte d'ordinaire à trente ou quarante œufs.

Mais il arrive souvent que plusieurs couples se réunissent pour pondre en commun.

Alors ils forment une grande enceinte, et le couple le plus ancien se tient au centre.

Les autres se placent à Tentour, disposés régulièrement.

Ainsi, s'ils sont huit, ils occupent les huit angles d'un octogone.

La ponte achevée, les œufs sont poussés vers le milieu, mais non mêlés, et lorsque le vétéran des mâles vient couver, tous les autres se placent à l'endroit où leurs œufs ont été pondus.

Même jeu du côté des femelles.

Ces sociétés sont composées d'enfants de la même famille.

Ce sont les petits du couple le plus vieux.

Les jeunes de deux ans , toutefois, ne pondent que douze ou quatorze œufs, et encore sont-ils plus petits.

On en trouve parfois jusqu'à cent cinquante dans le même nid.

Ces réunions de plusieurs couples se remarquent seulement là où Therbe est très-abondante.

Les Arabes ont observé une particularité assez singulière , c'est que les œufs de chaque couple , dans les nids dont je viens de parlçr, sont disposés en tas toujours surmontés par un œuf en évidence.

Cet œuf est le premier pondu, et il est destiné à la nourriture des petits lorsqu'ils écloront.

Les vieux œufs sont très-gros ; ils pèsent jusqu'à cinq et six livres.

Leur couleur est d'un blanc sale tirant sur le jaune.

On les mange avec plaisir.

La manière la plus ordinaire et la meilleure de les accommoder est de les brouiller en les faisant cuire avec beaucoup de beurre.

Us sont assez gros pour qu'un seul suffise au repas d'un homme affamé.

Leur coque est très-dure et peut servir de va^.

On les suspend aux voûtes des mosquées et des marabouts en guise d'ornements.

La durée de l'incubation est d'environ six semaines.

Au sortir de l'œuf, les petits sont tout couverts de plumes , même aux endroits qui doivent être nus dans la suite. ' *

Ils sont d'un gris roussâtre, tachetés de noir, avec

des bandes longitudinales de cette couleur sur la tête et derrière le cou.

Es courent déjà et cherchent leur nouiTiture.

Le temps des amours de l'autruche est le mois d'août.

La femelle, ainsi que celle de la gazelle , se fait beaucoup prier.

Le mule, furieux de passion, la poursuit quelquefois pendant trois ou quatre jours, ne boit pas et pousse sans cesse des gémissements.

Enfin, quand la pudibonde est à bout de résistance, elle se place dans la même position que pour couver, et le mâle s'accouple.

Aussitôt Timion consommée, succède une période

d'amour et de constance qui n'aura son terme qu'a* près l'entière éducation des petits, qui ne sont jamais abandonnés avant ce temps, par le père s'entend, lequel ne redoute pas le danger quel qu'il soit, eût-il affaire au chien j à l'hyène, à l'aigle, à l'homme même. ^

La femelle, au contraire, s'effraye vite et quitte tout dans la peur.

Aussi les ÎBédouins, quand ils veulent parler d*un homme qui défend bien sa tente, le compatent-ils à l'autruche mâle.

L'honmie pusillanime est assimilé à Tautrutîhe femelle.

à^omme toute, les autruches, qiioique habitantes du désert, ne sont pas aussi sauvages qu'bn^l'iniaginerait.

Elles s'apprivoisent facilement, surtout lorsqu'elles sont prises jeunes.

Alors elles jouent avec les enfants et dorment sous la tente.

Dans les déménagements elles suivent le douar, et il est sans exemple qu'une d'elles, ainsi élevée, ait jamais pris la fuite.

On en a même vu qui étaient assez familières pour se laisser monter conune on monte un cheval , et le tyran Firmius , qui régnait en Egypte vers la fin du m' siècle, se faisait porter, dit-on, par de grandes autruches.

La chasse de l'autruche forme en Arabie de nombreux et excellents tireurs.

Ils s'exercent à ne frapper qu'à la tête pour que le sang ne détériore pas les plumes.

L'autruche mâle est noir, et pour cela appelé délim (qui est très-noir).

L'autruche femelle, grise , est appelée rumdd (gris cendré).

Les grandes plumes blanches, recherchées par le commerce, sont placées à l'extrémité des ailes et de la queue.

Les dépouilles du délim, préférées aux autres, achetées quinze francs dans le désert, se vendent jusqu'à quatre-vingts francs dans le Hedjaz et l'Yémen.

Les Arabes tirent encore de l'autruche une graisse précieuse pour la guérison des blessures.

Avec son cuir très-épais, quelques-uns recouvrent

leurs bouclierS) et de sa faee plantaire ils consolident tous leurs chaussures.

Ils en mettent, à ce dernier effet, un morceau sous la pointe, un autre sous le talon, et la semelle devient ainsi d'un très-bon usage.

Enfin, avec ses tendons ils font des lanières pour coudre leurs selles et raccommoder les objets confectionnés en cuir.

A trois heures, nous nous en revenions au campement avec dix autruches assommées, que Ton écorcha aussitôt avec soin et dont, après les avoir fortement saupoudrées de sel à Tintérieur, on étendit les dépouilles sur le sable pour les faire sécher.

Quant à leur graisse, elle fut fondue et leur chair rôtie, puis l'une et Tautre furent distribuées à toute la caravane , qui serra la première dans des boites en fer-blanc, afin de pouvoir s'en servir en cas de besoin, et fit c^isparaitre la seconde au diner.

Après quoi succéda, comme de juste , notre treizième étape, laquelle nous porta, six lieues plus loin, aux abords de ces fameuses mers de sable ou profondeurs cachées, Balir-es-Saff des Arabes, qui devaient jalonner notre route quinze lieues durant, et que je partis visiter après le déjeuner en compagnie d*Abd'el-Mélick , qui s'était offert pour me servir de guide et de cicérone.

Les mers dé sable; légende musulmane

touchant leur origine. — Le dernier Ad. — Opinion moderne.

— Le fennec. ~ Nos étapes se font de jour.

Nous nous dirigeâmes en conséquence sur nos dromadaires vers le gouffre le plus voisin de notre campement.

Nous croyions y toucher, et cependant nous marchâmes ime bonne heure avant de l'atteindre.

La plus grande partie du terrain de cette localité est deTai^gilepure, à l'exception de petits traits calcaires.

Toute sa surface est couverte d'une couche de pierres de Couleur blanche, tronquées, libres, grosses comme le poing, presque toutes d'égale dimension et ayant les facettes carrées, comme si c'étaient des morceaux de vieui mottier, ce qui me fit présumer tout de suite qu'elles sont un véritable produit volcanique.

Cette couche est étendue avec une égalité si parfaite, qu'elle iie laisse absolument, sauf les iners de

IB

sable, aucun point à découvert , et qu'elle rend la marche extrêmement fatigante.

On y chercherait vainement et les riches cultures et les nombreuses merveilles dont parle la tradition à l'occasion d'Irem, la fameuse capitale du premier Ad , déjà cité plus haut.

Aujourd'hui, quelques buissons croissent çà et là, tous épineux; une espèce, entre autres, qu'on retrouve en Palestine, et dont les branches, ployantes comme celles du saule et armées de longs piquants, ont fourni, dit-on, la couronne dérisoire avec laquelle « les Juifs, avant de lui donner celle du martyre, ensanglantèrent le front du Christ.

Enfin, la grande nappe de sable des profondeius cachées se déploya devant nous.

Elle me parut aussi unie que le désert d'alentour était ondulé, et ce contraste existe habituellement entre les deux sites ; car les profondeurs cachées justifient leur nom par la mobilité de leurs sables, qui, après les avoir laissé surnager à peine une demiminute, absorbent tous les corps dépassant le poids de vingt grammes.

Quelques grosses pierres étaient amoncelées au lieu où nous mîmefj^ied à terre, et mon guide m'assura que c'étaient djjs débris dlrem.

Les mers de sable, sur la forme et la grandeur desquelles les anciens géographes varient , s'étendent approximativement en ligne directe depuis le territoire des Béni-Nosâb, à 16» de latitude septentrionale, jusqu'à moitié chemin des 18® et 19® degrés, et peu-

— lèvent avoir, dans leur plus grande largeur, de trente à trente-cinq lieues.

Elles sont intermittentes, c'est-à-dire qu'elles ne se suivent pas ; je doute d'ailleurs qu'aucun Arabe en ait jamais fait le tour.

La tradition, comme on sait, nous apprend qu'Ad, le père et le chef des Adites, choisit sa résidence dans le désert d'Akhâf, au centre de la péninsule, où il fonda Irem, qui était déjà devenue grande et puissante quand il mourut.

Le pays, avant la destruction de cette ville et dépendances, paraissait très-agréable, « étant arrosé d'eau ainsi qu'un jardin de délices, et semblable à ITémen.

« Cette fécondité, continue la tradition, eut son terme.

« Malgré le foudroiement de Scheddad-ben-Ad, les Adites persistèrent à se livrer aux pratiques de Tidolâtrie la plus superstitieuse.

« Allah envoya alors vers eux le prophète Houd * , qui voulut les ramener au vrai culte.

« Mais loin de Técouter, ils le battirent de verges.

« Bientôt une grande sécheresse et la famine, qui en était la suite, annoncèrent de nouveau le courroux du ciel.

« Les Adites ne virent d'autre reiùède à leur détresse que d'envoyer quelques-uns des leurs en pèlerinage au temple de la Kâaba.

* Voyez le Corarif chap. vu et xi.

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talent, et tout ce qui avait quelque verdeur à Tentour, )»

La nuée éclate !

La flamme écarlate Déchire ses flancs, L'ouvre comme un gouffre, Tombe en flots de soufre Aux palais croulants,

Et jette, tremblante,

Sa lueur sanglante

Sur leurs frontons blancs!

Nouvelle Sodome!

De quel brûlant dôme Tes murs sont couverts !

L'ardente nuée Sur vous s'est ruée.

Adites pervers 1 Et ses larges gueules Sur vos têtes seules Soufflent leurs éclairs !

Ce peuple s'éveille.

Qui dormait la veille Sans penser à Dieu.

Les grands palais croulent :

Mille chars qui roulent Heurtent leur essieu ; Et la foule accrue Trouve en chaque rue Un fleuve de feu.

Sur ces tours altières, Colosses de pierres Trop mal afife^piis, Abondent dans l'ombre Des mourants sans nombre Encore endormis.

Sur des murs qui pendent Ainsi se répandent Des noires fourmis!

Se peut-il qu'on fuie Sous l'horrible pluie?

Tout périt, hélas!

Le feu qui foudroie Bat les ponts, qu'il broie.

Crève les toits plats ; Roule, tombe, et brise Sur la dalle grise Ses rouges éclats !

Sous chaque étincelle

Grossit et ruisselle

Le feu souverain.

Vermeil et limpide, 11 court plus rapide Qu'un cheval sans frein ; Et l'idole infâme, Croulant dans la flamme, Tord ses bras d'airain !

Il gronde, il ondule.

Du peuple incrédule Bat les tours d'argent ;

Son flot vert et rose, Que le soufre arrose.

Fait, en les rongeant, Luire les muraiMes Comme les écailles D'un lézard changeant.

11 fond comme cire, Agate, porphyre, Pierres du tombeau.

Ploie, ainsi qu'un arbre, Le géant de marbre Qu'ils nommaient Kelbo ; Et chaque colonne Brûle et tourbillonne Comme un grand flambeau !

En vain quelques mages Portent les images Des dieux du haut lieu ; En vain leur roi penche Sa tunique blanche Sur le soufre bleu; Le flot qu'il contemple Emporte leur temple Dans ses plis de feu I

Plus loin, il charrie Un palais, où crie Un peuple à l'étroit ; L'onde incendiaire Mord lllot de pierre Qui fume et décroît,

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