‹ Les mystères du désertChapitre 3 sur 23 · IL^ >. — I · texte numérisé non relu

IL^ >. — I

Flotte à sa surface, Puis fond et s'efface Comme un glaçon froid !

Le grand prêtre arrive

Sur l'ardente rive

D'où le reste a fui.

Soudain sa tiare

Prend feu comme un phare;

Et, pâle, ébloui,

Sa main qui l'arrache

A son front s'attache

Et brûle avec lui.

Le peuple, hommes, femmes, Court. .. . Partout les flammes Aveuglent ses yeux^ De la ville morte Assiégeant la porte A flots furieux, La foule maudite Croit voir, interdite, L'enfer dans les cieuz...

Le feu fut sans pitié ! Pas un des condamnés Ne put fuir de ces murs brûlants et calcinés.

Pourtant, ils levaient leurs mains viles, Et ceux qui s'embrassaient dans un dernier adieu, Terrassés, éblouis, se demandaient quel dieu

Versait un volcan sur leurs villes.

Contre le feu vivant, contre le feu divin,

De larges toits de marbre ils s'abritaient en vain.

Dieu sait atteindre qui le brave.

Ils invoquaient leurs dieux ; mais le feu qui punit Frappait ces dieux muets, dont les yeux de granit

Soudain fondaient en pleurs de lave !

Ainsi tout disparut sous le noir tourbillon, L'homme avec la cité, l'herbe avec le sillon'

Dieu brûla ces mornes campagnes ; Rien ne resta debout de ce peuple détruit. Et le vent inconnu qui souffla cette nuit

Changea la forme des montagnes i. . . .

Un sage, nommé Lockman *, fut seul épargné avec quelques-uns de ses disciples.

11 devint le chef d'une nouvelle tribu, appelée la tribu du dernier Ad, et vécut Tâgç de sept faucons, ce qui le porterait à cinq cent soixante ans.

Les Latins disaient : « Vieux conune Saturne. »

Les Arabes se servent du nom d'Ad dans le même sens.

Quand ils veulent exprimer combien un événemen t est ancien, ils disent qu'il s'est passé du temps d'Ad.

En continuant à examiner le récit de la tradition, je n'y vois rien qui contrarie l'opinion moderne qu'lrem, comme Sodome etGomorrhe, ait été détruite par des volcans.

Elle ajoute :

« Lockman, regardant Irem et tout le pays d'alen-

* Victor Hugo, Orientale I.

« Voyez le Coran, chapitre xxxi .

tour, vit des cendres enflammées qui s'élevaient de la terre comme la fumée d'une fournaise. »

J'ai assisté à des éruptions volcaniques, et je ne les décrirais pas autrement.

Pline attribue à cette cause la désolation du pays, et par suite la formation des mers de sable.

C'est ainsi, en efPet, que se sont creusés, puis remplis d'eau la plupart des lacs que j'ai vus* en Asie, et auxquels des volcans éteints, comme celui de Kassrel-Cheïtan, que j'ai visité avant d'arriver à Mareb, etle fameux Bahr-el-Houd, déjà cité et dont il sera tout au long fait mention plus loin, servent de bassins; bassins vierges de sable parce qu'ils sont encaissés entre des montagnes, ce qui n'a pas lieu ici , où tout est à découvert.

Je niis sur ma langue une pincée de sable du gouffre devant lequel nous étions.

Je n'ai jamais rien goûté de plus désagréable. C'est une chose singiilière que l'étonnant contraste de ce sable avec celui du désert, qui est aussi doux que celui-ci est insipide et saumâtre.

Il me parait incessible d'expliquer cette différence d'une manière satisfaisante autrelnent que par l'action des feux souterrains et l'existence du bitume, existence qui, du reste, nô peut être contestée, puisqu'on l'y trouve encbre aujourd'hui, et cfue quelques Arabes l'utilisent.

Tout, dans ces lieux maudits, indique qu'ils ont été le théâtre d'une grande convulsion de la nature, et les traces en sont manifestes pour le moins clairvoyaiit.

A une heure, nous étions de retour.

En rentrant sous ma tente j'y trouvai un fennec que Sélim avait attrapé en allant faire du bois et que je passai le temps de la sieste à examiner.

Ce curieux petit animal, dont on me doit le premier échantillon vivant importé en Europe \ et qui, tant qu'il a vécu (car on Ta laissé mourir, comme mon dromadaire ; j'ignore même si la vipère céraste, que j'ai ramenée en même temps, n'est pas allée les rejoindre. Je vois si peu la plupart de ces messieurs qui se sont emparés de mes échantillons, résultat de ma dernière exploration en Afrique, sans seulement m'en accuser réception ! ), a fait les délices des nombreux visiteurs du Jardin des Plantes *, est un de ceux sur la nature desquels on a le plus longtemx)s douté.

La combinaison de quelques caractères remarquables, ou plutôt le développement exagéré de certaines parties, surtout de ses oreilles, ont été, avec la fâcheuse habitude propre à quelques naturalistes de suppléer aux faits par des conjectures, les principales causes de ces erreurs.

Bruce, à Tépoque de son consulat à Alger (1767), vit pour la première fois le fennec, et il en envoya la figure, accompagnée d'une notice, à Buffon, qui la

> Voyez, entre autres, le Siècle du 6 octobre 1851, et Revue et Magasin de Zoologiet numéro d'octobre 1852*

s II s'y trouve, en ce moment, une paire de ces animaux amenée tout récemment par le général Yusuf (Voy. la Pairie, du 12 août 1858).

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publia dans le loinelll de ses Suppléments, en donnant à l'espèce la dénomination à' anonyme.

L'année suivante, Brandt, qui avait été consul de Suède à Alger en même temps que Bruce, et qui avait aussi observé le fennec, eu publia une histoire assez détaillée, mais sans figure.

Il lui donna le nom de zerda^ qu'il avait appris des Maures.

Sparmann * parle aussi du zerda , et plus tard Bruce *, ayant revu l'anonyme, en publia, sous le nom de fennec^ une nouvelle description.

n nous apprend que c'est un quadrupède propre au désert, et que le nom de fennec est celui qu'il reçoit des Arabes, ce qui a lieu en effet.

Telles sont les sources auxquelles, avant l'arrivée de mon échantillon, on a puisé tout ce qui a été dit sur le fennec, pour en reconnaître la nature et en établir les rapports.

Un seul individu avait été d'abord observé par Bruce et par Brandt.

Mais il s'était enfui avant qu'on en eût pris connaissance exacte.

Néanmoins divers naturalistes voulurent déterminer les ressemblances que cet animal offrait avec les autres mammifères.

Blumenbach, peut-être d'après les indications de Sparmann, en fit une espèce voisine des mangoustes.

' Voyage au Cap.

s Voyage en AbyssirUe et en Nubie.

M. Geoffroy-Saint-Hilaire le considéra comme appartenant au genre galago, et M. Desmarest, qui en avait d'abord fait, sous le nom de mégalote, un genre intermédiaire aux makis, aux chats et aux chiens, le plaça plus tard auprès de ces derniers, à côté desquels le fennec parait en effet devoir rester.

La longueur du fennec est de neuf pouces, depuis Tocciput jusqu'à l'origine de la queue.

Celle-ci en a sept, la tête trois et les oreilles aussi.

Sa couleur est d'un fauve jaunâtre très-pâle, plus faible encore aux parties inférieures, et varié de grisâtre.

Elle résulte de poils gris inférieurement, blancs dans leur milieu et fauves à leur extrémité.

Le bout de la queue est noir.

Tout le pelage est épais et doux.

Le fennec vit dans le sable du désert, et il se creuse des terriers où il reste caché pendant une grande partie du jour.

Ses oreilles, quoique très-longues, ne sont pas cependant défavorables à son genre de vie.

Elles lui permettent de recueillir les moindres sons, et de nombreux poils entte-croisés qui existent à leur oriiice en empêchent l'entrée à toute parcelle de sable.

La couleur du cotps est aussi en rapport aVec le séjour : failve clair et lavé d'isabelle ; et cette teinte appartient, comme on sait, à tous les habitants du désert, soit mammifères, soit oiseaux.

Mon fennec examiné, je lui rendis la clef des champs ; il m'eût embarrassé pendant la route.

A partir de cette halte, nous intervertîmes Tordre de nos étapes.

Au lieu de nous mettre en route, comme à l'ordinaire , après le coucher du soleil, nous ne le fîmes qu'à partir de l'aube, marchant ainsi de jour; cela, jusqu'à ce que nous fussions hors de vue des mers de sable, dans lesquelles nous eussions pu nous engouffrer de nuit, et qui, je Tai dit, devaient jalonner notre route quinze lieues durant.

Au milieu des mers de sable. — Le simoun .

-L*arc-en-ciel.— Un naufrage.— Perte de neuf chameaux.-

Désastre irréparable. — Un chevreau.

— Plaisanteries de Timan Nassr-Eddyn-Eifendi.

— Allah est grand 1 Allah le veut 1 —

16* halte. — Reprise de nos anciennes heures d'étapes.

Lundi, mardi et mercredi 28, 29 et 30 août 1844 (26, 27 et 28 chéban 1261 ) : 14% 15^ et 16« étapes. — Rien qui mérite d'être absolument cité ne signala notre quatorzième étape.

C'était toujours la même uniformité de terrain, la même surface plane comme celle des gouffres qui nous environnaient à droite et à gauche , tantôt disparaissant, tantôt reparaissant ; ainsi de suite jusqu'à la halte prise, de même que les suivantes, à partir de dix heures du matin.

Quant à notre route, elle était sillonnée presque à chaque pas par de profondes gerçures, et nos mon-

-k^l«J-.JWI"

tures s'abattaient souvent sur une terre qui tremblait sous elles.

Le plus morne silence régnait autour de nous, et, sauf une ou deux gazelles que nous fîmes lever, pas un être vivant, pas un oiseau n'animaient ces solitudes.

En nous rapprochant de notre quinzième halte, nous trouvâmes un peu de vie et de mouvement.

Mais cette vie et ce mouvement auraient semblé, dans une autre contrée, la stupeur et la mort.

La fumée sortait de quelques misérables huttes de Khaflr-el-Arianin si écrasées qu'elles se confon • daient avec le sol.

Sur cette terre jaune erraient, aussi jaunes qu'elle, deux pâtres et des chèvres à longues oreilles.

Tout à coup le ciel se couvrit de sombres vapeurs; le soleil, dépouillé de ses rayons, offrit un aspect sanglant, et im terrible ouragan s'éleva.

Les tourbillons de sable et les nuages se mêlèrent et remplirent le désert, qui se creusa et devint houleux.

Nous nous empressâmes de nous grouper les uns contre les autres afin de donner le moins de prise possible au simoun , car c'était lui qui de nouveau nous surprenait en route, mais à découvert cette fois.

Ille (Auster) immodicus exsurgit, arenasque Quasi maria agens, siccis saevit fluctibus ^

« P. Mêla, T, viir.

Peu à peu notre poitrine devint oppressée , notre œil sanglant, nos lèvres arides et brûlantes.

L*atmosplière autour de nous était embrasée et chargée d'un sable fin emporté par le vent conmie Técume de la mer pendant la tempête.

La foudre éclatait coup sur coup, et, dans ces lieux, c'était bien vraiment la voix de l'implacable Jéhovah.

Nos regards effarés^ les mugissements, les cris des chameaux, gui tantôt s'emportaient dans un galop fougueux, tantôt s'arrêtaient, et, cachant leur long cou dans le sable, cherchaient à échapper, en pressant leurs naseaux contre le sol , à Thaleine empoisonnée du fléau, étaient en vain lancés contre le ciel.

Ils retombaient, repoussés par la tempête de sable, contre laquelle l'énergie, le courage, la raison de l'homme ne peuvent rien.

Enfin Tarc-en-ciel brilla dans la tourmente , semblable à cet éclair dont parle l'Évangile qui sort de l'orient et parait tout à coup à l'occident.

Il embrassa tout l'espace compris entre l'ouest et l'est, et, comme un pont lumineux jeté sur le Mareb et l'Hadramont, il réunit un moment l'Oman et le Nedjêd, en s'appuyant d'un côté au Djebel-Akhdar et de l'autre au Djebel-Arêd ou Imaryêh.

L'arc-en-ciel! l'arc-en-ciel ! Regarde....

Comme il s'arrondit pur dans l'air!

Quel trésor le Dieu bon nous garde Après le tonnerre et l'éclair!

Que de fois, sphères éternelles.

Mon âme a demandé ses ailes,

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Implorant quelque Ithuriel, Hélas! pour savoir à quel monde Mène cette courbe profonde, Arche immense d'un pont du ciel t !

Le calme rétabli , on campa à l'endroit même où louragan nous avait sm'pris.

Neuf chameaux nous manquaient.

Tout en les cherchant, nous touchâmes à une mer de sable sur les bords de laquelle nous trébuchâmes contre les débris d'une caravane venant de Grerin^ dans THadramont, et qui se rendait à Olû-Yahseb.

Nous nous occupâmes aussitôt à remuer le sable tout à Tentour, et eûmes bientôt mis à découvert quelques corps humains.

Mais ce n'étaient déjà plus que dei cadavres, suffoqués qu'ils avaient été par le souffle empoisonné du fléau, et le courage les ayant sans doute abandonnés au moment de la tourmente, qui les avait poussés dès lors vers l'abîme dans lequel le gros de la caravane s'était perdu incontinent.

Cependant, après de minutieuses recherches, nous finîmes par découvrir les corps d'un jeune homme et d'une jeune fille , le frère et la sœur, serrés dans les bras l'un de l'autre, et dont une légère moiteur à la surface vint m'indiquer qu'il était temps encore peutêtre de les rappeler à la vie.

Aussi me mis-je tout de suite à l'œuvre, et, malgré

« Victor Hugo, Pluie d'été.

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les préjugés orientaux à l'endroit (Tes femmes, vu la circonstance majeure, je m'emparai de la jeune fille, que j'accablai, comme de juste, de frictions répétées et prolongées sur Tépigastre, le bas-ventre, la région précordiale, la colonne épinière, la partie interne des cuisses, les jambes, les pieds, la paume des mains, avec de l'eau de lavande, dont ma pharmacie, Dieu merci I était toujours abondamment pourvue, et, au bout d'un instant, j'eus le bonheur de la voir reprendre peu à peu ses sens.

Sélim, de son côté, en avait fait autant à l'égard du jeune homme, et obtenu un résultat analogue au mien ; cela au grand ébahissement de ceux de nos compagnons de route qui nous entouraient.

Ma science frappa de nouveau leur grande ignorance et les pénétra du plus profond respect pour le Hahim-Turcki , comme ils m'appelaient.

Seulement, plus que jamais, ils m'attribuaient des pouvoirs Surnaturels et me croyaient en relation avec les êtres de l'autre monde.

On sait que la majorité des Arabes, ceux du désert entre autres, enterrent leurs morts presque aussitôt que la vie est éteinte en eux, et par suite très-souvent en léthargie seulement.

Cette résurrection inattendue devait donc agir prodigieusement sur ces esprits primitifs et sans cesse avides du merveilleux.

Cela étant , il ne faut phis s'étonner du succès des prophètes sur ces peuples bibliques avec leurs miracles de rien du tout.

Nos deux naufragés sur pied, nous nous en revînmes à notre campement.

Quant à nos neuf chameaux, nous dûmes en faire ♦ notre deuil.

Les profondeurs cachées les avaient engloutis comme la caravane rencontrée.

Nous découvrîmes bientôt un autre désastre, mais celui-ci était irréparable : la langue de feu du simoun avait tari la plupart de nos outres.

 peine échappés à ses atteintes brûlantes , nous étions menacés d*étre prochainement consumés par la soif, car il était impossible de toucher à Teau des quelques puits que nous rencontrions par ci pai' là sur notre chemin, corrompue qu'elle était par des cadavres de milliers de sauterelles, dont Todeur était capable de tout infecter.

Nous fûmes donc tous mis à la ration, pour commencer.

Après quoi, nous songeâmes au déjeuner, et moimême comme les autres.

A cet effet, j'expédiai Sélim vers un petit douar de Khaflr-el-Arianin voisin de notre campement.

Il en revint ramenant avec lui un chevreau , qui fut aussitôt saigné, vidé et mis à la broche devant un grand feu de broussailles.

Jusqu'à ce jour, je ne m'étais pas bien rendu compte de la valeur des doléances du frère de l'Enfant prodigue, quand il adresse à son père ce reproche :

— Vous ne m'avez jamais donné un chevreau pour me divertir avec mes amis.

Les miens m'auraient donné, en Alsace, un chevreau à cette intention, que je n'aurais trop su quelle chère en faire, et probablement mes amis ne se seraient pas amusés du tout.

Mais dans le désert d'Akhâf, je compris qu'on peut réellement et sans parabole se divertir en mangeant un chevreau, comme du temps des patriarches.

Celui que Mohammed fit rôtir tout entier était d'un goût exquis, et je m'en régalai joyeusement avec le réis, Abd el-Mélick et le vieux Nassib, que j'avais invités à le venir partager avec moi.

Notre repas achevé, tout en buvant le café et en fumant le chicha et la chibouque, Abd'el-Mélick continua à nous égayer en racontant quelques plaisanteries du fameux iman Nassr-Eddyn-Efiendi, le héros de la farce en Orient, plaisanteries dont voici, entre autres, cinq échantillons qui feront juger du reste.

« Un jour, Nassr-Eddyn-Efifendi monta en chaire pour prêcher, et dit :

« —0 croyants ! savez-vous ce dont je dois vous entretenir?

« — Non , Sidi, répondit l'auditoire, nous ne le savons pas.

« — Eh bien, puisque vous ne le savez pas, que vous dirai-je donc?

<f Un autre jour, montant de nouveau en chaire :

• — 0 fidèles ! dit-il, ne savez-yous pas ce que je dois vous dire?

« — Nous le savons, répondirent-ils tous.

« — Puisque vous le savez, reprit-il, pourquoi vous le dirais-je ?

« Ce disant, il descend de chaire et se retire.

« L'auditoire, étonné , décida alors unanimement ({ue s'il reparaissait, les uns répondraient « Nous savons, » et les autres « Nous ne savons pas. »

« Ainsi que les autres fois, Nassr-Eddyn-Effendi remonta en chaire et s'écria :

« — 0 musulmans ! ne savez-vous pas ce que je dois vous dire?

« Les uns répondirent « Nous savons , » et les autres « Nous ne savons pas. »

« — Bien! bieni répliqua -t-il; que ceux d'entre vous qui savent l'apprennent donc à ceux qui ne savent pas. ■

« Un fellah vint un matin de la campagne et lui amena une gazelle.

• Nassr-Eddyn-Effendi fit toutes sortes de politesses au donateur et ^'invita à dîner.

t Une semaine plus tard, celui-ci revint le trou- Ver.

« Nassr-Èddyn-Effendi ayant perdu de vue que c'était son hôte, lui demande qui il est. « — Je suis, répondit-il, le donateur de la gazelle.

Nassr-Eddyn-Effendi raccueillit comme la première fois.

« A quelques jours de là, certains voyageurs étant venus, à leur tour, pour lui demander Thospitalité, il leur dit :

« —Qui êtes-vous?

« — Nous sommes, répondirent-ils, les voisins de celui qui t'a amené la gazelle.

« Peu de temps après, de nouveaux convives se présentèrent encore.

« — Qui étes-vous? répéta Nassr-Eddyn-Effendi.

« Ils répondirent :

« — Nous sommes les voisins des voisins de celui qui t'a amené la gazelle.

« — Ah ! soyez les bienvenus, leur dit-il, et il leur offrit un simple verre d'eau.

« Sur leur exclamation d'étonnement :

« — C'est tout simplement, reprit-il, le bouillon du bouillon de la gazelle. »

« Un soir, Nassr-Eddyn-Effendi emprunte à un de ses voisins une marmite, et, aprèâ avoir bien combiné son affaire, il y place une petite casserole et la rapporte à son propriétaire.

« Celui-ci la découvre, y voit une petite casserole, et dit à Nassr-Eddyn-Effendi : '

« — Qu'est-ce que ceci?

• — La marmite est accouchée , répond Nassr- Eddyn-Effendi ; et U s'en va.

• Un autre soir, ayant eu de nouveau besoin de la marmite, il retourne l'emprunter, la remporte chez lui et la garde.

• Un jour, cinq jours se passent, le prêteur voit que sa marmite n'arrive pas.

t II se rend chez Nassr-Eddyn-ESèndi, et frappe à la porte.

• Nassr-Eddyn-Effendi accourt en lui demandant ce qu'il veut.

• — Ma marmite, dit l'autre.

« — Allah te vienne en aide ! Ta marmite est morte. *

, — ^Est-ce que jamais une marmite meurt?

« — ^Tu as bien cru qu'elle était accouchée, et tu ne crois pas qu'elle soit morte? Allons donc! »

t Un jour, Nassr-Eddyn-Effendi se trouvait chez lui, quand un mendiant vint frapper à sa porte.

« — Que me demandes-tu de la sorte ? dît notre farceur.

« — ^Descends, lui répond le mendiant.

• Nassr - Eddyn - Efifendi descend aussitôt et lui demande ce qu'il désire.

« —L'aumône, dit le mendiant.

« — Eh bien! monte! reprend Nassr-Eddyn-Effendi.

« Le mendiaDt monte, ei une fois arrivé, Nassr- Eddyn-Effendi lui dit :

« — Allah te bénisse!

« — Et pourquoi ne me Tas-tu pas dit quand j'étais en bas, ôSidi!

« — Et pourquoi^ toi-même , lui répliqua Nassr- Eddyn-Effendi, quand j'étais en haut, m'as-tu appelé pour me faire descendre? »

« Un autre jour, Nassr-Eddyn-Elfendi ayant perdu son âne, s'en enquit auprès de quelqu'un, qui lui répondit :

« — Je l'ai aperçu dans tel endroit ; il est devenu cadi.

« — C'est vrai, dit Nassr-Eddyn-Effendi, je savais qu'il devait devenir cadi, car lorsque je donnais mes leçons il dressait les oreilles pour écouter. «»

Voilà les Arabes.

Une fois le danger passé, ils n'y pensent plus.

Ils ne connaissent de leur journée que les heures de la prière, le repos et la simple joie.

Tout le reste n'est, à leurs yeux, que la fumée de leur chicha ou de leur chibouque, qui s'échappe capricieuse et disparaît au souille du vent.

Sont-ils heureux ?

Allah est grand !

Sont-ils malheureux?

Allah le veut l

Toutes leurs émotions, tous leurs sentiments, toute leur existence se renferment dans ces deux idées : Allah le veut !

Allah est grand!

Sous notre ciel grisâtre, où le soleil se montre plus souvent comme ime tache que dans l'appareil du dieu de la lumière, nos sens, refroidis et languissants, se suffisent à peine.

Sans émotions pour les simples jouissances de la vie, nous cherchons des plaisirs plus vifs, plus épicés.

Inventés à grand'peine, ils éveillent pour un moment notre sensualité.

Mais la nature n'est plus là, et ce bonheur artificiel ne nous éblouit d'abord que pour tomber bientôt à plat, comme un ballon crevé, et nous livrer de nouveau à nos ennuis ordinaires.

Les Arabes n'ont que faire de tout cela.

Us n'ont pas besoin de tant remuer la vie et le cœur pour en faire jailhr des jouissances.

Leur bonheur est uniforme, ils le respirent.

L'heure présente est semblable à l'heure passée.

L'heure future sera semblable à toutes deux.

Us croiraient léser leur dignité d'hommes s'ils mêlaient des jours d'agitation à des jours de silence et de paix.

Us sont stationnaires par nature , lents et graves par principe, esclaves par conviction.

En un mot, ils tiennent aux coutumes de leurs

pères; ils ne se croient pas le droit de les altérer...

Notre seizième étape nous fit quitter, à moitié chemin , les mers de sable , et nous porta à quarantedeux lieues d*01ù-Yahseb, à trente de Doân.

A peine installés, Abù-Bekr-el-Doâni fit transporter sous sa tente un jeune marchand de Doân nommé Omar , qui , depuis quelque temps , était atteint d'une fièvre et d'une dyssenterie violentes.

A la halte précédente , il avait mangé sans réserve beaucoup de daltes.

Cette imprudence lui coûta la vie.

Malgré mes soins, Omar, comprenant qu'il allait mourir, fit appeler ses amis et connaissances :

— Mes frères, leur dit-il, vous porterez mes salutations à mes parents ; je ne les reverrai plus en ce monde; mais je n'étais que de passage sur cette terre, ils le savaient aussi bien que moi. Annoncezleur que je suis mort dans la crainte d'Allah

A six heures, il récita la profession de foi : « Il n'y a d'autre Dieu que le Dieu unique, et Mohammed est son Prophète ! » et expira.

Aussitôt qu'il fut devenu froid, on lava son corps, on lui mit du safran , du camphré et du coton dans toutes les ouvertures naturelles , et on l'enveloppa d'un linceul blanc parfumé de myrrhe et d'encens.

L'iman et le muezzin passèrent ensuite la nuit à lire sur lui les prières des morts , et , le lendemain matin, on alla processionnellement le déposer dans une fosse, non loin du campement, au pied d'un buisson.

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Après quoi eut lieu, comme de juste, la venle de ses chameaux, marchandises et effets de voyage.

Le soir, nous repartîmes, selon notre ancienne habitude, après le coucher du soleil.

lU 4.

La soif. ^ ArriTée à Dofln.

Jeudi, vendredi, samedi et dimanche 31 août, le', 2 et 3 septembre 1844 (29 et 30 chdban, \^^ et 2 ramadan 1261) : 17«, 18», 19* et 20* étapes.

Notre route ne tarda pas à redevenir ce qu'elle était avant l'approche des mers de sable.

On n'y voyait pas un arbre, pas une plante, rien absolument que ces longues herbes sèches et dures qui servent de nourriture aux autruches.

Une atmosphère parfaitement transparente, im soleil de plomb qui dardait le jour sur nos têtes , un terrain jaune tirant sur le blanc , et ordinairement de forme concave semblable à un miroir ardent, un petit vent brûlant comme la flamme : tel est le tableau ûdéle des lieux que nous continuions à parcourir.

Dans cette immensité, nos montures étaient comme

'^JF .'•^^^^^^^^^^^'^•^^^ws^^'wmm^mii

sont des fourmis quand elles marchent pour émîgrer.

Nous étions épuisés , brûlés par le sable imperœptible que soulevaient tant de pieds à la fois , et qui, filtrant à travers nos vêtements, faisait une autre peau sur notre pe^u.

n avait changé la couleur de nos esclaves.

Bs étaient jaunes conune des Malais.

De plus, la soif nous dévorait et nous n'osions toucher aux quelques tasses d'eau que le simoun avait épargnées et qu'on allait vider à la prochaine halte.

Encore ne suffeent-elles pas et fut-on obligé d'abattre quelques-uns de nos chameaux les plus malades , les plus souffrants , afin de trouver dans leur estomac ce précieux liquide, pour lequel un marchand d'Asie donna, dans une pareille circonstance, sa fortune entière.

Mais... hélas!... il aurait fallu les abattre tous pour désaltérer tant de monde !

Les pauvres bêtes, ainsi que nous, étaient haletantes, leur réserve d'eau ayant eu le temps de s'épuiser depuis Olû-Yahseb, dont huit jours déjà nous séparaient.

Aussi, dès la dix-huitième étape, commençait-on à se ralentir singulièrement et à désespérer.

A chaque instant nos montures tombaient avec leurs charges , et le pénible exercice qu'on fut contraint de faire pour les relever et soutenir le poids du fardeau qu'elles portaient acheva d'user le peu de forces qui restait àqtielqueè-imft d>btiHê hàuà.

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La position des femmes était surtout affreuse.

Leur courage cependant restait encore au-dessus de leurs souffrances.

Ici, conune ailleurs, j*eus lieu de faire cette remarque à propos des plus vigoureux en apparence : c'était ceux-là précisément que la lassitude épuisait le plus vite.

A voir leur mâle visage et leur force musculaire, on les aurait jugés infatigables.

Mais la force morale leur manquait.

Celle-là seule soutient.

Tel était à peu près le langage que tenait en ce moment même Abù-Bekr-el-Doâni :

—Je suis de petite taille, disait-il à un Maréby qui marchait à ses côtés; ma complexion est faible, et je m^étonne vraiment de supporter aussi bien tant de fatigue. Je souffre, il est vrai...

— ^Mais tu souffres avec courage?

— Non, mais j'ai le sentiment de mon devoir.

— Oui, dis-je à mon tour , il n'y a rien de pi durable que ces organisations minces et frêles ; ça plie sous le mal au lieu de rompre; les autres n'en peuvent venir à bout.

— Quant à moi, reprit le Maréby, j'ai grand'peur de rester en route.

— Comment I répliqua le réis, toi qui es grand et robuste. . .

— Précisément ; il me faut plus de repos ; le sommeil m'accable. A chaque halte, je tombe dans une léthargie profonde, et j'y reste jusqu'au signal du

f^^f^mmma^m^mmmmamm^mfsm^mm^^mum^fmBi^^m

départ; déjà même plusieurs fois je ne Tai pas entendu, et, sans Faide de quelques djemêls qui m'ont secoué, je dormirais encore.

Tout en s'entretenant ainsi, on atteignit Tavantdernière halte, et queUe halte, mon Dieu!... suivie d'une étape cent fois plus déplorable.

 une heure du matin, un homme épuisé de fatigue et de soif tomba par terre.

On fit tout ce qu'on put pour le secourir.

On parvint même à introduire dans sa bouche quelques gouttes d'eau qu'on exprima d'une outre , mais ce fut sans succès.

L'infortuné expira.

Moi' même, je conmiençais à éprouver une faiblesse qui, s'accroissant d'une manière effrayante , annonçait que mes forces allaient aussi m'abandonner.

Pendant ce temps-là, plusieurs autres de mes compagnons de route tombèrent successivement, et restèrent à terre, abandonnés à leur malheureux sort, parce que la caravane allait déjà à sauve-qui-peut.

Alors tout devint confusion et désordre.

Les hommes , les bagages , les chameaux se perdaient.

Abû-Bekr-el-Doâni, plein de courage, malgré l'effroi que devait lui inspirer son dromadaire tremblant sous lui, cherchait à rassurer son monde et à l'engager à doubler le pas.

Pour toute réponse, on le regardait fixement, on portait l'index à la bouche pour indiquer la soif dont on était dévoré.

Le désespoir était général, personne ne croyant jamais pouvoir se soutenir jusqu'à Doân.

Enfin, à près de six heures du matin , Abû-Bekreî-Doâni tomba à son tour.

Je ne tardai pas à en faire autant.

Étendus sans connaissance au milieu du désert, entourés de sept ou huit hommes seulement , qui étaient hors d'état de nous donner le plus léger secours, puisqu'ils ignoraient où ils pourraient trouver de l'eau, et que, lors même qu'ils l'auraient su, ils n'avaient pas la force d'aller en chercher, nous aurions infailliblement péri si la Providence ne nous eût sauvés par une espèce de miracle.

Une demi-heure s'était écoulée depuis que nous étions dans cette angoisse, lorsqu'on aperçut dans le lointain une grande caravane qui venait de notre côté.

Un réis de Térim qui se rendait à la Mecque, et nommé Sidi-Mohanuned, la conduisait.

Touché de la triste position où il nous vit, il s'empressa de faire jeter plusieurs outres d'eau sur tous ceux qu'il aperçut gisants sur la terre.

Rien n'est rapide comme le retour à la vie de ceux qui périssent faute d'un de ses aliments essentiels.

L'oiseau agonisant dans le vide, le poisson déjà presque mort sur le rivage retrouvent bien vite Tusage, celui-ci de ses nageoires, celui-là de ses ailes, aussitôt que leur élément vital leur est rendu.

n en est de même pour nous autres humains.

Nous n'eûmes pas plus-tôt reçu sur notre visage et

sur DOS mains ç[uelque8 immersions de cette eau salutaire , que Doua reprîmes nos sens , ouvrimes les feus et regardâmes de tous côtés sans pouvoir d'abord reconualtre personne.

Mais insertsiblement notre vue s'éclaircit, et nous I aperçûmes quinze ou vingt chameliers qui, se tenant autour de nous, nous parlaient et nous faisaient amitié.

Nous voulûmes leur répondre, et en fûmes empêchés par un nœud invincible que nous sentions dans la gorge.

Nous ne pûmes donc nous faire entendre d'eux que par signes, en indiquant notre bouche avec le doigt. Alors on essaya et l'on parvint à nous faire avaler à différentes reprises quelques goi^ées d'eau. La parole nous revint.

— Qui étes-vous? demandâmes-nous à ceux qui nous entouraient.

— Ne craignez rien, uouâ répondit Sidi-Mohammed en se nommant , bien loin d'être des Khaflr-el- Arianin, nous sommes vos amis.

Raturés par ces paroles, nous nous livrâmes enlièrement aux bons soins de ces braves gens, qui ne négligèrent rien pour nous mettre en état de conti- ; route, et qui, du moment qu'ils virent S noua passer d'eux , rempliicnt i quittèrent p'Us perdaient en cet jqae rien en effet ne

Cette attaque de la soif se manifeste par les symptômes les plus horribles.

Toute la peau du corps devient aride, les yeux sont sanglants, la langue et la bouche, tant en dedans qu'en dehors, se couvrent d'un tartre de l'épaisseur d'une pièce de cinq francs.

Cette crasse est d'im jaune obscur, d'un goût insipide ift d'une consistance parfaitement semblable à la cire molle des rayons du miel.

Une défaillance ou une sorte de langueur arrête le mouvement; la respiration est suspendue par une angoisse ou une espèce de nœud dans le diaphragme et dans la gorge ; quelques grosses larmes isolées s'échappent des yeux ; on tombe à terre, et en peu d'instants on a perdu connaissance.

Ce ne fut pas sans quelques difficultés que nous pûmes enfourcher nos montures et reprendre notre route.

A onze heures du matin, nous fîmes halte, après une marche forcée de quinze heures consécutives.

A midi, tout notre monde et les bagages arrivèrent successivement.

Sidi-Mohammed , qui les avait rencontrés, avait tout secouru, tout sauvé.

Non loin de nous gisait im nouveau campement de Khafir-el-Arianin.

Quelques nattes étendues sur des perches fichées dans le sable servaient d^abri à des femmes, qui se hâtèrent d'accourir près de nous pour nous offrir des provisions.

Chacun put se procurer, à prix d'argent, bien entendu, du lait de chèvre et même un peu de viande fraîche.

La confiance était revenue à la vue de ces aliments, et, après un repas que la soif et la faim firent trouver délicieux, on s'abandonna facilement au sommeil, qui acheva de donner à la caravane des forces réparatrices.

On se remit en marche avec ime nouvelle ardeur.

Déjà le jour croissait et le ciel était radieux.

Personne ne semblait plus même se souvenir de ses fatigues.

Le pays, d'ailleurs, commençait à changer d'aspect.

Les dunes devenaient de moins en moins élevées; le sal>le était moins brûlant.

En arrivant au sommet d'un des monticules de sable, ceux qui marchaient en avant jetèrent soudain un cri de joie.

Dans le lointain, ils avaient aperçu comme un cours d'eau qui, de distance en distance, allumait aux rayons du soleil levant des miroirs de feu.

On continua d'avancer, et l'on ne tarda pas à fouler le sol de THadramont.

Vers neuf heures du matin (lundi 4 septembre 1844 : 3 ramadan 1261), la caravane discerna enfin une oasis, et , derrière son massif de verdure, les maisons et les minarets de Doân.

A la vue de la terre promise, les Hébreux ne manifestèrent pas une plus grande allégresse.

Chacun étendit les bras, chacun s'élança, chacun

courut au grandissime galop de sa monture jusqu'à la ville tant désirée.

Comme à Mareb, la poudre et les acclamations nous y accueillirent, et ce fut aussitôt un désordre indicible, une confusion générale, où Ton s'embrassait au hasard sans se connaître, chacun cherchant les siens, tous trouvant des amis.

Arrivés au souck^ place du marché, le silence se rétablit, et Timan récita sur nous le Fatha.

Après quoi, nous nous séparâmes, et chaque membre de la caravane regagna sa demeure , moi, les miens et mes cinq dromadaires suivant le réis , qui m'avait offert son hospitalité pour tout le temps que durerait mon séjour à Doân.

Nouvelles d'Abù-Arisch et de Sana. —

Mort de Haçan-le-Mfthdy.— Dans le jardin d'Abû-Bekr-

el-Doftni; Entretien avec celni-ci. — Mais les Tares I....

les Turcs I — Juste comparaison.

-— Réponse à Hussein d'Abù-Arisch. —

Refus de me rendre à son invitation.— Motifs de ce refus.

A peine installés et restaurés > mon hôte vint me prévenir qu'un étranger désirait me parler.

— Quel est son nom? lui demandai-je.

— Je rignore.

— ^Demande-le lui.

— Je lui ai déjà fait cette question , il a refusé de me répondre.

—D'où vient-il?

— D'Abû-Arisch.

— Que ne me le disais-tu tout de suite, Sidi? Fais-le entrer sur-le-champ.

L'étranger fut introduit , et je le reconnus aussi-

tôt pour un des rakkas intimes du chérif Hussein.

— Que la paix soit avec toi, Abd' Allah ! lui dis-je.

—Qu'avec toi soit la paix, Hadji ! me répondit-il.

— Qu'as-tu à m'annoncer?

Abd' Allah , au lieu de répondre, jeta sur moi un coup d*œil d'intelligence pour savoir s'il devait parler en présence d'Abù-Bekr-el-Doâni.

Je le compris et lui répondis affirmativement par un autre signe.

— Mon maître, repril-il alors, m'a chargé de te remettre une lettre.

— Donne-la-moi.

Abd' Allah prit une de ses sandales, et, ayant entr'ouvert les deux bandes de cuir qui en composaient la semelle, il en tira un pli qu'il me remit.

En voici le contenu :

Hussein-ben-Ali^ souverain d'Abu-Arisch et du Théama^ à El'Hadj-Abd'el'Hamid'Bey,

• Qu'Allah répande sur toi ses grâces et sa bénédiction!

« Cher ami,

« Il y a bien longtemps qu'aucune lettre ne m'est parvenue de ta part, et que personne ne ma donné des nouvelles de ta chère santé : je n'ai pas môme été dans le cas de voir des gens venant du côté où tu résides, en sorte que j'aie pu leur en demander; aussi suis*je extrêmement inquiet.

■ Quant à moi, j*ai le plaisir de l'annoncer, ^t Allah en soit loué ! que je me porte bien, et que je demeure fidèle aux sentiments d'amitié et d'affection qui, depuis deux ans, nous ont unis d'une manière si étroite, sentiments dont , pour ma part , je ne m'écarterai jamais.

t L'ancien imam de Sana n'existe plus. Par mes soins, son neveu Ahmed , le même que tu as connu lors de ton séjour à Abû-Arisch, l'a remplacé.

a Mais aujourd'hui , pour me récompenser , le traître arme contre moi et veut me déposséder.

« Cela étant , j'ai besoin que tu reviennes me trouver, Hadji, car, toi auprès de moi, je ne le crains plus.

. « n est donc essentiel qu'à la réception de cette lettre tu veuilles bien m'écrire trois ou quatre lignes pour me dire, tout en m'instruisant de l'état de ta santé, que tu acceptes, afin que mon esprit recouvre le repos.

a J'attends de tes nouvelles avec la plus vive impatience, et fais en sorte de les suivre autant que possible de près.

t Jusque-là, qu'Allah daigne t'accorder paix et satisfaction I salut.

« Le 14 châban de l'an 1261.

« HussEïN-ben-Ali,

« Souverain d' Âhil-Arisch et du Théama, » H. 5,

Ma lecture terminée :

— Eh bien! mon cher Abû-Bekr-el-Doâni, m'écriai-je, ton ami l'imam de Sana n'existe plus.

— Bien vrai? dit-il en se tournant vers Abd' Allah, rimam de Sana, que nous avons quitté, il y a aujourd'hui trente-huit jours, est mort?

— Rien n'est plus vrai, répondit celui-ci; il est mort assassiné par les sbires de son gentil neveu, qui le remplace à cette heure.

— Quel attentat! reprit Abû-Bekr-el-Doânî. Naguère celui qui aurait tué un descendant du Prophète aurait été renié par ses compagnons mêmes; tout bon musulman Teût maudit comme un infâme; sa famille eût été honnie, ses maisons brûlées, ses biens confisqués, et Allah eût armé le bras d'un fidèle croyant pour mettre à mort l'infâme meurtrier. Ces Sanites sont de vrais mécréants ; cette race maudite ne respecte rien de ce que les autres hommes sont habitués à considérer comme sacré.

— Ce n'est pas le seul crime qu'on ait à lui reprocher, répliqua Abd' Allah; non content de se voir assis aujourd'hui sur le trône, il arme encore contre mon maître , son bienfaiteur, et veut lui enlever le Théama.

— Cela, repris-je à mon tour, ne m'étonne nullement de la part d'Ahmed; dès le premier abord, j'avais jugé ce jeune homme et prévenu Husseïn qu'il donnait asile à un renard qui un jour mangerait ses poules.

— Quel monstre ! dit Abû-Bekr-ei-Doâni.

—Et Haçan-le-Mâhdy, qu'est-il devenu?

— n est mort de la même mort que Toncle d'Ahmed... assassiné par les sbires de celui-ci.

—Vraiment?... Et comment s'est-il laissé faire?... Je le prenais pourtant pour un fin matois.

—Aussi Ta-t-on pris conmie on prend les matois... au piège !

— Conte-nous cela, Abd' Allah; tu sais bien que la chose doit nous intéresser.

— Voici, ô Sidis :

« Une fois monté sur le trône, Ahmed invita tous ses partisans à une grande fête, Haçan comme les autres ; mais cette fête, ainsi que je vais le dire , cachait un piège.

• Ahmed craignait Haçan, et il avait résolu de s'en débarrasser comme de son oncle.

« A cet effet, et lors du dernier repas, il ût signe à Mesrour, son eunuque favori, de s'approcher.

« — Mesrour, lui insuffla-t-il dans l'oreille, lorsque Haçan sortira du palais, tu le suivras, et tu lui enfonceras ton djembie dans le cœur.

« Mesrour avait répondu :

« — C'est bien I mon maître : aussi vrai que j'existe, tes ordres seront exécutés encore ce soir. »

—Allah ! ce n'était pas rassurant pour le Mâhdy, interrompit Abû-Bekr-el-tioâni.

« — Aussi, je vous réponds, ô Sidis, répliqua Abd' AUah, que Tappétit lui manqua tout à coup, car, tout bas qu'eussent été prononcées tes paroles, il l'es 'avait entendues ainsi. que son voisin.

« Celui-ci s'aperçut aussitôt de la préoccupation de Haçan, et, au moment où ce dernier prenait de sa main une tasse pleine d'eau de rose , il lui glissa à son tour ces mots dans l'oreille :

« — Du courage! ou bien on va s'apercevoir que tu sais tout.

« — Haçan profita du conseil de son voisin en tâchant de faire aussi bonne contenance que possible.

« — Comment faire pour me tirer d'ici? demandat-il à Osman lorsque le repas fut terminé.

« Osman était le nom de son voisin.

« — ^Tu te retireras avec nous, lui dit-il ; on n'osera pas attenter à tes jours si tu n'es pas seul. D'ailleurs, je sortirai avec mon abbaye seulement, et tu pourras te servir de ma pelisse rouge, que tu vois accrochée au mur de cette salle.

« Cependant la fête touchait à sa fin.

« Ahmed congédia tout son monde^ et Haçaû se disposait à se retirer comme les autres convives.

« Personne ne mit empêchement à son départ, comme il s'y était attendu.

« Voilà qu'au moment où il allait franchir la dernière porte, il se sent frappé sur l'épaule, et, en se retournant, il reconnaît un négrillon attaché au service intérieur du palais.

« — Mon maître, lui dit celui-ci, m'a chargé de te dire qu'il voudrait t'entretenir en particulier.

« A ces mots, un frisson mortel le saisit.

« n lui semblait déjà sentir sur sa poitrine le froid de la lame d'un djembie.

• Pourtant, il n'y avait pas à reculer, et il dut se soumettre à sa destinée.

■ — ^Tu peux, reprit le négrillon, attendre Ahmed dans la salle où vous avez tous dîné ensemble.

• Haçan rentra dans cette pièce.

« Quelques esclaves y étaient occupés à la remettre en ordre.

« Au bout d'un instant, ils se retirèrent tous et le laissèrent seul dans la plus profonde obscurité.

« Après une demi-heure d'attente, une porte s'ouvrit, et, à la faible lueur d'un kandil (lampe), qtd éclairait une pièce éloignée, il reconnut le négrillon qui était venu lui parler de la part d'Ahmed.

« S'il n'avait été en ce moment sous le toit de son ennemi, il aurait cru sa dernière heure arrivée.

• Mais il ne craignait rien jusqu'à ce qu'il en fût sorti, car, comme on sait, nous n'oserions jamais faire assassiner dans notre maison un homme qui vientde rompre le pain et de manger le sel avec nous.

« — ^Haçan , lui dit le négrillon , Ahmed est en prières maintenant; il ne sera libre que dans une heure; et comme tu dois être fatigué, tu peux te retirer, si tel est ton bon plaisir.

t — Par Allah! lui répondit le Mâhdy, tu as un maître d'un cœur excellent ; remercie-le de ma part pour son attention envers un de ses indignes serviteurs.

« — Je ferai ta commission.

« En rentrant dans la salle du festin, Haçan avait aperçu la pelisse de son voisin Osman, et il l'endossa avant de partir.

■ — ^Tîens, dit-il au négrillon au moment de le quitter, voilà cinq thalans que je te prie de recevoir pour ta peine.

« L'esclave ouvrit deux grands yeux blancs, qui, malgré l'obscurité, illuminèrent la salle.

t n hésita pendant quelques instants avant d'accepter le batchich ; toutefois, il ne put résister à la tentation, et, ayant pris l'argent, il le cacha dans les plis de sa ceinture.

« Puis, voyant Haçan partir, il le rappela, se plaça devant lui, et lui dit :

« — Maître, est-ce qu'on peut t'adresser une question?

« — Parle, lui répUqua Haçan.

« — Eh bien! où vas-tu ce soir?

« — Je retourne dans ma grotte.

« — ^Et quel chemin suivras- tu pour t'y rendre?

« — Celui de la montagne.

« — ^n est bien difficile pendant la nuit.

« — Oui, mais il est le plus court.

« — Peu importe : mieux vaut que tu prennes celui de la vallée.

« — Pourquoi donc?

« — C'est qu'il y a un cheval mort au pied de la montagne; ime charogne peut porter malheur pendant la nuit.

« — Il est possible que cela soit ainsi pour toi; mais moi, je ne suis pas si superstitieux. Adieu.

« — Ainsi, tu t'obstines à vouloir passer par la montagne?

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« — Oui, c'est décidé.

« — Tant pis!.... mais je n'y suis pour rien.

« Ces derniers mots avaient été murmurés à voix basse.

« Haçan les entendit cependant.

« Mais, indépendamment de cela, il était bien décidé à suivre le chemin de la vallée.

« Néanmoins, il n'avait point voulu laisser voir au négrillon qu'il comprenait sa position, car qui sait si un remords de conscience ne l'aurait pas forcé à une révélation ^

« n prit donc, triste et craintif, le chemin de sa grotte.

En sortant du palais, il rencontra un salss, qui lui dit:

« — ^Bonne nuit, Osman ! qu'Allah t'accompagne I

m Bonne nuit, Osman, se dit^il en lui-même; il parait que le déguisement opère.

« Cependant, de peur d'être trahi par sa voix, il ne répondit que par une inclination de tête .

« Il avait fait environ un quart de lieue ; jusque-là, rien de réellement sérieux n'était venu l'arrêter,

« Bientôt il s'enfonça dans un torrent.

« Le sentier de sa grotte passait sur un de ses bords.

« Ce lieu était extrêmement dangereux.

« Aussi n'avançait-il qu'avec la précaution d'un renard ou d'un chacal.

• Heureusement, pour l'heure, il était protégé par un massif de nabacks , et ne pouvait étte aperçu

par des personnes qui se seraient trouvées sur l'autre rive.

« Arrivé à un endroit où le torrent contenait de l'eau, il entendit le son d'une crosse de fusil qui frappait un rocher.

« n porta toute son attention de ce côté et vit un Bédouin couché tout du long et gui se désaltérait avec le creux de sa main.

« Au même instant, une voix, partie de l'autre bord, disait au Bédouin occupé à boire :

« — Dis donc, pourquoi renifles-tu dans cette eau, comme un chameau qui n'aurait pas bu depuis dix jours?

« — Je n'ai rien de mieux à faire, répondit le buveur ; voilà deux heures et demie que nous attendons^ et rien ne paraît.

« —Tu sais bien qu'on nous a recommandé le silence .

« — Ce n^est plus nécessaire à présent ; à cette heure, il doit être loin ou avoir été tué par Mesrour.

« — ^Tant mieux ! c'est une triste mission ; je me sentirais très-heureux d'en être débarrassé.

t —Et moi aussi ; le sang d'un innocent retombe toujours sur la tête de celui qui le répand.

« C'était évidemment du Mâhdy qu'il s'agissait.

t En effet, le négrillon s'était trompé de voie.

« Le malheureux avait mal entendu.

« Un frisson convulsif parcourut donc tout le corps de Haçan et lui fit agiter une branche.

« Comme ce mouvement coïncidait avec la conversation des deux Bédouins, cela leur parut étrange.

• — N'as-tu rien entendu? dit à son camarade celui qu'il n'apercevait pas.

« —Si fait; les branches de ce naback ont remué.

« — ^Bienvrai?

• — Certainement ; c'est sans doute quelque renard qui va épier nos poules et nos canards ; nous ferions mieux d'aller les défendre que de rester ici à bayer aux corneilles.

« — Tu parles toujours comme une javotte.

« — Et toi connue un roquet ; tu aboies continuellement.

« Haçan crut que les deux Bédouins allaient se quereller, et il se disposait à profiter de leur dispute pour leur échapper ; toutefois, celui qu'il n'apercevait pas dit à l'autre :

« — ^Lâche un coup' de fusil dans ce fourré d'où est parti le bruit.

« — ^Pom-quoi faire? Pour abattre des feuilles ?

« — Non ; pour abattre un homme, s'il y est.

« —Poudre perdue.

« Cependant le Bédouin ajuste, lâche la détente et atteint le Mâhdy en pleine poitrine.

« Au cri poussé par celui-ci, tous les deux accourent et le trouvent étendu par terre et se débattant contre la mort.

« Us l'achèvent à coups de crosse ; après quoi ils lui coupent la tête et la portent en triomphe à Ahmed,

qui leur fit compter à chacun cinquante thalaris pour avoir bayé aux corneilles.

« Ainsi finit, ô Sidis, Haçan-le-Mâhdy. »

— Et ses trésors, demandai-je,que sont-ils devenus?

— ^Tout naturellementla propriété de l'assassin, qui, dès le lendemain, s'est dirigé suivi de son monde vers la grotte où, avec ime masse de richesses , il a encore trouvé quantité d'étoffes précieuses, d'instruments de physique ou d'astronomie et des jeunes filles de tout âge, qui lui servaient, ces dernières, à enfanter, à Taide du somnambulisme, ses révélations, et à faire croire ainsi à sa mission prophétique.

— ^Voilà des renseignements précieux , Âbd'AUah, et j'en prends acte; maintenant dis-moi de quelle manière tu t'es tiré de ton expédition secrète.

— Si je suis vivant, ce n'est pas sans peine, et j'en dois remercier mon ange gardien. Depuis Abû-Arisch jusqu'ici, où je suis déjà depuis cinq jours, je n'ai eu que six pains et des dattes à manger, et encore en très-petite quantité; j'ai été souvent obligé de m'abriter dans des broussailles pour éviter les partisans d'Ahmed, me cachant derrière les pierres et les rochers lorsque je sentais le besoin de me reposer; enfin, me voici en sûreté, mais cependant prçt à repartir tout de suite, s'il le faut.

—Repose-toi ici, fais^toi servir par Sélim tout ce que tu désires : ce soir tu te remettras en route.

Cela dit, je levai la séance, et Abù-Bekr-el-Doâni et Abd'AUah me quittèrent, celui-ci pour aller se res-

^mm

taiirer, celui-là pour aller faire la sieste, que je ne tardai guère à entreprendre aussi , de mon côté, mollement bercé par le doux chant des oiseaux qui voltigeaient de branche en branche autour d'un charmant kiosque que mon hôte m'avait assigné pour demeure au fond de son jardin, plein de fruits de toutes sortes.

« Ici c'étaient , suivant l'expression d'un poète persan, le rossignol qui fredonnait une chanson et la tourterelle qui remplissait de sa voix tout Tespace; là, le merle, qu'à son gazouillement on eût pris pour une créature humaine; et le ramier, semblable à un buveur déjà étourdi par le vin.

« Les fruits des arbres, offrant toutes sortes de nuances, étaient mûrs.

« Dans chaque espèce il y avait deux variétés.

« C'étaient :

« Des raisins, les uns rouges comme le rubis, les autres noirs comme l'ébène ; l'abricot entre la nuance de camphre et de noisette, et Tabricot du Khorassan; la prune, à la teinte pareille à la carnation des belles ; la cerise, à la vue de laquelle l'intelligence de tout homme demeure stupéfaite; la figue, entre le blanc, le rouge et le vert, et de plus belles nuances; la fleiu* de l'oranger, comme les perles et le corail ; la rose, qui par son incarnat causait un affront aux joues des vierges; la violette, semblable au soufre qu'on approche du feu; et le myrte, et la giroflée, et la lavande avec l'anémone, et toutes les feuilles, couronnées des larmes des nuages.

« La camomille riait et faisait voir son râtelier éclatant de blancheur, et le narcisse regardait la rose avec ses yeux noirs.

« Enfin, le citron rappelait le sein d'une femme, et le limon était comme une noix en or. »

Un peu avant trois heures, je me réveillai.

Un instant après, Abû-Bekr-el-Doâni revenait me trouver.

Il me vit tout pensif et m'en demanda la cause.

Pour toute réponse , je lui lus la lettre de Hussein.

— Mais il n'y a rien là-dedans qui doive t'inquiéter, que je sache, Hadji, me dit-il quand j'eus achevé ma lecture ; loin de là, même, je n'y vois que du bon, et pour toi et pour moi.

— Comment cela, Sidi?

— Mais tout simplement parce que tu vas être heureux en retournant auprès de Hussein, et que je t'aurai de nouveau pour compagnon de route.

— Tu tieos donc beaucoup à ce qu'il en soit ainsi?

— Certainement que j'y tiens, car un ami aime toujours voir son ami heureux et ne s'en sépai^er, quand il le faut, que le plus tard possible.

— Je te remercie de ces bons sentiments que tu me témoignes, mon cher Abû-Bekr-el-Doâni; mais ne tlllusionne pas, carjeneveuxpasretourneràAbù-Arisch.

— Quoi! tu refuses les offres de Hussein?

—Tout bel et bien.

—Tu as tort.

— Pas si tort que tu crois.

— Enfin, pourrais-tu me le prouver?

— A cela ne tienne, Sidi.

Ce disant, je le mis au courant de Tenchevêtrement d'intrigues dont le harem de Hussein, et surtout le parti turc de la Mecque, m'avaient entouré, intrigues suivies des deux côtés d'une tentative d'empoisonnement : du premier, pour avoir refusé la main d'une des filles du chérif; du second, pour avoir mis ce dernier en garde contre les sourdes menées de Stamboul, toutes choses que j'ai racontées tout au long dans mon Arabie Heureuse,

Quand j'eus fini de parler :

— Allah! ce n'était pas rassurant pour toi, Hadji, me dit le réis ; cela étant, je ne t'engage plus à retourner à Abù-Arisch : ne serait que le harem, la chose pourrait encore s'arranger; mais les Turcs! les Turcs

— Sont toujours à craindre, n'est-ce pas?

— Oui, car pour se défaire d'un homme, rien ne leur coûte; fi ! quelle race !

— Tu les détestes donc aussi, toi?

— Tu oses me faire cette question, Hadji?.... Dans ce cas, tu ne connais pas à fond les Arabes ou plutôt les Bédouins, ainsi que nous appellent les chastes enfants d'Osman?

— Si fait î si fait 1 je vous connais à fond, mon cher Abû-Bekr-el-Doâni; je sais que depuis que le monde existe vous n'avez pas changé ; que vous êtes et serez toujours le peuple chevaleresque par excellence, le peuple au caractère ferme et inébranlable, vindicatif mais juste; au moins vous prévenez votre ennemi

mmi

avant de lui porter le coup mortel, tandis que les Turcs, eux, l'assaillent à la dérobée, en traîtres, autrement dit.

— Oui, à la mode de Thyène ou du chacal.... Et pourtant, si l'on voulait bien s'entendre, il nous suffirait, comme à nos frères les Indiens à l'égard des Anglais, d'im rien pour les abattre; car, sache-le bien, la soumission du Hedjaz et de l'Inde, au sultan et à l'Angleterre, n'est que le résultat du désaccord que ceux-ci entretiennent parmi leurs habitants, de la jalousie et de la haine qu'ils savent semer à propos entre les chefs, de la crainte factice qu'ils inspirent et des sommes plus ou moins importantes qui, chaque année, rétribuent plus de dix mille chérifs ou émirs, selon leur degré d'influence et leurs bonnes ou mauvaises dispositions.

Cette libéralité, bien calculée, mais trop onéreuse pour les finances des dominateurs, s'étend même à beaucoup d'anciens employés de l'administration égyptienne et mongole, à tous ces hommes que leur fanatisme et leur influence peuvent rendre redouta- * blés; les trésors de Stamboul et de Londres se vident pour maintenir la prépondérance turque et anglaise sur deux pays faits pour s'administrer eux-mêmes, sur deux peuples conquérants qui ont conservé la tradition militaire, et qui, avec les mêmes armes qu'autrefois, le glaive et le Coran, n'attendent que l'occasion pour se lever en masse, se délivrer du joug et peut-être asservir leurs maîtres.

Une pai3^ acquise sttrisi à piix d'argent ne ^eùt durer

toujours, car les Arabes et les Indiens ne se soumettent qa'en apparence et calculent bien la faiblesse de ceux qui les gouvernent ; leur indépendance trouve un asile au milieu de leurs montagnes inaccessibles, où peu à peu ils entassent les capitaux de la Turquie et de l'Angleterre ; du jour au lendemain, ils peuvent tout détruire et se redonner un calife *.

Mais laissons cette question, qui nous mènerait trop loin, Hadji, et revenons à toi.

Tu me disais donc que tu ne retournerais pas à Abû-Arisch?

— Oui , Sidi.

—Cela étant, rien ne t'empêche, afin de me dédommager du plaisir que j'aurais à t'avoir de nouveau

1 Comme on le voit , cette prédiction paraît vouloir se réaliser aujourd'hui , et àv'ant peu, peut-être, TOrient sera de nouveau appelé à jouer un rôle dans l'Occident. Déjà la mémorable guerre de Crimée avait fait se retourner tous les peuples de ce côté. Voici maintenant que l'équilibre de l'Asie commence aussi à se rompre ; le statu quo asiatique, depuis longtemps vermoulu et lézardé , craque du côté de l'Inde. Tout, nous n'avons cessé de le dire depuis 1848, penche à l'islam. Nous verrons encore de grandes choses, car, quoiqu'ils disent, les Anglais ne sont pas au bout de leurs peines. La vieille barbarie asiatique n'est peut-être pas aussi dépourvue d'hommes supérieurs que notre civilisation le veut croire. Il faut se rappeler que c'est elle qui a produit le seul colosse que ce siècle puisse mettre en regard de Bonaparte, si toutefois Bonaparte peut avoir un pendant; cet homme de génie^ Indien et Tartare , à la vérité , ce Tipoo-Saïb , qui est à Napoléon ce que le tigre est au lion, le vautour à Taligle. (Voyez à ce sujet notre article inséré dans la Revue de VOrientj de l'Algérie des Colonies, numéro de décembre 1846, et ceux de M. A. D.B. de Jancigny dans \aL Revue des Deux MondeSi livraisons du 1" décembre 1853 et des 1" juillet et V août ikÛ.)

pour compagnon de route, de rester à Doân jusqu'à ce que je retourne à Sana?

— Sidi, répondis-je, tu as vu passer et tu vois passer tous les ans les bandes d'oiseaux voyageurs ; quand l'heure de leur départ a sonné, rien ne saurait les retenir. 11 en est de même de moi, et je te quitte samedi.

—Cela malgré le Ramadan?

—Le Ramadan n'est pas exigible de moi qui voyage pourvu qu'en retour je fasse chaque jour des aumônes aux pauvres, et, qu'une fois le mois terminé, je jeûne deux mois de suite ou affranchisse un ou une esclave.

— Reste au moins jusqu'à la fin du jeûne?

— Impossible, Sidi; voilà la saison qui s'avance, et je tiens à être à Mascate avant Tépoque des pluies.

— Enfin, tu réfléchiras; quanta moi, je conmience mon jeûne à partir de demain et le prolongerai jusqu'au 4 chaouâl, remplaçant ainsi par un nombre égal ces trois premiers jours que j'ai violés.

— A ton aise, Sidi; mais moi, je mange.

— Toujours piquant, toujours piquant, Hadji ; mais ce n'est pas tout : Que répondras-tu à Hussein et sur quoi baseras-tu ton refus?.... M'est avis que la chose n'est pas facile à dire.

— Rien de plus facile, au contraire, ainsi que tu vas voir.

J'appelai Sélim et lui dis de m'apporter mon pupitre de voyage.

Celui-ci sur mes genoux, je commençai incontineDt la lettre que voici :

« El-Hadj'Abd'el'Hamid'Bey à Htissétn-ben^Ali y sov/verain d'Abû-Arisch et du Théama,

« Qu'Allah répande sur toi ses grâces et sa bénédiction

« Très-cher Seigneur,

« La lettre dont tu m'as honoré^ datée du 14 châban, m'est parvenue le 3 ramadan.

« J'ai été très-content et satisfait de ce que tu m'y dis relativement à ma personne. Tes aimables paroles ont humecté le parterre de mon âme ; j*ai appliqué à mes yeux cette lettre écrite par ta main chérie, et l'ayant couverte de baisers, je l'ai placée à droite du chemin de mon cœur.

« Quoique en apparence je sois éloigné de toi, tu n'occupes pas moins mon souvenir, et sois persuadé qu'à mon tour je serai toujours honoré de ta gracieuse rencontre.

« La maladie qui m'a forcé de te quitter. Seigneur, m'a à peu près abandonné ; je dis à peu près, car, pour l'extirper complètement, il me faut encore pousser en avant pour trouver la distraction.

« Gela étant, j'ai le regret de t'annoncer qu'il p'est impossible d'obtempérer à l'aimable ofTre que tu m'as faite de revenir auprès de toi, afin d'aviser ensemble aux moyens de repousser ce traître d'Ahmed, qui, tôt ou tard,— je t'en avais prévenu pourtant, —devait te récompenser en ingratitude, ce qui ne lui portera pas bonheur, sois-en sûr et certain.

« Sois donc libre d'inquiétude-eirde soueis à son endroit, et ne crains, avec l'assistance d'Allah, ni malheur, ni revers, ni souillure, ni violence.

« Gomment d'ailleurs craindrais-tu?

« N'es-tu pas de ceux qu'Allah a distingués des autres par les avantages qu'il leur a accordés?

« Tes contingents sont nombreux et n'ont point encore été rompus par le choc des ennemis; tes guerriers portent des lances qui frappent des coups redoutables, et ils sont renommés dans tout TYémen ; ta cause est en même temps toute sacrée; tu ne combats ni pour faire des profits, ni dans la vue d'aucun avantage temporel, mais uniquement pour repousser une injuste agression.

« Sur ce, je prie Allah qu'il te conserve éternellement en bien, santé et satisfaction! Salut.

« Écrit à Doân, en Hadramont, le 3 ramadan 1261.

« El-Hadj-Abd'el-Hamid-Bey.

« P. S. — Mon cœur à ton fils, à ton neveu Abd'el- Méhck et à notre ami Yachya. »

Cette missive terminée, je la lus à Abû-Bekr-el- Doânî, qui m'en fit compliment.

Après quoi Abd' Allah vint la prendre et repartit.

Puis apparurent deux nègres apportant notre dîner, auquel succéda immédiatement le coucher, car nous étions les uns et les autres harassés de fatigue, et il y avait de quoi, n'est-ce pas?

Les ablutions. — IiS Ramadan. — L'aumône. — Doân

ou Raschld.

Le lendemain, mardi 5 septembre i844 (4 rarnor dan 1261), au point du jour, je fus réveillé par un grand bruit de crécelles et de voix qui semblait partir du haut des airs.

C'étaient les muezzins qui, des galeries^ des minarets, appelaient les Dodnites à la prière et les avertissaient que leur jeûne quotidien était commencé.

A ce signal, tout le monde se leva et fit ses ablutions, la loi musulmane ne permettant, comme on sait, Texercice d aucun acte religieux auparavant cellesci, c'est-à-dire avant de s'être préalablement lavé de toute souillure corporelle, cela pour rappeler à l'homme qu'il doit s'adresser au ciel avec un cœur sincère et exempt de tout mauvais penchant.

Cette obligation est si rigoureuse, qu'à défaut d'eau,

il est pennis d'employer de la terre ou du sable.

C'est ainsi que cela se pratique dans le désert.

Voici du reste ce que dit le Coran, sourate (chapitre) de la Table^ relativement aux ablutions :

« 0 croyants, avant d'entreprendre aucune dévotion, lavez-vous le visage et les mains jusqu^aux coudes ; essuyez-vous la tête et les pieds jusqu'aux talons. Lorsque vous serez malades ou en voyage, frottez-vous le visage et les mains. »

Il y a deux sortes principales d'ablutions :

Vabd'est et le g'houls.

L'abd'est est Vablulion ordinaire, et consiste à se laver trois fois de suite les mains, Tintérieur de la bouche et des narines, le visage, les avant-bras, la tête, l'intérieur des oreilles, la nuque et les pieds.

Outre la terre ou le sable en usage dans le désert, on peut encore pratiquer l'abd'est en se frottant avec les mains, après les avoir appliqués sur une pierre.

C'est ainsi, quand l'eau douce est rare, que se font les ablutions des marins délicats dans les navigations, parce qu'ils regardent celle de la mer comme étant impure et entièrement inutile pour cet usage.

Cette sorte d'abd'est, ainsi que celle avec la terre ou le sable, s'appellent particulièrement uAemmovm.

Le g'houls est le bain complet que tout musulman doit prendre, en temps ordinaire, au moins trois fois par semaine, et chaque fois qu'il a eu des rapports avec ses femmes ou ses esclaves.

En Ramadan, il doit être pratiqué tous les jours

avant la première prière, vu que, pris ainsi, il purifie jusqu'aux souillures spirituelles.

Le jeûne du Ramadan commence dès l'instant où le premier quartier de la lune nouvelle se dégage des rayons du soleil couchant.

La déclaration de deux témoins, qui attestent ravoir vu, suffit pour faire proclamer l'entrée dans l'époque d'abstinence.

« 0 vous qui croyez ! a dit le Prophète, le jeûne est obligatoire pour vous comme il l'a été pour V09 pères ; — craignez Allah ! La lune de ramadan, pendant laquelle le Coran est descendu sur la terre pour guider les hommes dans la voie du salut, est le temps destiné au jeûne. Celui qui Taperçoit dans le ciel doit se disposer à Tabstinence. 11 vous est permis de manger et de boire jusqu'au moment où, à la lueur du crépuscule, vous pouvez distinguer un fil blanc d un fil noir : alors commence le temps d'abstinence jusqu'au coucher du soleil, et, durant cet intervalle, n'approchez pas de vos femmes, mais livrez-vous à des œuvres de dévotion dans les mosquées. Le malade et le voyageur, tout en faisant leurs aumônes aux pauvres, compenseront plus tard le jeûne qu'ils ne peuvent accomplir; le premier, par un nombre de jours égal à celui pendant lequel il en aura négligé l'observance ; le second, par un nombre de jours double, ou en affranchissant un ou une esclave. »

Ces versets de la deuxième sourate du Coran, intitulée : La Vache^ ont déterminé les principales dis-

positions de la sévère abstinence imposée aux musulmans par Mahomet.

Pour entrer de fait dans le Ramadan, il faut y entrer d'intention et s'être proposé la veille de jeûner le jour suivant; autrement, et bien qu'on jeûnât ce jour-là, le jeûne ne serait pas compté.

Tant que dure la période d'abstinence, les affaires sont suspendues.

Les inimitiés cessent et les familles se réunissent.

Celui qui jeûne, homme ou femme, ne peut goûtera

aucun mets, ni à ceux qu'il prépare, ni à tout autre.

* Il ne peut se servir d'aucun remède pour les dents

ni avaler sa salive ; car, toute chose, si minime qu'elle

soit, qui entrerait dans l'estomac, romprait le jeûne.

La fumée du tabac elle-même, non-seulement celle qu'il aspirerait en fumant, mais encore celle qu'il respirerait en compagnie de fumeurs, le mettrait en faute.

Tout commerce amoureux lui est interdit, jusqu'à celui des paroles et des regards.

Aussi, pour ne point succomber aux tentations, les plus fervents appellent41s, durant le jour, le sommeil à leur aide.

Toute porte se clôt, toute fenêtre se ferme, tout être vivant disparaît.

Il faut, pour rompre le charme, pour revivifier cette léthargie, que le bruit des crécelles et la voix des muezzins attestent Tévanouissement de l'astre roi.

Alors, la nuit vient autoiser des festins où la tempérance n'est pas toujours de rigueur.

Le Bamadan est obligatoire pour tous les musulmans en général, hommes et femmes.

En sont totalement dispensés les aliénés, les mi* neurs, les vieillards faibles, la femme enceinte, en couches, qui allaite, ou qui n'a que son travail pour vivre.

Toutefois , le jeûne tombe-t-il au moment des fortes chaleurs, tout le monde peut boire, mais à la condition de faire également des aumônes aux pauvres et de jeûner plus tard pendant autant de jours qu'on en aura violés.

Sauf ces cas réservés de maladie et de voyage cités plus haut , d'aliénation mentale , de minorité , de vieillesse, de grossesse, de couches, d'allaitement, de travail forcé, de canicule, la personne qui enfreint le Ramadan peut être bâtonnée, emprisonnée, frappée d'une amende.

Telle est, en substance, la loi qui règle Tobservance du jeûne chez les musulmans.

Quant à moi et aux nûens, nous en étions quittes pour cette fois.

Aussi, à rheure habituelle, vis-je arriver notre déjeuner, qui nous fut apporté par les mêmes escla* ves qui nous avaient servis la veille.

Ce troisième repas achevé, j'expédiai Mohammed au plus proche caravansérail, avec mission d'acheter quelques provisions et de les distribuer aux pauvres qui stationnaient déjà devant la demeure de mon hôte, quoiqu'ils n'en pussent, comme tous les jeûneurs, faire usage qu'après le coucher du soleil.

Ne faisant point Ramadan, vu que je voyageais, je devais en retour et comme de juste faire chaque jour des aumônes, et, une fois le mois terminé, jeûner deux mois de suite, ou affranchir im ou une esclave, je le répète.

« 0 croyants! donnez aux pauvres une partie des biens qui vous ont été accordés par nous^ avant que le jour vienne où il n*y aura plus ni vente, ni achat, où rintercession sera insuffisante. Ceux qui répandent leurs trésors dans le sentier d*Âllah sont semblables à la semence de froment qui, confiée à la terre, produit sept épis, dont chacim donne cent grains. Ceux qui répandent leurs trésors dans le sentier d'Allah et qui ne font pas acheter leurs bienfaits par des reproches trouveront leur récompense dans le Seigneur ; ni la crainte, ni TafOiction ne descendront sur eux. L*honune qui donne et qui reproche son bienfait ressemble à la colline rocheuse à peine recouverte d'une légère poussière ; si Teau du ciel vient à tomber, elle n'y laisse qu'un roc sténle. Celui qui donne pour plaire à Allah ressemble au jardin planté sur la pente adoucie d*un coteau ; les pluies Tarrosent et ses arbres portent une double récolte. 0 croyants ! donnei de vos mains les meilleurs des fruits que vos travaux ont demandés à la terre. »

Telles sont encore les paroles du Coran touchant raumtoe.

Aussi celle-ci est-elle considérée par tous les musulmans comme d obligation divine, et ce grand précepte de n^am, si bien d accord avec l'hospitalité

généreuse des ancieDS Aiai*.

gligé, même par les bcmmer- ~;.

très vertus.

Pour ceux qu'un peDâiBC m rêterait dans raccomi-isBemi religieuse a réglé jnsni. an: xj-mône obligatoire.

Toute propriété. Unot Tt-L,^" dlme aumûnière.

Les troupeaux, ist-Tv:'.:^ mobiliers doivent i ces pauvres ne p de peur qu'un s rer des parents â de luu ■ ^

La distribution âf ' nmz- .

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liciter à son profil tui r quotidien,

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Sous le litre d" jours de fête, les ileu.* t^- .

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indigents, leeWakl. t-, lions pieuses dont i- r.i^^ priéte absohie «u »< .-^

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et le réis que le soir, l'un et l'autre , comme tout le monde, étant à leur Ramadan.

La ville de Doân, appelée aussi Raschîd (17° latitude nord, 47» 25^ longitude est), est située dans une sorte d'entonnoir formé par des montagnes bien boisées, d'où descendent plusieurs torrents , qui arrosent la campagne et fournissent une très-bonne eau.

Sa population est de deux à trois mille âmes^ dont les Sabéens, les Banians et les Juifs forment le quart environ.

Ces derniers sont tous très- laids et très-mal propres ; ils ne vont que pieds nus , sans doute pour s'éviter la peine d'ôter trop souvent leurs chaussures en passant devant une mosquée ou devant la porte d'un haut personnage , obligation qui leur est imposée, comme on sait.

Ils sont vêtus d'une mauvaise fouta de laine et d'un manteau de couleur sombre trés-sale, qui ne vaut guère mieux.

Ce manteau leur passe sous l'aisselle gauche et vient s'attacher sur l'épaule droite.

A l'exemple des Arabes du pays, ils laissent pousser leurs cheveux.

La plupart sont brocanteurs.

Quelques-uns font des brodequins et des nattes eu feuilles de palmier.

Ils prêtent leur argent à intérêt usuraire aux marchands qui font le commerce de Sana, de la mer des Indes et du golfe Persique, et n'y vont jamais euxmêmes.

Tous ces Juifs éviteut de paraître riches , car les musulmans ne manqueraient pas de les rançonner.

D'ailleurs, non-seulement ils payent tribut à ceuxci et au nagtb, mais ils sont encore sans cesse harcelés par les Arabes nomades.

Voilà ce que sont aujourd'hui, sous la verge islamique, les descendants du prophète Isale et du grand roi Salomon.

Par un xjhénomëme qui ne peut s*eipUquer que par la différence des occupations , les femmes juives ont échappé à la dégénération physique dont les hommes sont frappés.

Elles sont aussi belles et aussi propres qu'ils sont laids et dégoûtants.

On ne saurait voir nulle part des têtes plus parfaites, plus idéales, et Ton se demande avec surprise comment de tels pères peuvent engendrer de telles filles.

La beauté des Juives , comme la laideur des hommes, a un cachet originel qui ne se retrouve en aucun lieu.

C'est ridéal oriental uni à la finesse européenne, le point où les deux types se rencontrent et se confondent.

La délicatesse des traits est surtout remarquable, et la coupe du visage , sans être ni la coupe grecque, ni la coupe romaine , participe de Tune et de Tautre.

Elle est moins pure que la première, elle est plus gracieuse que la seconde.

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Toutes les Juives ont de beaux yeux noirs pleins de flamme, et la peau très-blanche; elles sont de moyenne taille, mais sveltes et bien faites.

Gomme les femmes arabes de notre conquête algérienne, elles portent la robe appelée djebba, qui a moins d'ampleur, et dont la couleur, comme celle du vêtement des hommes, est sombre.

Cette robe, chose qu'on ne remarque point chez les premières, est serrée à la taille par une ceinture faite avec une étoffe de soie brochée d'or ou d'argent, plus ou moins riche, cousue comme im fourreau et formant im long cylindre qu'on emplit de laine.

Les jeunes flUes portent leurs cheveux à longues tresses comme les Bernoises ; les femmes mariées les coupent ou les cachent.

Les unes et les autres sont chaussées de pantoufles jaunes, brodées en or ou en argent, comme la ceinture ; mais aucune n'a de bas.

Leurs oreilles sont percées à deux endroits.

Elles portent de petites perles ou des pierres précieuses à la partie la plus élevée de l'oreille,* et de très-grandes boucles , artistement travaillées, à la partie inférieure.

Elles ont sur le cou des colliers de grains, des anneaux d'or et d'argent aux doigts, des racelets aux bras et au bas des jambes.

Les plus riches ont des chaînes d'or en guise de ceinture.

Les Juives sortent peu, et leur vie, celle des jeunes ftUes surtout, est très-sédentaire.

Elles passent^ ces dernières, toute leur journée à tisser de la soie ou à broder; celles qui ^ont mariées, à vaquer aux soins du ménage, tandis que leurs pères, leurs frères et leurs époux fraudent et trafiquent.

La ville de Doân, ou Raschld, a de loin l'apparence d'une place fortifiée.

Elle est entourée, en effets d'épaisses murailles^ moitié en briques cuites au soleil, moitié en terre torrentielle (tehby) battue avec de la chaux, flanquées de tours carrées de distance en distance, et percées de' deux portes (Bab-Mekka et Bah-Hadramaut)^ regardant, la première, le nord-ouest, Fautre, le sud.

Une énorme citadelle , demeure du nagîb et située au centre de la ville, conmiande toute cette enceinte, qui embrasse une circonférence d'environ deux lieues, et tout cet espace est en partie couvert de ruines ou transformé en jardins.

Le reste compose Doân, dont les rues, contrairement à celles rencontrées dans la presque généralité des autres villes arabes, sont larges, propres et spacieuses.

Plusieurs de ces rues sont couvertes par des espèces de voûtes, qui réunissent des deux côtés la partie supérieure des maisons et forment de véritables souterrains, comme la grotte de Pausilippe ou les sombres galeries du Simplon.

Ces obscurs couloirs ont des portes ou des grilles qui ferment la nuit, de manière qu'alors la ville se trouve divisée en plusieurs quartiers, qui ne peuvent

nullement communiquer les uns avec les autres.

D autres rues sont couvertes de treilles, et cette verdure inattendue y entretient une précieuse fraîcheur.

Les maisons sont assez élevées et construites, les unes en pierre et en brique, les autres simplement en bois.

Ces dernières sont les esches.

Celles en pierre ou en brique ont des terrasses charmillées, et toutes, au premier étage, ime saillie qui contribue aussi beaucoup au rafraîchissement des rues.

Chacune de ces constructions se compose d'une cour entourée de colonnes, qui soutiennent des arcades et qui forment des corridors au rez-de-chaussée et au-dessus.

C'est par ces corridors qu'on entre dans les chambres attenantes, qui, habituellement, ne reçoivent le jour que par la porte, à laquelle on a soin de donner beaucoup d'ouverture.

Ces chambres sont très-longues et très-étroites.

Le plafond, fait de planches, est extrêmement haut, sans aucun ornement dans les maisons ordinaires.

Dans quelques autres, les plafonds, les portes des chambres et les arcades de là cour sont ornés d'arabesques en relief, peints en toutes sortes de couleurs.

Le sol de toutes les pièces et celui de la cour sont en briques, et, dans les maisons riches, en carreaux de faïence ou de marbre, formant des dessins variés.

Doân renferme une dizaine de mosquées, qui tou-

-estes se ressentent encore un peu de roccupation des Wahabytes, et deux ou trois bains publics.

Au contraire de Mareb et des autres lieux rencontrés depuis, la majorité de ses habitants musulmans est Sonnite.

Leur principale mosquée s'appelle Dâr-el-Ulm.

On y voit ime masse de piliers et un grand nombre de portes couvertes d'arabesques.

Au milieu de la muraille du fond, qui regarde le nord-ouest, se trouve la niche (michrâb) dans laquelle l'iman se place pour diriger la prière.

Au côté gauche, on aperçoit le petit escalier, ou la tribune appelée el-menbar^ pour la prédication des vendredis.

Comme dans les autres temples de Tislam, il n'y a aucun ornement de peinture, et le sol est couvert de nattes.

Ddr-el-Ulm, garnie d'un très-beau minaret, est située presqu'en face de la citadelle.

C'est le sanctuaire le plus vénéré du lieu, et il sert d'asile aux malheureux persécutés par le despotisme.

Tout à côté se trouvent plusieurs cours ornées de belles fontaines et entourées d'arcades et d'habitations richement dotées , servant , les unes d'écoles (mektib)^ les autres de retraite et d'hôpital pour les pauvres et les aliénés.

Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'une partie des fonds destinés à ces habitations a été léguée dans le but de soigner et d'enterrer dans l'hôpital les grues et les cigognes malades ou mortes/

On croit, à Doân^ que les graes el les cigognes sont des hommes de quelques contrées éloignées qui, à une certaine époque de Tannée^ prennent la forme d'oiseaux pour venir dans le pays ; qu'à un moment donné ils retournent chez eux, et redeviennent hommes jusqu'à Tannée suivante.

C'est pourquoi on regarde comme un crime de tuer ces oiseaux, au sujet desquels on fait mille contes absurdes.

Quant aux bains publics, ils sont composés de différentes pièces graduellement plus chaudes les unes que les autres.

Dans toutes ces pièces on trouve des vases qui reçoivent continuellement de l'eau chaude.

Il y a aussi des cruches pour faire les ablutions légales.

La température des bains est de 32 à 40 degrés Réaumur.

Toutes les pièces sont voûtées et sans fenêtres.

Elles ont seulement de petites ouvertures au toit pour recevoir le jour, et ces ouvertures sont fermées par des verres de couleur.

Le sol est très-bien carrelé.

Xes bains sont ouverts au public toute la journée.

Les hommes y vont le matin, les femmes le soir.

Enfin, tout à Tentour de la citadelle, règne une vaste place où se tient, deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, le marché, ou souck, et sur laquelle s'élèvent les fondoucks, ou caravansérails, intérieurement et extérieurement entourés d'innombrables

étalages de toute sorte, espèces d'antres noirs creusés dans le mur, sans porte, avec une fenêtre à hauteur d'appui, où la marchandise est étalée, et par laquelle on sert le chaland, qui reste en dehors.

Pour leur sûreté pendant la nuit, on lâche des chiens sur la place, et ces animaux, dressés exprès, font leur service avec une telle ardeur, que si des hommes couchés de distance en distance ne les surveillaient pas, ils dévoreraient, corfime à Stamboul, les passants que le hasard ou quelque affaire conduirait vers le lieu confié à leur garde.

Les habitants de Doân et de son oasis, ces derniers au nombre de dix à douze mille environ, sont trèsindustrieux, grands commerçants et cultivateurs.

Dans les fondoucks, chacun apporte le fruit de son travail.

On y voit en abondance des couvertures de laine et en poil de chameau, des foutas, des sommadas, des pagnes, des souliers, des abbayes, des nattes, des ustensiles en cuivre, de la faïence, des objets de sellerie, de la bijouterie, de Torfévrerie, etc.

La campagne est très-fertile, parsemée de villages et de bourgades presque en vue les ims des autres, et nourrit de nombreux troupeaux de chameaux, de bœufs à bosse, de chèvres et de moutons.

La population est divisée en plusieurs catégories :

Les hommes qui travaillent à la journée ou au mois, soit pour la culture des terres , soit pour tout autre ouvrage, sont regardés comme appartenant à la dernière classe.

Ceux qui se croient d'une condition plus relevée, les guerriers autren[ient dit, qui sont en nombre considérable ici, les traitent comme des êtres inférieurs.

Il y a aussi à Doân beaucoup d'esclaves nègres, et quelques Mouëllets , ou mulâtres.

Pendant que les hommes font les voyages de Sana, de la mer des Indes et du golfe Persique, ou cultivent la terre, les femmes s'occupent à faire des cordes avec de Therbe, pour attacher les bagages et pour tirer Feau des puits dans le désert.

Elles filent la laine et le poil de leurs moutons et chameaux, avec lesquels elles tissent des couvertures et Tétoffe pour faire les tentes.

Elles travaillent la soie, le cuir, le tannent, font des chaussures pour leurs maris, et consacrent le reste du temps aux soins du ménage.

Comme dans tous les pays musulmans, elles ne mangent pas avec les hommes.

"(^ tm.^m

XXXYIII

L*HadramoBt.

Doân, ou Raschîd, est encore aujourd'hui une des principales et des plus grandes villes de THâdramont.

C'est probablement la Dan dont parle Ëzécbiel, chapitre XXVII, v. 19.

Partout on y rencontre laisance et le bien-être, ce qui, après Schibâm et Térim, la fait placer au premier rang des cités de cette partie de TArabie dont le nom d'Hadramont, en langue du pays Hadramaut, mot qui littéralement traduit veut dire promptitude de la mort , a trait à la facilité avec laquelle les meurtres s'y commettent.

En effet, donnez seulement une ou deux piastres ou gourdes d'Espagne, la valeur de dix francs quatrevingt-six centimes de notre monnaie , à un Hadra-

mite, et, en un clin d'œil, il vous aura débarrassé de votre homme qui, s'il a le bon esprit de lui offrir préalablement le double ou le triple , vous verra, au contraire, tué à sa place.

L'Hadramont s'étend à Test du Mareb, et le long de la côte de Tocéan Indien, jusqu'à l'Oman, si, de même que cela a lieu pour le Théama et l'Yémen, Ton y rattache le pays de Mahara^ compris par les anciens dans cette division de l'Arabie à laquelle ils avaient donné le nom d'Heureuse.

Ses cités étaient mieux connues du temps de Strabon que de nos jours.

Après Doân, Ghadûn, petite ville située sept lieues plus loin (sud-est) et où sont enterrés les nagibs de Raschîd, et Hadramaut, — YHadrama d'Edrissi {IB® 4' de latitude nord, 47o 20' de longitude est); Niebtilir y cite plus de vingt villes dont.il n'a pu apprendre que le nom.

Mais il croit observer dans ces noms, comme nous le verrons de nouveau par la suite, une grande ressemblance avec ceux que les anciens historiens ou géographes nous ont transmis.

L'Hadramont se rapproche encore beaucoup de l'Yémen et du Mareb par le sol, les produits et la configuration du terrain.

Les collines y sont fertiles et les vallées bien arrosées.

Le terrain le plus productif se trouve dans Tintérieur du pays, aux environs d'Aïnad, arrosé qu'il est, on Ta déjà vu, je crois, par une multitude de torrents.

On y brûle tous les ans, avant les pluies d'automne, les chaumes, qu'on laisse assez longs.

Cette préparation et les excréments des bestiaux sont le seul engrais que le sol reçoive.

Il exige peu de travail, et le labeur se réduit, comme à Mareb, à le gratter si superficiellement que le soc de la charrue pénètre à peine à quatre pouces de profondeur.

Les orangers, les pistachiers, les citronniers et les caféiers poussent en pleine terre.

Cependant, il y en a des plantations magnifiques qu'on a soin d'arroser pour les rendre plus fertiles.

Le caféier est toujours vert.

Sa hauteur ordinaire est de douze à quinze pieds ; ses branches sont élastiques, son écorce rude et d'une couleur blanchâtre.

Ses fleurs ressemblent à celles du jasmin et répandent un parfum agréable.

Lorsqu'elles tombent, les fruits les remplacent, d'abord verts, puis rouges et semblables, quand ils sont mûrs, aune cerise.

Deux graines enveloppées d'une fine pelure se trouvent sous la cosse.

On fait deux ou trois récoltes par an, et il arrive souvent, pom* le caféier cooune pour Toranger, de voir des fruits et des fleurs sur le même arbre.

La première récolte, qui se fait ordinairement au mois de mai, produit la meilleure qualité de café.

On secoue la fève sur une nappe étendue sous l'arbre, on la fait ensuite sécher à Vardeur du soleil,

et i l'aide d'un rouleau pesant de bois ou de pierre, ou sépare la graine de la cosse.

C'est dans rïémen surtout que le café acquiert toute la saveur dont il est susceptible et vient en abondance, ce qui n'a pas lieu pour le Mareb et l'Hadramont, où il suffît tout au plus à la consommation des amateurs, qui sont donc forcés, pour peu que cette consommation aille bon train, de le faire venir de Sana ou de Moka.

Les vignes sont élevées en forme de treilles, à cinq ou six pieds au-dessus du sol.

Les Bgues sont très-bonnes dans une partie du pays.

Mais, à mesure qu'on approche du sud, à peine sont-elles mûres qu'elles sont pleines de vers.

La chaleur du jour et les rosées de la nuit contribuent i. cette prompte corruption.

Les pastèques, par la même raison, sont rarement mangeables.

Elles n'ont qu'un instant de maturité, qui passe si rapidement qu'on a de la peine à le saisir.

On cultive les pastèques dans tout lUadramont, et il est des conirées où elles sont excellentes.

Les abricots, les poires et les pommes viennent asseï bien.

Mais le plus souvent ces fruits semt tpès-mùdiocres.

Ils ont peu de sHi- ei jieu depoft;.

Sur le versant de ipielques iu^ll ;i^i.eB, ou J des pins, des codrïs ei de vastes foi de papayers , df cocotiets «td'ai

L'arganier est un arbre épineux, d*une forme irrégulière, qui donne une espèce d'amande très-dure, couverte d'une écorce astringente comme celle des noix.

Son fruit consiste en deux amandes âpres et amères, d'où Ton extrait une huile précieuse pour la friture.

Quand les habitants font cette récolte, ils amènent leurs chèvres sous les arganiers.

A mesure qu'on en abat les fruits, ces animaux les dépouillent de leur écorce qu'ils mangent avidement.

Dans certaines parties, on récolte des amandes-

dont l'espèce est petite, ce qui tient à ce qu'on ne soigne nullement les arbres, qui s'abâtardissent avec le temps.

Du côté de Mokallâh , il y a des bois de chênes-liè ges et de chênes verts {quercus ballota) qui produisent, ces derniers^ des glands doux, de prés de deux pouces de long.

Ils ont le goût des châtaignes^ et quelques Hadramites les mangent crus ou cuits.

Quant aux palmiers, ils existent partout en grand nombre, et leurs fruits, sains et savoureux, forment la principale nourriture de la basse classe.

— Nous vivons, dit celle-ci , de nos dattes , comme ceux qui possèdent vivent de leurs troupeaux et de leur conunerce ; c'est la tête de notre fortune.

On sait que le palmier joue un rôle important dans la poésie orientale.

Sa tige élégante et flexible a de tout temps servi

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de comparaison à la taille svelte, aux formes élancées des jeunes habitantes du désert.

Un grand nombre de variétés ont chacune leurs partisans et jouissent d'une estime particulière, selon la grosseur du fruit, son abondance ou sa qualité.

Celle qui est préférée dans THadramont est celle que Ton appelle Méryem (Marie), nom dont Torigine me fut racontée ainsi qu'il suit :

« La Vierge Marie (le Coran en parle comme la Bible) s'était retirée dans le désert et assise sous un palmier.

« Surprise là par les douleurs de l'enfantement, ' elle sanglotait et se pâmait de besoin lorsque l'Ange du Seigneur lui apparut et lui dit :

« — Ne t'afflige pas, Marie; secoue l'arbre, mange le fruit , bois et lave tes yeux. »

La superstition arabe , d'accord avec le Coran , ajoute que Marie dans ses angoisses s'écriait :

« — Oh ! si je pouvais seulement avoir une datte. »

t Aussitôt l'exclamation de sa bouche virginale alla se graver dans l'intérieur des fruits, et tous, depuis lors, portent une marque circulaire semblable à la lettre 0, qui se voit en effet sur tous les noyaux de dattes. »

Après tous ces végétaux que je viens de citer, je mentionnerai encore comme les plus utiles et les plus commims :

Le safran, le thuya, et d'autres arbres résineux; la canne à sucre, le maïs, le dourâh, le blé et le chanvre ; le myrte commun (gommam) et la meloukia ou khobbaïza (corchorus olitorius) , auxquels les méde-

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cins arabes attribuent des propriétés fébrifuges et calmantes ; la casse (cassia fistula), regardée par les mêmes comme le remède le plus puissant contre ladyssenterie et autres affections intestinales si dangereuses dans les pays chauds; la coloquinte {elhendal) ; le ladanum (cystus arabicus) ; le surnag, qui passe pour aphrodisiaque; le genévrier (arar)] le frêne, qui produit la manne ; le terfez^ semblable à la patate, et dont les racines portent des tubercules amylacés de la grosseur d'une orange ; Taloès, la stapélie, le cotonnier, le baumier de la Mecque [opobalsamum); le henné, le séné, le tabac, le doum ou palmier nain (chamœrops humilis).

Cette dernière plante est un des végétaux les plus recherchés par les Hadramites.

Les muletiers, les pâtres, les conducteurs de chameaux en ramassent les feuilles, et, chemin faisant, ils en font des tresses et des cordonnets dont ils forment des paillassons, des corbeilles, des cordes, etc.

Le doum, qu'on emploie aussi pour faire du feu, produit un fruit douceâtre et résineux, qui mûrit en septembre et octobre.

Il a la forme d'un raisin dont chaque grain a un noyau.

Ce fruit est astringent et tempère les effets des fruits aqueux et laxatifs, dont les habitants font souvent un usage immodéré.

Quant à la faune de l'Hadramont , elle est la même que celle du Mareb.

Je me dispense donc d'en parler.

Enfin le pays de Mahara , cité plus haut, est habité par des Arabes de race mélangée.

Les dromadaires que produit ce pays n'ont pas, dit-on, leurs pareils en vitesse.

On parvient même à leur faire comprendre ce qu'on veut d'eux, et on leur donne des noms par lesquels on les appelle.

Us viennent et obéissent à la voix sans le moindre retard.

C'est d'eux qu'est venu le nom de Mahara , pluriel de Mehéri, donné au pays.

Les principales villes du Mahara sont Hasec et Harmin.

Le langage de ses habitants est tellement covrompu qu'on a de la peine à le comprendre.

C'est un dérivé de l'ancien himyârite.

Cette contrée est très-pauvre ; ses seules ressources consistent dans le commerce des chèvres, des moutons et des chameaux, dans le cabotage et parfois la piraterie ou le pillage des caravanes.

Les Arabes du Mahara (anciens Maranites des Grecs) nourrissent leurs iroupeaux de poisson qu'ils pèchent dans la mer des Indes et qu'ils leur donnent après 4'avoir fait sécher au soleil.

Ils ne connaissent ni le blé ni le pain.

Ils vivent de poisson, de dattes, de laitage, et ne boivent que très -peu d'eau.

Ils sont tellement accoutumés â ce régime que, lorsque voyageant dans ime contrée voisine, ou les

recevant des caravanes ou des boutres de passage, il leur arrive de manger trop souvent du pain ou des sul}stances farineuses , ils en sont incommodés , et tombent quelquefois sérieusement malades.

Leur pays se compose presque en entier, comme le désert d'Akhâf , de sables mouvants, qui le changent en un steppe aride, et encombrent la grande route qui le traverse, au point d'intercepter souvent les communications.

Aussi les marchands du Mareb et de FHadramont qui se rendent dans l'Oman s'y aventurent-ils rarement, et s'embarquent-ils presque toujours, une fois arrivés à Mokallâh, sur des boutres qui les transportent plus sûrement et à moins de frais et de souffrances à destination.

Ceci dit sur THadramont et les Maranites, j'aborde la question des Hadramites en général.

Les Hadramites.

Les Hadramites, Hadrâmy des Arabes et connus des Grecs sous le nom de Chatramotites, sont une fraction de l'ancien peuple himyârite, descendant de Djoram, l'un des quatorze fils de Jectan et YHadoram de la Bible.

De même que les Cahlanides, les Sabéens^ les Ehusites, etc., on les a longtemps confondus avec les Arabes proprement dits (Mostarabes)^ descendants d'Ismaël, fils d'Agar et d'Abraham.

Cependant, ils sont loin de leur ressemblef .

Les Arabes ont les cheveux et les yeux noirs.

Les Hadramites ont souvent les yeux bleus, et généralement leur teint est plus blanc que celui des Arabes.

Les Arabes ont le visage allongé et le cou loDg«

Les Hadramltes ont le visage carré et la tête rap. prochéedes épaules.

Les Arabes se couvrent excessivement la tête.

Les Hadramites Tout à peine couverte.

Les Arabes sont ordinairement enveloppés de leur abbaye, et ne Tôtent que pour travailler.

L'abbaye est peu en usage chez les Hadramites.

Ceux-ci sont le plus souvent vêtus d'une simple tonique de laine.

Quand ils travaillent, ils mettent un grand tablier de cuir, et, dans cet accoutrement, ils ressemblent assez à nos anciens forgerons.

Tandis que les Arabes sont paresseux, les Hadramites haïssent Toisiveté.

Quand la terre natale ne peut suffire pour faire vivre tous ses enfants, qui sont très-nombreux, attendu qu'on en compte déjà 150,000 sédentaires et 350,000 nomades de Doân à Kubr-el-Houd, sur la montagne de ce nom (hauteur au-dessus du niveau de la mer : 306 mètres) , près d'Aïnad; alors, dans THadramont comme en tout pays de montagnes, quelque membre de la famille émigré pour une saison, pour des années.

Il descend dans la plaine et loue ses bras pour la récolte et le labour des terres.

n pénètre dans les villes et devient portefaix, manœuvre, maçon, gâcheur de mortier, journalier.

Dans ces phases nouvelles, et toujours transitoires, de son existence, il reproduit les mœurs et les qualités des Auvergnats et des Savoyards, dont il est le type asiatique.

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Parfois aussi, comme les Suisses dans notre Europe, il se met à la solde des petits princes arabes du Hedjaz, de TYémen, de l'Oman et du Nedjêd.

On le trouve dans toutes les villes de l'Arabie, coudoyant son cousin de l'Yémen et du Mareb, et grossissant, par une sobriété à toute épreuve, par un labeur infatigable, par la plus sévère épargne, par une honnêteté proverbiale, le petit trésor qui lui permettra de revenir un jour au village de ses pères.

Mais, tandis que TArabe, selon son âge, dépense follement pour ses plaisirs tout ce qu'il gagne, ou thésaurise avec passion, THadramite commence par acheter ce qui lui est utile : d'abord un fusil, puis un dromadaire, puis une femme, puis une maison, puis un champ ou un jardin.

Ce qui lui reste après, il le place avec intérêt.

L'Arabe aime passionnément les chevaux, et sa plus grande ambition est d'être bien monté.

n consacrera plusieurs milliers de piastres à l'acquisition d'un cheval; il videra sa bourse pour pouvoir mettre entre ses jambes un quadrupède quelconque.

Faute de mieux, il prendra un âne, dont quelquefois les jambes ne suffiront pas pour enlever les siennes au-dessus du sol.

Qu'importe!

Il les tiendra diagonalement, en se plaçant sur la croupe du pauvre animal.

L'Hadramite a moins de goût pour Téquitation.

Fils de la montagne, il est fantassin.

Il met son luxe dans ses armes, qu'il tient toujours brillantes, à la différence des Arabes, qui les ont l'ouillées, en prétendant qu'elles font néanmoins leur service.

L'Arabe est vaniteux, arrogant, servile et vantaitl.

L'Hadramite est fier, simple, déteste le mensonge, et a un sentiment profond de dignité.

Tandis que l'Arabe s'incline jusqu'à terre pour baiser la main du chef qu'il respecte ou qu'il craint, l'Hadramite le plus misérable exigera qu'on lui rende le moindre salut, et poussera même, à cet égard, la susceptibilité jusqu'à coucher en joue l'iman le plus vénéré qui se permettrait avec lui un retard de politesse.

L'hospitaUté chez THadramite, même le plus riche, n'a rien de fastueux, mais elle est cordiale.

n ne croit pas fort aux sortilèges, ni à Tefûcacité des amulettes, mais il craint les mauvais génies [Djinns) et ne sort jamais, la nuit, sans les conjurer au nom du Prophète.

Il évitera aussi, le soir^ les endroits où le sang a été répandu, caries Djinns aiment le sang, et, là où le sang a coulé, ils ont dû se donner rendez- vous pour se jouer du voyageur, et le fasciner afin de le détourner de la route qu'il doit suivre.

Les Hadramites font la guerre quand leur territoire est attaqué ; ils la font par représailles et par vengeance, mais jamais pour envahir un territoire qui ne leur appartient pas et pour piller le bien d'autrui.

En général, ils ne provoquent pas, et, lorsqu'ils arrivent sur le champ de bataille, ils ont soin de prévenir leur ennemi.

Puis, quand Taffaire est engagée, ils ne reculant que lorsqu'ils y sont contraints par ime force supérieure,

Ds auraient honte de fuir.

Leurs femmes, qui les aident dans le combat, qui leur apportent de la poudpe, qui les encouragent de leurs acclamations, les accuseraient de lâcheté.

Si elles les voyaient tourner le dos, elles prendraient du henné et feraient sur leurs tuniques de laine de larges marques pour les désigner au mépris de tous.

Les Arabes, au contraire, comme des brigands, cherchent, dans les expéditions , à surprendre leur ennemi, et aussitôt qu'ils ont déchargé leurs armes s'enfuient ventre à terre pour éviter ses coups.

Le seul point où ils l'emportent sur les Hadramites, c'est qu'ils ont pour la vie de l'homme un respect que n'ont pas ces derniers.

Ils laissent la vie sauve â leurs prisonniers, tandis que les Hadramites ne se font aucun scrupule de trancher la tête aux leurs.

Même en paix, THadramiteest sanguinaire et cruel.

11 se croit le droit de disposer de la vie de ses semblables comme d'un bien, du moment qu'il y trouve profit et avantage.

Un chef aura une somme importante qu'il voudra cacher.

Il choisira un de ses esclaves, lui chargera son trésor sur les épaules, cheminera avec lui à travers des sentiers détournés.

Quand il sera parvenu dans un lieu solitaire, il fera creuser un trou à cet esclave, lui fera enten-er son trésor.

Puis, quand Topération sera terminée, pour éviter toute indiscrétion, il prendra son sabre et lui tranchera la tête.

Un Arabe attente bien quelquefois à la vie de son semblable ; il le fait, ainsi que nous l'avons déjà vu, par haine, par vengeance, mais jamais de sang-froid, et il ne se croit pas le droit d'immoler un homme comme du bétail , soit dans son intérêt privé, soit même dans l'intérêt public.

Les Hadramites n'ont pas, comme les Arabes, de castes privilégiées.

S'ils n'ont pas de chérifs, ils ont beaucoup de notables^ seïds.

La naissance fait les chérifs.

Ce sont les belles actions et la bravoure qui font les notables.

Tout le monde peut devenir notable, et ce titre devient héréditaire dans une famille, à condition que les fils marcheront sur les traces du père.

Les Hadramites, notamment ceux de Doân et de son oasis, ont la réputation d'être hospitaliers.

Jamais un pauvre, chez eux, ne peutmourirde faim.

S'il veut rester dans son village, il est libre de le faire.

Ses voisins riches lui procurent des vêtements et lui ouvrent la porte de leur jardin.

Tant qu'il y a des fruits il peut s'en rassasier.

Seulement, on exige qu'il n'en emporte pas, et même, dans quelques endroits , on met la condition qu'il laissera les noyaux de dattes au pied des arbres.

Dans la saison morte, sans compter les aumônes particulières, des provisions de toute nature sont encore apportées entre les mains des desservants des mosquées, et, en tout temps, le pauvre peut y puiser.

Cette position précaire ne le rend pas indigne de remplir les devoirs ordinaires d'un patriote.

Après l'avoir vêtu et nourri, on lui donne, quand il y a guerre, un fusil et de la poudre.

Le pauvre est un homme coumie le riche.

Pourquoi ne défendrait-il pas le pays contre les ennemis du dehors?

L'assistance des malheureux, chez les Hadramites, de même que chez les Arabes, est considérée comme une vertu du ciel.

Dès lors, l'indigence ne peut être regardée comme un fléau.

Cette société barbare a trouvé le secret de rendre chez elle la mendicité impossible, sans avoir fait aucune loi pour l'éteindre.

Les Hadramites n'ont jamais eu l'idée d'interdire aux pauvres plutôt qu'aux riches des habitudes va^ gabondes.

Le vagabondage chez eux n'egt pas un délit.

Le pauvre qui ne se plaît pas dans son village peut mener la vie de pèlerin.

Partout il est le bienvenu.

Enfin , les Hadramites se distinguent essentiellement des Arabes, en ce que le Coran n'est pas pour eux, comme pour ces derniers, la seule loi religieuse et civile.

Les Hadramites, comme les Kabyles de notre Algérie, avant d avoir accepté le Coran, avaient d'autres lois qu'ils n'ont pas répudiées complètement.

Ils les appellent encore leurs canons.

Ces canons forment le droit coutmnier des Hadramites.

Il s'est maintenu à travers les siècles, à travers les changements de religion.

Les nagibs s'y conforment en toute occasion.

Les vieillards et les talebs l'ont reçu traditionnellement.

Ils en conservent le dépôt pour le transmettre intact à la postérité.

Une des choses les plus remarquables de la législation hadramite est qu'il n'y est jamais question de la bastonnade.

Contrairement aux idées reçues chez les Arabes , cette punition serait infamante pour des Hadramites.

Les nagîbs respectent trop leurs administrés pour jamais oser l'ordonner.

A défaut de prison, les pénalités se règlent par des amendes.

Les rixes sont punies de un à cent abû-mathfas

(piastres d'Espagne), selon qu'U n'y a eu que de simples menaces ou bien des coups ., selon que ces coups ont été portés avec un bâton , une pierre, un djembie , un sabre , un pistolet ou un fusil.

Le simple coup de poing n'est puni que d'un abûmathfa.

Mais une injure faite sans motif entraîne une pénalité de quinze abû-mathfas.

Le meurtre et le vol à main armée sont punis iior la décollation et l'écartèlement.

Le simple vol ou*larcin subit l'exposition et paye dix abû-mathfas.

Une peine égale est infligée à celui qui entre dans une maison dont le maître est sorti.

On lui suppose des intentions mauvaises et non moins coupables, qu'il s'agisse ou non de vol.

Celui qui commet un viol ou un adultère cesse d'appartenir à la société.

Sa maison est détruite, ses biens sont confisqués, un exil perpétuel le frappe.

Somme toute , chez les Hadramites comme chez nous, il y a une pénalité pour celui qui ne monte pas sa garde.

Tout individu valide est soldat de quinze à soixante ans, et, dans chaque localité, existent des compagnies de vingt-cinq à cent hommes, toujours sur le quivive et prêts à se rallier au moindre signal à celles des autres localités pour s'opposer en commun aux déprédations des nomades insoumis, qui, à certaines époques de Tannée, quittent leurs retraites inacces-

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sibles dans les montagnes et descendent dans la plaine, saccageant et emportant tout ce qu'ils ren* contrent.

J'en étais là de mon excursion et de mon étude, lorsque nous entendîmes de nouveau im bruit de crécelles et de voix qui semblait venir du haut des airs.

C'étaient les muezzins qui, des galeries des minarets, avertissaient les habitants que leur jeûne était terminé pour cette journée.

Nous nous hâtâmes, en conséquence, de rentrer en ville, et, notre dîner pris, je me dirigeai, en compagnie d'Abû-Bekr-el-Doâni, vers la citadelle, où le nagib nous attendait, conune de juste, puisqu'il nous avait fait dire de venir passer la soirée de ce jour avec lui.

Distribntion intérieure de la citadelle. — Le nagib Séld-'Haçan. -* Plaisirs du Ramadan. — Café, chibonque

et chicha. — Départ de Doân.

La citadelle, comme je l'ai déjà dit plus haut, est placée au centre delà ville : c'est un groupe de bâtiments très-vastes, qui, outre la tour carrée et à deux étages élevés sur rez-de-chaussée, surmontée d'une terrasse toujours charmilîée, servant de demeure au nagib, à ses enfants et à ses femmes, contiennent Tarsenal et les logements des personnes de service et des gardes.

Tous ces édifices forment un labyrinthe de murs et comme une seconde vitte, dont Tenceinte extérieure, flanquée d'énormes bastions et défendue par de formidables batteries croisées, peut avoir quinze cents mètres de circonférence.

Pour se rendre à la tour, il faut traverser d'abord une immense cour où le nagib donne ses méchouars ou audiences publiques.

On' passe ensuite dans une deuxième cour où se tient le corps de garde.

Après quoi on pénètre dans une troisième cour au milieu de laquelle est un pavillon carré en bois, élevé de quelques pieds au-dessus du sol.

L'intérieur de ce pavillon est tapissé de paillassons et garni de quelques mokkades (coussins).

G est Tendroit où les notables attendent les ordres du maître.

C'est une sorte d'antichambre.

Dans la même cour est une chapelle ou petite mosquée, dans laquelle les habitants de céans font leurs prières journalières.

Les vendredis seulement, ils se transportent à la grande mosquée de la ville, sise en face de la citadelle.

De là, on entre dans un vestibule où se tiennent les esclaves de service , et enfin on arrive dans un jardin au centre duquel est située la tour.

Ce jardin, de forme régulière, est planté d'orangers.

Il est beau et bien orné de végétaux aromatiques.

Les femmes n'y font que passer.

Elles y ont des parterres séparés, qui leur sont exclusivement réservés , et. dans lesquels les hommes ne pénètrent pas.

Seld-Haçan/ — ainsi s'appelait le nagtb, — nous reçut sur sa terrasse, où il devisait de choses et d'au- • très, avec trois de ses intimes, en nous attendant.

C'était un homme olein de vigueur et de force, et

encore dans la fleur de l'âge; très-aimé des Doânites, il élait la terreur des nomades insoumis, qui, d^ns la crainte de lui déplaire et faute d'oser lui résister, subissaient toutes ses volontés et lui payaient tribut.

n nous accueillit on ne peut mieux et nous fit asseoir à ses côtés, nous complimentant Tun et Tautre sur notre heureuse arrivée à Doân.

Après quoi on apporta des pipes et le café traditionnel, puis mon interrogatoire conunença, interrogatoire toujours le même , et qui peut se formuler ainsi qu'il suit :

« D'où viens-tu? Où vas-tu? Pourquoi voyages- tu? Que viens-tu faire dans ces contrées? Voyages-tu en marchand, en explorateur, en médecin? »

Conune toujours aussi, je répondis à toutes ces demandes avec une confiance apparente, mais avec une réserve réelle.

Ne confiez jamais à un Arabe que la part de vos secrets que vous voudrez qui soit connue de tout le monde.

Mon interrogatoire achevé, on servit un splendide souper, que, malgré l'heure déjà avancée de la soirée, nous attaquâmes tous à belles dents.

. En temps ordinaire, les habitudes d'un Arabe de condition sont très-simples.

Il se lève avec le soleil.

Sa toilette lui donne d'autant moins de peine, qu'il dort à peu près habillé.

Il fait sa prière dés que la voix du muezzin lui rap- • pelle l'unité de Dieu et la venue du Prophète^

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