Voy. aux années 1541,1542, t. II, Représentations
Mais voici le réquisitoire spécial dirigé conlre les malheureux acteurs Aes Actes des Apôtres :
Ces gens non lettrez ni entenduz «n telles affaires, de condition infâme, comme un menaisier, un sergent à verge, un tapissier, un vendeur de poisson qui ont fait jouer les Actes des Apostres et qui ajoutant, pour les allonger, plusieurs choses apocryphes, et entremettant à la fin ou au commencement du jeu farces lascives et momeries, ont fait durer leur jeu Tespace de six à sept mois, d'où sont advenues et adviennent cessation de service divin, refroidissement de charitez et d'aumônes, adultères et fornications infinies, scandales, dérisions et mocqueries.
Comment la représentation des Actes des Apôtres a-t-elle pu engendrer tant de crimes? c'est que :
Tant que les dicts jeux ont duré le commun peuple, dés huit à neuf heures du malin, es jours de festes, delaissoit sa messe paroissiale, sermons et vespres, pour aller es ditz jeux garder sa place et y estre jusqu'à cinq heures du soir; ont cessé les prédications, car n'eussent eu les prédicateurs qui les eussent escoulez. Et retournant desdictz jeux se mocquoient hautement et publicquement par les rues desditz jeux des joueurs, contrefaisant quelque langage impropre qu'ilz avoyent oï desdictz jeux, ou autre chose mal faite, criant par dérision que le Sainct- Esprit n'avoit point voulu descendre, et autres moqueries. Et le plus souvent les prestres des paroisses pour avoir leur passe temps d'aller es dictz jeux, ont délaissé dire vespres, ou les ont dictes tout seuls dès l'heure de midy, heure non accoustumée ; et mesme les chantres et chapelains de la saincle chapelle de ce palais, tant que les dictz jeux ont duré, ojit dict vespres les jours de feste à l'heure de midy, et encore les disoyeut en poste et à la légère pour aLer es dictz eux.
Le procureur général concluait cette diatribe en requérant l'interdiction de la représentation projetée du Vieux Testament, laquelle lui paraissait particulièrement dangereuse, attendu :
Qu'il y a plusieurs choses au Vieil Testament qu'il n'est expédient de déclarer au peuple, comme gens ignorans et imbecilles qui pourroyent prendre occasion de judaïsme à faute d'intelligence ^
1. Sainte-Beuve. Tableau de la Poésie française au xvic siècle, 1828, t. I, p. 246.
Ainsi, les protestants proscrivaient les mystères parce qu'ils mêlaient la légende à la Bible ; et certains catholiques ne leur étaient pas moins hostiles parce qu'ils initiaient le peuple à la Bible. Entre ces deux inimitiés, les mystères devaient périr.
Cependant, le 18 décembre 4541 , le roi, par lettres patentes, autorisa « Charles le Royer et consorts, maistres et entrepreneurs du jeu etmistere de l'Ancien Testament, » à faire jouer et représenter « en l'année prochaine le dict jeuet mistere ». La Cour, le 27 janvier suivant, confirma les lettres royaux aux conditions suivantes :
Suivant les dites lettres leur a esté permis par la cour a la charge d*en user bien et duement sans y user d'aulcunes frauldes ny interposer choses prophanes, lascives ou ridicuUes ; que pour rentrée du théâtre ils ne prendront que deux solz de chacune personne ; pour le louage de chascune loge durant ledict mistere, que trente escus : n*y sera procédé qu'a jour de festes non solennelles ; commenceront a heure après midy, finiront a cinq; feront en sorte qu'il n'en suive scandalle ou tumulte; et a cause que le peuple sera distraict du service divin et que cela diminuera ks aulmosnes, ilz bailleront aux pauvres la somme de mil livres, sauf a ordonner de plus grande somme K
La Cour tint la main à l'exécution stricte de ses arrêts. Le vendredi 10 juin 1542, elle fait défense « aux quatre entrepreneurs du mistere des Actes des Apôtres » de jouer dorénavant le jeudi, s'il y a quelque fête dans le courant de la semaine. Le mardi, 21 juin, « pour cette fois seulement, » elle permet de jouer le lendemain, mercredi, « parce que la court entend que vendredy prochain, jour de S. Jehan, ne sera joué, pour la solennité du jour ». En outre, les registres du Parlement^ portent la mention suivante à la date du 43 juin de cette même année :
Ce jourd'huy le ducq de Vandosme est venu a la cour... et sur ce qu'il a requis qu'il fut permis aux maistres entrepreneurs du mistere du Vieil Testament, jouer ce jourd'huy après disner parce qu'il avoit de-